Gregoire Barbey

23/01/2012

Crise financière... et idéologique !

23 janvier 2012. Aujourd’hui, les médias ne parlent plus que d’une chose : la crise économique. Récession, inflation, paupérisation, assainissement, misère, menace de la Zone Euro, tensions entre les pays dominants et émergents, bref, il y a de quoi faire en la matière.

Mais nous n’entendons pas parler d’un autre constat pouvant être fait à l’orée de cette nouvelle année : la crise idéologique.

Consultez vos mass media : allumez votre télévision, ouvrez votre journal préféré, écoutez la radio. Les discours sont potentiellement les mêmes, alors que nous n’avons jamais connu dans toute l’Histoire de l’humanité un si grand mélange socio-culturel. C’en est alarmant. Nous parlerons ici « d’uniformisation des esprits ». « Pensez comme nous, ou nous vous rejetterons ! » paraît être le nouvel adage de notre société de consommation. Les moyens de communication et de partage des idées ont évolué à une vitesse fulgurante, personne ne dira le contraire. Mais très sincèrement, où est la communication, celle qui vient du cœur ? La conscience de l’autre disparaît peu à peu face à la nécessité préfabriquée de notre système : la loi du plus fort, ou comment écraser l’autre pour se hisser au sommet de la pyramide hiérarchique.

Cette loi, impérieuse et faussée, relève tout simplement d’un paradigme, ou pour reprendre un terme sociologique, d’ailleurs cher à feu Bourdieu, constitue l’habitus de notre société. Pourtant, s’en extraire est tout à fait faisable. Sans trop m’avancer, pour un bonheur individuel, je pense même que s’en éloigner est de prime importance. L’autre, c’est nous, et nous, ce sont les autres.

« L’enfer, c’est les autres » s’exclamait Sartre dans huit clos. Pour ma part, je pense inversement. L’enfer, c’est soi-même. Je m’explique : nous nous enfermons toujours plus dans des pensées toutes faites, des idéologies qui ne nous appartiennent pas, vivons dans des certitudes qui ne sont pas empiriques, et arborons des slogans prémâchés. Et ce comportement nous pousse bien souvent à accepter tacitement et passivement des attitudes que nous n’oserions jamais tolérer consciemment.

Et les mass media font office de sacrosaint commandement au cas où les bons soldats du néolibéralisme, appelons-le capitalisme du XXIe siècle, se questionneraient sur le bon fondement des leçons apprises en récitant gaiement. Adopter un modèle de pensée différent du courant communément admis et respecté manu militari est un péril social. Les préjugés vont bon train, et chacun d’entre nous pouvons nous glisser dans la peau d’un policier de la bien-pensance, gardien-esclave de la ligne de conduite à adopter.

Pensez-vous vraiment que l’existence humaine se résume à des paradigmes sociétaux ? Nos coutumes, nos traditions, nos habitudes peuvent être aussi néfastes que salvatrices. Répéter mécaniquement des faits et gestes, des façons de réfléchir peut sembler normal et propre à l’espèce humaine. Pourtant, bien souvent, il en va tout autrement. Je pense que l'humanité n’est pas un acquis de naissance, c’est un but à atteindre, une perfection, ou pour réutiliser le terme du philosophe suisse Alexandre Jollien, une construction de soi. Je ne suis pas de ceux qui vous diront qu’il y a une façon de penser meilleure que d’autres, je ne vous chanterai pas les louanges d’un modèle unique, Ô non ! Je vous répéterai plutôt mille et une fois : pensez ! pensez ! bon sang mais pensez par vous-mêmes ! Nous ne sommes pas des assistés intellectuels, nous avons le droit d’user de notre matière grise pour créer, pour répandre joie et bonne humeur, pour nous révolter, pour acquiescer s’il le faut. J’irai plus loin encore : il s’agit d’un devoir.

J’aimerais prendre un exemple qui me tient à cœur : l’excellent ouvrage de Jean Ziegler : « Destruction massive », qui fait un état des lieux concernant la faim dans le monde.

Ce livre est une perle, non parce qu’il traite d’un sujet agréable, tout au contraire, mais bien parce qu’il recèle des informations triées sur l’ongle et témoigne une expérience empirique sur la question. Le lire, c’est déjà un pas en avant, même si la pensée qui s’y trouve appartient à quelqu’un d’autre. Je ne vous dirai jamais de vous affranchir entièrement de l’apport intellectuel que nos ancêtres et nos contemporains nous apportent. Je vous encourage même à vous y référer, et à y puiser un maximum d’informations. Soyons sceptiques, n’acquiesçons pas sans preuve.

Le travail de monsieur Ziegler est phénoménal. Après avoir lu toutes ses conclusions et ses témoignages, force est de constater que nous sommes toutes et tous responsables, individuellement et globalement, à cette appauvrissement d’une catégorie de la population terrestre.

Ce bouquin est un appel à la révolte et à l’indignation. Son auteur cherche à nous ouvrir les yeux, et nous faire sortir des habituelles perceptions manichéennes de la « réalité » que nous renvoient les mass media, les élites et autres. Gandhi disait très justement « soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ». Mon adage personnel s’en rapproche beaucoup : la révolution commence par soi-même. Pour cela, il faut accepter qu’il n’y ait pas que du noir et du blanc, bien au contraire, et que le système est composé de multiples nuances de gris. Il faut accepter notre part de responsabilité, même passive, même tacite, face à cette réalité. Certaines sciences humaines, comme la psychologie, tentent de nous déresponsabiliser face à nos mauvaises habitudes, ou nos comportements abusifs. En jargon psychiatrique, cela s’appelle « pathologie », tiré du Grec ancien, signifiant « étude des passions ». Je ne compte pas rentrer dans le domaine de la critique de ce domaine, je tente seulement d’extraire des faits qui peuvent conduire à une déresponsabilisation comportementale. La « pathologie », très souvent reprise à tort comme un synonyme de « maladie », existe probablement bel et bien, mais à mon sens ce n’est pas un témoin d’une fatalité naturelle, indissociable à notre existence, plutôt un symptôme de multiples paradigmes sociétaux. Je ne suis évidemment pas sociologue, je puis me tromper et je l’admettrai sans rechigner. Mes analyses n’engagent que moi, je tiens à le préciser.

Ce qui me semble important ici, c’est de dénoncer les déviances que de tels paradigmes peuvent engendrer. Il existe des pseudo-scientifiques qui prennent parti pour certaines paraphilies, en affirmant qu’il s’agit notamment d’un comportement strictement « naturel » et « saint » pour l’appareil reproductif de notre espèce. Comprenez la dangerosité d’une telle manipulation de la pensée. Il ne faut en aucun cas se soumettre à un quelconque argument d’autorité, c’est-à-dire émanant d’une institution reconnue, qu’elle soit scientifique ou étatique, d’autant plus si notre intuition nous porte à croire qu’il n’est pas fondé.

Je repense à une phrase de Friedrich Nietzsche : « si vous ne pouvez être des saints de la connaissance, soyez en au moins les guerriers ».

C’est évidemment imagé, pour ma part, les saints font référence à ceux qui se réclament scientifiques, ou de toute autre fonction autoritaire. Être le guerrier de la connaissance, dans cette interprétation, revient à encourager chacun d’entre nous à veiller à ce que la connaissance soit utilisée à des fins propices, qu’elle ne soit pas travestie par des manipulateurs qui font leur foin au détriment d’enseignements et de constats pourtant importants.

Je vous enjoins donc à prendre les armes idéologiques et à vous servir, à utiliser votre pensée pour bâtir de nouvelles fondations !

La crise idéologique, comme je l’appelle, je la constate dans divers comportements. Actuellement, la propension qu’ont les gens à se rattacher à une pensée forte, très souvent extrémiste, en ces temps de crise, croît de façon inquiétante. Ces périodes difficiles pour la masse se traduit trop souvent dans une exacerbation du sentiment d’appartenance à sa nation, et dévie malheureusement en xénophobie, islamophobie (actuellement très en vogue, il s’agit de l’ennemi idéologique numéro un sur la liste des combats de la sacrosainte pensée occidentaliste), homophobie, racisme, fascisme, et j’en passe et des meilleurs. Tout cela relève d’une pensée politique spécifique, avec des intérêts financiers conséquents.

L’économie périclite, et cela induit une peur omniprésente dans l’esprit des gens. La terreur du lendemain grandit continuellement, et fait parfois prendre des décisions hâtives à bon nombre de personnes.

Je n’ai pas la science infuse, mais je fuis cela comme la peste. Mon conseil, c’est de rester attentif et de ne surtout pas se précipiter. Recouper les informations, se renseigner, calculer si nécessaire les données qui nous sont fournies, bref, faire un véritable travail d’archéologue pour extraire le bon du mauvais. C’est dans ces moments-là que les propagandistes peuvent développer au mieux leurs armes de destruction massive, invisibles, et pourtant si dangereuses.

Il ne faut pas croire que notre système est le meilleur possible. D’ailleurs, ne pas croire non plus que c’est le pire (bien qu’il nous est possible de le penser), plutôt reconnaître que tout changement est bon à prendre, car la vie est un mouvement perpétuel. Je pense que l’être humain est perfectible et ne doit jamais se reposer sur ses lauriers. C’est une erreur qui pourrait s’avérer fatale.

Il ne faut pas se fier aux apparences. Certains discours peuvent sembler remplis d’humanité et cacher en réalité un venin mortel…

Cette crise idéologique, s’il en est, doit être combattue. Non par la violence, je m’y oppose catégoriquement, mais par la foi en la capacité humaine de se perfectionner, d’aller toujours vers l’avant, quand bien même certains contempteurs de la vie souhaiteraient nous rendre la pensée cynique et acerbe. Croyez en ce qui vous fait plaisir : soyez animistes, bouddhistes, musulmans, juifs ou chrétiens, théistes ou athées, que sais-je, sans jamais oublier qu’il n’y a pas de pensée unique, que les normes ne sont pas une fatalité ni une Vérité irrémédiable.

Prenez conscience que nos habitudes et tout ce qui s’en suit sont intimement liées à des paradigmes/habitus sociétaux. Un enchevêtrement de conditionnements qui, superposés l’un à l’autre, forment des comportements spécifiques, toujours différents selon les individus. Ne vous laissez pas abuser par des bienpensants qui vous diront que ceux qui ne réfléchissent pas de telle façon sont des réactionnaires, des parvenus ou des marginaux. C’est une atteinte à vos droits fondamentaux. Ce ne sont en tout cas pas des hommes médiatisés, journalistes ou rédacteurs de magazine qui détiennent la connaissance suprême. Il n’y en a pas.

Mon objectif avec ce texte est de vous aider à vous libérer des dogmes qui se réclament de la pensée unique.

Je ne suis pas un saint de la connaissance, je me reconnais d’ailleurs davantage dans le rôle du guerrier, mon but est noble.

Pour ma part, je pense que nous devons nous rattacher à certaines habitudes que nous avons perdues. Considérer les autres avec un regard bienveillant, accepter de partager, de donner sans compter, de rendre service, d’être à l’écoute, de sauver si possibilité se montre, d’être humain, en somme !

Je suis confiant, contrairement à beaucoup de mes contemporains, malheureusement, dans la capacité évolutive de l’humanité. Il n’y a pas de fatalité, et tant qu’il y aura de la vie, les changements se produiront inévitablement.

Je n’ai pas de religion à proprement parler, cependant j’ai foi en l’être humain, et son meilleur outil face aux ténèbres : la pensée.

C’est important d’avoir des valeurs, quand bien même cette façon d’être semble révolue. Il y a encore plus impératif : la versatilité de nos idées et idéaux. Aucun concept n’est éternel, jusqu’à preuve du contraire.

Alors, mes ami-e-s, mes sœurs et mes frères, soyez votre propre instrument dans l’évolution de notre communauté humaine.

 

18:05 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : crise, politique, philosophie, idéologie, idée, pensée, réflexion, humanité |  Facebook | | | |

Commentaires

Friedrich Nietzsche : « Si vous ne pouvez être des saints de la connaissance, soyez en au moins les guerriers ». J'aime! J'aime! Belle note, votre blog mérite d’être connu !

En revanche ce qui est consternant ce le manque de réactions que ce billet suscite pour l’instant… j’ai remarqué que ce qui marche ce sont les billets peoples ou qui mettent en pièces les politiciens, les affaires salaces de DSK et les guerres religieuses…
Avec ce genre de sujets vos statistiques crèveront le plafond et vous aurez plein des coms !
Ou alors vous pouvez faire comme moi j’avais fait jadis, publier des chroniques de science-fiction (fort appréciées et déjà publiées en dehors du web) mais avec ça vous prenez le risque que quelques cervelles d’acarien prennent ces récits au 1er degré…

Bref pas simple ! Moi quand je me mets à écrire des choses sérieuses, mes blogs deviennent muets ou pire censurés !

Alors bon courage jeune internaute ! Je vous « Twitte » illico ! Et meilleures salutations

Barbie Dark Side

Écrit par : Barbie Dark Side | 24/01/2012

Merci beaucoup pour votre commentaire, Barbie Dark Side.
Oui, c'est un triste constat, mais les blogs qui parlent de tout et surtout de rien sont plus en vogues que ceux qui intègrent des réflexions sur nos manières de vivre.
Je vous invite à lire mes autres articles, et également, en plus de me « Twitter », si vous le voulez, me rajouter sur Facebook.
http://www.facebook.com/gregoiresapereaude

Amicalement,

Grégoire Sapere Aude

Écrit par : Grégoire | 24/01/2012

Oui je viens de vous Twitter et j’ai marqué comme conseil d’utiliser comme navigateur Mozilla Firefox car votre blog ne s’affiche pas sous Explorer (c’est un vice technique de la plateforme de cette blogosphère qui n’est toujours pas à jour avec la version Explorer 9 ! Il faut bidouiller un max pour contourner le problème !

Je ne suis plus sur Facebook, je les trouve trop intrusifs dans la vie privée et un gadget au service des gouvernements du monde entier, sous des aspects ludiques, ils fliquent tout le monde pour tout et n’importe quoi, sans parler du ciblage publicitaire à outrance ! C’est un énorme piège à loups ce truc ! Anonymous auraient du mettre en pièces ce site depuis longtemps car il n’y a rien de plus sournois que Facebook.


Voici le Twit : http://twitter.com/BarbieDarkSide

Amicalement

Barbie Forever & Dark Side & Monte Cristo

Écrit par : Barbie Dark Side | 24/01/2012

Les commentaires sont fermés.