Gregoire Barbey

10/01/2012

Critique de la notion de Libre-Arbitre et éloge du déterminisme

Cet essai se veut comme étant une critique de la notion de « Libre-Arbitre », et s’appuiera donc sur des définitions précises afin de mettre en exergue les aspects qui me semblent inadéquats avec la véritable condition de l’être humain.

Premièrement, qu’est-ce que la notion de « Libre-Arbitre » ?

Voici une définition, obtenu dans le dictionnaire « Vocabulaire technique et critique de la philosophie » d’André Lalande1 :

Liberté, Libre-Arbitre

« F. 1° Puissance d’agir sans autre cause que l’existence même de cette puissance, c’est-à-dire sans aucune raison relative au contenu de l’acte accompli.

« … Plus je recherche en moi-même la raison qui me détermine, plus je sens que je n’en ai aucune autre que ma seule volonté : je sens par-là clairement ma liberté, qui consiste uniquement dans un tel choix. Ce qui me fait comprendre que je suis fait à l’image de Dieu ; parce que, n’y ayant rien dans la matière qui le détermine à la mouvoir plutôt qu’à la laisser en repos, ou à la mouvoir d’un côté plutôt que d’un autre, il n’y aucune raison d’un si grand effet que sa seule volonté, où il me paraît souverainement libre. »

(BOSSUET, Traité du Libre-Arbitre, chap. II.)

« L’homme se croit libre : en d’autres termes il s’emploie à diriger son activité comme si les mouvements de sa conscience et par suite les actes qui en dépendent… pouvaient varier par l’effet de quelque chose qui est en lui, et que rien, non pas même ce que lui-même est avant le dernier qui précède l’action, ne prédétermine pas. »

(RENOUVIER, Science de la morale, I, 2.)

L’indétermination de la volonté relativement à son objet sous cette forme s’appelle en général liberté d’indifférence*.

2° Pouvoir par lequel le fond individuel et inexprimable de l’être se manifeste et se crée en partie lui-même dans ses actes, – pouvoir dont nous avons conscience comme d’une réalité immédiatement sentie, et qui caractérise un ordre de faits où les concepts de l’entendement, et notamment l’idée de détermination, perdent toute signification.

« On appelle liberté le rapport du moi concret à l’acte qu’il accomplit. Ce rapport est indéfinissable, précisément parce que nous sommes libres : on analyse en effet une chose, mais non pas un progrès ; on décompose de l’étendue, mais non pas de la durée… C’est pourquoi toute définition de la liberté donnerait raison au déterminisme. »

(H. BERGSON, Essai sur les données immédiates de la Conscience, p. 167.) »

La définition que voici, agrémentée de citations d’auteurs célèbres, permet une meilleure approche de l’acception qui lui a été donnée. Dans la réédition que je possède de cette encyclopédie technique, une approche plus longue explicite mieux encore les diverses approches de cette notion. C’est bien de le savoir, cependant je n’ai pas jugé nécessaire (bien qu’utile) de recopier la totalité de sa définition par soucis de lisibilité. Cependant, il est possible au lecteur de se procurer l’ouvrage susmentionné pour étudier la question avec la totalité de l’apport offert par ses définitions.

Ce qui nous intéressera ici, c’est la citation relevée de Bergson, qui dit explicitement que toute tentative de définir la liberté donnerait raison au déterminisme.

Un nouveau terme qu’il va me falloir définir également, toujours en citant le même ouvrage, afin de clarifier les deux termes fondamentaux qui seront opposés durant cet essai.

Déterminisme2

« A. Sens concret : ensemble des conditions nécessaire à la détermination (au sens D), d’un phénomène donné.

« Le médecin expérimentateur exercera successivement son influence sur les maladies dès qu’il en connaîtra expérimentalement le déterminisme exact, c’est-à-dire la cause prochaine. »

(Claude BERNARD, Introd. à la médecine expérimentale, 376.)

B. Sens abstrait : caractère d’un ordre de faits dans lequel chaque élément dépend de certains autres d’une façon telle qu’il peut être prévu, produit, ou empêché à coup sûr suivant que l’on connaît, que l’on produit ou que l’on empêche ceux-ci.

« La critique expérimentale met tout en doute, excepté le principe du déterminisme scientifique. »

(Ibid., 303)

C. Doctrine philosophique suivant laquelle tous les événements de l’univers, et en particulier les actions humaines, sont liés d’une façon telle que les choses étant ce qu’elles sont à un moment quelconque du temps, il n’y ait pour chacun des moments antérieurs ou ultérieurs, qu’un état et un seul qui soit compatible avec le premier.

D. Improprement, fatalisme : doctrine suivant laquelle certains événements sont fixés d’avance par une puissance extérieure et supérieure à la volonté, en sorte que, quoi qu’on fasse, ils se produiront infailliblement. On dit parfois en ce sens « déterminisme externe », et l’on oppose alors au « déterminisme interne », ou liaisons des causes et effets constituant la volonté. »

Pour le déterminisme, j’utiliserai le terme selon l’acception A. et C. car c’est celle-ci en particulier qui m’intéressera pour mon étude.

Nous avons donc patiemment extirpé les définitions des notions de Libre-Arbitre et de déterminisme, ce qui va dès maintenant nous permettre de rentrer dans le vif du sujet.

 

Le Libre-Arbitre est issu du christianisme, et tend à prouver la responsabilité du mal que chacun commet. Il s’agit donc d’un terme théologique. Manifestement, cette notion avait été dégagée afin de désengager la responsabilité de Dieu dans les actes criminels desquels peuvent se rendre coupables ses créatures, les êtres humains. Cette notion n’était pas appelée à rester dans l’unique patrimoine théologique, mais s’est propagée rapidement. Dans notre société judéo-chrétienne, la loi se fonde sur l’axiomatique du Libre-Arbitre, puisqu’elle condamne et punit les personnes responsables de leurs actes. La portée de son évolution est donc complexe, parce qu’elle est ancrée dans une culture qui tient tête depuis deux millénaires à toute autre culture extérieure, en gardant bien de se remettre en question. Ceci n’étant pas une accusation mesquine mais une réalité que je ne développerai pas ici car là n’est pas la question, mais que bon nombre d’auteurs ont décrit et mieux que je ne saurais le faire. Politiquement, le Libre-Arbitre a donc son impact, et culturellement également. Ce qu’il faut mettre en avant ici, c’est que cette notion est un lieu-commun de la doxa, ou opinion publique. Peut-être même le lecteur se fait de la liberté une perception proche ou strictement identique à la définition effectuée au-dessus. Qui ne s’est jamais octroyé en lui-même la portée d’une liberté d’action totale ? Personne, j’ose penser, et c’est humain.

Je me permets ici de citer Albert Einstein, qui par sa maxime entamera l’essence même de cet essai :

« Je ne crois point, au sens philosophique du terme, à la liberté de l'homme. Chacun agit non seulement sous une contrainte extérieure, mais aussi d'après une nécessité intérieure. »

Paroles très sages. Rappelons que ce génie mathématicien et physicien était profondément déiste.

Pour ma part, malgré mes jeunes années, et d’ailleurs le lecteur ne saura m’en tenir rigueur, j’ai pu observer à de nombreuses reprises la justesse de ces propos. Pour apporter une analyse correctement agencée, je vais diviser en deux temps l’explication des contraintes, les internes et les externes à l’être humain. J’aborderai en fin d’étude les conclusions qui s’imposent concrètement par rapport aux différents aspects que j’aurai préalablement distingués sur ces contraintes présupposées par la phrase citée plus haut.

 

I. Les contraintes internes

Elles sont multiples, et je ne me propose donc pas d’en faire une énumération exhaustive, car cela serait une perte de temps puisque cet essai se veut relativement court.

Néanmoins, il est intéressant d’en mettre à jour quelques-unes et les contextualiser pour démontrer l’impact qu’elles ont sur la liberté d’action d’un individu donné.

Tout d’abord, l’instinct. À lui seul, il permettrait de mettre en lumière que le libre-arbitre n’est que chimère inaccessible à la condition inhérente à tout être humain, et si nous prenons en considérations les autres êtres vivants tout comme j’aime à le faire, car je vois en eux mes semblables d’un point de vue biologique, inapplicable aux animaux également.

Relevons ici un paradoxe, et pas des moindres, qui est à mon sens un truisme. Ceux qui voyaient en l’animal la conception cartésienne (c’est-à-dire émise par Descartes) de l’animal-machine n’avaient aucune difficulté à les déterminer comme soumis à leurs instincts, et donc leur soustrayaient par-là même toute accession à la notion de Libre-Arbitre. Absurde à première vue, mais le christianisme peut expliquer cette apparente contradiction dans les faits, puisque d’après les écrits saints de la Bible, l’âme n’a été donnée qu’aux êtres humains, ce qui impliquait évidemment le Libre-Arbitre vendu avec, tel qu’il serait présenté s’il s’agissait d’un lot promotionnel comme il nous arrive d’en voir dans divers supermarchés. Ironie mise à part, je prends les arguments théologiques comme étant irrecevables, car ils sont issus d’une dialectique éristique à laquelle je ne puis adhérer, philosophiquement parlant. Pour celles et ceux qui désirent un approfondissement de la notion d’argument éristique puis de dialectique éristique, je ne saurais trop recommander le Ménon de Platon pour le développement premier de ce qui constitue l’éristique, et ensuite l’Art d’avoir toujours raison d’Arthur Schopenhauer qui renvoie toutes les formes de dialectiques (comme elles ont été approfondies par Aristote dans ses Topique) à la seule acception de dialectique éristique.

Victor Egger écrivait, selon ses dires sous la dictée de son père Émile Egger « le mot instinct signifie un aiguillon intérieur, une piqûre intérieure. » de par sa racine latine, instinctus.

Cela concorde bien avec cet aspect inaltérable de l’instinct tel que nous le ressentons en tant que contrainte, je veux dire lorsque nos passions primaires refont surface et prennent le contrôle de nous-mêmes. Cependant il est nécessaire de noter que nos instincts primordiaux sont nettement anesthésiés dans notre société où l’opulence fait taire pour beaucoup celui de la survie, bien que l’animalité qui se terre en chacun de nous s’exprime toujours sous des formes diverses, maquillées le plus souvent par nécessité. Rentrons dans une conception freudienne, sans pour autant trop m’y avancer, l’instinct serait influencé par le surmoi, en quelque sorte, et par le préconscient.

Donc l’instinct, indissécable de notre condition d’être humain, veille à la conservation de l’espèce (survie) et à son expansion (sexuelle). Il ne serait pas de trop de dire que, en gardant un certain recul, à la lumière des faits, nous sommes soumis à lui et qu’il agit sur nous à sa manière, nous prédéterminant ainsi à certaines passions et émotions, tout contexte restitué, dans un but précis. Ceci est biologique, nullement métaphysique, je le souligne, car je ne saurai que trop être indigné à l’idée d’être catégorisé parmi les métaphysiciens par une espèce de dialectisation de mes propos.

Je vais également m’aventurer sur un domaine que je ne connais que peu, mais qui me semble indispensable en l’occurrence pour étayer mon étude : les avancées scientifiques en neuroscience.

Nous entrons là dans le domaine de la neurochimie inhérente à notre cerveau. De ce qui suivra dans ce domaine, il ne s’agit pas d’établir une thèse scientifique, mais de dépeindre des arguments favorables au déterminisme lié à ces fameuses contraintes intérieures dont il est présentement question. Mes connaissances en la matière, je le rappelle, sont restreintes, et ne sauraient donc se substituer à de véritables ouvrages qui traitent de la neuroscience cognitive. Avertissement effectué, je puis continuer mon développement.

L’humeur est donc affectée par la neurochimie de notre cerveau, et plus particulièrement par la sérotonine qui est entre autre un neurotransmetteur. Cette molécule aurait une influence sur l’état émotionnel, donc l’humeur, dans les deux sens. Comprendre : chimiquement et psychologiquement. Ce qui peut se traduire par une interconnexion psychosomatique et somatopsychologique.

Sans entrer plus en profondeur dans le vif du sujet, il est donc imputable à la chimie de notre cerveau, facteur interne tout comme la psyché en constitue un autre, une palette de réactions comportementales et cognitives, plus ou moins prédéterminées3 d’après les assemblages moléculaires. La sérotonine serait particulièrement déterminante dans la dépression.

Nos émotions sont également constituées d’après de tels assemblages chimiques, évidemment selon une série de déterminations précise que je ne saurais malheureusement énumérer ici-même et qui interfère sur d’autres aspects. Tout cela relève d’une science et ce que je me propose de disputer dans cet essai n’implique pas que je développe plus avant toute cette problématique.

Néanmoins, les lumières émises au-dessus nous démontrent aisément que nous sommes soumis à des réactions qui dépassent notre volonté propre, et que nous ignorons totalement.

Le plus souvent, nous n’avons pas conscience de nos contraintes intérieures, et c’est par ces mots que je conclurai ce sous-chapitre.

 

II. Contraintes extérieures

Ici j’aborderai les éléments externes qui peuvent influer sur nos actions, notre fonctionnement, notre réflexion, bref sur tout ce qui constitue notre être.

Le thème principal se trouve être l’environnement, qui d’après moi est une constante indissociable de la psychologie humaine, ce que Freud a plus ou moins occulté dans ses travaux. Je ne vais bien sûr point procéder à une critique de ce dernier, je n’en ai ni l’envie ni les moyens, et ce n’est pas dans mon intérêt de remettre en cause les découvertes fondamentales de ce monsieur, que je ne présente pas. Je préfère être circonspect, qualité qui me semble indispensable.

Je m’efforcerai de présenter diverses causes environnementales qui ont une influence directe (ou très proche) sur notre comportement.

Tout d’abord, la principale cause qui nous détermine, et ce indépendamment de notre volonté et de notre liberté, tenons-le pour dit, est notre naissance. Qui prétendrait le contraire ? Naître dans un milieu privilégié ou dans la misère, de parents intellectuellement épanouis, conscients d’eux-mêmes ou limités, l’éducation reçue, les événements extérieurs tels que décès d’un proche, violences physiques, psychologiques, les valeurs enseignées, la culture imprégnée, tout cela détermine un être humain, cependant de manière relative, et cette constatation est d’importance fondamentale, car je ne crois pas à un déterminisme fataliste qui impliquerait que dans les mêmes situations au détail près, deux personnes distinctes seraient semblables d’après leurs comportements en conséquence de ce déterminisme environnemental. D’une part car il s’agit de deux êtres foncièrement différents, ce qui implique qu’ils ont en eux-mêmes des (pré)déterminations étrangères à l’autre et vice-versa, et d’autre part car chacun réagit différemment face à une situation, ce qui peut d’ailleurs être directement lié au précédent point, les déterminations intérieures et tout ce qu’elles comportent.

Cependant, le mélange de ces deux facteurs déterministes, environnemental (dans la totalité de son acception, pas uniquement l’environnement parental, précisons-le) et intérieur, qui lui-même se décompose en facteur physiologique et psychologique, crée un déterminisme global, auquel nous sommes tous, d’après moi, soumis consciemment ou non, bien que celui-ci soit entièrement différent d’un individu à un autre. Je reviendrai sur cela plus tard.

Il y a donc l’environnement familial qui se trouve impliqué directement et de façon importante dans le processus de détermination de l’être. Plus extérieure encore, il me semble qu’une grande part se situe dans l’information qui lui sera imposée dès ses premières années. Cela est indépendant de toute volonté, si ce n’est celle des parents eux-mêmes qui, avec une limite évidente, peuvent minimiser certains impacts et inversement. De nos jours, le débit quasi-inaltérable d’informations soumises à un individu lambda vivant dans une société, mettons occidentale, pour parler d’expérience, est considérable. Tout cela est inévitablement réceptionné et traité par le cerveau, l’impact occasionné étant relatif selon chaque individu. Au XXIe siècle, de nombreuses institutions influent directement sur le développement infantile et continuent de le faire tout au long de la vie de notre vie. Les médias sont majoritairement responsables de cette influence, bonne ou mauvaise, qui détermine les êtres humains touchés par eux une forme spécifique de la pensée. Cette prééminence des médias au quotidien induit des lieux-communs, des préjugés et une certaine normalisation stricte de réactions face à tel ou tel aspect de la vie. Je me risquerai à dire que cet amour de nos ancêtres, de la sagesse des anciens, est une forme d’expression de cette détermination extérieure, puisqu’environnementale. Par le passé, certains peuples cultivaient uniquement les enseignements de leurs ancêtres au détriment de toute évolution, leur liberté était-elle synonyme de la notion qui convient au Libre-Arbitre ?

Bien évidemment, et je m’évertue à le répéter, tout est relatif. Ce qui fonctionne parfaitement bien dans une démonstration pourra en être tout à fait autrement dans une autre, je veux dire l’expérience du déterminisme est très compliquée puisque inhérente à nos vies tout en étant différent pour chacun d’entre nous !

Les préjugés peuvent être particulièrement utiles pour donner un exemple commun à tous. Par essence, le préjugé précède la réflexion, et souvent, celui qui s’en rend coupable, s’il réfléchit par ses propres moyens, se sentira honteux d’avoir avancé un tel propos par automatisme.

Là aussi, il y a matière à creuser, en psychologie les réponses automatiques constituent une partie importante de la psyché humaine. Toujours par déduction logique, et sans se risquer à une quelconque dialectique éristique, dont j’aimerais me prémunir au maximum, les automatismes sont prédéterminés tout en étant également déterminés par un contexte précis.

En effet, la liste est longue, et plus je creuse, plus d’éléments m’apparaissent comme une évidence dans la conception du déterminisme de la condition humaine, qui je le répète, est propre à chacun.

À la lumière de ce qui a été relevé précédemment, je conclurai ce paragraphe en disant que nous sommes tous, à notre façon, l’expression d’un univers unique, déterminé par des facteurs tant externes qu’internes.

 

III. Développement et conclusion

Tout ce que j’ai énuméré et développé préalablement apporte une évidence : notre liberté est bien plus restreinte que nous ne voulons l’admettre.

Bien sûr, accepter d’être déterminé et d’avoir une liberté limitée de ce fait est une atteinte profonde à l’égo, et plus encore à l’amour propre. C’est, je pense, une blessure narcissique très importante, pour reprendre une formule freudienne. Il faut mettre de côté ses intérêts, et son rapport égocentré au monde, pour se concilier avec cette détermination qui nous constitue. Ce n’est pas une fatalité, contrairement à ce qui a pu être opposé à ce déterminisme par le passé, car comme je l’ai dit, nous jouissons malgré tout d’une liberté d’action, bien que restreinte, et d’une volonté qui peut nous soustraire à certaines prédéterminations.

Cependant, pour mettre fin à une superstition qui galvanise la pensée magique au détriment du rationalisme, resituons l’idée commune de chance. Un exemple pour les joueurs de loteries, lorsqu’un individu lambda tire un ticket d’un quelconque jeu, puis le gratte et gagne, ou à contrario, perd. Il s’exprimera soit qu’il a de la chance, soit qu’il n’en a pas, selon le cas. Pourquoi ? Parce que ce dernier voit devant lui, et non en arrière. Or, pour contextualiser le déterminisme, il faut penser à rebours. Il a gagné ou perdu parce que certains événements l’ont poussé à aller s’acheter son billet à ce moment précis, et pour une raison intérieure, il a tiré celui de gauche plutôt que celui de droite. Peu avant, un autre joueur avait fait de même. De ce fait, par certaines déterminations indépendantes de sa volonté, il lui a fallu acquérir celui-ci (puisque les autres avaient déjà été tirés), et en conséquence le résultat qui s’impose : gain ou perte.

Néanmoins, je reste persuadé que d’une manière ou d’une autre, nous pouvons, en y réfléchissant préalablement, influencer sur le déterminisme des choses, et celui des êtres, de par sa volonté propre, sans pour autant nécessairement en deviner toutes les conséquences liées.

Tout cela est bien évidemment de l’ordre de la supposition.

Pour conclure, sans trop m’étendre futilement, je dirais que pour ma part, et d’après les analyses qui précèdent, la notion de Libre-Arbitre est non-avenue dans son acception citée au début de cet essai et que nous sommes au contraire, comme le disait déjà Einstein, déterminés par des contraintes internes et externes, ce qui n’exclut pas pour autant une forme restreinte de liberté, un champ d’action spécifique sur lequel nous avons le pouvoir d’influer.

Je me rappelle, avant de mettre fin à cette étude, qu’un oracle répondait au protagoniste d’une épopée fantastique, ce dernier lui ayant précédemment demandé pourquoi il était là s’il ne pouvait changer ses choix, prédéterminés, qu’il était justement venu non pour les transformer, chose impossible, mais les comprendre… Ce qui, je l’espère, laissera le lecteur sur sa faim et lui donnera l’envie de réfléchir à cette question, que sommairement étudiée par mes soins.

 

1 « Vocabulaire technique et critique de la philosophie », Paris, 2010 p. 558, art. Liberté, F : libero arbitrio

2 « Vocabulaire technique et critique de la philosophie », Paris, 2010 p. 221, art. Déterminisme

3 Sous réserve de confirmation scientifique.

11:27 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : liberté, critique, déterminisme, philosophie, pensée |  Facebook | | | |

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