Gregoire Barbey

09/09/2015

Budget: un Exécutif déjà à bout de souffle

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Serge Dal Busco. Le ministre des Finances a présenté hier le projet de budget
du Conseil d'Etat. Un déficit de 69,7 millions de francs est prévu.

«Nous avons dit en début de législature que le projet Score se ferait sans coûts supplémentaires pour le contribuable. Nous devons encore analyser cette affirmation pour définir notre marge de manœuvre.» C’est à peu près en ces termes que le ministre des Finances Serge Dal Busco répondait hier à une question posée par mon confrère du Courrier Rachad Armanios. Une manière élégante, alors que le Conseil d’Etat était réuni pour présenter le projet de budget 2016, d’annoncer qu’ils finiront par trouver une parade pour éviter de devoir respecter leurs engagements. Si je relève cette anecdote, c’est parce qu’elle illustre assez bien l’exercice auquel s’est livré hier le gouvernement genevois devant la presse. De l’équilibrisme de haute voltige. Tout au long de la conférence de presse, tant François Longchamp, président du Conseil d’Etat, que ses collègues se sont livrés à des explications censées dédouaner la responsabilité de l’Exécutif.

Si le déficit budgétaire se creuse, il ne s’agit pas d’un problème d’anticipation mais un inversement de tendance inattendu de la conjoncture mondiale. La décision de la Banque nationale suisse d’abolir le taux plancher de 1 euro pour 1,2 franc fait également office de prétexte pour se départir d’un précédent budget dont le déficit s'est creusé de plus de 200 millions de francs. Bref, rien de nouveau sous le soleil. Si ce n’est une petite touche de poésie dans la façon de se déresponsabiliser: la marge de manœuvre pour faire des choix politiques dans le budget est forcément très restreinte à cause des obligations légales et des charges de personnel.

Il y a bien sûr une part de réalité dans cette posture. Mais lorsque le Conseil d’Etat annonce son intention d’introduire une mesure visant à réduire de 5% les charges de personnel d’ici 3 ans, difficile de ne pas être étonné qu’il propose en parallèle l’an prochain de créer 119 nouveaux postes de fonctionnaires. Le député libéral-radical et membre de la Commission des finances Cyril Aellen semble d’ailleurs s’en étonner sur son profil Facebook. Il relève: «L’objectif du Conseil d’Etat est de diminuer, sur 3 ans, de 5% les charges de personnel, cela sans réduction des salaires. Soit. Résumons donc : 15'428 postes (équivalent plein temps), au budget 2015. Le Conseil d’État veut donc en supprimer 771 sur 3 ans. Pour parvenir à cet objectif, en 2016, il commence par proposer de créer 119 postes supplémentaires. Il conviendrait donc d’en supprimer 890 entre 2017 et 2018». Et de demander en conclusion: «Quelles réformes sont envisagées pour parvenir à l’objectif fixé?»

Ce Conseil d’Etat a donné hier le sentiment d’être un quarteron d’amateurs qui subit plus qu’il ne peut agir. Finalement, sept hauts fonctionnaires chargés d’appliquer la législation cantonale et fédérale suffiraient à gérer Genève. On nous a vanté pendant près d’une heure l’importance de mener des mesures structurelles. Je suis également de cet avis. Est-ce que généraliser l’utilisation du courrier A à l’Administration fiscale cantonale (en lieu et place du recommandé) pour gagner 400.000 francs est une réforme structurelle?

Dans l’administration, les langues semblent se délier. Peut-être faudrait-il procéder à un véritable audit des tâches de l’Etat pour savoir exactement comment chaque franc est dépensé? Ne serait-il pas temps d’avoir une vision globale du périmètre de l’Etat de Genève pour procéder aux nécessaires réformes qui s’imposent? Plutôt que de continuer à appliquer d’inefficaces coupes linéaires au détriment de l’intérêt du fonctionnement de l’administration, une photographie précise de chaque franc dépensé permettrait d’agir à la racine. Mais cela impliquerait d’engager davantage de ressources et de se projeter dans un avenir plus lointain que l’horizon des prochaines élections cantonales. Ce n’est peut-être pas la priorité de ceux qui nous dirigent.

Grégoire Barbey

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06/05/2015

C'est toujours de la faute de la chancelière

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Les bulletins de vote sont-ils arrivés en retard dans certaines communes genevoises pour le second tour des élections municipales? C'est ce qu'affirment certains élus sur les réseaux sociaux. De son côté, la chancelière d’Etat Anja Wyden Guelpa précise que les derniers envois ont dû arriver hier. «Après vérification, nous avons toutes les raisons de croire que La Poste a pu remplir son mandat et délivrer le matériel 5 jours avant le scrutin, conformément à la loi», ajoute-t-elle. Car si des élus se plaignent de voir les bulletins arriver si tardivement dans les boîtes aux lettres des électeurs, c'est avant tout parce que le Parlement a modifié le délai qui sépare les deux tours de l'élection aux exécutifs municipaux, passant de 5 semaines à 3 semaines. C'est un choix. Et si certains élus et autres éditorialistes critiquent aujourd'hui cette durée qui paraît effectivement trop courte, ils n'ont pas manqué lors du second tour des élections au Conseil d’Etat il y a deux ans de scander à qui voulait l'entendre que 5 semaines ça paraissait être une véritable éternité. Le Grand Conseil s'est en partie fondé sur ce sentiment dans sa décision de réduire la durée séparant les deux tours. Cette décision impliquait également la réduction du délai légal d'envoi du matériel de vote qui est de 10 jours avant le scrutin pour le premier tour à 5 jours pour le second.


C'est quand même difficile de venir s'en prendre directement aux services de la Chancellerie et à la chancelière elle-même qui ne sont pas responsables des changements législatifs. Mais certains ne manquent pourtant jamais une occasion de le faire. A Genève, s'il pleut, il faut en général penser qu'Anja Wyden Guelpa y est pour quelque chose. Même si tout porte à croire que sa responsabilité n'est pas engagée. C'est le cas présentement en ce qui concerne l'envoi des bulletins de vote. On peut raisonnablement penser qu'un délai de quatre semaines entre les deux tours serait plus judicieux pour limiter les risques de retards. Ce qui n'empêche pas de relever l'importante organisation logistique nécessitée par le nouveau mode d'élection à deux tours. La chancelière relève que certains de ses collaborateurs ont travaillé jour et nuit à plusieurs reprises afin que soit délivré le matériel dans les délais impartis par la loi. Et qu'il suffit d'un imprévu lors de l'impression des bulletins, leur mise sous pli ou leur distribution par la Poste pour que les délais légaux ne soient plus tenus.


Bien souvent à Genève la critique est plus aisée que la réflexion. Dans le cas de l'envoi des bulletins de vote, si les élus sont déçus du délai légal imparti à la Chancellerie pour délivrer le matériel à temps, ils n'auront qu'à modifier la loi par la voie parlementaire pour augmenter la durée qui sépare les deux tours des élections. C'est un peu facile de se décharger de ses propres responsabilités sur autrui. Même si comme je le mentionnais plus haut, la chancelière fait toujours l'objet de ces critiques acerbes de la part des mêmes personnes. A contrario, on ne les a jamais vu féliciter la Chancellerie lorsqu'elle délivre les résultats des élections le jour même et ce malgré d'impressionnants défis et contraintes sur le plan logistique et organisationnel. Finalement on en vient à s'interroger si cela ne dérange pas certains de voir une femme à la tête d'une telle institution puisque les critiques s'éloignent très souvent de la réalité des faits. Quant à dire que cette situation est le symbole d'une démocratie qui s'endort, ça frise l'excès. Le vote anticipé est un confort et a pour objectif de limiter les abstentions. Mais si la démocratie implique de s'acquitter de son devoir de citoyen sans effort juste par acquis de conscience, on se demande bien à quoi ça peut servir de donner à la population le droit de vote. Si les électeurs estiment que le délai est décidément trop court pour cette élection, ils n'auront qu'à faire un effort, une fois dans l'année, et se déplacer dimanche matin au local de vote de leur commune. Vu l'importance que revêt pareil rendez-vous électoral, l'effort semble bien mince.

Grégoire Barbey

09:48 Publié dans Elections communales de 2015, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | | |

24/04/2015

Laurent Seydoux en porte-à-faux avec le MCG

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Tout ça est très bizarre. Nous apprenions par Jérôme Faas dans 20 Minutes hier que Laurent Seydoux aurait tenté une alliance avec le Mouvement citoyen genevois pour favoriser sa candidature à l'Exécutif de Plan-les-Ouates. Le président des Vert'libéraux dément formellement avoir évoqué ce point avec Francisco Valentin (candidat MCG à la Mairie de Plan-les-Ouates) ou avec le président du MCG Roger Golay. Laurent Seydoux affirme n'avoir fait qu'évoquer le retrait de la candidature de Francis Valentin qui n'a selon lui aucune chance d'être élu au second tour. Dans le but d'un report de voix au bénéfice de la candidature du président des Vert'libéraux.

Or, Francisco Valentin et Roger Golay maintiennent leur version des faits, je les ai contacté tous les deux. Laurent Seydoux aurait bien proposé une alliance. Ce que ce dernier conteste avec force. Qui ment? Le MCG a-t-il intérêt à affaiblir Laurent Seydoux sachant que son parti ne représente pratiquement rien? Drôle de calcul sachant qu'avec ou sans les Vert'Libéraux, le candidat MCG n'a aucune chance d'être élu. Ou Laurent Seydoux a-t-il intérêt à minimiser sa tentative d'alliance avortée avec le MCG vu les conséquences importantes que ça a déjà eu, en quelques heures, sur les réseaux sociaux (des militants ont fortement réagi, l'avocat William K. Rappard a même fait part de sa démission séance tenante)?

On sait que Laurent Seydoux tient beaucoup à retourner à la Mairie de Plan-les-Ouates. Au point de s'allier avec le MCG? Ce n'est pas impossible. Ce qui est étonnant, dans toute cette affaire, c'est qu'il y a semble-t-il une tentative de travestir la vérité. Le problème pour Laurent Seydoux, sans préjuger de sa version des faits, c'est qu'il perd beaucoup de crédibilité à l'égard de sa base. Quand bien même il dirait la vérité, le mal est déjà fait.

La leçon de cette histoire, quelle qu'en soit la part de réalité, c'est qu'en politique, il faut bien réfléchir avec qui l'on entame des discussions stratégiques. Que ça soit dans le but d'évoquer le retrait d'une candidature ou la création d'une liste commune. C'est toujours plus difficile de se justifier a posteriori que d'en discuter ouvertement avec ses militants en amont.

Grégoire Barbey

14:20 Publié dans Elections communales de 2015, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook | | | |

21/04/2015

Stauffera bien qui Stauffera le dernier

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Le Mouvement citoyen genevois (MCG) a connu sa première «défaite électorale». Les guillemets sont volontaires, car il s’agit davantage d’une correction. Mais enfin, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Alors que quelques jours encore avant le scrutin du 19 avril, nombreux étaient les membres du MCG à pavoiser publiquement sur la sanction populaire qui allait frapper les partis traditionnels, les rares voix qui s’élèvent encore parmi la direction du parti tentent de limiter les dégâts avec une mauvaise foi affolante.

Revenons sur les résultats. Le MCG n’a pas réussi à se positionner de façon favorable dans la course à l’Exécutif de l’une des 45 communes du canton de Genève. Même son bouillonnant président ad aeternam Eric Stauffer est en passe de perdre son siège de magistrat communal à Onex. Et sur le plan de sa représentation au sein des Délibératifs, celle-ci a reculé de 12,33% (de 73 à 64 sièges). Il s’agit donc bel et bien d’une stabilisation. Le parti semble avoir atteint ses limites en termes de croissance. Même s’il est encore beaucoup trop tôt pour l’affirmer sans l’ombre d’un doute.

Dimanche soir, Eric Stauffer a tenté d’expliquer sa déroute avec son habituelle assurance et son adaptation  inélégante des faits. Plutôt que de reconnaître sa défaite avec le panache qui le caractérise, le président d’honneur du MCG a tenté de revêtir les habits de la victime pour mieux défendre la dialectique d’opposition que son parti a élaborée. Voici sa ligne de défense: il n’a pas perdu, il a été poussé hors du trio de tête à cause d’une «alliance contre-nature». Le libéral-radical François Mumenthaler s’est effectivement emparé de la troisième place avec une légère avance de 200 voix. Selon Eric Stauffer, les électeurs de la gauche ont massivement rajouté le candidat PLR. C’est en partie vrai. Mumenthaler avait d’ailleurs ouvertement défendu le bilan des deux magistrates de gauche à l’Exécutif d’Onex. Un appel du pied à leur électorat. Mais l’alliance n’était pas officielle et seuls les électeurs de la gauche ont eu en main la capacité de décider si oui ou non ils préféraient voter pour un candidat de droite dans le but de barrer l’accès à Eric Stauffer.

Force est de constater qu’ils ont préféré cette perspective. En ce qui concerne Eric Stauffer, on constate, à la lecture des chiffres, que son résultat est médiocre: environ 500 voix de moins qu’il y a quatre ans. Alors que le nombre d’électeurs est constant. Eric Stauffer pourra donc tergiverser, vitupérer, accuser la presse, inventer des alliances qui n’avaient pas lieu au premier tour, le résultat qui est le sien, il ne le doit qu’à lui. A Lancy, le président en fonction du MCG Roger Golay n’a pas réalisé le score époustouflant qu’il était en droit d’attendre. Son parti étant le premier de la ville sur le plan de la représentation au Conseil municipal. Il arrive malgré tout en troisième place, mais loin derrière les candidats de la gauche (1000 voix de moins). Quand bien même les libéraux-radicaux de Lancy avaient laissé entendre qu’une alliance avec le MCG au deuxième tour serait envisagée.

Reste que le MCG continue de parler à son électorat. Il a publié au lendemain des élections un communiqué de presse sobrement titré: «Un nouvel adversaire politique: la Tribune de Genève». Il s’en prend ouvertement au journal, qu’il estime ne pas respecter son devoir d’objectivité et d’impartialité. C’est clair que la TdG n’a jamais offert au MCG une vision aussi complaisante du parti anti-frontaliers tel que le fait régulièrement Pascal Décaillet dans sa chronique à l'hebdomadaire GHI. Mais plutôt que de respecter la liberté de la presse et, partant, le droit de disposer librement d’une ligne éditoriale, le MCG veut faire des médias son bouc émissaire. Une stratégie propre à l’extrême droite, toujours en rupture avec le système, dont les journaux, la radio et la télévision font évidemment partie. Le parti d’Eric Stauffer aura beau trouver toutes les excuses possibles et imaginables (même les moins crédibles), le résultat de ce 19 avril est clair. Le MCG doit désormais se remettre en question et cesser d’éructer contre celles et ceux qu’il a tant et tant de fois diffamé, injurié et blessé. Le MCG s’attendait à une sanction populaire à l’encontre de ses adversaires. C’est lui et son allié l’UDC qui en font les frais. Alors, la démocratie, ça fait mal, hein?

 

Grégoire Barbey

21:18 Publié dans Elections communales de 2015, Genève | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | | | |

17/04/2015

Elections et communication sur les réseaux sociaux

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La question revient sans cesse et plus particulièrement en période électorale: à quoi servent les réseaux sociaux dans une campagne politique? La réponse varie sans doute en fonction des ambitions de chacun. Ce qui est certain, c’est qu’on ne remporte pas une élection grâce aux réseaux sociaux. Il s’agit avant tout d’un instrument de communication, un canal qui permet de transmettre des messages. C’est aussi un formidable outil de personal branding. Les fonctionnalités dépendent de la plateforme, ce qui nécessite d’adapter la forme de son message. Sur Facebook, la communication institutionnelle nécessite des moyens importants. Les pages dédiées à des organismes, des marques ou des personnalités vont de soi à condition d’avoir déjà une certaine notoriété. Dans le cas contraire, créer l’interaction via une page institutionnelle (on pense ici aux partis) sera plus compliqué, et impliquera une communication professionnelle assez élaborée pour atteindre des objectifs à court terme (bien qu’une e-réputation se construise sur la durée). Or, ce qui caractérise une campagne, c’est sa temporalité. Elle ne dure jamais six ans pour un parti mais quelques mois à peine. Celui-ci met sa structure en marche selon des échéances précises. Alors que l’individu, lui, peut potentiellement attirer l’attention de façon calculée pendant et hors des campagnes. Et donc créer sa propre image, souvent indépendante de son parti.

Bien souvent, les personnes qui font acte de candidature à une élection réalisent à ce moment-là qu’elles ne sont pas (assez) présentes sur les réseaux. Le problème, c’est que c’est déjà trop tard. S’inscrire sur un réseau, quel qu’il soit, est très facile à faire. L’audience prend par contre longtemps à se développer et à se consolider. A moins, bien évidemment, d’avoir déjà une notoriété qui va au-delà d’une réputation virtuelle. Et dans ce cas-là il sera plus facile de constituer une communauté. Encore faut-il définir la cible à atteindre: Monsieur et Madame tout le monde, ou bien le microcosme politico-médiatique? Généralement, l’idéal, c’est de diffuser un message qui atteigne ces deux catégories. Pour utiliser les réseaux sociaux à bon escient, il faut se fixer des objectifs. Pour un candidat à une élection, ces plateformes peuvent être une forme de lien direct avec les médias. Et c’est justement la finalité: capter l’attention de la presse pour augmenter son audience et sa visibilité au-delà d’internet. Sans pour autant négliger la proximité qu’offrent les réseaux sociaux vis-à-vis de son électorat.

Notons qu’une bonne utilisation des réseaux sociaux s’accompagne généralement d’une présence sur des plateformes externes, comme des blogs, permettant de développer une argumentation politique. A Genève, les blogs hébergés par la Tribune de Genève offrent une audience importante et une visibilité non négligeable. Il est essentiel d’analyser les plateformes qui peuvent améliorer la diffusion de sa parole.

Quels objectifs faut-il se fixer et comment les atteindre? Raisonnablement, le premier objectif est d’attirer l’attention. Mais de qui? En priorité des électeurs. Toutefois, les réseaux sociaux ne garantissent pas forcément d’en atteindre suffisamment. Par conséquent, attirer l’attention des médias est crucial. Ils joueront le rôle d’intermédiaire et prolongeront la diffusion du message à travers des canaux à large audience. Une aubaine. Il ne suffit évidemment pas d’être présent sur les réseaux pour soudain attirer l’attention de la presse. Il faut travailler son image et susciter un intérêt, soit par le message diffusé, soit par la manière de le diffuser. Un candidat sortira du lot aux yeux des médias s’il marque sa différence, ou s’il se profile sur un thème spécifique et se présente comme un expert. Un candidat qui connaît parfaitement un sujet d’actualité compliqué et démontre qu’il peut le vulgariser à l’attention de l’audience d’un média aura un indéniable avantage concurrentiel sur ce segment. Il doit l’exploiter à fond et se montrer actif en développant son message à ce sujet. S’il réussit à se profiler correctement, il pourra être considéré comme une référence. Et dès lors, les médias penseront d’abord à lui en cas de besoin. Dans le cas ou d’autres personnalités occupent déjà cet espace, le seul moyen pour se faire entendre est de marquer sa différence en apportant une analyse nouvelle et crédible.

Attirer l’attention prend évidemment du temps. L’observation permet d’atteindre sa cible plus rapidement. Par exemple, il faut lister les personnes d’influence dans les médias et dans la politique et tenter de s’en rapprocher. Se constituer un réseau de qualité nécessite de la patience et de l’énergie. Il ne suffit pas de diffuser un message sur la toile: il faut rencontrer les cibles que l’on veut atteindre. Exister physiquement est essentiel pour susciter l’intérêt et capter l’attention. Cela paraît probablement évident, mais bien des personnes oublient que les réseaux sociaux ne font pas tout. Une campagne politique sur Facebook ou Twitter ne dispense pas d’aller à la rencontre de ses électeurs, ni de distribuer des tracts sur le terrain.

Il ne sert à rien non plus d’investir de l’énergie sur les réseaux si on n’en comprend pas le fonctionnement et l’utilité. La tentation d’en faire une page très personnelle est grande, particulièrement sur Facebook, beaucoup plus adapté à partager sa vie privée, ses états d’âme et son quotidien. Rien n’empêche de jouer sur ce registre avec parcimonie. Cela donne une image plus proche et plus humaine et c’est important. Utiliser les réseaux trop froidement éloignerait celles et ceux qui voudraient créer une relation, même virtuelle, avec le candidat. Il faut toutefois faire attention à ne pas mélanger tout et son contraire. Ce qui est publié sur les réseaux sociaux demeure. Les paroles s’envolent et les écrits restent. Il en va de même avec l’humour grivois ou les blagues racistes. Mieux vaut les réserver à son cercle intime. Ne pas prêter le flanc à la polémique permet de garder le contrôle de sa communication. Chaque mot doit être réfléchi, chaque publication également.

Pour capter l’attention, il faut réagir vite. L’urgence ne doit pas pour autant éliminer l’importance de la qualité et de la maîtrise de sa parole. Une publication qui suscite une controverse à tel point que son auteur finit par la supprimer est une erreur de communication. Il est crucial d’anticiper les éventuelles réactions, surtout sur des thématiques sensibles. Mieux vaut parfois s’abstenir. Idem lorsqu’il s’agit des publications des autres. Quelques secondes suffisent pour déraper, et retirer son commentaire n’aura aucun impact: si quelqu’un d’autre l’a vu et l’a capturé, il deviendra un problème. Il faut ménager une distance de sécurité entre les écrits des autres et ses propres émotions. Ce serait peu constructif de devoir intervenir pour la première fois dans un média afin de se défendre d’un mot de trop, d’un mot maladroit. Cela arrive pourtant et bien plus souvent qu’on ne le pense (pas tous les candidats ont suffisamment d’aura pour être épinglés par les médias lorsqu’ils vont trop loin). Dès lors, il n’y a qu’un seul mot d’ordre: réflexion. La communication, ça se calcule. La spontanéité, il faut la réserver aux mondanités (et encore dans certains cas!).

Une fois le principe de précaution bien compris et appliqué, les réseaux sociaux deviennent des instruments indispensables qui ont pour seules limites l’imagination de celles et ceux qui les utilisent. Si un candidat n’a pas de compétences particulières qui sautent aux yeux (par exemple en exerçant un métier qui fait généralement autorité, c’est souvent le cas des professions libérales), il lui faut les façonner. Les médias ont besoin d’interlocuteurs qui peuvent donner une expertise sur des sujets précis. En général, occuper un segment garantit d’être sollicité par les médias. Mais l’ultraspécialisation ne doit pas occulter la nécessité de développer et de défendre une vision politique globale. Un élu ne s’occupera jamais des seuls sujets qui lui tiennent à cœur. Il devra également se positionner sur des thématiques qui lui sont étrangères. Dès lors, un candidat doit être capable de prendre de la hauteur et de défendre des principes généraux qui selon lui fondent le socle de la société dans laquelle il souhaiterait vivre. La capacité de décrire une société en cohérence avec les convictions du candidat lui permettra, en termes de communication, de prendre de l’ampleur.

En campagne, tous les moyens sont bons pour faire parler de soi. Les réseaux sociaux permettent d’avoir un contact direct avec une (faible) partie des électeurs et surtout un lien étroit avec les médias. Il y a aussi les newsletters, qui permettent d’informer sur l’actualité personne d’un candidat/élu. L’essentiel, pour avoir une réelle assise en matière de communication numérique, c’est de ne jamais rompre le flux communicationnel. Il peut être plus ou moins étendu sur le temps, plus ou moins ponctuel, mais il doit demeurer sur la durée. Certains partis, et particulièrement les sections locales, ont tendance à ne mettre à jour leur site et leur page sur les réseaux sociaux qu’en période électorale. Ce manque d’activité conduit les partis à n’avoir qu’un faible réseau, très souvent composé du cercle fermé de ceux qui naviguent déjà dans le microcosme politique. Le message véhiculé est ainsi dilué et n’atteint pas sa cible. De plus, quand une page ou un site reste inactif pendant plusieurs années, cela donne une mauvaise image du parti et/ou du candidat. L’opportunisme, réel ou supposé, n’a jamais été un critère de sympathie à l’égard d’un parti ou d’un candidat. Les réseaux sociaux servent bien sûr à faire parler de soi. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’il faille le faire n’importe comment et n’importe quand. Il y a des règles et il faut les connaître pour maximiser les effets de la communication politique.

Le moins évident, c’est de s’adapter au format des différents réseaux sociaux. Facebook ne fonctionne pas comme Twitter. Avec le premier, il est possible de développer un message plus long, de présenter différemment ce que l’on partage. Le deuxième se prête davantage à une communication incisive. Ce qu’il faut à tout prix éviter, dans la mesure du possible, c’est d’utiliser Twitter pour renvoyer à des messages Facebook. L’idéal est vraiment de personnaliser le message en fonction du canal employé. Cela permet également d’atteindre d’autres cibles et de diversifier sa communication. On peut voir parfois des profils Twitter de partis qui renvoient à des liens Facebook présentant les candidats de la section aux élections. Quel impact a réellement une telle stratégie? Un parti peut exister tout au long d’une législature. Par exemple en publiant, ponctuellement, les discours de ses élus. Ou des photos d’événements importants, avec un message personnalisé. Des prises de position sont aussi envisageables (et souhaitables, car c’est ce que l’on peut légitimement attendre d’un parti). Quant au candidat, il pourra faire de même le concernant. La communication n’a pas besoin d’être quotidienne. Elle peut être hebdomadaire voire mensuelle. Et il n’est pas nécessaire de se fixer à chaque fois une deadline pour poster un message. S’il n’y a rien à dire, autant ne pas le dire.

Et l’absence a aussi des effets positifs en termes de communication. Quelqu’un qui publie peu mais qui a habitué ses lecteurs à des messages forts et des prises de position argumentées donnera plus de poids à ses publications. Elles constitueront, toute proportion gardée, un événement. Tout est une question de choix et de curseur. L’essentiel reste malgré tout d’assurer une présence minimale sur les réseaux sociaux lorsqu’on occupe ou l’on aspire à occuper un siège dans un parlement ou un exécutif. Un candidat peut, à sa manière, publier des communiqués de presse personnels. La méthode est différente (pas de mail directement adressé aux représentants des médias), mais la forme reste à peu près similaire. Pour illustrer cet état de fait, on relèvera le message de Nicolas Sarkozy annonçant sa candidature à la présidence de l’UMP via sa page Facebook. L’événement avait été tel que des médias ont même annoncé que le message allait être publié quelques heures avant qu’il ne soit effectivement rendu public. Il en va de même, plus récemment, pour la candidate à l’élection présidentielle américaine Hilary Clinton. Cette dernière a annoncé sa décision sur les réseaux sociaux! C’est dire l’importance que prennent aujourd’hui ces plateformes de communication.

Reste qu’en Suisse, l’évolution se fait plus lentement. Deux conseillers fédéraux seulement (sur sept) utilisent Twitter. Il s’agit d’Alain Berset et de Johann Schneider-Ammann. Les autres brillent par leur absence. La plupart des politiciens des pays voisins, en tout cas ceux d’envergure nationale, ont investi ces moyens de communication de masse et ont appris à les dompter. A la différence qu’ils ont généralement des équipes spécialisées dans ce domaine pour les épauler. Ce que n’aura probablement jamais un candidat suisse à une élection locale. Voire fédérale. Il doit donc de lui-même s’intéresser à cet univers numérique pour en comprendre les codes et les utiliser au mieux. Il n’est pas nécessaire d’être un expert en matière de réseaux sociaux. Mais connaître quelques détails sur le fonctionnement de ceux-ci s’avère très profitable. Par exemple sur Facebook, l’algorithme qui gère la création du fil d’actualités des utilisateurs met volontairement moins en avant les liens externes. Si votre publication a pour objectif de rediriger vos lecteurs sur votre blog, il est probable qu’elle génère moins d’interactions qu’une photo. La stratégie de Facebook vise à conserver ses utilisateurs sur sa plateforme pour qu’ils continuent d’être «disponibles» pour les annonces qui sont publiées sur le site. Savoir cela ne signifie pas pour autant qu’il ne faille jamais publier des liens externes. Mais être au courant permet de diversifier sa communication et d’utiliser, par exemple, des publications avec des photos.

Toutes ces pistes ont pour seul objectif de permettre à un candidat de ne pas se contenter d’utiliser les réseaux sociaux comme une simple vitrine de sa campagne électorale. Il a tout à gagner à ne pas se limiter à publier des photos des affiches sur lesquelles il apparaît ou des innombrables stands auxquels il a activement participé. Communiquer avec des idées précises et des objectifs concrets, susciter le débat, la curiosité et l’intérêt, ce sont des possibilités très accessibles pour celles et ceux qui veulent que leur campagne numérique ait un réel impact sur le résultat des urnes. Mais une fois encore, la meilleure des campagnes sur les réseaux sociaux ne dispensera jamais d’être (hyper)actif sur le terrain. C’est encore aujourd’hui le meilleur moyen d’être en contact avec ses potentiels électeurs. Les plateformes numériques ayant avant tout pour fonction de développer un lien étroit avec les médias.

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15/03/2015

Genève, canton zéro réaction crédible?

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Ainsi le Mouvement citoyen genevois (MCG) peut transgresser les règles et dénaturer les institutions à Genève sans jamais n’être inquiété. Il y a quelques semaines, les Genevoises et les Genevois découvraient les nouvelles affiches du MCG à Onex, «ville de progrès, commune zéro frontalier». Le président d’honneur du parti (une fonction qui s’apparente à un culte de la personnalité) Eric Stauffer profitait de cette nouvelle pour annoncer une provocation supplémentaire: la création d’autocollants pour les commerçants pour informer sur la proportion de frontaliers engagés dans l’enseigne. Les réactions ne se sont pas faites attendre et ont été vives. Certains (dont je fais partie) allant jusqu’à comparer ces affiches et ces autocollants avec la communication des partis nazi et fasciste du siècle dernier.

 

Malheureusement, rien ne va changer. Du moins si les politiciens restent ainsi paralysés dans une inaction qui en dit long sur leur prise de conscience du danger réel d’une telle communication. Les mots ont leur importance, les symboles aussi. Le MCG a franchi une ligne rouge. Il en va de la responsabilité des élus de le signaler avec fermeté et d’en tirer les évidentes conséquences. Lorsqu’Eric Stauffer a dû être expulsé du Parlement par la police, les politiciens opposés au MCG ont fait savoir qu’ils ne pouvaient pas tolérer un tel comportement. Lorsqu’il a toutefois fallu décider de la sanction à infliger au président d’honneur du MCG, les paroles ne se sont pas transformées en actes. Rien. Et pourtant il y avait de quoi. La scène de l’expulsion restera gravée dans les mémoires, et surtout dans le marbre de l’Histoire du canton. Ce fameux soir-là, où l’on a vu des policiers hésiter face à la figure de proue du parti qui a noyauté les forces de l’ordre et où des députés se sont dressés contre des gendarmes, ce fameux soir-là a bien mis en évidence le caractère fasciste du MCG. On notera aussi les signes ostentatoires de menaces de mort à l’encontre de députés durant ce sombre événement.

 

Les députés ont finalement sanctionné Eric Stauffer en ne lui donnant pas accès à la présidence du Grand Conseil. Cet épisode a malgré tout permis de constater la fracture politique qui règne au Parlement. Le groupe des libéraux-radicaux avait fait savoir qu’il ne voterait pas pour le président d’honneur du MCG. Lors du vote toutefois, Eric Stauffer a pu compter sur une petite dizaine de voix PLR. Non pas que ces élus libéraux-radicaux soient pro-MCG. Mais parce qu’une vieille croyance persiste encore dans les rangs politiques à Genève: s’opposer au MCG, c’est lui donner une caisse de résonnance, c’est lui offrir un boulevard aux élections communales. Et pour certains élus, le MCG peut s’avérer un allié utile pour obtenir des voix pour accéder à l’Exécutif communal. On peut faire le même procès d’intention à la gauche. Le référendum contre la Loi sur la police a permis de le confirmer: socialistes et verts jouent à un jeu dangereux, celui de l’ambiguïté. Les deux partis ont accepté de soutenir la loi, mais sans faire campagne. Seuls quelques députés responsables ont fait leur job et ont fait connaître leur position. Ce comportement était clairement irresponsable. Cela n’a pas été assez dit depuis le 8 mars.

 

Idem en ce qui concerne le dumping salarial. Le cas Firmenich (des employés roumains étaient payés 800 euros par mois) a donné l’occasion aux socialistes de sortir le bazooka et de se pavaner dans le rôle de défenseur des travailleurs. Mais à quel prix? Cette attitude tout aussi irresponsable parce qu’exagérée face à la réalité des faits donne crédit aux allégations du MCG. Il est évident que le dumping salarial doit être absolument combattu. La législation existe et elle semble être correctement appliquée. La gauche doit à son tour quitter l’ambiguïté face à la menace MCG et tenir un discours limpide sur les questions qui l’occupent.

 

Qu’a fait le MCG depuis dix ans au Parlement? Ses victoires ont toujours eu pour conséquence de détruire des acquis, ou de bloquer des projets. La seule initiative que le MCG a lancé depuis sa création a échoué (sur la préférence cantonale), même si elle semble aujourd’hui appliquée en partie par Mauro Poggia. Le MCG n’a rien apporté à Genève en termes de plus-value. Ce parti n’a servi qu’à diffamer les institutions, à les décrédibiliser, à en faire son terrain de jeu favori. Le MCG ne parlemente pas, il vocifère, il vomit. Lorsqu’un élu dit sa vérité sur ce parti en séance plénière, les députés du MCG hurlent, crient, scandent, injurient. Ils craignent qu’on utilise à leur égard des mots justes. Ils ont peur que le débat ait lieu.

 

Aujourd’hui, les députés doivent choisir leur camp, car il est bien question de cela. Soit la passivité face à la montée d’une communication toujours plus inadmissible et irrespectueuse, soit l’activité pour mettre un terme aux turpitudes politiques du canton de Genève. Libéraux-radicaux, démocrates-chrétiens, socialistes et verts doivent désormais se mettre d’accord sur un programme commun jusqu’en 2018 et négocier ensemble sur des sujets plus controversés. Sur l’emploi, cette coalition que j’appelle de mes vœux doit reprendre l’initiative. La préférence cantonale est une ineptie et j’ai déjà eu l’occasion de le dire. Ce qu’il faut, pour tous ces résidents genevois qui souhaitent effectivement retrouver un travail, ce sont des mesures réelles et efficaces. Je pense par exemple à des formations continues, à des programmes de réinsertion, ou comme l’a soutenu à sa manière Grégoire Carasso en Ville de Genève pour les apprentis, une politique incitative pour les employeurs qui choisissent d’engager des travailleurs locaux (et par locaux, j’entends un périmètre défini par exemple d’après la commune, et non le canton, car il s’agit aussi de défendre des actes responsables en matière d’environnement).

 

L’objectif d’une telle coalition? Retirer au MCG son rôle d’arbitre incontesté des débats parlementaires (qui le conduisent notamment à appeler à guillotiner les écologistes dans un rapport de majorité, on rêve). En jouant cette carte, les partis auront déjà le luxe de se prouver qu’ils sont capables de reprendre la main sur la politique genevoise. Mais ils feront plus: ils prouveront à leurs électeurs et à ceux qui en doutent qu’il y a des solutions et qu’en y travaillant ensemble, on peut donner à Genève le visage d’un canton de progrès, plutôt que celui d’un canton où la haine des uns devient la colère des autres.  Le MCG a récemment franchi la limite de l’acceptable. Les partis ne doivent plus seulement le faire savoir, ils doivent transposer leurs paroles en actes. Sinon, on s’imagine assez bien une affiche qui décrive la situation: Genève, canton zéro réaction crédible.


Grégoire Barbey

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10/03/2015

Roger Golay, l'électoralisme trop visible

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Campagne électorale oblige, le conseiller national et président du MCG Roger Golay se profile sur la seule thématique de son parti: la préférence nationale. A défaut d'avoir des propositions concrètes pour sa commune, il capitalise sur sa visibilité d'élu fédéral pour capter des voix à Lancy avec une proposition qui ne répond pourtant à aucun besoin prépondérant. Et sa position est largement diffusée dans la presse. Il est nécessaire de pondérer ses propos. Roger Golay affirme dans un article publié dans la Tribune de Genève qu'il y a en Suisse un «afflux massif de frontaliers». Selon lui, il «n'est pas tolérable» que des frontaliers travaillent dans les entreprises subventionnées par la Confédération. Il exige donc que soit appliquée une préférence à l'embauche pour les résidents suisses. Evidemment, le président du MCG chiffre le nombre de chômeurs en Suisse: 150'946. Et 206'138 demandeurs d'emploi au total. Il omet toutefois volontairement d'y joindre le pourcentage que cela représente au sein de la population active: le chômage a légèrement augmenté en janvier de 0,1 point de pourcentage pour atteindre 3,5%. Une situation de quasi plein emploi. Ce qui ne signifie pas qu'il faut s'en frotter les mains et faire comme si tout allait bien.

La récente abolition du taux plancher de 1,20 franc pour 1 euro pourrait avoir des conséquences sur l'emploi à moyen terme et il en va de la responsabilité du Gouvernement et du Parlement de veiller à limiter les dégâts. On constate cependant qu'une stabilisation de la devise suisse s'est opérée aux alentours de 1,07 franc pour 1 euro. Un niveau plus élevé qu'attendu après l'annonce surprise de la suppression du taux plancher. On peut donc espérer une situation moins catastrophique que prévu. Mais Roger Golay n'aborde pas la question de la crise du franc. Ce n'est pas son segment. Evoquer les effets conjoncturels sur l'emploi nuirait à son argumentaire émotionnel: il faut désigner un coupable et il faut proposer une solution. En somme, c'est une excellente communication marketing. Pour tous ceux qui sont plongés dans une situation de détresse sociale, cette proposition a le mérite de donner un cap et de proposer une victime expiatoire sur laquelle décharger sa colère. Roger Golay ne manque d'ailleurs pas d'employer des termes forts pour s'adresser à son électorat: «fléau», «drames humains», «profonde précarité», etc.

Ces mots sont habilement disséminés au travers de son texte et peuvent sembler anodins si l'on n'y prend pas garde. C'est justement dans cette ambiguïté que réside le message subliminal du MCG. L'ennemi, c'est le frontalier, c'est l'autre. Le vocabulaire est essentiel pour rendre cette assertion crédible. Si le lecteur est lui-même dans une situation délicate sur le plan professionnel ou social, ce discours trouvera sans doute grâce à ses yeux. Parce qu'il a le mérite de promettre une embellie. De donner une perspective nouvelle à quelqu'un qui n'en a peut-être plus. Et c'est sans doute ce que la communication du MCG a de plus indécente: elle donne de faux espoirs à des gens qui probablement ne retrouveront pas d'emploi à moins d'une meilleure formation – avec ou sans frontaliers – ou d'une réadaptation professionnelle. Cette réalité, Roger Golay préfère la cacher. Plutôt que de chercher la cause de ces situations inacceptables, il désigne un coupable et se propose de le chasser du territoire. Roger Golay sait bien qu'aucune entreprise privée n'acceptera jamais d'appliquer cette logique si elle implique des coûts supplémentaires ou des risques exagérés. A compétence égale, il en va de la responsabilité de l'employeur qui seul décide s'il préfère un collaborateur qui habite plus près (ça a des avantages indéniables) ou loin, avec de potentielles conséquences inattendues. Roger Golay et son parti veulent pourtant laisser croire qu'à terme, le secteur privé se pliera à l'évidence de sa proposition, même si les employeurs ont déjà la capacité de décider par eux-mêmes.

Or, ça n'arrivera jamais. Il y a des secteurs où l'absence de frontaliers créerait une pénurie durable de compétences. Et notamment dans celui de la santé. D'ailleurs, Mauro Poggia s'est récemment réjouit de la décision du Tribunal cantonal qui permet à des frontaliers de réintégrer l'assurance-maladie obligatoire en Suisse (ce qui financera un peu plus les Hôpitaux universitaires dont il a la responsabilité). Tout ce double discours est bien joli, mais il n'apporte aucune réponse concrète à une population effectivement déshéritée à qui il faudrait parler avec honnêteté. Mais ça, bien sûr, ça demande du courage. Et Roger Golay veut être élu au Conseil administratif de sa commune, il ne souhaite pas jouer le rôle d'assistant social.

Grégoire Barbey

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08/03/2015

Victoire dans la douleur, victoire quand même

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La Loi sur la police a été acceptée par 42 voix supplémentaires en sa faveur. C’est évidemment un score particulièrement serré. Cela n’enlève pas pour autant au résultat sa légitimité. Le sujet était particulièrement complexe (et le débat n’a pas vraiment porté sur des éléments techniques) et l’opposition s’est cristallisé sur des thèmes émotionnels. On pense notamment à l’argument selon la législation soumise au vote populaire permettrait d’engager des policiers d’origine étrangère. En cette période de repli identitaire à Genève, le slogan est porteur, cela va sans dire.


Cela démontre aussi qui se bat pour faire évoluer le canton et qui lutte contre le changement. Même si la réforme aboutit dans la douleur et dans un climat malsain, Genève fait un nouveau pas en avant. C’est une bonne nouvelle. Les partis devront bien sûr tirer les enseignements de cette victoire à l’arrachée. La coalition PLR-PDC-PS-Verts n’a pas eu l’impact espéré. En partie sans doute parce que la gauche était tiraillée par une certaine défiance vis-à-vis du PLR et de son ralliement à l’UDC et au MCG pour le budget 2015. Et aussi par la crainte de la réforme salariale des employés de l’Etat. D’où l’absence de campagne de la part du Parti socialiste et des Verts (sauf à titre individuel).


Cette attitude n’a pas favorisé la lisibilité politique des rapports de force contre cette loi. Les appels à refuser cette législation étaient deux fois plus nombreux dans la brochure de vote. Cela n’a pas été suffisamment relevé (et ça a pourtant une conséquence directe sur la campagne d’affichage, notamment). Les partis qui se sont engagés en faveur de cette loi ne doivent pas communiquer à propos du MCG et de ses alliés de circonstance. Le MCG a échoué, et même si ses membres vont maintenant affirmer le contraire, sa politique de la terre brûlée qui consiste à s’opposer systématiquement aux changements et à réduire à néant ce qui a été précédemment réalisé n’a pas trouvé grâce dans les urnes. Quand bien même ce sont 42 voix qui ont fait la différence.


Le canton de Genève doit empoigner son avenir et cela passe par la concrétisation de réformes attendues. Pierre Maudet n’a pas échoué aujourd’hui. Il a remporté une victoire difficile, et à bout de souffle, il peut être satisfait de son tour de force. Sa campagne lui a permis de convaincre ces quelques citoyens supplémentaires qui lui ont donné la victoire. C’est ça la politique. Celui qui gagne, c’est celui qui se croit vainqueur quinze minutes de plus que son adversaire. Raison pour laquelle les attaques incessantes de certains contre «les partis traditionnels» ne doivent pas prendre racine. Braire et laisser braire. L’essentiel, c’est le résultat.


Quant aux perdants, seule l’application de la loi permettra de mettre un terme définitif à leurs gesticulations. D’ici-là, les forces raisonnables devront prendre leur mal en patience et laisser ces grandes gueules expliquer à qui veut les entendre que cette loi va pénaliser la sécurité publique. Aujourd’hui, réjouissons-nous de l’acceptation de cette réforme. Genève a besoin d’aller de l’avant. Pour le reste, attendons demain, personne n’échappe à l’heure des comptes. 


Grégoire Barbey

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05/03/2015

Les chiens aboient et la Caravane passe

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Le retrait un peu tardif d'un dossier où le ministre Luc Barthassat aurait pu être juge et partie a fait grand bruit récemment dans la Tribune de Genève. Conflit d'intérêt. Le mot tombe comme un couperet. A grand renfort d'intervenants externes, l'article qui révèle la faute du conseiller d’Etat va jusqu'à s'appuyer sur le procès-verbal d'une commission du Grand Conseil. Ces réunions sont protégées des regards indiscrets de la presse. Le procès-verbal d'une séance de commission n'arrive donc pas systématiquement dans les mains d'un journaliste, fut-il de bonne volonté et au bénéfice d'un solide réseau. Celui qui a donné ce document à la Tribune de Genève avait donc un intérêt. Il voulait nuire au ministre. On s'imagine assez bien qu'un membre du cabinet d'un autre conseiller d’Etat puisse l'obtenir et le transmettre, l'air de rien, à un journaliste.


Ce qui surprend plus encore, c'est que cette tempête dans un verre d'eau s'accompagne d'un éditorial visant à faire la leçon à l'intéressé. Outre le fait que la Tribune de Genève n'a toujours pas compris que l'électorat de Luc Barthassat aime sa «bonhomie» et son franc parler (qui semble être aux yeux du journal incompatible avec la fonction de ministre à Genève) et renforce donc son assise à chaque fois qu'elle l'attaque sur cet aspect, on s'étonne de n'avoir pas lu une seule ligne sur des conflits d'intérêt évidents entre d'autres politiciens.


Prenons, par le plus grand des hasards, l'exemple de ce projet nommé la Caravane passe (mais là, les chiens sont au garde-à-vous) visant à réaliser des concerts et autres animations à proximité des travaux du CEVA pour soulager les riverains des nuisances sonores générées par le chantier. Le projet, dont la société Nepsa du député PLR Frédéric Hohl devait coordonner la réalisation, avait reçu une subvention de la Loterie romande à hauteur de 420'000 francs (article détaillé à consulter sur Politeia.ch). Etonnamment, les projets qui obtiennent de tels montants de la part de l'organisme de redistribution n'ont rien à voir avec celui de la Caravane passe. Plus surprenant encore, c'est qu'à la tête de l'organe genevois de répartition se trouve Bernard Favre, également secrétaire général adjoint du président du Conseil d’Etat François Longchamp. Les trois hommes sont membres du PLR et se connaissent de longue date.


C'est quand même curieux qu'un tel projet, préalablement accepté par le Conseil d’Etat sans en avoir averti Luc Barthassat, pourtant en charge du dossier du CEVA, obtienne une telle subvention. Et soit soutenu très rapidement sans réserve par le gouvernement. Finalement, le projet n'a pas été accepté par le Département des transports et ne verra donc pas le jour. Mais quand même. Tout cela paraît au moins aussi étrange que les quelques propos un peu maladroits de Barthassat concernant cette ligne de bus qui doit à terme empiéter sur son terrain à Landecy. Et pourtant ça n'a jamais fait l'objet d'une ligne dans la Tribune de Genève. A aucun moment, le vénérable journal n'a fait état dans ses colonnes d'une interrogation concernant ce projet de Caravane passe. Il y a quand même des questions d'intérêt public dans cette affaire également. Tout ça fait évidemment jaser dans le Landerneau politique genevois. Tout le monde connaît ces liens et personne ne les mentionne, ne serait-ce que pour permettre aux intéressés de s'expliquer et de mettre fin à d'éventuelles rumeurs infondées.


Certes, attaquer Luc Barthassat demande moins de courage que de s'en prendre à l'illustre président du Conseil d’Etat qui siège depuis maintenant dix ans au gouvernement. Et le ministre PDC est une cible facile: il est loin du profil type qu'on adore à Genève. Ce caractère très protestant, réservé, discret, maître de sa parole, qui ne fait pas de vague, ne décrit effectivement pas tout-à-fait Barthassat. La Tribune de Genève réagit donc à la manière des anticorps qui s'agglutinent contre le corps étranger pour limiter sa propagation. Il n'y a rien de méprisable à cela. On serait quand même tenté d'espérer qu'un jour, la Julie traite du dossier de la Caravane passe. Il y a une information qui n'a pas encore été publiée dans un journal: le projet ne verra pas le jour. Ca aurait au moins le mérite de donner l'impression que le traitement des sujets est moins partial.

Grégoire Barbey

 

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04/03/2015

Sommaruga: l'absence sans gravité

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L'absence de la présidente de la Confédération, Simonetta Sommaruga, au Geneva Motor Show suscite l'indignation d'une partie des élus genevois. Existe-t-il une obligation protocolaire de s'y rendre? C'est une tempête dans un verre d'eau. L'ego genevois prend quand même des proportions invraisemblables. Certes, l'événement a une portée internationale. Les médias du monde entier sont présents. Et des grands dirigeants d'entreprise également. Mais combien de chefs d'Etat étrangers ayant besoin d'être accueillis par la présidente de la Confédération?

L'absence de Simonetta Sommaruga est sans doute regrettable. Mais pas au point de s'en indigner. Celle de Christian Ferrazino en 2004, alors maire de la Ville de Genève, était beaucoup plus grave. Il n'est pas non plus très logique que des Genevois donnent des leçons de représentation à la Confédération. Le canton n'est pas parmi les plus actifs en la matière. C'est évidemment flatteur de compter parmi ses invités la présidente de la Confédération, surtout à Genève. De là à en faire une polémique, c'est quand même un peu culotté. Avant d'attendre des gestes du Conseil fédéral, Genève pourrait soigner ses relations avec Berne. Ce serait déjà un bon début.

Quant à Simonetta Sommaruga, elle a sûrement mieux à faire que de se pavaner à Palexpo. Même si c'est dur à avaler pour l'ego de certains.

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