Gregoire Barbey

08/03/2012

La « journée internationale de la femme », une belle arnaque

 

Aujourd'hui, c'est la « journée internationale de la femme ».

Déjà la formulation est révélatrice d'une idéologie symbolique spécifique, selon laquelle « la femme » est une fin en soi, une détermination biologique, une inscription génétique définie et un genre rationnel auquel nulle ne peut se détacher. Il s'agit dès lors d'un différentialisme qui conditionne les individus à se cantonner, comme c'est le cas depuis des siècles sinon plus, à des comportements représentatifs de leur sexe. C'est une conception pour le moins manichéenne de la pluralité des êtres humains. Il y a plus de cinquante ans, Simone de Beauvoir prononça une phrase qui, encore à notre époque, fait office de prophétie : « on ne naît pas femme, on le devient ». Combien d'esprits simples ont dû buter sur cette affirmation ! Et pourtant, la logique est imparable.

La différencialisation imposée de facto comme étant une expression de la Loi de la Nature, et ce dès la naissance, ne tient pas compte de la versatilité des caractères humains. Au contraire, cette attitude enferme l'expression de la diversification humaine en deux schèmes antagonistes, comme s'il suffisait d'un terme, naturalisant un genre donné, pour comprendre et percevoir les spécificités d'un être humain. Ainsi la phrase de Simone de Beauvoir prend tout son sens, et permet de penser l'importance non-négligeable des constructions sociales, et l'impact sur le développement psychique et physique que peuvent avoir l'intériorisation de codes sociaux et de croyances métaphysiques.

Ces enfermements dogmatiques ne prennent guère en considération un fait qui est pourtant connu.

De nombreuses femmes, et de nombreux hommes ne se retrouvent pas dans la fatalité de leur « genre » et décident alors d'en changer, soit par une lourde intervention chirurgicale, soit par travestissement. Que conclure de ce malaise répandu ? Que la nature fait mal son travail ? Ou que l'essentialisme qui catégorise les « hommes » et les « femmes » selon l'aspect visuel de leur sexe n'est pas suffisamment diversifié pour rendre compte de la pluralité des personnalités et donc de permettre aux individus une liberté de développement psychique et physique qui leur est propre ?

Il faut également considérer les hermaphrodites, probablement perçus comme des « erreurs » biologiques, et qui pourtant font partie intégrante des êtres humains. Dans ce cas de figure, les parents sont généralement amenés à définir le « sexe » de leur enfant, pour qu'il puisse se sentir en adéquation avec ses semblables. Dès lors, il est irréfutable que le genre se construit socialement.

Pourquoi alors les croyances humaines sont-elles aussi strictes ?

Citons les propos d'Edgar Morin relevés dans son ouvrage « Introduction à la pensée complexe », sur l'actuel paradigme idéologique : « L'ancienne pathologie de la pensée donnait une vie indépendante aux mythes et aux dieux qu'elle créait. La pathologie moderne de l'esprit est dans l'hyper-simplification qui rend aveugle à la complexité du réel. La pathologie de l'idée est dans l'idéalisme, où l'idée occulte la réalité qu'elle a mission de traduire et se prend pour la seule réelle. La maladie de la théorie est dans le doctrinarisme et le dogmatisme, qui enferment la théorie sur elle-même et la pétrifient. La pathologie de la raison est la rationalisation qui enferme le réel dans un système d'idée cohérent mais partiel et unilatéral, et qui ne sait ni qu'une partie du réel est irrationalisable, ni que la rationalité a pour mission de dialoguer avec l'irrationalité. »

Cet extrait permet de justifier ma réflexion sur la formation des genres. Le rationalisme et l'universalisme (voir également Immanuel Wallerstein à ce sujet) sont des conceptions idéologiques relativement récentes. Elles permettent, dans le cadre politique actuel, de simplifier à outrance des problèmes d'une rare complexité. Il n'est pas rare de nos jours d'entendre des politiciens user du même champ lexical restreint tout au long d'un discours pour se faire entendre du plus grand nombre, en dépit de la réelle ampleur de la problématique débattue. Cette « hyper-simplification » a des conséquences souvent désastreuses, et rempli des fonctions néfastes pour la compréhension des schémas non-manichéens.

La « journée de la femme » n'est donc pas une victoire, ni un avancement des mentalités, mais la juste continuité de la mainmise idéologique sur le concept des genres, rappelant aux femmes, et indirectement aux hommes, qu'elles ne sont que « ça » et rien d'autre, et que la fatalité biologique ne leur permettra jamais de s'extraire des carcans sociaux desquels elles sont prisonnières depuis des centaines d'années.

Il ne faut donc pas se réjouir pour la cause féministe, mais plutôt se tenir prêt à continuer la lutte, car elle est loin d'être terminée. En ce sens, le XXIe siècle devrait être intronisé « siècle des femmes » pour rappeler à l'ensemble de l'humanité qu'il y a des batailles qui ne se remportent pas en quelques manifestations et petites victoires.

Le combat est macro-social, et englobe donc l'ensemble des êtres humains. L'égalité professée n'est pas une preuve en elle-même, il faut encore qu'elle soit appliquée.

Tout comme les êtres humains ne sont pas égaux en droits face à la Justice, les femmes et les hommes ne le sont pas face à la diversification de leurs caractères.

Femmes et hommes de tous les pays et de toutes les cultures, unissez-vous !

 

Grégoire Barbey

 

 

 

Commentaires

@Grégoire par carcan social qu'entendez vous exactement,serions nous les femmes de ma génération a avoir été les premières et seules depuis 1955 à oser nous affirmer auprès et avec les hommes sans jamais éprouver quelque sentiment qui soit d'infériorité ou complexe quelconque?
Sans doute parlez vous pour les universitaires dans le monde du travail hommes et femmes excepté le salaire on était tous égaux.Mais peut-être avions nous une vision du futur plus réaliste que vos contemporains,l'informatique n'existant pas ,on inventait notre vie en recherchant les tâches les plus difficiles,on avait à coeur d'imiter les hommes et c'est peut-être la raison qui permi à de nombreux couples de durer dans le temps.Ou alors serait-ce que nous ne nous prenions pas la tête inutilement,on avait connu pire et l'on savait aussi qu'on vivrait des moments encore plus difficiles mais rien ne nous rebutait,la vie on la croquait a pleines dents avec l'homme toujours considéré comme notre alter ego
Votre monde si je peux me permettre semble bien tristounet à comparer avec le nôtre, beaucoup sont de mon avis et pourtant que de difficultés a-t'il fallu appréhender .sans doute a trop de conforts l'humain ne sait même plus voir ce qu'il a entre les mains,le bonheur il est là et pas ailleurs

Écrit par : lovsmeralda | 08/03/2012

La signification que je donne à "carcan social" représente l'ensemble des schèmes et des habitus qui fondent les comportements relatifs à la vie en société, selon des coutumes et des traditions définies et partagées par les acteurs/actrices.
Je ne pense pas que nous puissions hiérarchiser comme vous le faites des époques significativement différentes, tant la réalité sociétale et géopolitique peut varier. Il n'y a pas de "c'était mieux avant" qui tienne, c'était simplement différent. N'ayant pas connu empiriquement la période dont vous parlez, je ne peux m'en faire véritablement un avis critique. Toutefois, il faut rester sceptique face à des affirmations aussi subjectives.

Écrit par : Grégoire Barbey | 08/03/2012

@Grégoire ,y'avait de la joie et les fameux jeux de role et évaluations n'existaient pas et tant mieux,nous vivions dans le monde du réalisme sans réality show ,pas le temps ,trop de travail ,mais mon dieu qu'il faisait bon vivre ,pas d'interdits/excepté pour les meurtres ou enlévements d'enfants/ mais des gens s'accommodant aux lois,du respect envers les plus âgés,je comprends que vous soyez destabilisé face à notre célèbre phrase ,de notre temps et qui sera vôtre aussi quand vous aurez passé la cinquantaine.
Mais oui vous direz comme tout le monde,le temps a passé trop vite et si on avait su on en aurait fait beaucoup plus de sottises celles--ci étant le sel de la vie aidant à grandir et surtout à quitter très vite le giron familial qui lui est très souvent un horrible carcan pouvant empécher l'ado de s'affirmer en tant qu'adulte prêt à foncer dans l'existence n'ayant pas peur de dépasser ses propres limites,car cela c'est la vrai vie.
On n'a qu'une vie alors autant la prendre en riant,les coups durs sont aussi là pour pouvoir apprécier d'autant les bons moments.Mais à chacun sa propre vision de la vie,c'est la mienne et celle de beaucoup d'autres et jamais nous nous n'aurions obligé qui que ce soit à penser la même chose,on est un individu on a sa propre famille ses propres défauts et qualités et surtout sa propre façon de penser celle qui nous sauva la vie de très nombreuses fois et qui nous permi surtout de sortir en 4me vitesse des griffes sectaires
Très bonne soirée pour Vous

Écrit par : lovsmeralda | 08/03/2012

Oui, la journée de la femme est une victoire. C'est une fête jubilatoire et une liberté retrouvée qui se savoure avec délectation.
Dorénavant, les femmes jouent dans la cour des hommes. Elles ont acquis les mêmes droits. Et la journée de la femme représente toutes les luttes qu'ont menées les féministes. Et, je ne bouderai pas mon plaisir à l'occasion de cette célébration.
La guerre des genres, la rivalité des sexes n'ont plus lieu d'être. Dans les pays démocratiques, la femme est l'égale de l'homme. Ce n'est pas seulement un slogan, c'est une reoonnaissance infinie envers cet état de fait.
Volontairement, je n'ai pas ajouté "internationale", car la journée internationale de la femme ne sera réelle que lorsque toutes les femmes du monde seront considérées comme des êtres égaux en droit, en liberté.

Écrit par : Noëlle Ribordy | 09/03/2012

vous avez raison Georges, le combat est loin d'être terminé, il nous faut une femme cultivée pour faire face à la vie actuelle, et là, c'est la route la plus longue à faire surtout dans les pays sous-développés!

Écrit par : faire part | 09/03/2012

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