Gregoire Barbey

14/02/2012

Éloge faite aux Autres

 

Qu'est-ce que la vie, sinon un long voyage ?

Il n'y a pas à chercher une hypothétique vérité, ce qui importe, c'est le regard que nous posons sur les éléments qui nous entourent. Il faut avoir à cœur d'offrir aux autres ce que nous désirons pour nous-mêmes, parce que sans les autres, notre chemin serait bien vide. L'enfer, ce n'est pas les autres, c'est les intentions que nous leur prêtons. Ce que nous sommes est comparable à une Cité, et nous voulons la protéger face aux envahisseurs. Comme Montaigne, enfermé une décennie entière dans sa tour, nous mettons tout en œuvre pour conserver notre intégrité. Parfois à s'en crever les yeux, et ne plus voir que les autres ne font que de nous tendre la main. Une lutte perpétuelle s'installe dès la naissance pour subsister le plus longtemps possible, pour défendre ce qui nous caractérise. Les autres ont besoin de nous définir, de nous mettre une étiquette, cela les rassure, et leur donne de l'élan pour affronter leurs propres difficultés. Faut-il pour autant se laisser abattre ? Arrachons donc ces pancartes qui veulent nous confondre dans un moule, nous ne sommes pas du prêt-à-porter, chacun d'entre-nous est unique, et mérite bien des égards face à la richesse dont il est porteur. Pourquoi infliger aux autres ce que nous ne voudrions pas qu'ils nous fassent ?

Ne voyons-nous pas qu'ils agissent exactement de la même manière que nous, à leur façon ? Oui, nos comportements sont souvent égocentrés, et cela peut s'expliquer facilement. Nous savons cependant que nous ne pourrions exister pleinement sans les autres. Nous découvrons pour la première fois que nous « sommes » lorsque nous percevons notre reflet, qui nous est renvoyé par le regard d'un autre. Sans cette aventure humaine, comment réaliserions-nous notre individualité ?

Il est impératif de chérir autrui, je sais que seul, je finirais par m'éteindre. Une unique bougie n'éclaire pas la nuit. Il en faut des dizaines, des centaines voire des milliers... Et plus encore. Ce n'est pas parce que nos valeurs se sont étriquées au fil des siècles que nous ne pouvons pas reconquérir ce que nous fûmes, jadis. Apprenons à nous connaître et à nous apprécier mutuellement. Ne nous laissons pas divisés, parce qu'ensemble, nous sommes forts. Unis, nous pouvons bâtir un futur à notre image. Nous ne devons pas nous soumettre face à l'intérêt de quelques-uns, mais nous fédérer pour le bien-commun. Nos différences et nos divergences créent notre singularité. Néanmoins, les inégalités fondent nos souffrances, et nous forcent à se battre les uns les autres. Un sourire partagé est un apport fondamental pour notre confort et notre estime de nous-mêmes.

L'idéologie individualiste est biaisée, aurais-je tort de le penser ? À l'heure où l'on nous parle de mondialisation, ou de moyens de télécommunication perfectionnés, il nous faut accepter que nous sommes interdépendants, et interconnectés. Il n'est pas nécessaire de faire référence à d'anciennes religions, il ne s'agit-là que de la réalité empirique de notre humanité. Je sais que les autres deviennent mon enfer lorsque je me ferme à eux. Pourquoi réagir de la sorte ? Nous avons tant à partager et à nous apporter, les uns aux autres. Nos cultures, nos traditions et nos lieux d'habitation nous façonnent. Nous en sommes prisonniers, d'une certaine manière. Pourtant, rien ne nous interdit d'utiliser notre prison à notre avantage. Soyons poètes, et inspirons-nous de nos barreaux pour nous emporter dans de somptueux rêves, hauts en couleurs. Ou alors, utilisons-les pour faire de la musique. Tout est possible, tant que nous en avons la volonté. Transposons à l'avidité de quelques-uns le désir créateur de la majorité. Unifions-nous, et partageons nos passions, la Terre est suffisamment grande et riche en surprises pour nous accueillir toutes et tous. Les biens matériels n'épancheront pas notre soif de reconnaissance, qui est humaine. Plutôt que consommer l'inutile, consommons l'originalité de nos semblables, dévorons-les de notre curiosité. Offrons-leur le loisir de nous connaître.

La vie serait bien morose si je n'avais pas autour de moi tant de personnes intéressantes. Je n'aurais jamais écrit ces lignes, ni toutes les autres, si je n'avais pas appris à parler grâce à leur aide. C'est ainsi que nous devons comprendre notre rapport aux autres. Un échange mutuel, qui nous grandit continuellement.

C'est pour ces raisons que je construis mon système de valeurs en ayant conscience de mes semblables, et que je leur souhaite les mêmes privilèges que ceux auxquels j'ai droit. Pour moi, le sel de notre existence, c'est les autres, quitte à ce que Sartre se retourne dans sa tombe.

 

Grégoire Barbey

20:53 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : autres, individualisme, respect, valeurs, partage, échange, réflexion |  Facebook | | | |

Commentaires

Il n’y aurait pas que Sartre qui se retournerait dans sa tombe en lisant ces lignes, mon « Schopi » à moi (Schopenhauer) lui aussi en serait mortifié ! ; )

Je reste néanmoins admirative du fait que tes parents n’ont pas réussi à éteindre cette petite flamme au fond de toi.

Moi les miens, ils ont même arraché la mèche…du coup, plus de flamme du tout, juste quelques étincelles superficielles ça et là ! Mais il y a toujours pire que chez soi ailleurs, t’as vu le gros naze qui a éclaté l’ordinateur de sa fille sur Youtube ???

En tout cas chapeau bas pour ce texte comme d’habitude.

BFDS

Écrit par : Barbie Dark Side Forever | 15/02/2012

Bien dit !

Écrit par : William Rappard | 17/02/2012

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