Gregoire Barbey

28/03/2017

Le chant du cygne d'un MCG à bout de souffle

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Les élections cantonales se rapprochent et le Mouvement citoyen genevois s’illustre à nouveau par son étonnante capacité à se préoccuper du bien-être de ses concitoyens en s’attaquant à cette cadre de l’Administration fiscale cantonale (AFC) qui vit en France… et possède le passeport suisse! A en croire le parti, en mal de visibilité depuis le départ de son vitupérant clown en chef Eric Stauffer, cette nomination met en grand danger la sécurité des données fiscales des Genevoises et des Genevois. Rien que ça! Le MCG se fend donc d’un communiqué de presse et annonce le dépôt d’une motion appelant le Conseil d’Etat à suspendre la directrice adjointe de l’AFC et à n’engager que des résidents genevois en ce qui concerne l’administration fiscale.

Le parti – qui n’a pas peur du ridicule et des superlatifs – s’égosille dans un exposé des motifs des plus saugrenus. Pour lui, cette nomination implique une «nouvelle perte de souveraineté» qui met «en danger nos institutions» (!) et le secret fiscal genevois. Il s’agirait d’une «dérive dangereuse» de l’AFC. Le MCG craint en effet que les douanes françaises ne soutirent des informations capitales à cette femme qui vit en France voisine. La scène serait digne d’un film de Michel Audiard… Bref, à une année des élections cantonales, le parti des râleurs essaie tant bien que mal d’exister au sein du paysage médiatique, quitte à devoir se faire mousser. Un comportement qui sent la fin de règne, sans pourtant n’avoir jamais régné ailleurs que dans les cafés du commerce.

C’est dire à quel point le programme de ce parti n’a guère évolué au fil des années. Douze ans après son entrée fracassante dans les travées du Parlement genevois, le MCG est à bout de souffle et peine à redynamiser sa dialectique et à occuper des thématiques différentes de son principal fonds de commerce, qui se résume par la haine et la méfiance vis-à-vis des autres. Le chant du cygne, en somme.

Dans ce cas précis, le discours du parti devient totalement incompréhensible: est-ce le fait de résider en France voisine qui met en danger le secret fiscal genevois? Faut-il interdire à toute personne disposant d’informations sensibles de traverser la frontière pour aller en France? La directrice adjointe de l’AFC est Suissesse. Le MCG préférerait-il quelqu’un qui réside à Genève mais qui ne dispose pas de la nationalité suisse tout en ayant accès à des données confidentielles? En quoi le lieu de résidence influence de façon systématique l’allégeance d’une personne à un Etat étranger? Si la France souhaite obtenir des informations de la sorte, n’a-t-elle pas d’autres moyens pour les obtenir, comme faire du trafic d’influence ou carrément acheter des personnes afin qu’elles transmettent de telles données aux autorités françaises?

Oui, le MCG est définitivement à côté de ses pompes. Incapable de se maintenir, apeuré par l’échéance électorale qui approche, le parti se livre à la réaction à chaud, tout ça pour qu’on parle de lui. Un article paraît le dimanche, voilà que le lundi matin, une motion est déposée en lien avec les informations dudit papier. La politique, ce n’est pas ça, et la médiocrité de la position du MCG dans cette non-affaire le prouve une fois de plus. Le MCG donne l’impression d’être un poulet décapité dont les muscles sont encore traversés par des spasmes avant de mourir… définitivement.

Grégoire Barbey

Copyright photo: Patrick Gilliéron Lopreno

13:19 Publié dans Air du temps, Elections cantonales 2018, Genève | Lien permanent | Commentaires (17) |  Facebook | | | |

27/02/2017

Gloire à Françoise Buffat, gloire à la clarté

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La chronique est un art à part entière, un art engagé, puissant, pouvant porter à conséquence. Cette discipline, Françoise Buffat la maniait à merveille, et était crainte pour sa capacité à «porter la plume dans la plaie». Respectée, elle avait la réputation de pouvoir faire et défaire les carrières politiques, particulièrement au sein de feu le Parti libéral genevois. Son décès résonne tristement à l’heure où Le Temps supprime de nombreux emplois et que le journalisme romand traverse une crise sans précédente d’identité et de confiance. Françoise Buffat avait un indiscutable talent de plume et donnait à l’exercice de la chronique un ton et un langage qui font cruellement défaut de nos jours. Embourbé dans sa position de neutralité fantasmée, le journalisme moderne entretient avec la chronique une relation ambigüe. A la base exercice de style et de clarté, la chronique s’est peu à peu transformée en un fourre-tout confus et presque illisible. Il y a bien sûr des exceptions. Mais globalement, ce qui faisait le sel de la chronique s’est peu à peu dilué pour donner un résultat assez indigeste.

Le journalisme d’opinions a perdu son sexe ces dernières décennies, et ce n’est pas un hasard si l’art de la chronique en a fait les frais. Il ne s’agit plus que d’une forme de contenu, une manière, un genre. Bloqué dans sa position d’observateur neutre, le journalisme a relégué la pratique de la chronique en un exercice de style plutôt qu’en un exercice de clarté, de vérité (celle de l’auteur de la chronique, s’entend). L’art du zigzag a remplacé au fil des décennies celui de la pensée, des convictions. Lisez donc ce qui est aujourd’hui estampillé du label «chronique» et vous réaliserez assez rapidement que la position de l’auteur n’est en général pas limpide, et moins encore assumée. Ce qui relevait d’un exercice de droiture est devenu un exercice de contorsion, où même les mots prennent les courbures des esprits embués de leurs auteurs. Il n’est plus question de dire, quitte à déplaire. Il faut ménager la chèvre et le chou, dans une volonté de donner au journalisme une prétention inclusive, un air de science exacte, là où ce sont les représentations personnelles de chacun qui décrivent et décryptent les événements de ce monde.

Là où les mots étaient sulfureux, la chronique a pris le parfum du soufre. La rectitude de la pensée a été remplacée par la contrainte de l’obscur, de l’insaisissable. Gloire à Françoise Buffat, figure de la chronique politique locale, et gloire à toutes celles et ceux qui, aujourd’hui encore, tentent de donner à cet exercice les couleurs qui le rendent si singulier et si précieux. Espérons que les mots redescendent à nouveau dans la rue et cessent d’occuper des sphères hautaines où les reflets de l’ego surplombent la clarté du soleil.

Grégoire Barbey

13:30 Publié dans Air du temps, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |

23/02/2017

Régularisation de la bêtise immonde

La droite nationaliste n’a pas de mots assez durs pour qualifier la régularisation de 5000 personnes en situation d’illégalité à Genève, mesure autorisée par le Conseil fédéral après d’âpres négociations entre Genève et la Confédération pendant plusieurs années. Les thuriféraires de l’identité sacrée y vont de leurs remarques médiocres, agitant les bras tels des épouvantails déchiquetés par les corbeaux. Ici, le conseiller national Yves Nidegger (UDC/GE) se demande combien de déplacés occasionnera la régularisation de ces sans-papiers. Là, la conseillère nationale Céline Amaudruz (UDC/GE) écrit sur une fâcheuse plateforme facho toute la haine qu’elle pense des étrangers, forcément appelés à se multiplier en Suisse à cause de Pierre Maudet, qu’elle surnomme Pierre le débonnaire. Vains propos d’une pensée mise en bière. Rien de très surprenant de la part de ces gens dont le fonds de commerce politique demeure encore et toujours la stigmatisation de l’autre.

Cela ne prêterait même pas à réaction si les odieuses paroles de ces personnes à l’identité frustrée ne trouvaient pas un écho grandissant au sein de la population. La Confédération et Genève ont décidé d’accorder une existence légale à des gens qui vivent et travaillent ici depuis plusieurs années. Les intellectuels de la pensée isolationniste préfèrent quant à eux fermer les yeux sur ces situations, en appelant pour leur propre gloriole au respect de la loi, à des sanctions contre les entreprises qui engagent ces sans-papiers et à davantage de fermeté contre l’immigration massive. Certains n’hésitent pas à voir dans cette mesure les stigmates de la théorie saugrenue du Grand Remplacement. Comme si cette courageuse décision des autorités avait vocation à distribuer le passeport suisse au rabais, ce que suggère dans sa prose nauséabonde la conseillère nationale UDC Céline Amaudruz.

La xénophobie assumée de ces élus est véritablement navrante. Mais là où il y a de la carcasse, il y a des hyènes.

Grégoire Barbey

20:48 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (35) |  Facebook | | | |

19/02/2017

Presse: il est minuit moins cinq...

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Les éditeurs ont fait un choix concernant la presse romande. Plusieurs possibilités s’offraient à eux. Ils ont choisi par défaut le pire des chemins, celui qui consiste à ne pas vraiment faire de choix, et continuer dans la même direction comme si de rien n’était. Cette décision, qui n’en est pas tout à fait une, ne peut donc qu’être source de déception, d’incompréhension, de révolte. En effet, les éditeurs, en préférant continuer à imposer à leurs journaux des objectifs peu réalistes de rentabilité, et en désinvestissant dans la presse au moment où celle-ci a le plus besoin de moyens pour s’adapter et trouver un nouveau modèle d’affaires, n’ont fait qu’accentuer le déclin de la branche. Nombreux sont les journalistes qui chérissaient le mariage des journaux et des éditeurs, ces derniers étaient même depuis longtemps perçus comme des humanistes, des philanthropes qui croyaient passionnément à l’idéal d’une presse de qualité, diversifiée et forte. Au contraire, les titres qui étaient financés par des mécènes étaient regardés d’un œil suspect, presque accusateur. C’est triste, mais le réveil n’en est que plus douloureux.

Les éditeurs avaient pourtant la capacité de prendre des directions différentes, de faire des choix clairs. Ils auraient pu, par exemple, décider d’investir massivement dans les journaux pour encourager l’émergence d’un modèle viable, débarrassé de l’incertitude chronique du marché publicitaire, et de cette dépendance somme toute malsaine. Ce n’est pas ce qu’ils ont fait. Ce choix leur appartient, mais il est quand même nécessaire de relever l’absurdité qui se dégage de leur stratégie. Maintenir des titres en vie pour éviter que d’autres ne se créent et viennent concurrencer les éditeurs sur leur propre terrain n’est pas une stratégie, c’est une fuite en avant. Maintenir des titres en vie au prix d’incessantes et violentes restructurations, alors même que la presse traverse une crise de confiance et doit être d’autant plus solide et exigeante avec elle-même pour retrouver le lien qui l’unissait à ses lecteurs, alors même qu’internet implique de nouveaux modes de consommation de l’information qui renforcent la séparation entre les médias et leur public, ce n’est pas s’engager pour la presse, c’est la tuer, mais d’une mort lente, inéluctable, douloureuse, injuste.

Le cœur de métier des éditeurs s’est progressivement déplacé. L’essentiel de leurs bénéfices se fait dans des activités annexes à celle de la presse. Les revenus y sont nettement supérieurs. Ce n’est pas par hasard si ces mêmes éditeurs ont retiré aux journaux une partie de ces activités qui leur permettaient encore de garder la tête hors de la noyade financière. La presse n’est donc plus qu’un reliquat historique de l’activité qui était celle des éditeurs à une époque qui n’est plus. Ce n’était pourtant pas une fatalité. Ces activités rentables des éditeurs auraient pu servir à financer, sous la forme d’un mécénat interne, les mutations que le contexte impose aux médias. Quelque part, ce mécénat existe de facto, puisque les titres déficitaires survivent grâce aux activités profitables des éditeurs. Mais ils ne font que survivre, sans obtenir des moyens supplémentaires pour faire face à la tempête et garder un cap à travers les remous de l’incertitude. Et cette survie implique nécessairement un sombre horizon, celui du déclin progressif, puis de l’arrêt brutal. L’Hebdo en a fait les frais. Des rumeurs au sein de la profession mentionnent une possible nouvelle saignée dans un grand titre genevois, lequel présente cette semaine ses chiffres et son nouveau projet éditorial.

Je ne sais pas si ces craintes sont fondées. Mais qu’elles le soient ou non n’a guère d’importance. Les journalistes n’ont évidemment pas les garanties nécessaires pour faire leur travail en toute quiétude. Le danger d’une nouvelle restructuration demeure présent à chaque instant. Il s’agit d’une spirale infernale, qui s’auto-alimente. L’attitude schizophrène des éditeurs y est pour beaucoup. Leur communication aussi, puisqu’ils promettent que la réduction des effectifs n’impactera en rien la qualité des médias concernés (ce qui est un mensonge éhonté). Le Temps, symbole malgré lui de ces saignées répétées, l’a démontré récemment encore. De l’extérieur, on ne peut qu’avoir le sentiment d’une résignation. L’absence publique remarquée du rédacteur en chef renforce l’impression que tout est foutu. Qu’il n’y a pas vraiment de quoi espérer encore. C’est dommage, car ces titres ont sûrement besoin plus que jamais d’avoir une vision, qui peut et doit être différente de celle des éditeurs.

Quand Stéphane Garelli, président du Temps, déclare sur les ondes de la RTS que techniquement, les employés du journal sont sous la houlette de Ringier Axel Springer, et qu’il ne peut donc rien, il donne le sentiment d’avoir déjà abandonné la bataille. Alors même qu’elle ne fait que commencer, et qu’il est justement venu le temps de sortir de l’ambiguïté et de parler un langage vrai, qui se traduise par des actes. Rien n’est encore fini à ce jour, mais il est déjà minuit moins cinq sur l’horloge du déclin de la presse. Les éditeurs ont fait leur choix, il ne reste qu’aux médias concernés de faire le leur, et de ne plus donner le sentiment de s’être résigné à un funeste destin. Le grand soir de la presse peut encore advenir, il suffit de le vouloir durement.

Grégoire Barbey

13:29 Publié dans Air du temps, Journalisme | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | | | |

17/02/2017

Le temps révolu des éditeurs

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Colère. Sidération. Incompréhension. Impuissance. Indignation. Révolte. Ras-le-bol. Tous ces mots, et tant d’autres encore, pourraient aisément qualifier les sentiments qui prennent les journalistes romands à la gorge ces dernières semaines. L’annonce jeudi 16 février du nombre de licenciements au journal Le Temps a renforcé ces impressions. L’éditeur du quotidien, Ringier Axel Springer, avait prévenu via son communiqué informant de sa décision de cesser la parution de L’Hebdo que les suppressions d’emplois interviendraient dans la newsroom commune du Temps et de L’Hebdo. La charrette était donc prévue et elle allait forcément impacter le quotidien romand, quand bien même l’éditeur avait tenté de rassurer son monde en affirmant que les économies réalisées avec la suppression de L’Hebdo permettraient de renforcer Le Temps. De la communication froide. Investir dans un journal, aujourd’hui, implique de réduire d’un quart ses effectifs. Etonnant message envoyé par la direction zurichoise…

Mais il faut prendre acte de ce signal. La quasi-totalité des journaux de langue française en Suisse sont gérés loin de la région qu’ils couvrent. L’intérêt porté par les gestionnaires de ces groupes, qui n’ont plus rien à voir avec le travail historique des éditeurs, ne peut donc qu’être inversement proportionnel à la longueur qui sépare la production de l’information et les prises de décisions. C’est un fait. Sinon, comment expliquer que des correspondants d’un journal à vocation romande perdent leur emploi à travers cette nouvelle saignée? Comment expliquer qu’une publication qui défend un journalisme exigeant, de qualité, soit amputée des ressources humaines qui donnaient à son ouvrage une valeur ajoutée, une signature singulière, une saveur particulière? Il n’y a strictement aucune décision stratégique. Il s’agit de coupes aveugles. Le journalisme moderne se voit confronter à devoir faire toujours plus avec toujours moins. Les perspectives sont sombres. Les éditeurs n’investissent plus dans la presse, ils désinvestissent. Leur mantra demeure la rentabilité, qu’importe le contexte économique, qu’importe la réalité, et tant pis si cela implique d’imposer cette vision étroite du profit à tout prix dans la douleur et dans les larmes.

Nous devons accepter que les éditeurs ne soient pas prêts à investir et à s’engager pour que puisse émerger un modèle d’affaires viable, stable, qui garantisse l’avenir du journalisme, si nécessaire à la diffusion des idées, au débat, à la recherche de la vérité, qui est un combat permanent. Nous devons reconnaître que les éditeurs se passeront des médias si ceux-ci ne réussissent pas à effectuer la mutation qui leur est imposée avec toujours moins de moyens, moins d’effectifs. Seuls quelques titres, et ils ne se trouvent malheureusement pas du côté occidental de la Suisse, obtiendront un soutien à la mesure du défi que représente le contexte de crise traversée par la profession. Je le leur souhaite. Pour les autres, pour tous ceux qui veulent continuer à exercer leur passion, à donner une voix à cette région, à lui donner un langage, un visage, une parole, à lui offrir la capacité de se définir, de se penser, et de s’interroger sur elle-même, pour eux, il faut accepter que la presse fait face à un divorce violent et unilatéral de son mariage avec les éditeurs. Ce temps-là est révolu et les titres qui seront soutenus par ces groupes se réduiront année après année jusqu’à ce qu’ils ne détiennent plus que des organes de presse bénéficiaires, répondant à leur logique étriquée d’une économie de marché qui ne peut répondre par ses mécanismes aux besoins qui sont ceux du journalisme.

La situation est d’autant plus révoltante et incompréhensible que l’importance des médias ne cesse d’augmenter dans ce monde qui, lui aussi, est bouleversé par des mutations de grande envergure. L’émergence de chefs d’Etat, de partis et de communicants qui travestissent ouvertement la réalité imposent des défis fondamentaux au journalisme d’après-guerre dont est issu la presse actuelle. Il s’agit d’un tournant, et la pression est multilatérale, puisqu’il y a d’un côté les besoins de financement et de l’autre celui d’adopter un ton et une approche qui correspondent à notre époque. Je crois pour ma part au retour progressif des médias d’opinions. Mais je conçois que cela ne soit pas une vision qui fasse l’unanimité. Je pense pourtant qu’il y a lieu d’espérer que ces périodes douloureuses, injustes, violentes pour la presse puissent permettre l’émergence de nouveaux titres, de nouveaux médias.

Le journalisme romand ne doit pas se résigner. Les perspectives comptables sont une chose, la passion et la nécessité de l’information en sont une autre. Il est peut-être temps de réunir ensemble tous ces journalistes laissés sur le carreau, dans un marché qui se rétrécit à vue d’œil. De s’organiser. De s’interroger. De devenir des forces de proposition. De trouver des personnalités disposant des leviers financiers, prêtes à soutenir une presse de qualité, exigeante, avec un langage qui lui soit propre, pour donner vie à cette région. Je suis convaincu qu’il y a des bonnes volontés des deux côtés. Qu’il faut se donner les moyens de les faire se rencontrer. Qu’elles puissent discuter. S’apprivoiser. Et peut-être, ensemble, bâtir les fondations d’un nouveau modèle, d’une presse libérée, renforcée, qui, à travers une renaissance, puisse s’exprimer et donner corps à cette passion de l’information qui anime tant de personnes aujourd’hui mises sur la touche.

Gardons la tête haute et autorisons-nous à faire de nos désirs une réalité.

Grégoire Barbey

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Plan C de la RIE 3: l'ombre du Big Four plane

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La troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE 3) à peine rejetée dans les urnes, voilà qu’un plan C – alors même que la droite affirmait qu’aucun plan B n’existait durant la campagne – émerge déjà, proposé par le conseiller aux Etats Ruedi Noser (PLR/ZH) et visiblement soutenu par les milieux économiques. Ces derniers fourbissent déjà leurs armes afin de limiter la réduction des avantages fiscaux prévus dans le projet refusé en votation. Parmi ces associations économiques et autres entreprises, il y a le Big Four, lequel est composé des cabinets de conseils et d’audit Ernst & Young, KPMG, Deloitte et PricewaterhouseCoopers (PwC). C’est surtout le lobbysme intense de PwC qui a marqué certains responsables politiques. Le modèle d’affaires de ces cabinets de conseils est étroitement lié à la complexité des législations fiscales.

Il est dès lors peu surprenant de les voir défendre des mesures telles que la réévaluation des réserves latentes (appelée aussi «step-up»), qui figurait dans le projet initial du Conseil fédéral et qui avait été combattue par de nombreux cantons, en tête desquels Vaud et Genève. Cet instrument, considéré comme un outil de planification fiscale très agressif, doit permettre aux entreprises à statuts spéciaux (ces fameux statuts qui doivent être abolis en janvier 2019, imposant une réforme du droit fiscal suisse) de maintenir artificiellement les taux d’imposition auxquels elles sont aujourd’hui soumises durant environ cinq ans (le Conseil fédéral prévoyait même dix ans). L’Assemblée fédérale, dans un accès de sagesse, avait finalement accepté de shooter cet aspect de la réforme, tout comme l’abolition du droit de timbre (coûts estimés pour les collectivités publiques: 300 millions de francs), également prévue dans le projet initial.

Le problème, c’est que défendre le retour du step-up est une vaste fumisterie. En effet, les Suisses se sont prononcés à une large majorité (près de 60%) contre le paquet législatif soumis au référendum, entre autre parce que les mesures prévues étaient bien trop opaques pour ne pas s’apparenter à de juteuses astuces fiscales. La critique de l’opposition s’est principalement cristallisée sur la déduction des intérêts notionnels, un instrument qui permet aux entreprises de déduire des intérêts fictifs. Cet outil, qui a fait son retour dans la réforme fédérale par le biais d’une alliance principalement vaudoise et zurichoise, n’est donc plus à l’ordre du jour. Il est toutefois inquiétant de voir le ministre vaudois des Finances, Pascal Broulis, artisan involontaire de la défaite du projet dans les urnes, lâcher qu’une telle alternative «est probable». Je me rappelle pourtant avoir discuté longuement avec lui des désavantages certains du step-up. Un avis de droit avait même été commandé par les cantons, lequel estimait que ce mécanisme fiscal agressif serait très rapidement contesté par l’Union européenne et l’OCDE et que sa viabilité était donc nulle.

La défaite de la RIE 3 peut pourtant s’interpréter comme un avertissement du corps électoral à l’égard des mesures fiscales opaques. L’analyse des résultats a permis de voir à quel point les bas revenus ont participé à faire échouer le projet dans les urnes. Le sentiment que les entreprises bénéficient toujours d’une fiscalité accommodante, voire complaisante, n’est sans doute pas étranger à ce camouflet électoral. Les Suisses ont fait part de leurs inquiétudes sur les pertes fiscales qui découleraient de la RIE 3. La droite et les milieux économiques devraient prendre très au sérieux cet avertissement et ne pas tenter de maintenir par la bande des mécanismes que le corps électoral refuse. Le projet genevois, bien qu’il ne soit pas parfait, pourrait servir de modèle pour le volet fédéral de la réforme: pas de déduction des intérêts notionnels, pas de step-up, et surtout l’impossibilité pour les entreprises d’abattre plus de 9% de la substance imposable sur le plan communal et cantonal (ce taux monte à 80% sur le plan de l’impôt fédéral direct!).

Les Suisses exigent une fiscalité moins compliquée, plus lisible, plus transparente. Je sais à quel point il importe à ces cabinets de conseils de maintenir une fiscalité compliquée pour continuer leur business. Je me rappelle des nombreuses conférences de presse, séances d’information ou repas individuels qui m’ont été proposés par de telles entités, notamment KPMG. Les élus fédéraux, et le conseiller fédéral en charge des Finances Ueli Maurer, seraient bien inspirés de prendre acte de la volonté populaire et d’en tirer les conséquences qui s’imposent. Le plan C tel qu’il est présenté dans les médias (et auquel le président du conseil d’administration de PwC associe, sans surprise, le qualificatif d’«intéressant» dans le Blick) ne va clairement pas dans le sens des enseignements à tirer de l’échec de la RIE 3 dans les urnes. Mais peut-être que l’appât du gain est bien trop important pour la droite bourgeoise et les milieux économiques…

Grégoire Barbey

19:32 Publié dans Air du temps, Finances | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

16/02/2017

Le double discours de Ringier Axel Springer

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On s’en doutait un peu, mais l’annonce n’en est pas moins douloureuse, révoltante. Ringier Axel Springer Suisse a décidé de licencier 36 employés au sein des rédactions du Temps et de feu L’Hebdo. Cette nouvelle laisse quand même un goût amer dans la bouche. N’est-ce pas ce même éditeur qui avait affirmé, fin janvier, en annonçant la mort du magazine d’opinions que les économies réalisées permettraient de renforcer Le Temps?

Ce double discours est scandaleux, parce qu’il ne donne aucune visibilité aux employés du quotidien romand. Au contraire. Comment peuvent-ils espérer qu’il s’agit de la dernière saignée (la quatrième depuis 2009…!) à laquelle ils devront faire face? Le signal envoyé par Ringier Axel Springer est catastrophique. Renforcer un journal à notre époque passe donc inévitablement par des licenciements. C’est la défaite du langage, des mots travestis par la communication d’entreprise. Quelle honte.

Michel Danthe, président de la Société des rédacteurs et du personnel du quotidien, a très bien résumé la situation au micro de la RTS aujourd’hui: «C’est un peu comme dans Lucky Luke: on pend d’abord, on juge après». Cette situation ne peut pas être satisfaisante, parce qu’elle va à l’encontre du discours officiel communiqué par Ringier, même si celui-ci avait prévenu que Le Temps ferait sans doute face à des licenciements. C’est impensable d’imaginer qu’il n’y a pas d’autres alternatives que la suppression pure et simple de postes. C'est impensable de voir que Ringier peut parler de renforcer un journal en coupant dans les effectifs. Triste époque!

On s’en doutait un peu. Mais les éditeurs nous prennent vraiment pour des cons.

Grégoire Barbey

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13/02/2017

La loi, la révolte et le regard triste des enfants

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La RTS a diffusé dimanche 12 février dans son émission Mise au point un poignant reportage sur la famille Krasniqi, issue du Kosovo, qui vivait à Avully et était établie en Suisse depuis six ans, à la suite de son expulsion hors du pays en décembre dernier après le refus de sa demande d’asile. Je ne chercherai pas à pointer les responsabilités, mais il est difficile de regarder pareil reportage sans ressentir un profond sentiment d’injustice, de révolte, de colère. Cela pose d’évidentes questions humaines, particulièrement au regard des droits de l’enfant. Comment peut-on envisager qu’une brigade d’intervention d’une quinzaine de policiers puisse débarquer un beau matin dans une famille composée de trois enfants en bas âge afin de les placer dans un vol spécial à destination du pays duquel ces gens se sont enfuis? L’image est forcément bouleversante et révoltante.

On voit dans cette émission d’une quinzaine de minutes les camarades de classe des enfants Krasniqi qui s’interrogent sur les raisons de cette expulsion, sur la violence symbolique qu’elle représente. On voit surtout leurs visages qui laissent entrevoir tristesse et impuissance, colère et incompréhension. Et puis il y a les premiers concernés, les jeunes enfants Krasniqi, qui témoignent du sentiment d’injustice qui les envahit, eux qui sont désormais au Kosovo. L’école leur manque, disent-ils. Parce que là où ils sont, ils ne peuvent aller à l’école. Leurs parents ont peur, parce qu’ils sont issus de la minorité Rom, et qu’ils subissent donc une violente discrimination.

Tout cela montre les limites de l’application froide de la législation en matière d’asile. Parce qu’elle ne protège en rien la Suisse, dans ce cas particulier. Elle ne fait que créer des traumatismes, et briser le cœur d’enfants qui n’ont comme seule responsabilité celle d’être tout simplement là, au hasard d’une naissance qui leur a incombé de quitter leur pays. Cette situation est tout simplement inhumaine, indigne. On pense évidemment à entrer en résistance contre de pareilles décisions administratives. On regarde ce reportage, l’émotion des habitants d’Avully, des enfants, du maire de la commune. Et l’on se prend à espérer que tout cela ne peut être qu’une triste erreur. Que ces gens retourneront bientôt en Suisse, où leurs anciens voisins les y attendent, pour pouvoir mener une vie loin des tourments de la discrimination à laquelle ils sont confrontés dans leur pays d’origine.

Oui, ce reportage pose des questions fondamentales. Pourquoi les autorités n’ont pas tenté de s’interposer contre ce renvoi? Est-ce qu’il y avait un intérêt public majeur pour le bien-être de la Suisse au point de traumatiser des enfants? Combien de cas comme celui-là existent et demeurent tapis dans l’ombre? La loi c’est la loi. Mais parfois, son application laisse comme un goût amer… d’injustice. Espérons que le temps nous donnera des réponses et que cette histoire mobilisera suffisamment de personnes pour que de telles situations ne se reproduisent pas à l'avenir sans qu'il y ait une pesée d'intérêts réelle.

Grégoire Barbey

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10/02/2017

La presse d'opinions, un horizon nécessaire

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Dans une excellente émission de la RTS (à écouter ici), Benoît Grevisse, directeur de l’Ecole de journalisme de Louvain, analysait hier les enjeux du monde des médias dans le contexte actuel de crise économique et politique traversée par la profession. J’invite tous mes lecteurs à prendre le temps d’écouter cette émission, tant les propos de l’invité font sens et sont si peu défendus actuellement dans le milieu journalistique. Selon lui, les journalistes doivent «dire que ce qu’on fait n’est pas parfait, que ce n’est pas la vérité, mais qu’on tente de s’en rapprocher. L’opinion, oui elle a sa place, il faut être honnête sur son positionnement et revendiquer l’opinion, mais pas faire comme si on était dans la neutralité, tout en imposant une vision, une représentation du monde que le public ne supporte plus». Durant une vingtaine de minutes, Benoît Grevisse pourfend tous les clichés relatifs à cette profession, remettant en cause la façon dont elle s’est drapée d’une apparente objectivité, d’un faux semblant, celui de faire mine de rendre compte du monde comme il va en faisant mine de n’y pas toucher.

Je n’ai pas l’expérience de Benoît Grevisse, moi qui ai embrassé le journalisme il y a seulement un peu plus de quatre ans. Mon background est donc bien maigre, mais pourtant, je me retrouve totalement dans ce qu’il dit, dans son analyse sans concession. Depuis mes premiers pas dans ce métier, j’ai toujours pris plaisir à lire, à écouter et à regarder les médias. Je n’ai jamais cru en l’objectivité, et moins encore en la neutralité. Non que ces objectifs ne soient pas louables, mais ils ne sont tout simplement pas accessibles. Le journaliste n’est pas un scientifique, et il ne peut donc pas objectiver la matière qu’il traite au quotidien. Il rend compte de ce dont il est témoin à travers le prisme qui est le sien, prisme qui résulte d’une façon de concevoir le monde. Le reconnaître, ce n’est pas pour autant reconnaître son incapacité à informer. Au contraire. Mais comme le suggère Benoît Grevisse, il faut être soi-même conscient de ses limites et le dire aux lecteurs, aux téléspectateurs. Personne n’est dupe, et parfois, le recours à certaines formulations de phrase, à certains mots trahissent l’opinion de l’auteur. Cela ne me gêne nullement, sauf lorsque l’on se cache derrière le paravent d’une neutralité à toute épreuve.

Je suis convaincu que le journalisme d’opinions est appelé à revenir en force. Et dans les faits, il signe déjà son retour (mais a-t-il seulement disparu un jour?), surtout à travers des médias aux opinions très tranchées. Pour l’heure, rares sont les médias aux idées plutôt centristes revendiquant haut et fort leur part de subjectivité. Mais ça ne saurait tarder, tant l’urgence de la situation commande de revenir aux sources de notre profession. Dans son intervention, Benoît Grevisse relève l’importance démesurée qui a été donné aux experts depuis des décennies. Comme si seuls ces personnes étaient autorisées à expliquer, à décrypter les faits. Il suffit de regarder le modèle actuel des médias: il y a un expert pour chaque sujet, et rien ne peut être dit sans que l’un d’entre-eux ne vienne confirmer les propos du journaliste. A tel point que les médias cherchent toujours des avis opposés, quitte à trouver des personnalités aux opinions… très singulières. Cela crée beaucoup de cacophonie, et il est d’autant plus difficile de tirer quelque chose de tout ça.

Pourtant, l’opinion n’est pas un crime! Du moment que le contrat passé avec les lecteurs, les auditeurs ou les téléspectateurs est clair, le journaliste peut et doit revendiquer sa part de subjectivité, assumer son opinion, son analyse des faits, forcément biaisée par ses propres références. Ne pas prendre le lecteur pour un abruti, c’est justement lui donner la capacité de faire le tri, de définir s’il partage l’information qui lui est rapportée ou non. Ce n’est qu’ainsi que peut se sublimer la diversité de la presse, parce que les opinions sont bien plus diverses que ne le sont les vaines tentatives de rapporter les faits de la façon la plus neutre possible. Le mantra du journalisme, c’est la recherche de la vérité. Et on a quelque peu oublié ce que cela implique. Nous ne sommes pas les détenteurs d’une vérité qui ferait autorité sur tout le reste. Ce qu’il y a de beau, de passionnant, d’incroyable dans cette profession, c’est l’éternel questionnement suscité par le monde, par les événements qui le traversent. C’est d’essayer de saisir, au milieu de la communication et du prêt-à-penser, une part de vérité.

L’idée d’une opinion journalistique a été progressivement reléguée à des styles d’articles bien définis. L’éthique de la profession s’est concentrée sur la différenciation entre le compte rendu et l’opinion. Et pourtant, bien souvent, ces exercices se confondent. Aujourd’hui, la confusion n’est pas forcément évidente à première vue, et pourtant, en prenant la peine d’écouter, de lire tout ce qui est rapporté, on en vient à relever immédiatement la part de subjectivité propre à l’exercice de l’information. Ce n’est pas une fatalité, et je reste persuadé que cela peut être utilisé à bon escient. Cela demande une certaine humilité, bien sûr. Celle de reconnaître son imperfection, les limites de son travail. Mais finalement, le journalisme n’est-il pas fait d’une ligne éditoriale, donc de hiérarchisation de l’information, ce qui implique dans le choix desdites informations une part forcément subjective?

Je défends les contours d’un journalisme de combat. Un journalisme qui n’a pas la prétention de dire aux gens ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas, mais qui dit: voilà mon témoignage de ce qu’il m’a été donné de voir, d’entendre, de découvrir. Voilà ce que moi, témoin de proximité des acteurs de ce monde, je puis vous dire. Ne le prenez pas pour argent comptant, car je puis me tromper. Cette vision de mon métier, je la chéris, je l’appelle de mes vœux. Je souhaite que nous puissions favoriser l’esprit critique. Sans jamais oublier cet objectif qui nous relie tous: celui de toujours chercher la vérité, aussi bien cachée qu’elle puisse parfois l’être. Et tant pis s’il y a des personnes qui refusent de nous croire. Participons au débat, donnons-lui un sens, plutôt que de s’infliger les contraintes d’une représentation du monde qui se veut neutre mais qui ne peut jamais l’être complètement.

Oui, je crois que ce journalisme-là a un avenir, parce qu’il a aussi un passé. Mais comme le rappelle Benoît Grevisse, à l’époque, les médias – qui étaient tous d’une opinion revendiquée, et souvent d’un parti – étaient souvent les porte-voix des puissants. Or, le journalisme peut et doit être le lien entre les acteurs et le reste de la population. Tenter de créer un dialogue entre eux. Comprendre. Donner à réfléchir. Interroger, toujours. Ne pas se contenter de ce qui est donné à voir. Le monde, tout comme l’information, ne descend pas du ciel, et nous ne pouvons avoir la prétention de détenir une vérité forcément absolue. Je vois dans un tel journalisme une nouvelle aube, plus propice à s’inscrire dans cette époque hyper-connectée, où l’information n’est plus un moyen de s’émanciper du discours officiel mais donne une sensation d’être sans cesse assommé de ce qu’il convient de penser pour saisir les enjeux de ce monde. Oui, je crois décidément au futur d’un journalisme d’opinions.

Merci à Benoît Grevisse d’avoir partagé sa position. L'espace de quelques minutes, je me suis senti pleinement en phase avec ma profession.

Grégoire Barbey

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07/02/2017

Affaire Fillon: les médias pris pour cible

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L'affaire François Fillon en France ne me laisse pas indifférent. Je suis totalement favorable à la présomption d'innocence, et je trouve que certaines attaques ont été un peu loin. Néanmoins, il faut croire qu'en France, les hommes (et les femmes) politiques ne bénéficient pas de cette pourtant nécessaire présomption d'innocence. Dont acte. Le problème, c'est qu'avec sa conférence de presse censée rétablir la vérité, François Fillon s'est lui-même mis les pieds dans le plat hier. Le Canard Enchaîné dans son édition de ce mercredi relève que sa femme aurait touché des indemnités de licenciement de 45'000 euros, payées par l'Assemblée nationale.

On peut critiquer ces révélations. En effet, elles sont le résultat d'une fuite d'une enquête en cours. Ce n'est pas normal. Mais enfin, les médias ne sont pas responsables des bouches qui se délient et seraient bien mal avisés de ne rien en faire. S'il y a quelque critique à formuler sur le déroulement de cette affaire, c'est bien vis-à-vis des fuites orchestrées au sein de l'Etat français.

Je ne crois pas qu'il appartienne aux médias de jouer les procureurs de la République en menant l'accusation contre François Fillon. Mais là aussi, lorsque François Fillon, son avocat et ses proches répondent auxdites accusations, si leurs propos sont faux, pourquoi les médias devraient s'abstenir de le relever?

Je ne sais pas ce qu'il adviendra de la candidature de François Fillon. N'étant pas un grand connaisseur du dossier, sa conférence de presse m'avait parue être un exercice réussi. C'était sans compter les omissions et quelques mensonges. Je crois que sa crédibilité est fondamentalement atteinte, parce qu'en voulant jouer la carte de la transparence, il n'a pas semble-t-il pas été jusqu'au bout, préférant s'apitoyer sur son sort en jetant la faute sur les médias. Quand on veut taire le message, il faut tuer le messager.

Mais une fois encore, les médias n'ont fait que leur travail. Ils avaient par le passé révélé les salaires d'assistants perçus indûment par des proches de Marine Le Pen. Ils le font aujourd'hui à l'égard de François Fillon. La seule différence est le timing, que l'on peut bien sûr interroger. A qui profite le crime? Ces fuites ne sont pas anodines et les médias doivent aussi tenter de faire la lumière sur cet agenda. Cependant, ce serait trop facile d'exiger d'eux qu'ils passent sous silence des informations qui leur sont communiquées.

Pour le reste, on peut demeurer critique sur la manière qu'ont certains de mener l'accusation contre le candidat. Personnellement, je n'aime pas trop ce comportement. Reste que sur le plan des révélations, les journalistes ne font que leur travail. Ce serait bien de s'en rappeler, même s'il est aujourd'hui commode de taper sans cesse sur cette profession, comme si nous étions responsables des errements de certaines personnalités politiques.

23:24 Publié dans Air du temps, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |