Gregoire Barbey

18/02/2012

Pourquoi les suisses-ses participent si peu aux votations ?

Cette question me parait être d'une importance capitale. J'avais déjà énoncé précédemment le fait, alarmant, que seuls 30% de la population suisse fait usage de son droit de vote. Nous sommes en démocratie, faut-il encore le rappeler. L'idéal de notre pays se résume ainsi : le Peuple souverain.

Peut-on encore considérer qu'il est pertinent de penser ainsi lorsque deux tiers des individus éligibles n'exercent pas leur devoir fondamental en tant que citoyen ?

Il y a malaise dans la démocratie ! Les citoyen-ne-s se sentent écarté-e-s de la chose politique. Certainement à juste titre. Je me propose d'explorer quelques pistes de réflexion qui pourraient déblayer les raisons de cet abstentionnisme généralisé.

La conscience politique à l'école

Il est de notoriété publique que l'école n'enseigne strictement rien sur le plan politique, bien qu'il existe, en tout cas à Genève, des cours d'éducation civique. L'argument évoqué pour expliquer ce refus d'apporter une conscience politique au sein de l'enseignement public est que l'école se doit de rester neutre sur les appartenances et idées politiques. C'est effectivement louable de ne point désirer influencer l'esprit des jeunes étudiants, mais gardons en tête qu'il y a bien d'autres moyens de se faire endoctriner en-dehors du domaine scolaire.

Évidemment, un individu qui acquiert la majorité – à dix-huit ans – et qui ne s'est jamais intéressé au domaine du politique aura de la peine à s'y investir concrètement. De ce fait, ceux qui reçoivent une éducation en la matière dans la sphère familiale sont bien avantagés. Pas tous les parents enseignent cela à leurs enfants.

Dès lors, il est difficile d'obtenir un taux de participation élevé aux divers exercices citoyens si la majorité des jeunes n'ont tout simplement aucune connaissance élaborée sur le fonctionnement politique de notre pays et du système qui le régit. Il y aurait pourtant de nombreuses options pour palier à ce manque et ce sans sortir du cadre de neutralité qui désire conserver l'enseignement public. Il y a tant à apprendre dans ce domaine, et cela ne relève pas nécessairement d'une idéologie politique spécifique. Avant de pouvoir s'y intéresser, il faut au préalable comprendre de quelle façon le système fonctionne. Les fascicules envoyés avec les bulletins de votation n'ont rien de neutre puisqu'un avis y est clairement formulé sous la forme de : « Le Grand Conseil vous recommande donc de voter ... ». Comment savoir pour le citoyen lambda ce qu'il doit voter au mieux de ses intérêts ? Et cette question de neutralité me dérange, quelque part. Faut-il arrêter d'enseigner des valeurs humanistes (comme l'entre-aide, la conscience de l'autre etc.) sous prétexte qu'elles s'apparentent davantage à une idéologie de gauche ? Ce terme est vague. Tant qu'un enseignant ne fait pas de propagande pour un parti, n'est-ce pas essentiel d'y intéresser les élèves, qui ne sont rien de plus que la relève de demain ? La politique, dans un système démocratique comme le nôtre, ne doit pas être élitiste, ni avoir l'image d'un élitisme quelconque. Tout un chacun est libre de s'exprimer dans ce domaine, et de faire valoir sa parole ! Je soutiens donc, personnellement, que des cours soient instaurés pour offrir aux jeunes l'ébauche d'une conscience politique, outil vital pour exercer ses droits et protéger ses intérêts. Qu'une faible proportion des enfants reçoive une éducation politique renforce l'écart et creuse les inégalités, invariablement. Personne ne devrait être écarté, même involontairement, de l'exercice civique dans une démocratie. Cela nuit à son bon fonctionnement. Idéalement, tous ceux qui peuvent participer devraient le faire. Je me contenterai déjà qu'une majorité de citoyens fasse usage de leurs droits, ce serait un sacré changement.

Je vote OUI, NON ou je m'abstiens, est-ce là mes seuls choix possibles ?

Face à la votation, il y a deux possibilités qui sont reconnues : voter OUI ou NON. L'abstentionnisme n'a aucun impact sur une votation, ce qui est aberrant. Comment ne pas s'inquiéter d'un taux d'inactivité civique aussi élevé ? Voter est un devoir, mais les gens ne veulent pas exercer un devoir sans la connaissance nécessaire qui doit aller avec. Voter n'est pas un acte anodin, il présuppose que celui qui vote sait ce que son choix aura comme implications s'il est majoritaire. Celles et ceux qui n'ont pas été initié-e-s à la politique peuvent très bien ignorer concrètement ce qu'une votation peut impliquer. Les fascicules ne sont pas toujours à la portée de toutes et tous, bien au contraire. À moins de s'y intéresser avec rigueur et méthode, exercer son droit de vote est une tâche difficile, en supposant que chacun fasse son choix pour lui et non selon les revendications d'un parti. Il faut connaître tout ce qui se cache derrière la question énoncée par la votation. L'exemple le plus illustratif que je puisse prendre est le cas de la votation au sujet des manifestations. La feuille de vote énonce plus ou moins ceci : acceptez-vous la loi contre les manifestations (manifestation à potentiel violent) ?

Or, cette tournure de phrase est clairement erronée et prend parti pour l'acceptation de la loi. Elle ne concerne pas uniquement les manifestations à « potentiel violent » mais la totalité de celles-ci, qu'elles soient pacifistes ou violentes. Le citoyen ou la citoyenne lambda qui prendra acte de ce bulletin sans s'intéresser au reste votera, à coup sûr, en faveur de cette loi, parce que rares sont les personnes qui sont pour les manifestations violentes !

Eu égard à cet exemple, il est donc primordial de se renseigner et de connaître tout ce qui concerne une loi soumise à votation pour procéder à un choix constructif.

Mais pas tout le monde n'a le temps pour s'investir autant. Entre le travail, les factures, et toutes les autres contraintes extérieures, difficile d'être libre pour exercer son devoir en tant que citoyen-ne suisse.

Je reviendrai dans un prochain billet sur les options possibles au-delà du simple OUI ou NON.

Les raisons pour lesquelles tant de citoyen-ne-s n'exercent pas leurs droits et devoirs ne manquent pas. Tant sur le plan personnel que de l'enseignement public. Il faudrait songer à revoir certaines choses inhérentes à notre système pour favoriser la rigueur des individus dans l'exercice de leurs droits et devoirs. Il est évident pour moi qu'une telle quantité d'abstentionnisme révèle un malaise, et pas des moindres !

Il est important de s'en rendre compte et de vouloir faire en sorte d'améliorer tout ça. Une vraie démocratie compte sur l'investissement du Peuple. Ce n'est actuellement pas encore chose faite...

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19:18 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : politique, démocratie, droits, vote, votations, loi, réforme, enseignement public |  Facebook | | | |

Commentaires

Oh, pas besoin de se torturer les méninges....
Si les Suisses ne votent pas, c'est qu'ils sont satisfaits de leur situation, et que la votation ne changera pas de manière fondamentale leur train de vie.
Donc, pas besoin de voter....(moi, je vote)

Écrit par : vieuxschnock | 18/02/2012

Bon début d'analyse. J'en ai fait une moi-même il y a quelque temps pour quelqu'un que nous connaissons, un politicien qui s'est dit intéressé mais qui le classa sous une pile de dossiers pour là encore n'apporter aucun suivi.

Je te rejoins totalement sur un des principale problème étant les "tournures de phrases" comme tu dis. Elle induisent en erreur au mieux ou au pire c'est selon, décourage bien des gens à mon sens de voter ou même à voter de manière erronée !

Il y a aussi et c'est alarmant, un désintérêt quasi totale des jeunes. La seule éducation n'est pas l'unique cause. Un professeur en sociologie de l'université de Lausanne était arrivé à la conclusion que c'était surtout par désarroi. Désarroi de ne pas se sentir représenté par les élus. Que finalement aussi leur votes n'avaient que trop peu de poids.

Sur qu'en lisant nos journaux de nos jours, voir des personnes à haute responsabilité ne respectant par leur serment et malgré tout être encore en fonction et récompensé malgré tout par une démission que seul eux déciderait, n'aide en rien.

N'attendons-nous pas de nos hommes politiques d'apporter "lumière sur les zones d'ombres" ? Un des principes de base de notre démocratie est la confiance que notre peuple porte à ses élus. Ça me paraît légitime dans un système...démocratique. Pas pour tous, force est de constater et c'est à mon sens des messages et exemples des plus désastreux.

Aussi, le "problème" démographique pourtant étudié par Berne déjà en 1987 n'aide pas. Ainsi et selon l'OFS l'on peut constater que depuis 2002, la majorité du corps éligible (ceux qui sont en droit d'élire et d'être élus) ont 51 ans et plus.

Cela peut laisser penser qu'il y a aussi un choc générationnel, les jeunes se sentent ainsi aussi et à juste titre non représentés comme précédemment évoqué.

Le problème du désintérêt des jeunes est un grave problème. Il freine les possibilités de développement du pays et notre démocratie aussi. Il faut s'en alarmer et vite, mieux agir.

Fabien Wulff-Georges

Écrit par : Fabien Wulff-Georges | 18/02/2012

C'est surtout au niveau électoral que l'on trouve 30% de participation. En votation sur les initiatives et les référendum c'est plutôt dans les 40 à 50%. Ce qui est encore une faible participation. Enfin bref.

Il y a une troisième voie après le NON ou le OUI pour être participatif ( j'espère pas avoir plombé votre prochain billet ). Il s'agit de voter blanc quand on a pas de position tranchée. C'est une façon de s'abstenir si l'on ne sait pas quoi voter. Ne pas avoir d'opinion en est déjà une.

Mais je dirais quand même qu'une participation de 30 de 40 ou de 50% est quand même plus représentatif pour la population que le vote d'une loi par 200 parlementaires. Et comme on le dit; les absents ont toujours tort.

Pour débattre sur les résultats d'une votation; je respecte plus la personne qui à votés l'inverse de moi, que celui qui pense comme moi et qui ne va pas voter et qui plus est: râle parce qu'il n'est pas content du résultat.

D.J

Écrit par : D.J | 18/02/2012

300 % d'accord avec DJ. J'en parlais justement sur FB. Le vote blanc permettrait aussi aux contestataires de ne pas donner leurs voix aux extrêmes.

Suis frileux sur le vote obligatoire mais il serait du coup acceptable si le vote blanc était compté, considéré et communiqué.

FWG

Écrit par : Fabien Wulff-Georges | 18/02/2012

Salut Gabriel,

Par expérience: j'ai voté à droite, à gauche, aux extrêmes et à chaque fois j'ai perdu la parole! (terme inventé en 1968? Je ne sais plus)

Je serais plutôt d'accord avec le vieuxschnock, si les gens ne votent pas, c'est qu'ils sont satisfaits de leur situation. C'est un leurre à brochets..

Je me suis présenté une fois devant les électeurs; j'ai été élu. Mais le lendemain je perdais six clients, 30% de mon chiffre d'affaire! Au bout de deux ans je me suis cassé. N'étant pas paysan ni propriétaire, qui plus est habitant un village de moyenne montagne, ils ne parlaient que de leurs petits intérêts. Les communaux, les sectionnaux, les réparations de l'église et des chemins des vaches!

Cependant, il me semble qu'il faut s'investir en prenant le pouvoir afin de ne pas le laisser aux autres. C'est un autre débat.

Voter est un geste pour la liberté que nos anciens nous ont légués par le combat sur les monarchies, les églises les despotes et leurs lèches bottes. Un bulletin de vote vaut plus cher que le Franc Suisse, encore plus cher que l'€. Il ne faut pas s'étonner si la mafia et leurs amis prennent le pouvoir. Il ne leur restera que "LISIEUX" -pour pleurer...

Bien à toi et à un de ces jours.

Écrit par : Pierre NOËL | 19/02/2012

les anciens étaient malins comme des singes ,ils conservaient les cahiers remis avec chaque votation.Souvent celles-ci sont réchauffées transformées intelligemment grâce à de savantes virgules ou mots adapté à la situation du jour et depuis l'histoire des votes poubelles ce geste aura provoqué l'ire parmi beaucoup de citoyens,quand on veut diriger une commune on assume ses propres erreurs on ne cherche pas la fusion pour faire porter le chapeau à d'autres. Faut vraiment être socialiste pour oser pareil affront et ils osent ensuite vous croiser en riant,y'a des paires de claques et plus comme dirait un ancien de la Mob qui se perdent!Ensuite on entend ,ils veulent plus voter,mais de qui se moque-t'on?

Écrit par : lovsmeralda | 19/02/2012

Merci Grégoire d'avoir accepté ma suggestion, tu donnes de belles pistes et me réjouis déjà de lire la suite, ton regard de philosophe indépendant est rafraichissant!

Au delà du vote, j'avoue que je cherche à comprendre le peuple suisse, à prendre la "température" sur sa motivation de faire partie (ou pas) de la société, son niveau d'engagement, son sens de la solidarité... Vote-t-il pour râler seulement? par intérêts politique? par optimisme (de pouvoir changer les choses) ou par respect du droit démocratique? ne vote-t-il pas parce que tout va bien? par abandon? par égoisme ou par déprime...?

Vive la suite ;)

Écrit par : Jack_line | 19/02/2012

Il fut un temps ou on ne votait pas si souvent ce sont les partis,verts écolos et gauchistes qui sèment la zizanie avec leurs lancements d'initiatives en tous genres.Il existe 22 intitiatives en suspend voire un peu plus depuis l'année passé à voter ,soit on cherche à occuper les citoyens soit on cherche à les humilier mais de toutes manières on cherche à provoquer leur colère et là beaucoup sont de cet avis. Car vouloir calquer notre politique sur celle des pays environnants faut pas réver c'est pas demain que la Suisse va adhérer à l'UE parceque entre l'appellation sectes et partis,le fil rouge est mince et c'est ce qui fait douter de plus en plus de citoyens c'est qu'en mélangeant serviettes et torchons y'a pas mieux pour s'infiltrer dans tous les milieux et c'est aussi un des buts recherchés

Écrit par : lovsmeralda | 19/02/2012

Ah, les votations, je me souviens lorsque j'étais jeune nous voulions vite avoir nos 18 ans afin de pouvoir enfin aller voter, le rêve à l'époque, mais maintenant j'ai vraiment l'impression de vivre dans un autre monde, quand j'entends des jeunes de 20-25 ans autour de moi qui te disent que voter cela ne sert à rien, que cela ne va pas changer grand chose. Cela fait un peu soucis quand même, ce sont ces même jeunes qui sont censés être notre avenir...
Personnellement j'ai toujours voté mais je dois dire que je suis de plus en plus dégoûtée du monde politique,le peuple élit des personnes qu'elle a envie de voir le représenter à Berne et un jour peut-être au conseil fédéral, mais lorsque l'on voit toutes ces magouilles, ces alliances secrètes lors des votations au conseil fédéral, on se demande des fois à quoi cela nous a servi d'aller voter...
D'autre part j'ai vraiment l'impression que nos hommes politiques se prennent de plus en plus pour des "stars", bel exemple avec facebook où l'on peut voir qu'untel mange à tel endroit et que celui-là part au soleil, ce qui n'est malheureusement pas dans les moyens de tout un chacun... Sans oublier ceux qui se croient au-dessus des lois... je regrette mais à mon avis et c'est mon avis les hommes politiques ne doivent pas se donner en spectacle, ils doivent au contraire montrer l'exemple, après comment voulez-vous que chacun respecte son prochain lorsque l'on a tout cela à longueur de journée sous les yeux...
voilà, c'était mon humble avis sur la politique, bonne soirée

Écrit par : natsturzi | 19/02/2012

@natsturzi,on ne peut que vous donner raison,dans le temps oui je sais cela fait ringard,mais toujours est-il que ces messieurs savaient garder leur rang et du coup notre respect.Ils savaient tenir leur distance face à la presse et n'auraient jamais admis ce qui aujourd'hui ressemble de plus en plus à du harcèlement ,mobing de la part de beaucoup d'internautes et de télespectateurs puisque toutes ls infos tournent en boucle et transforment ceux les écoutant ou les regardant en inquisiteurs de premier choix
Mais peut-être qu'en étant policiens ceux d'aujourd'hui éprouvent -ils ce besoin insatiable de paraitre afin de donner libre cours à des pulsions qu'ils ne peuvent satisfaire autrement qui sait!

Écrit par : lovsmeralda | 19/02/2012

Hommes ET Femmes politiques. ;)

Écrit par : Jack_line | 23/02/2012

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