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  • Identité électronique: il faut saboter le projet du Conseil fédéral!

    Le Conseil des Etats a récemment accepté à une très large majorité le projet d’identité numérique proposé par le Conseil fédéral. Les déclarations impromptues de plusieurs parlementaires fédéraux dans les médias révèlent leur manque de connaissance et d’intérêt pour les questions liées à la société numérique. Car le projet du Conseil fédéral n’est pas seulement médiocre; il est aussi dangereux.

    Dans son approche, le Conseil fédéral estime que l’administration n’a pas les moyens techniques pour développer et fournir une identité électronique aux individus. La Confédération entend donc s’appuyer sur le marché. Le projet vise à édicter un cadre qui régira les aspects légaux concernant les fournisseurs d’identité, les différents niveaux de sécurité, les processus de reconnaissance de l’identité (e-ID) et de révocation, etc. Les informations précises concernant l’ensemble du projet sont disponibles sur le site de la Confédération.

    Un projet qui sent la naphtaline

    Le Conseil fédéral justifie sa volonté de légiférer au motif que l’économie et la cyberadministration ont besoin d’identifier les utilisateurs de manière formelle. Cette affirmation est évidemment erronée dans la mesure où la nécessité de connaître l’identité d’une personne en ligne pour effectuer une transaction avec elle est plutôt rare. De surcroît, comme l’explique très bien Steve Wilson dans un billet de blog intitulé «Identity is dead» (L’identité est morte), lorsqu’une partie à une transaction souhaite vérifier des informations sur l’autre partie, elle n’a souvent besoin que de vérifier certains attributs. L’âge est un bon exemple.

    Une approche prospective aurait également permis aux autorités de s’intéresser à d’autres réflexions sur les questions d’identité numérique. On notera par exemple tout ce qui touche aux notions d’identité souveraine (self-sovereign identity). Ou encore au développement des technologies dites de «preuve à divulgation nulle de connaissance» (zero knowledge proof). Sans entrer dans les détails techniques, l’objectif de la preuve à divulgation nulle de connaissance est de pouvoir démontrer la véracité d’une information sans la partager. Par exemple, si quelqu’un souhaite acheter de l’alcool sur internet et se voit exiger son âge, la preuve à divulgation nulle de connaissance permettrait mathématiquement de prouver que l’âge du consommateur est égal ou supérieur au minimum légal sans pour autant dévoiler l’information exacte.

    Ces technologies doivent encore gagner en maturité. Elles témoignent cependant des possibilités futures qui permettront aux individus de gérer eux-mêmes leur identité, et de dévoiler le strict minimum les concernant. L’objectif du Conseil fédéral devrait être de favoriser l’émancipation des citoyens à l’heure de la société numérique plutôt que de les enfermer dans des modèles obsolètes qui nuiront à leurs intérêts. Non seulement, le projet du gouvernement sent la naphtaline, mais le meilleur projet eût été de ne pas en avoir.

    Si la Confédération entend reconnaître les identités électroniques qui seraient fournies par des prestataires privés, elle pourrait tout autant le faire si elle émanait des individus eux-mêmes. L’Etat se contenterait alors de reconnaître légalement cette identité émanant de l’individu, plutôt que de forcer les gens à disposer d’une identité dont ils n’ont ni la maîtrise ni la garantie que sa centralisation ne générera pas des dégâts dans leur vie en cas de faille de sécurité. Lorsque le conseiller aux Etats Beat Vonlanthen déclare à l’Agence télégraphique suisse que l’Etat garantira la sécurité des données des identités électroniques, cet optimisme naïf trahit en vérité une ignorance crasse du monde dans lequel nous vivons.

    Un consortium qui vous veut du bien…

    Le projet du Conseil fédéral fait évidemment saliver bien des entreprises qui voient ici une opportunité économique importante de se positionner sur un segment porteur pour l’acquisition d’informations personnelles. Il en va ainsi du consortium SwissSign qui se présente ainsi sur son site: «Fournisseur de SwissID, SwissSign Group est une co-entreprise composée de sociétés proches de l’Etat, d’établissements financiers, de compagnies d’assurances et de caisses-maladie». On notera parmi ces entreprises: Swisscom, La Poste, CFF, Credit Suisse, UBS, Six Group, CSS, Zurich, etc…

    Le processus de vérification de l’identité électronique SwissID reposera sur Digital Alter Ego, selon ICTjournal. Cette solution développée par PXL Vision associe identification biométrique et vision par ordinateur…

    SwissSign ne se limite toutefois pas au rôle de «fournisseur d’identité» au sens où le projet de loi du Conseil fédéral l’entend. Le consortium souhaite faire de son SwissID à la fois une identité et une signature électroniques ainsi qu’un identifiant unique pour se connecter à de nombreux services sans aucun rapport entre eux. Si le rêve d’un authentifiant unique pour se connecter partout fait rêver les personnes qui ne connaissent pas bien le fonctionnement du numérique, il est bien plus inquiétant de voir qu’une telle proposition n’inquiète pas davantage les responsables politiques.

    De même que la centralisation de toutes ces précieuses informations devrait susciter scepticisme et levée de boucliers. Il n’en est malheureusement rien du côté des parlementaires, sans doute un peu trop habitués à prêter l’oreille aux moindres désirs de ces entreprises qui se présentent elles-mêmes comme «proches de l’Etat»…

    Une vision anachronique de la société

    Le projet du Conseil fédéral aura des conséquences que le gouvernement ne maîtrisera pas s’il est adopté. Introduire une «identité électronique officielle» va inciter les entreprises à l’exiger à la moindre occasion, même lorsque celle-ci ne sera pas du tout nécessaire pour obtenir un service ou procéder à une transaction. Le texte ne prévoit d’ailleurs pas de situations où l’exigence de l’identité électronique serait considérée comme abusive. On ne se balade pourtant pas dans la rue avec sa carte d’identité collée sur le front…

    L’approche des autorités suisses en matière d’organisation de la société numérique est dépassée. Les responsables politiques continuent de penser le numérique avec la même approche «top-down» qui prévalait avant l’émergence des technologies numériques. C’est un changement de mentalité qui doit s’opérer au sein des élites de ce pays pour proposer une vision cohérente et satisfaisante de notre société moderne. Les récents événements qui ont secoué certains pays voisins, notamment la France avec le fameux mouvement des «Gilets Jaunes» ou l’Algérie avec la démission du président Abdelaziz Bouteflika, témoignent que nous vivons aujourd’hui dans un monde où l’approche sera résolument «bottom-up», c’est-à-dire du bas vers le haut.

    La société numérique consacre tout à la fois l’individu et l’intelligence collective. Pour en tirer le meilleur, il faut donner à l’individu les moyens d’exercer sa pleine liberté. L’approche visant à corseter l’individu ne correspond plus à notre époque.

    Il va également sans dire que les autorités politiques doivent cesser de précipiter les choses. Alors que la révision totale de la Loi sur la protection des données n’est même pas encore sortie des commissions des Chambres fédérales, les parlementaires votent déjà sur un cadre législatif visant à graver l’identité électronique dans le marbre. Alors même que ce projet pose des questions fondamentales sur les données des individus. Plutôt que de courir droit dans le mur, il serait judicieux de commencer à développer une réflexion globale de la société numérique et de la place de l’individu en son sein.

    C’est pourquoi le projet d’identité électronique proposé par le Conseil fédéral doit être rejeté sans délai et sans contre-projet. Comme nous l’écrivions plus haut, le meilleur projet en la matière consiste pour l’heure à n’en avoir aucun. Malheureusement, comme les parlementaires ne torpilleront pas ce projet, la seule alternative demeure le lancement d’un référendum. Espérons que des organisations – au hasard la Fédération romande des consommateurs – se saisiront du dossier si celui-ci devait être accepté définitivement par l’Assemblée fédérale.

    Grégoire Barbey

  • Les Suisses doivent voter sur les relations avec l'Union européenne

    Accord-cadre. Le Conseil fédéral doit cesser sa politique dilatoire et poser une bonne fois pour toutes la seule question qui vaille: les Suisses veulent-ils continuer à traiter avec l'Union européenne?

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  • Mauro Poggia, futur président du Conseil d'Etat?

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    Le conseiller d’Etat Mauro Poggia déclare dans la Tribune de Genève du jour être en faveur d’un équilibre de trois membres de l’Entente et de trois membres de l’Alternative au gouvernement, lui permettant de jouer le rôle de médiateur. Cette perspective supposerait que Luc Barthassat ne soit pas réélu au second tour le 6 mai prochain. Mais ce ne serait pas la seule conséquence d’une telle configuration.

    Quid de la présidence du gouvernement? Si les Genevois devaient donner un troisième siège à l’Alternative dans moins de dix jours, je suis d’avis que cette fonction devrait dès lors revenir à Mauro Poggia. Ce serait finalement logique, puisqu’en plébiscitant dans les urnes une configuration 3-3-1 au gouvernement, les électeurs donneraient à Mauro Poggia un pouvoir non-négligeable: celui de faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre dans certaines situations.

    Bien sûr, un collège ne fonctionne pas uniquement avec des majorités de rupture. C’est dans l’intérêt du gouvernement de se mettre d’accord sur les politiques à conduire. Toutefois, il est tout à fait possible que sur des dossiers qui divisent, Mauro Poggia puisse en effet jouer le rôle de médiateur. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard qu’il s’y montre favorable.

    Tout le monde s’accorde à dire que Pierre Maudet est le président naturel du futur gouvernement. Son score canon qui lui a permis d’être élu au premier tour et son ancienneté au Conseil d’Etat plaident en sa faveur. Mais cette réflexion tient la route si l’Entente conserve sa majorité. Dans le cas contraire, cela poserait des questions.

    Le président, qui n’a pas plus de pouvoir que ses collègues, a malgré tout un rôle naturel de médiateur, d’arbitre. Qui serait alors mieux placé que Mauro Poggia pour revêtir cette fonction, lui qui se retrouverait soudain en position d’arbitrer des dossiers qui ne font pas l’unanimité à l’interne du Conseil d’Etat? De plus, le représentant du MCG n'a pas démérité sur le plan électoral: son score au premier tour était très élevé, le plaçant deuxième derrière Pierre Maudet...

    Il n’y a pas de règles écrites concernant la désignation du président du Conseil d’Etat. A ce jour, il semble que ce soit l’ancienneté et le score personnel qui servent de boussole. Mais cette logique pourrait-elle être appliquée dans le cadre d’un gouvernement aussi singulier? Pas sûr.

    On pourrait interpréter une telle configuration comme la volonté du corps électoral de donner à Mauro Poggia le rôle d’arbitre. Ce ne serait donc que justice de lui octroyer la présidence. La laisser à Pierre Maudet, sans que son camp ne soit majoritaire, ne serait-ce pas au final faire de lui un président alibi, avec un Mauro Poggia dans l’ombre qui est seul véritable arbitre des dossiers qui ne font pas l’unanimité?

    Le débat mérite d’être lancé, car la présidence du gouvernement n’est pas qu’une fonction honorifique. Elle doit incarner le Conseil d’Etat, et être utile à son fonctionnement. Présider sans pouvoir trancher, est-ce vraiment souhaitable? Nous aurons bientôt la réponse.

    Grégoire Barbey

    Photo: Patrick Gilliéron Lopreno ©

  • Yves Nidegger, le candidat UDC qui profitera à la réélection de Mauro Poggia à l'exécutif

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    A qui profite la candidature d’Yves Nidegger au Conseil d’Etat, sachant que l’UDC a déjà deux candidats annoncés? Je vous le donne en mille: à l’actuel conseiller d’Etat MCG Mauro Poggia.
     
    Pourquoi donc? La réponse est simple: le conseiller national UDC est une locomotive électorale. Il va donc probablement réunir plus de voix que son collègue de parti, le député Thomas Bläsi.
     
    En quoi cela intéresserait Mauro Poggia? Eh bien, la réponse est on ne peut plus simple. Si le pharmacien Thomas Bläsi devait être désigné par son parti au second tour, aucun apparentement ne serait envisageable avec le MCG Mauro Poggia. Les deux personnalités se livrent tous deux une guerre cordiale.
     
     
  • Elections 2018: le PLR a-t-il une stratégie?

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    Le Parti libéral-radical genevois présente trois candidats pour le Conseil d'Etat. Actuellement, la formation de droite dispose de deux représentants au gouvernement. En présentant un ticket à trois, sur une liste commune avec les deux ministres démocrates-chrétiens actuellement en fonction, les libéraux-radicaux espèrent bel et bien récupérer le troisième siège qu'ils ont perdu en 2013.
     
    Le PLR revendique donc trois sièges, sans toutefois préciser à qui il souhaite subtiliser le troisième. «Ce seront les électeurs qui décideront», me dit-on. En définitive, c'est une évidence. Mais en tant que parti, le PLR a sans doute une stratégie un peu plus développée, non?
     
    Ne souhaite-t-il pas annoncer clairement la couleur? Parmi tous les conseillers d'Etat actuellement en poste et qui se représentent, il y en a bien un-e dont le bilan n'a pas les faveurs des libéraux-radicaux, n'est-ce pas? Le contraire serait surprenant. A moins que de manière officieuse, la cible fasse partie de l'alliance commune PLR-PDC (l'Entente), en la personne de l'un des deux magistrats démocrates-chrétiens.
     
    Mais qui sait, le PLR n'a peut-être tout simplement pas de stratégie...
     
    Grégoire Barbey
     
    Photo de gauche à droite: Alexandre de Senarclens, président du PLR, Nathalie Fontanet et Pierre Maudet, conseiller d'Etat sortant
  • L'ego trip d'Alexandre de Senarclens

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    Le président du Parti libéral-radical genevois Alexandre de Senarclens se maintiendra dans ses fonctions s’il est désigné candidat au Conseil d’Etat par les siens. C’est ce qu’il a déclaré hier soir à Jérémy Seydoux dans l’émission Geneva Show de Leman Bleu. «Cela a déjà été fait dans l’histoire du parti», a-t-il argumenté pour justifier sa volonté de cumuler la casquette de président de parti et de candidat au gouvernement.

    C’est évidemment un bien maigre argument. Avocat de profession, Alexandre de Senarclens se rêve visiblement juge et partie. Pourquoi donc rester président? Cela a plusieurs avantages. D’abord, c’est une façon de truster de la visibilité médiatique, puisqu’il sera forcément l’interlocuteur privilégié de la presse lors de la campagne pour toutes les questions liées à son parti. D’autre part, cela lui permet de garder la main sur la stratégie électorale, puisqu’il pourra trancher certaines décisions en sa qualité de président.

    Alexandre de Senarclens semble être en plein ego trip, au détriment des intérêts de son parti. Encore inconnu il y a cinq ans, il est entré à la députation en tant que septième vienne-ensuite, et a été élu président du PLR à la surprise générale il y a deux ans. Il est le digne représentant d’une certaine vieille garde libérale, laquelle a d’ailleurs précipité la mort clinique du Parti libéral en son temps. Tout un programme. Il peut bien déclarer à la télévision les «grandes ambitions légitimes» de son parti pour les prochaines élections, aucune stratégie claire ne se dégage pour l’heure.

    Le Parti libéral-radical a perdu un siège au Conseil d’Etat il y a quatre ans, et il se verrait bien le récupérer l’an prochain. Mais pour cela, il faudrait annoncer la couleur. De quel conseiller d’Etat actuel le PLR veut-il le siège? Nul ne le sait vraiment. Or, c’est peut-être par-là que devrait commencer la réflexion d’Alexandre de Senarclens, puisqu’il préside le PLR. Sera-t-il vraiment la bonne personne pour décrocher un troisième siège? Le doute est largement permis.

    Bien sûr, au sein du PLR, l’attitude du président agace, mais les langues peinent à se délier publiquement. Et plutôt que de crever l’abcès en amont, les libéraux-radicaux feront ce qu’ils font toujours: se tracer parmi sur la liste. Une perspective qui semble indépassable en l’absence d’un véritable débat à l’interne du parti.

    Alexandre de Senarclens n’est toutefois pas encore désigné, et peut-être que ses collègues de parti n’adhéreront pas à son scénario de candidat omnipotent. Dans le cas contraire, les libéraux-radicaux devront sans doute commencer à faire le deuil de leur troisième siège au Conseil d'Etat.

    Grégoire Barbey

  • Et si Pierre Maudet abandonnait la Police?

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    L'an prochain aura lieu à Genève les élections cantonales, remettant en jeu les sièges au sein du Parlement et du Gouvernement. Partons du principe que tous les conseillers d'Etat candidats à leur réélection soient maintenus au Conseil d'Etat.
     
    Pierre Maudet serait-il prêt à abandonner la Police lors de la répartition des départements l'an prochain? La rumeur se fait très insistante en tout cas. Cela fait longtemps qu'il lorgne sur les Finances, un bon strapontin pour des ambitions... fédérales. Sans doute souhaiterait-il y joindre l'Economie, excellent moyen de réseauter, ce qui n'est pas négligeable. Et puis, ça fait de jolies photos sur Instagram, les voyages à l'étranger... En tous les cas, Pierre Maudet devrait probablement obtenir la présidence du Conseil d'Etat, de par son ancienneté à l'Exécutif cantonal.
     
    Et contrairement à l'actuelle législature, le conseiller d'Etat en charge de la présidence devrait vraisemblablement disposer d'une politique publique. Beaucoup s'accordent à dire que la structure du Département présidentiel de François Longchamp est peu lisible.
     
    Présidence et Finances semblent d'ailleurs bien indiquées, tant le rôle du grand argentier est transversal. La Constitution de 2013 évoque d'ailleurs en ces termes le rôle du président du Conseil d'Etat: il veille à la cohérence de l'action gouvernementale. Quel meilleur moyen d'y veiller qu'en disposant des vannes budgétaires?...
     
    En outre, l'actuel responsable des Finances, le démocrate-chrétien Serge Dal Busco, est en difficulté. Discret, nombreux sont ceux qui estiment qu'il n'est pas à sa place, y compris jusque dans son propre parti.
     
    Concernant l'Economie, son collègue Mauro Poggia pourrait être intéressé. En effet, précédemment, l'Economie et l'Emploi faisaient partie du même département. Et si Pierre Maudet devait abandonner la Police, qui serait tenté de s'y frotter? Par défaut, une option est envisageable: le nouveau/la nouvelle prend ce qui reste et comme la Police est un département extrêmement difficile à Genève, il est possible qu'aucun autre conseiller d'Etat n'ait envie de récupérer la patate chaude...
     
    Sauf que. Il paraîtrait qu'un magistrat s'y intéresse. Mais qui donc? Luc Barthassat! Est-ce un hasard si celui-ci s'est proposé pour faire partie de la délégation du Conseil d'Etat auprès des syndicats de la police, aux côtés de Mauro Poggia et Pierre Maudet?
     
    En fait, qui croit au hasard en politique? Certainement pas moi!
     
    Grégoire Barbey
     
     
  • Les TPG doivent se rapprocher des Genevois

    TPG, Genève, Luc Barthassat, transports publics genevois, politique,

    Les Genevois ont à nouveau refusé dimanche une augmentation des tarifs des transports publics. La hausse des recettes aurait dû permettre d'étoffer l'offre. Si je n'ai pas immédiatement réagi à ce résultat, c'est pour prendre le temps d'observer le discours des victorieux et des perdants au lendemain de la votation.
     
    Bref, les Transports publics genevois (TPG) et le Conseil d'Etat ont échoué à défendre leur vision. Nombreuses sont les analyses qui pointent la satisfaction des usagers pour justifier ce résultat. Selon cette logique, on pourrait interpréter ce camouflet comme le signal que les Genevois sont globalement satisfaits de l'offre actuelle.
     
    Espérons que cette appréciation inique de cette votation soit ironique... Je pense pour ma part que le problème est plutôt à chercher dans la relation qu'entretiennent les Genevois avec les TPG. Ces derniers ne font pas beaucoup d'efforts pour se faire apprécier de la population, c'est le moins que l'on puisse dire.
     
    Pour l'heure, l'essentiel de la classe politique prend le problème à l'envers, exigeant des Genevois qu'ils acceptent d'augmenter les tarifs de leurs transports publics pour améliorer l'offre. Mais quelle est l'image de marque des TPG dans tout ça? S'y intéresse-t-on vraiment?
     
    Il y a sans doute une part importante du corps électoral genevois qui a voté non par défiance envers les TPG. A vrai dire, on peut les comprendre: que font-ils, si ce n'est assurer le service minimal? Voit-on, à la gare, des employés des TPG aiguiller les arrivants pour se repérer dans la jungle des lignes de bus et de tram? Nombreuses sont les villes où cela existe.
     
    Quels liens les TPG entretiennent-ils avec les Genevois? Quand il s'agit de répression, la régie autonome n'a aucun problème à mobiliser des contrôleurs dont la manière d'intervenir dans les transports semble parfois un peu... excessive? Mais que font les TPG pour se rapprocher des Genevois? Pratiquement rien.
     
    Il n'y a pas besoin d'aller bien loin pour voir à quel point l'image de marque est importante: les Transports lausannois (TL) pourraient bien inspirer les stratèges des TPG. Une fois, une femme a été obligée d'accoucher dans une station de la ligne du métro lausannois: les TL ont offert à son enfant un abonnement à vie.
     
    Une communication simple, peu coûteuse et qui a été largement relayée dans la presse. Les réactions étaient largement positives. Voilà une entreprise qui sait gérer son image. Encore faut-il s'intéresser à ce qui se fait ailleurs, car la communication positive des TL ne s'arrêtent pas à cet exemple.
     
    Le but de mon propos, c'est de mettre le doigt sur la relation ambigüe entre les Genevois et les TPG. Pour que la population accepte de payer davantage, il faudrait peut-être commencer par l'essentiel: s'intéresser à l'image qu'ils ont de l'offre actuelle. Qu'est-ce que la régie peut améliorer?
     
    On pourrait tout à fait envisager que le directeur des TPG organise une opération où il prend les transports plusieurs fois un matin et interroge les gens sur leur expérience. Le conseiller d'Etat Luc Barthassat pourrait tout-à-fait le faire également. Bref, rapprocher les Genevois de cette régie qui ne leur donne pas vraiment l'impression de s'intéresser à leur confort.
     
    Ce n'est en tout cas pas en réduisant l'offre de 2% après le rejet de la hausse des tarifs que les TPG trouveront grâce dans le cœur des Genevois. A ce niveau, le Conseil d'Etat a marqué un autogoal. Mais pour changer la situation, peut-être encore faut-il accepter de sortir de sa tour d'ivoire et de s'intéresser... aux Genevois!
     
    Grégoire Barbey
  • Le chant du cygne d'un MCG à bout de souffle

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    Les élections cantonales se rapprochent et le Mouvement citoyen genevois s’illustre à nouveau par son étonnante capacité à se préoccuper du bien-être de ses concitoyens en s’attaquant à cette cadre de l’Administration fiscale cantonale (AFC) qui vit en France… et possède le passeport suisse! A en croire le parti, en mal de visibilité depuis le départ de son vitupérant clown en chef Eric Stauffer, cette nomination met en grand danger la sécurité des données fiscales des Genevoises et des Genevois. Rien que ça! Le MCG se fend donc d’un communiqué de presse et annonce le dépôt d’une motion appelant le Conseil d’Etat à suspendre la directrice adjointe de l’AFC et à n’engager que des résidents genevois en ce qui concerne l’administration fiscale.

    Le parti – qui n’a pas peur du ridicule et des superlatifs – s’égosille dans un exposé des motifs des plus saugrenus. Pour lui, cette nomination implique une «nouvelle perte de souveraineté» qui met «en danger nos institutions» (!) et le secret fiscal genevois. Il s’agirait d’une «dérive dangereuse» de l’AFC. Le MCG craint en effet que les douanes françaises ne soutirent des informations capitales à cette femme qui vit en France voisine. La scène serait digne d’un film de Michel Audiard… Bref, à une année des élections cantonales, le parti des râleurs essaie tant bien que mal d’exister au sein du paysage médiatique, quitte à devoir se faire mousser. Un comportement qui sent la fin de règne, sans pourtant n’avoir jamais régné ailleurs que dans les cafés du commerce.

    C’est dire à quel point le programme de ce parti n’a guère évolué au fil des années. Douze ans après son entrée fracassante dans les travées du Parlement genevois, le MCG est à bout de souffle et peine à redynamiser sa dialectique et à occuper des thématiques différentes de son principal fonds de commerce, qui se résume par la haine et la méfiance vis-à-vis des autres. Le chant du cygne, en somme.

    Dans ce cas précis, le discours du parti devient totalement incompréhensible: est-ce le fait de résider en France voisine qui met en danger le secret fiscal genevois? Faut-il interdire à toute personne disposant d’informations sensibles de traverser la frontière pour aller en France? La directrice adjointe de l’AFC est Suissesse. Le MCG préférerait-il quelqu’un qui réside à Genève mais qui ne dispose pas de la nationalité suisse tout en ayant accès à des données confidentielles? En quoi le lieu de résidence influence de façon systématique l’allégeance d’une personne à un Etat étranger? Si la France souhaite obtenir des informations de la sorte, n’a-t-elle pas d’autres moyens pour les obtenir, comme faire du trafic d’influence ou carrément acheter des personnes afin qu’elles transmettent de telles données aux autorités françaises?

    Oui, le MCG est définitivement à côté de ses pompes. Incapable de se maintenir, apeuré par l’échéance électorale qui approche, le parti se livre à la réaction à chaud, tout ça pour qu’on parle de lui. Un article paraît le dimanche, voilà que le lundi matin, une motion est déposée en lien avec les informations dudit papier. La politique, ce n’est pas ça, et la médiocrité de la position du MCG dans cette non-affaire le prouve une fois de plus. Le MCG donne l’impression d’être un poulet décapité dont les muscles sont encore traversés par des spasmes avant de mourir… définitivement.

    Grégoire Barbey

    Copyright photo: Patrick Gilliéron Lopreno

  • La mode des stratégies 2030

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    La Tribune de Genève nous apprend que le conseiller d’Etat Pierre Maudet a présenté à la presse sa stratégie sécuritaire 2030, «une première en Suisse». Loin de moi l’idée de jouer les mauvaises langues, mais ne peut-on pas se montrer plus critique face à de tels exercices? L’article nous résume les grands axes de ladite stratégie. Pour être honnête, n’étant pas un expert du domaine sécuritaire, je n’ai pas compris grand-chose. Est-ce que la stratégie est solide, ou s’agit-il d’un document prête-nom qui aligne des poncifs sur la sécurité pour pouvoir dire ensuite: «je vous l’avais dit» ou «nous étions précurseurs»? A un an des élections, ne peut-on pas y voir une tentative de façonner son image?

    Je ne doute pas que Pierre Maudet dispose d’une vision politique sur le temps long. C’est probablement l’un des rares élus genevois à disposer d’une capacité (et c’est bien malheureux puisqu’il vise avant tout le Conseil fédéral…). Mais il n’en demeure pas moins que de tels documents, qui sont courants côté Confédération (les stratégies 2030, 2040, 2050 ne manquent pas à Berne…), nécessitent d’être interrogés pour ce qu’ils sont. Et justement, de quoi s’agit-il précisément? Nous présente-t-on une véritable réflexion, avec des idées audacieuses, des prises de risque, ou s’agit-il d’un manuel pour apprendre à arroser les chrysanthèmes et se donner un air de politicien sérieux?

    La question se pose d’autant plus qu’on sait à quel point Pierre Maudet est un as de la communication. Ce n’est pas par hasard si l’aspect «inédit» sur le plan cantonal d’une telle stratégie est à ce point mis en avant. L’exercice, d’un point de vue communicationnel, est réussi. Mais après, qu’en est-il du fond? Est-ce la mode que de présenter des plans estampillés 2030? Pierre Maudet n’est pas le premier à le faire, et certains de ses collègues ne s’en sont pas privés. Au final, on aimerait savoir quelle sera la portée réelle d’une telle stratégie. Pour ma part, je ne retiendrai qu’un élément de cet article: le conseiller d’Etat annonce la couleur, il faudra faire davantage avec les mêmes moyens. S’agit-il vraiment d’une vision d’avenir ambitieuse?

    Grégoire Barbey

    Copyright photo: Patrick Gilliéron Lopreno