Gregoire Barbey

10/01/2012

Du bonheur d'être soi

Qu’est-ce que le bonheur ? Une excellente question, à laquelle de nombreux auteurs ont tenté, tant bien que mal, d’apporter quelques éléments de réponse.

Pour ma part, je pense qu’il s’agit avant tout d’un sentiment personnel, qui ne peut se décliner sous des appellations spécifiques. Il n’y a, il faut le dire, pas de véritable chemin qui y conduise, néanmoins il existe des outils pour en saisir le sens et peut-être – qui sait ? – l’effleurer.

Certains sages, parmi les plus célèbres, recommandent l’ascèse. C’est une possibilité, mais je crois qu’il y en a d’autres, qui ne nécessitent pas obligatoirement la maîtrise de ses envies ou de ses douleurs.

À ce propos, Alain disait « le bonheur n’est pas le fruit de la paix, le bonheur c’est la paix même ». Mon interprétation de cette phrase différera peut-être de celle que s’en fera le lecteur, cependant il me semble évident qu’il ne faut pas courir après la paix en espérant y trouver ensuite le bonheur, comme si l’un permettait l’accès à l’autre, car ce serait une erreur, de compréhension comme de trajectoire, que de perdre du temps de la sorte.

En somme, et toujours selon ma propre interprétation de la citation susmentionnée, le bonheur est une forme de paix, ce qui équivaut à dire que le bonheur est la paix même, puisque la différence ne serait qu’une question conceptuelle voire de rigueur dans les termes.

« Sur les flots, sur les grands chemins, nous poursuivons le bonheur. Mais il est ici, le bonheur. »

Voilà ce qu’écrivait Horace à ce sujet. Cela peut être compris de mille façons, mais l’évidence s’impose d’elle-même. Chercher, c’est indubitablement se tromper, car le bonheur n’est pas caché, il ne se tapit pas en de sombres recoins, au contraire, il est à portée de nous, encore faut-il être en mesure de le voir ! Une fois encore, j’en reviens à la sagesse des anciens en citant Marc-Aurèle : « celui qui aime la gloire met son propre bonheur dans les émotions d'un autre. Celui qui aime le plaisir met son bonheur dans ses propres penchants. Mais l'homme intelligent le place dans sa propre conduite. » Cette vision me séduit, car je crois que le vieil empereur de Rome a saisi l’essence même que représente le bonheur, c’est-à-dire la cohérence entre nos actes et ce que nous sommes.

Et là, nous abordons le thème principal de cet essai, qui se résume en cela : « le bonheur d’être soi ».

Qu’est-ce qu’être soi, alors ? De mon point de vue, et là je parle de ma propre expérience, être soi, s’accepter soi-même, c’est se laisser épanouir par ce qui nous attire, ce qui nous passionne, ce qui aiguille notre curiosité, mais ce n’est pas seulement ça. C’est un engagement à prendre en soi, pour soi et avec soi, c’est un contrat qui ne saurait être violé, sans quoi rien n’est possible. Nombreuses sont les petites contrariétés de l’existence, et plus encore les conflits intérieurs. Il arrive, malheureusement pour beaucoup, qu’il faille taire cette petite voix qui résonne au fond de chacun, passer outre ses propres répugnances, ses propres convictions et pis encore, sa propre humaine morale, tout cela dans le but de plaire, convenir à une norme ou se cacher lâchement derrière l’attitude communément admise comme étant la meilleure.

Pour comprendre ce qu’implique le bonheur d’être soi, il faut saisir le cheminement qui nous conduit à l’épanouissement de ce « soi » dont il est question. À considérer les autres êtres humains, nous sommes tous plus ou moins semblables, à quelques détails près, au moins du point de vue de l’apparence externe. Or, nous avons la conscience d’être, nous nous savons être, ceci en paraphrasant Albert Jacquard, et nous détenons de merveilleux outils qui nous permettent de façonner en nous, dans nos pensées, toute une constellation où sont liés nos désirs, nos goûts, nos connaissances, nos représentations, notre imagination, bref un incroyable enchevêtrement de petites choses qui font que chacun possède une personnalité unique. Selon moi, le bonheur d’être soi, c’est justement consentir à exprimer ce sublime ensemble qui fait que nous sommes ce que nous sommes. Il s’agit avant tout de s’accepter tel que nous sommes, s’écouter, et mettre en symétrie nos actes avec nos pensées. Pour prendre un exemple qui m’est personnel, c’est laisser libre cours à sa sensibilité, quitte à être en désaccord avec notre entourage et la norme en vigueur ; refuser de faire ce qui nous avons en horreur. J’ai entamé ce long chemin qu’est l’acceptation d’être soi-même en décidant de ne plus manger de viande par respect pour les animaux, dont la souffrance m’a toujours ébranlé au plus haut point. D’une certaine façon, le premier pas vers cette épopée en soi-même, c’est se (re)connaître. En mettant un cran d’arrêt sur une attitude que nous avions toujours eue mais dans laquelle nous ne nous reconnaissions pas, c’est le meilleur moyen de s’exprimer soi-même, d’invoquer notre personnalité et dire haut et fort « non, je ne veux pas faire ça, ce n’est pas moi, cela ne me correspond pas ».

Il faut également savoir ce que nous aimons, ce qui nous fait vibrer, nous motive, pour l’exercer dès qu’il nous est possible de le faire, et ce qu’importe le « qu’en dira-t-on », dans la mesure où ce qui nous plait ne porte pas atteinte à l’intégrité de qui ce soit, entendons-nous bien. Ce n’est pas chose aisée dans notre société, j’en conviens volontiers. Mais c’est plus qu’un besoin, c’est une nécessité.

Pour atteindre le bonheur, il faut chérir ce que nous avons et ce que nous sommes. Bouddha nous l’enseigne : « soyez à vous-mêmes votre propre refuge ; soyez à vous-mêmes votre propre lumière ».

En agissant ainsi, non seulement nous trouvons cette paix intérieure, ce bonheur, mais plus encore, nous nous sentons mieux dans la place que nous occupons par rapport aux autres, et il nous est possible alors de vouloir en faire autant pour eux. Il faut voir en l’Autre le prolongement de Soi, et faire en sorte de lui transmettre ce qui est important pour nous, car cela se peut qu’il en soit de même pour lui.

À chaque fois qu’agir est nécessaire, il est impératif de se demander la manière dont nous aimerions le faire pour être en accord avec le regard que nous nous porterons à ce propos ultérieurement. Si un doute s’installe, alors mieux vaut agir autrement, car porter sur ses actes un jugement méprisant est le meilleur moyen de saper le bonheur d’être soi, et de nous contraindre à ne plus être en paix avec nous-mêmes. Donner un sourire à un Autre, c’est se sourire à soi-même.

Le bonheur d’être soi est probablement la sensation la plus forte que nous puissions ressentir, celle qui nous lie à la vie de la façon la plus intense qui soit.

Alors n’attendez plus et suivez le conseil de Nietzsche : « deviens celui que tu es » !

11:48 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : philosophie, bonheur, réflexion, pensée, stoïcien, bouddha |  Facebook | | | |

Commentaires

je suis tout à fait d'accord avec ces propos, en effet depuis quelques jours j'ai terminé la lecture du livre sur, le bonheur d’être soi, de Moussa Nabati.
C'est une œuvre qui m'a énormément satisfaite, par sa qualité à pouvoir m'ouvrir les yeux sur tout ce qui m’empêchait de vivre pleinement ma vie .
jusqu'ici je ne me contentait de rien mon plaisir était d'une courte durée sur toutes choses, mais aujourd'hui je suis en paix avec mon être intérieur et je peux jouir de tout ce qui se passe autour de moi avec toute personne prête à partager mon univers.

Écrit par : Franckyse | 12/11/2013

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