Gregoire Barbey

09/03/2012

L'avortement, une nécessité d'utilité publique

 

Suite à de nombreuses requêtes, je vais me prononcer sur l'avortement.

J'y suis évidemment favorable et estime qu'il devrait être accessible à toutes les femmes, ce qui implique donc la gratuité de l'intervention, remboursée intégralement par l'assurance, ou dans un cas spécifique, aux frais de l'État, donc indirectement du contribuable, si la demanderesse ne possède pas d'assurance, pour des raisons X ou Y. Il y a deux raisons principales qui me font me positionner ainsi en faveur de cette pratique et de son accessibilité.

 

Les femmes sont les seules détentrices du choix de conserver ou non l'enfant à venir.

Jusqu'à preuve du contraire, ce sont les femmes qui sont concernées directement par la question de l'enfantement. Je considère dès lors qu'il s'agit d'un choix d'ordre privé, qui doit résulter uniquement de la réflexion faite par la personne concernée, à savoir la femme enceinte. Cet impératif est catégorique, pas même le père ne doit influencer la décision que prendra la mère. Dans notre société, où la propriété individuelle fait partie intégrante de nos rites et nos échanges, le corps de la femme lui revient de droit, elle est donc de ce fait la seule à pouvoir décider de l'avenir de l'embryon qu'elle porte en son sein. Toute intimidation ou manipulation visant à influencer le choix d'une femme sur ce sujet est à proscrire légalement.

 

L'avortement doit être considéré comme relevant d'une option d'utilité publique.

J'entends par là que dans divers cas de figure, une mère en devenir qui ne désire pas garder son enfant et préfère opter pour la possibilité de l'avortement pour des raisons précises (qu'elle seule est en mesure d'en juger la pertinence) doit être en mesure d'y avoir droit. Un enfant non-désiré ne doit en aucun cas voir le jour, tant son avenir serait incertain au possible. Bien sûr, cet argument sera réfuté par certaines personnes qui clameront n'avoir pas été désirés et s'en être pourtant bien sorti. C'est certes un fait, mais également un risque. Les parents qui conservent l'enfant par obligation légale (dans un pays où l'avortement n'est pas autorisé ou non-remboursé) peuvent adopter à son encontre des comportements tout-à-fait délictueux par frustration ou instabilité psychique.

Qu'une mère toxico dépendante décide d'avorter doit être perçu comme relevant de l'utilité publique, par exemple. Il faut comprendre qu'un enfant non-désiré ou évoluant dans un milieu hostile a une certaine probabilité de réitérer les sévices qu'il aura vécu, et ainsi causer d'autres dommages collatéraux à la société. J'ai conscience que mon argumentaire en choquera plus d'un-e, mais il me paraît sincère. Refuser l'avortement pour quelque motif que cela soit, c'est prendre un pari risqué, sinon pour le bien-être de l'enfant et son entourage dans une moindre mesure.

Je précise néanmoins que l'enfant paraisse ou non en bonne santé est un critère que seule la femme enceinte est en mesure d'évaluer comme pertinent ou pas pour sa décision Une fois encore, ce choix lui appartient.

 

Conclusion

Il y aurait bien sûr d'autres paramètres à prendre en compte, mais foncièrement ma position s'explique par les deux points précédemment explicités. Pour ma part, je considère que le droit à l'avortement gratuit et inconditionnel est une nécessité pour les femmes et également pour la société. D'autant plus qu'aujourd'hui, les avortements médicamenteux sont une option viable et peu coûteuse, tant sur le plan financier que physique (puisqu'il n'y a pas d'intervention chirurgicale) et ne présente donc pas de risque de stérilisation pour les femmes. Il faut cependant agir avant les six premières semaines de l'embryon pour que cela fonctionne.

Il est donc de prime importance de lutter pour que soit reconnu ce droit, le plus vite possible !

 

Grégoire Barbey

 

17:56 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : avortement, réflexion, politique, assurance, gratuité, remboursement, choix, femmes, droits |  Facebook | | | |

Commentaires

Oui ça doit être un droit dans les cas surtout ou la contraception pour une raison ou une autre, n a pû servir à éviter un enfant non désiré. Mais il faut aussi savoir que l avortement peut laisser des traces indélibiles dans les coeurs et le psychisme de certaines femmes. La femme doit pouvoir faire ce choix là, bien sur, et la socièté ne doit pas penser pour elle, ce qu elle peut ou ne peut assumer, sujet bien trop délicat pour cette famille et qui peut aussi amener, à quelque chose de trés douloureux les abandons ! Car à notre époque cela existe encore..Et ce sont parfois de trés trés jeunes filles, qui vivent cette expérience qui les marquera à jamais. Il faut responsabiliser les gens et donc cela passe, par le choix qu il font. Etre adulte c est cela aussi ! Nous faisons des erreurs parfois, mais ce sont les nôtres.

Écrit par : Peggy glass | 09/03/2012

Ce qui me choque, c'est que jamais le bébé (car à 24 semaines, ce n'est plus un embryon, mais un enfant presque viable) n'est pris en compte, sa souffrance...même à 12 semaines, un foetus a la taille d'une grenouille.
Qui accepterait que quelqu'un prenne une grenouille, et lui arrache les pattes une à une (avortement par aspiration) parce qu'il la trouve "en trop"?

L'avortement au tout début, sans souffrance pour l'embryon, on peut argumenter sans fin au droit à la vie ou pas, c'est un tout autre débat, mais le problème est que personne n'est à même de dire avec certitude si le foetus souffre ou pas; on a bien pensé pendant des décennies que le nouveau-né ne ressentait pas la douleur, et on les opérait sans anesthésie, avant de découvrir que leur perception de la douleur était bien réelle!

Il faut améliorer la contraception d'une part, et la prise en charge des femmes en difficulté d'autre part.

Et en parlant d'avortement, peut-être mentionner les souffrances éventuelles du foetus. C'est quand même lui le premier concerné par la chose.

Écrit par : dodi | 09/03/2012

L'avortement est très souvent une ressource financière fort appréciable et génétique à ne jamais oublier non plus,raison de plus pour dire,aussi avant de mettre des graines qui seront homogénéisées grâce à des ovules agitées ,ne mettez pas vos graines n'importe ou messieurs,rire

Écrit par : lovsmeralda | 10/03/2012

Mais pourquoi les féministes ne préconisent-elles pas de gaver comme des oies les inconscientes incapables de déterminer leurs jours de fécondation.
De plus, il existe également la pilule du lendemain!

Écrit par : Hypolithe | 10/03/2012

Venant après une contraception ratée pour cause de viol, l'absence d'information au sujet de la contraception ou rupture de préservatif (ou confiance en la méthode la "méthode Ogino" avec les jours de fécondité difficiles à déterminer exactement)et l'incapacité à accéder à la pilule du lendemain, l'avortement est , et devrait être, le dernier recours.
Il me semble qu'en Suisse, les chiffres sont stables, on n'assiste pas à une explosion ou à des abus. Il est difficile de comprendre, pourquoi le droit à l'avortement devient à nouveau un problème à débattre.
En Grande -Bretagne, plus de 9000 adolescentes tombent enceinte chaque année. Là, il y a un énorme problème social et d'information.
La génération des femmes qui n'avait pas accès à la contraception (disons d'avant 1960) a dû recourir aux avortements clandestins et il me semble impossible d'en revenir à de telles pratiques, même pour un nombre réduit d'interruptions.
Imaginer un monde sans avortement est possible, mais en sachant que l'être humain n'est pas seulement raisonnable, cela semble utopique.

Écrit par : Calendula | 10/03/2012

La liberté d'avorter, vous avez raison, n'appartient qu'à la femme et non au compagnon géniteur qu'il était coutume jadis d'appeler un "mari", pas plus qu'elle n'appartient à la société.

Il a fallu des siècles - et combien de drames ! - pour en arriver en Suisse à la loi libérale sur l'IVG en ...2002. Sous le titre "Mon avorteuse préférée", j'ai rappelé ici comment les interdits de jadis envoyaient l'avorteur/euse et l'avortée en prison:

http://humoresques.blog.tdg.ch/archive/2011/06/13/femmes-maudites-ii-ii-mon-avorteuse-bien-aimee.html

Il existait en France une loi encore plus liberticide: les directeurs de journaux qui publiaient des articles favorables à la prévention des naissances non désirées étaient passibles des tribunaux. C'était hier.

La Bête immonde del'obscurantisme demeure tapie dans son antre, prête à bondir. Veillons à ne pas la réveiller...

http://humoresques.blog.tdg.ch/archive/2011/06/10/femmes-maudites-i-ii.html

Écrit par : J.-A. Widmer | 10/03/2012

C'est une bête à plusieurs têtes, très souvent masquées ou alors ornées d'une coiffe permettant de reconnaître à quelle religions elles se soumettent.

Écrit par : Mère-Grand | 10/03/2012

Mère-Grand, on peut être contre l'avortement sauf pour cause très grave simplement pour des raisons éthiques. Aucun besoin de religion. Le souci est que tant qu'on fera passer l'avortement pour un acte médical, du genre enlever une tumeur, on continuera de penser qu'arracher les bras et les jambes des enfants à naître est anodin.

Je ne comprends pas le peu de réflexion autour de l'IVG. On ne voit que le côté du droit au corps de la femme...mais TOUS les humains naissent du corps des femmes.

Mon grand-père est né d'un viol ou du moins d'une contrainte sexuelle sur ma jeune arrière grand-mère de 16 ans. Ses premières années ont été difficiles, mais mon arrière grand-mère s'est marié et a eu d'autres enfants.

Puis mon grand-père s'est aussi marié et a fondé sa famille, etc....

Il a eu à ce jour pas moins d'une centaine de descendants, tous des gens "normaux", heureux de vivre, etc.... ayant apporté leur contribution à la richesse de l'humanité, etc....

PERSONNE ne peut prévoir d'une vie....et éliminer des enfants à naître sous prétexte d'une situation sociale difficile me paraît révoltant.

En tous les cas, aujourd'hui, tout le monde trouverait normal que mon arrière grand-mère avorte.....

Je la remercie de ne pas l'avoir fait.

Je suis heureux de vivre!

Écrit par : dodi | 10/03/2012

Croissez et multipliez, cela fera plus de personnes à massacrer lors de la prochaine guerre mondiale.

Écrit par : Johann | 10/03/2012

@dodi
Je me réjouis de votre bonheur et je suis même très touché par l'histoires que vous évoquez, étant moi-même issu d'une famille nombreuse et en ayant fondé une nombreuse aussi. Cependant vos remerciements à votre arrière grand-mère, toute touchants qu'ils soient ne feraient sens que si vous pouviez aussi vous plaindre du cas contraire, en compagnie de tous les êtres humains qui ne sont jamais nés. Mais laissons de côté ce petit exercice de logique.
Si personnellement je réserve ma propre compassion pour toutes les femmes qui, parce qu'on leur a refusé un avortement, ont subi l'esclavage d'une vie de misère, je ne suis pas du tout indifférent à la souffrance de celles qui ont dû prendre cette douloureuse décision.
Je pense que vous sous-estimez le rôle de la religion dans la prise de position que vous prenez. Des exceptions sont évidement possibles, mais plus la ferveur religieuse est grande chez les opposants à l'avortement, plus leur opposition est forte, allant dans des cas extrêmes jusqu'à l'usage de la violence physique.

Écrit par : Mère-Grand | 10/03/2012

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