Gregoire Barbey

13/04/2012

Un nouveau contrat social ? Débat avec Pascal Décaillet

 

Suite de mes entretiens avec le journaliste indépendant Pascal Décaillet.

PaD – Je reviens à ces 2500 francs d’allocation d’existence. Une chose m’échappe. Qu’un apparatchik comme Oswald Sigg, ayant passé sa vie à blanchir sous le harnais de superstructures subventionnées, défende cette idée, soit. Mais vous ! Vous êtes jeune, avez la vie devant vous, l’envie d’écrire, vous militez en politique (Verts libéraux), tout cela est excellent. Vous m’avez l’air, aussi, en pleine forme : travaillez donc ! Engagez-vous dans l’aventure professionnelle. Frottez-vous à des concurrents. Suez. Défoulez-vous. Brillez. Mais n’attendez pas qu’une manne tombe du ciel.

GB – Bien sûr, comme vous dites, pour moi, les choses vont bien. Ou mieux, c'est selon. Cela n'a pas toujours été le cas, et si aujourd'hui je défends cette idée – même si je ne suis pas dupe quant à sa possible réalisation – c'est par idéologie, parce que toutes et tous n'ont pas ma chance – votre chance ! Je n'attends rien du Ciel. Je ne crois en rien de transcendant. J'ai foi en l'humain, et j'aime à penser qu'il peut œuvrer pour le bien-être de chacun, et non le contentement de tous. Cette nuance est d'importance !

PaD
– Ceux qui ont perdu leur emploi, ou leur santé, ceux qui ne peuvent pas, ou ne peuvent plus, c’est en ordre : nous devons les aider. Je parle de ceux, comme vous et moi, qui peuvent ! Cet argent, ces 2500 francs, viendraient d’où ? Cette richesse, qui l’aurait produite ? Réponse : les actifs ! En clair, si l’initiative passe, on demande à ceux qui bossent, en plus de toutes les taxes, tous les prélèvements obligatoires (j’en connais un rayon, comme entrepreneur indépendant et employeur !), tous les impôts (trois à quatre mois de boulot pas an), de financer cette manne universelle de 2500 francs par tête de pipe. Pour les déshérités, je dis oui. Pour les autres, désolé, je dis non.

GB – Et que gagnerons-nous à nous débarrasser d'une bureaucratie sociale inefficiente et inadaptée aux besoins d'une population dont chaque individu est foncièrement différent ? Pensez-vous, ou avez-vous même idée, de l'effroyable machine administrative qui se cache derrière l'aide sociale en Suisse ? Ce qui me séduit dans cette initiative, c'est justement la possibilité de faire reculer la puissance d'un État bureaucrate. L'État, disait Nietzsche, est le plus froid des monstres froids.

PaD – Je crois en l’Etat, depuis toujours. Pas comme machine, mais comme arbitre. Justement pour corriger les inégalités. Mais de façon ciblée. Cette allocation-arrosoir, ces 2500 francs qu’on recevrait au seul titre qu’on existe, c’est la vraie valeur de l’argent qui perd son sens. Paradoxalement, et même si les intentions n’ont rien à voir, je rapproche cette perte de sens du principe de spéculation. Je rejette l’un et l’autre : la manne et le casino. Le céleste, et le virtuel. Je crois profondément que l’argent doit se gagner en travaillant. Si vous avez un peu de temps. Je vous recommande « L’Argent », de Péguy, dans les Cahiers de la Quinzaine, Editions Pléiade. Une œuvre anticapitaliste, et profondément républicaine.

GB – J'en prends note. Mais qu'est-ce que l'argent ? Je vous disais lors de notre dernier entretien qu'il n'est pour moi qu'un moyen, celui de vivre, car il en faut bien dans notre société pour tourner ! J'aime beaucoup la phrase du candidat français à l'élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon : survivre, ce n'est pas vivre. Je suis persuadé qu'il faille désormais nous concerter toutes et tous pour apporter des solutions à tous ces gens, oubliés par nous autres, et leur offrir la moindre des choses que nous pourrions souhaiter pour nous-mêmes : la décence et la dignité. Je récuse les dogmes, et l'argent ne doit pas devenir un Dieu suprême. Nous ne devons pas en avoir peur, il nous faut l'utiliser, puisqu'il nous est nécessaire. Mais à bon escient, sans laisser d'autres, avec nos connaissances et nos technologies, mourir la bouche ouverte. Pourquoi pas, comme Rousseau jadis, créer un nouveau contrat social ?

15:26 Publié dans Débats pascaliens | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : politique, débat, pascal décaillet, rousseau, contrat social |  Facebook | | | |

Commentaires

Je vais vous raconter une petite histoire très contemporaine :

Il s'agit de l'histoire d'un chercheur israélien ayant fait son doctorat en bio-chimie à Genève l'année passée.

Ce jeune homme vivant en couple depuis 3 ans avec une genevoise, sportif, sérieux, extrêmement travailleur et très apprécié par son entourage avait donc choisi Genève pour parfaire ses études au travers d'une thèse et d'un doctorat es-science en bio-chimie.

Dés le début de son travail, X fit une découverte fondamentale dans le domaine de la bio-chimie et dans un champ d'application extrêmement porteur, il en rapporta les résultats à son professeur enseignant dans une célèbre université israélienne (ce professeur possède également une chaire dans une célèbre université américaine et également au Japon). Ce dernier lui déclara "écoute, je connais les Suisses,(texto) vient en Israël et nous ferons le nécessaire afin de publier ton travail", ce qui fût aussitôt fait.

Je passe les détails, 6 mois avant de rendre ou soumettre son travail de doctorat, X apprend que le prof genevois avait déposé son travail dans un institut de publication, le salopard voulait s'attribuer les mérites de son doctorant, sans même avoir fait mention de X !!!

2 mois plus tard, lorsque le "professeur" reçu en retour le refus de publier en son nom le travail déjà publié par X, ce dernier entra dans une colère sans pareil. Quel fût sa réaction : il entreprit tout ce qu'il avait comme relation dans les administration pour que X reçoive 3 semaine avant de conclure sa soutenance, un ordre de quitter le territoire helvétique pour le jours suivant l'obtention de son doctorat !!!!

C'est à dire, qu'il obtenait son doctorat le 24 et il devait quitté la Suisse le 25 !! Lettre émanant de l'autorité fédérale en lieu et personne de son chef de la police des étrangers.

Son professeur israélien l'invita en urgence dans son bureau aux USA, il y fût reçu avec la présence de banquiers (pas des banquiers suisses pillant les pays les plus malheureux de la planète) de spécialiste en managment et 2 semaines avant de recevoir son doctorat avec mention, X avait un budget de 17 millions de dollars pour commencer son travail de recherche et de mise en application de sa découverte révolutionnaire afin d'ouvrir une startup dans la région de Tel-Aviv !

Je l'ai rencontré il y a quelques semaines, il a obtenu un nouveau financement de plus de 50 millions de dollars pour la période 2013-2015, il a embauché des spécialistes du marketing qui son déjà en train de signer des contrats, y compris avec des grandes entreprises suisses !!

Voilà un témoignage qui vous fera un peu réfléchir, je l'espère !!!

Écrit par : Corto | 14/04/2012

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