Gregoire Barbey

19/02/2012

Propos sur les différences

Évidemment que nous sommes différent-e-s ! Qui le nierait ? Mais ce ne sont pas nos caractéristiques biologiques, ni un quelconque sexe qui nous différencient. Ce qui fait notre singularité, ce sont nos actes et notre personnalité. La couleur de nos cheveux, de notre peau ou la forme de notre visage ne peuvent nous diviser, car ce ne sont que des détails aléatoires. Que notre pilosité soit teintée de blond, de noir ou de châtain n'a aucune importance en soi. Que nous soyons « femmes » ou que nous soyons « hommes » n'importe pas davantage. Nous ne décidons pas de l'aspect physique de notre enveloppe charnelle, nous ne pouvons donc pas utiliser cette caractéristique pour différencier deux individus. Si aujourd'hui la doctrine du différentialisme semble aller de soi pour la majorité de nos contemporain-e-s, ce n'est en aucun cas une démonstration empirique de la justesse de cette idéologie. J'ai d'ailleurs pour principe de me méfier toujours des pensées qui se réclament du rationalisme, car ce dernier est une nouvelle forme de croyance. Ce que nous jugeons rationnel est arbitraire et repose sur des a priori. Ne faut-il pas craindre les certitudes ? Quand bien même elles revêtent l'argument d'autorité que confère les recherches scientifiques. La science n'est-elle pas proprement ce qu'il y a de plus incertain ?

Nous avons appris à percevoir des différences partout, comme une maladie mortifère, corrompant tout ce qui nous entoure. Mais dans nos relations sociales, qu'est-ce que le sexe ? Avoir un pénis m'octroierait plus d'intelligence ? Je ne pense pas. Si mon attitude s'apparente à la possession de cet attribut, la cause s'explique par les constructions sociales qui se sont forgées au fil des siècles, catégorisant les individus dans diverses cases. La catégorisation de certains comportements comme étant spécifiques à un genre donné relève de l'attribution arbitraire. Ces différences sont ancrées dans nos esprits. Le virilisme serait l'attitude propre aux hommes et le sentimentalisme celle qui serait propre aux femmes. Les déviances que ces croyances engendrent sont multiples. Certains hommes tentent de correspondre à cet idéal, tout comme certaines femmes en font autant de leur côté. Finalement, si ces personnes se sentent bien dans leur peau en jouant le rôle qui leur a été attribué, il serait malavisé de leur en vouloir. Toutefois, personnellement, je refuse d'être réduit à un genre, une couleur de peau, de cheveux ou d'yeux, une préférence sexuelle ou quoi que ce soit d'autre qui n'est pas de mon fait !

J'ai conscience que les seules choses qui me différencient réellement de mon semblable, ce sont mes actes et ma personnalité. Mais ce que je fais n'est pas déterminé par une quelconque appartenance à un sexe. Cultiver de vieux clichés n'a aucun sens. Dois-je pour autant être jeté dans une catégorie et ne plus en sortir ? Je ne l'accepte pas. C'est devenu une manie d'associer chaque individu à un ensemble de critères, comme s'il fallait impérativement décrypter les êtres humains pour rentrer en relation avec eux. Je ne me considère pas comme un « être fini », mais en devenir. Chaque jour, je me développe et évolue. Je ne pourrais donc rentrer dans une case sans risquer de devoir en changer le lendemain. Je refuse de me soumettre sur l'autel de la différenciation. Je n'ai aucunement besoin de me rattacher à un genre pour me rassurer, tout comme mon identité ne se fonde pas sur la forme et l'utilité de mon sexe. Nous avons trop souvent tendance à percevoir d'abord nos divergences avant nos similitudes. Ne serait-ce pas là le signe d'une dégénérescence ? Que cherchons-nous à obtenir dans la différenciation ? Est-ce la manifestation de l'individualisme omniprésent dans notre société ? Je n'y vois en tout cas rien de positif. Cela sert davantage les intérêts du système que ceux des êtres humains. Répartir les tâches en fonction d'une catégorie précise facilite amplement le fonctionnement du capitalisme, qu'elle soit d'ordre ethnique, générationnelle ou sexiste. Il est probablement temps de déconstruire ces idoles qui règnent sur la pensée humaine depuis tant de siècles – voire de millénaires ! Il nous faut impérativement nous extraire de ces carcans réducteurs qui non seulement prétendent nous connaître mais qui de surcroît nous prédestinent à des fonctions spécifiques. Le différentialisme est un dérivé d'abus de pouvoir. Il permet de justifier des comportements contraire à une éthique égalitaire. Nous sommes différent-e-s par nos actes et notre personnalité, cependant nous sommes toutes et tous égaux devant notre humanité. C'est elle-seule qui nous distingue. Le reste n'est qu'un détail, celui d'une rencontre entre un spermatozoïde et une ovule. Le fruit du hasard.

En définitive, ne laissez personne vous dicter quel comportement vous devriez adopter selon une appartenance arbitraire à un genre quelconque ! Soyez vous-mêmes, et ce quel qu'en soit le prix.

 

Grégoire Barbey

Commentaires

"Mais ce que je fais n'est pas déterminé par une quelconque appartenance à un sexe. Je suis sentimental, il m'arrive souvent de pleurer, j'ai toujours eu en horreur les comportements machistes et je déteste le pouvoir." Dans cette phrase tu démontre précisément l'inverse de ce que tu prétends. LoLL!

Je suis une femme, je n'ai jamais été sentimentale (j'ai eu 6 frères), je ne pleure jamais, je déteste le pouvoir mais s'il en existe un il est à moi... et je suis femme prête à te le prouver quand tu veux. Tes clichés datent du XIXè. Encore fois, Grégoire il faut t'informer au lieu d'écrire ce qui te passe par la tête.

Quand tu veux pour un petit cours sur le féminisme contemporain et les relations de genres.

Écrit par : lulu la nantaise | 19/02/2012

Je préfère m'abstenir de prendre des cours avec des personnalités qui fréquentent le plateau de Tango !

Écrit par : Grégoire | 19/02/2012

"Évidemment que nous sommes différent-e-s ! Qui le nierait ? Mais ce ne sont pas nos caractéristiques biologiques, ni un quelconque sexe qui nous différencient. Ce qui fait notre singularité, ce sont nos actes et notre personnalité.."

Lulu, le message semble pourtant clair non : une appartenance à un genre (sexuel) ne suffit pas à "catégoriser" un être humain. En quoi les propos que vous relevez démontrent le contraire de ce qu'avance précédemment Grégoire comme théorie (ou simplement point de vue)? Relisez donc, réfléchissez, interprétez (justement et pas seulement comme bon vous semble) ses écrits et vous comprendrez très vite qu'il n'a nul besoin de cours sur un prétendu courant dit féministe somme toute bien dépassé.

En effet, bien plus que l'appartenance à un genre (catégorie sexuelle), ce sont bien les actes, modes de pensées qui différencient les être humains les uns des autres.....

Écrit par : Valérie C | 19/02/2012

@ Grégoire, oui j'ai fais la première de Tango et je te garantis que j'ai beaucoup rit c'est un péché ?

@Valérie,
Grégoire en nous disant qu'il n'est pas influencé par son genre nous donne la preuve du contraire en disant qu'il est sentimental, qu'il pleure et qu’il déteste le pouvoir comme si ces éléments étaient constitutifs des femmes...

Voilà c'est simple !

Écrit par : lulu la nantaise | 19/02/2012

Grande prêtresse, veuillez m'excuser, vous m'avez mal compris. Je suis influencé par les constructions sociales qui ont élevé les genres en différence fondamentale. Il n'y a justement rien qui soit constitutif des femmes dans les comportements. Je n'associe pas la sentimentalité à un sexe, je revendique l'inverse.

Écrit par : Grégoire | 19/02/2012

Ce qu'il faut pas lire dans les commentaires de certain-e-s...

En effet, les caractéristiques comme la non-expression des sentiments (pleurer, etc.), l'exercice du pouvoir, sont fortement connotées comme "masculines" dans nos sociétés, chère Lulu... Grégoire a donc raison de déconstruire ces catégories sexuelles qui attribuent à un sexe des caractéristiques - en montrant qu'elles n'ont pas prises sur lui.

Le cours de féminisme version "Tango" en effet il s'en passera fort bien, heureusement d'ailleurs... A ce propos, rejoignez le groupe facebook pour dénoncer l'abrutissement sexiste que constitue ce nouveau talk-show masculiniste du service public, et demander sa suppression : https://www.facebook.com/groups/suppression.emission.tango/

Écrit par : Julien Cart | 19/02/2012

"je n'ai jamais été sentimentale (j'ai eu 6 frères)."
Quel est le rapport ?
On dirait que vous en voyez un direct.
Le besoin de vous adapter à une condition dite "masculine" proche du mimétisme pour espérer exister et vous imposer dans un groupe d'hommes ?
C'est une perte d'identité, ça tient de la soumission.

Écrit par : Patricia | 20/02/2012

On ne pense pas mieux parce que l'on a un pénis, au contraire, il semblerait que celui-ci tende à nous rendre bête. A tous les sens du terme. Cependant :
1) "Nous avons appris à percevoir des différences partout" me semble une vision rousseauiste de l'existence. Nous n'avons pas à l'apprendre, car le constat de ces différences est inné. Dès qu'il parvient à discerner les couleurs et les formes, un petit garçon est capable de comprendre qu'il porte un pyjama bleu, et qu'il a un truc qui ne ressemble pas encore vraiment à un pénis, tandis que sa petite soeur, qui porte une nuisette rose, n'en a pas.
2) Si le fait d'avoir un pénis a plutôt tendance à nous rendre bête, celui de posséder un chromosome Y a une autre conséquence, établie récemment (depuis 3 ou 4 ans) par la science, qui pour être incertaine, n'en est pas moins le plus sûr moyen actuellement en notre possession d'appréhender notre quotidien et notre environnement. Il semble que dans la branche manquante du X devenu Y réside des choses comme la possibilité d'être mère, mais aussi un gène qui contrebalance les excès d'un autre, lié à notre développement cérébral. La conséquence, c'est qu'en l'absence de ce gène, un dixième des mâles est particulièrement con, tandis qu'un autre dixième possède des caractéristiques intellectuelles que l'on pourrait qualifier de géniales. Ce qui en soi, peut-être aussi bien source de problèmes et de divagations que d'efficacité améliorée.
Chez les femmes, ce gène contrebalance les effets de cette répartition aléatoire et rendra les génies moins géniales et les débiles plus intelligentes. Ce qui expliquerait, autant que le déterminisme social, la plus grande uniformité (= la moins grande dispersion) des performances intellectuelles chez les femmes que chez les hommes.
A part ça, nous sommes tous des êtres humains, ayant droit au respect. Et ce n'est pas le constat des différences qui pose problème (nous sommes différents, c'est un fait), mais les conclusions que certains en tirent: différents ne veut pas dire inégaux, mais plutôt complémentaires. Outre que la couleur de la peau, par exemple, ou le côté de la frontière où l'on habite, ou la couleur du passeport n'a strictement rien à voir avec le fait d'être intelligent ou idiot, gentil ou méchant.

Écrit par : Titeuf Arouët | 20/02/2012

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