Gregoire Barbey

12/05/2012

Pierrot le futé

 

Critique, 12.05.12 18h47

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Pierrot a lancé son pavé dans la mare cette semaine en publiant un petit opuscule de 47 pages nommé « Une certaine idée de Genève ». Sur la première et quatrième de couverture, deux dessins de son fils Guillaume Maudet, datés du mois de mai. La présentation est simple, lisible et efficace. Petit point noir néanmoins : les citations, en caractères gras, qui, même si elles aèrent le texte et améliorent donc sa lisibilité, sont vraiment inutiles voire redondantes. À défaut d'avoir de véritables idées, cet ouvrage joue la surenchère. Rajoutons, de surcroît, la stratégie désormais connue du candidat à l'élection partielle du 17 juin prochain : dissocier sa candidature des couleurs partisanes qu'il porte. Effectivement, sa « certaine idée de Genève » ne contient pas une seule phrase qui permette de lier son auteur, Pierre Maudet, au Parti Libéral-Radical, dont il représente pourtant la force politique en tant que candidat et membre de ce même parti.

 

Dès lors, Pierrot compte gommer l'aspect délicat de sa participation à cette élection en tant que représentant du même parti responsable de la perte de ce siège, en raison de la démission de son collègue Mark Muller (qui apparaît une fois dans son livre, sans qu'il relève néanmoins son appartenance ni sa proximité avec lui-même). Il veut ainsi s'extraire des casseroles qu'accumulent le PLR-GE depuis quelques mois. Depuis sa fusion, en fait. Certes, la stratégie est logique, d'autant plus que Pierrot, la manipulation, ça semble être son jeu favori ! Rappelons, à cet effet, sa tentative électoraliste d'il y a seulement quelques jours de condamner avec force et menace de plainte l'abattage de quelques arbres, avant de découvrir que c'était... son propre département qui en avait donné l'ordre ! Dommage, les écolos amoureux des arbres ne se seront pas faire prendre, cette fois.

 

Bref, j'en reviens à ce qui nous intéresse : son bouquin. Concrètement, y distille-t-il véritablement l'esquisse d'une « certaine idée de Genève » ? Mezzo. Sur près de cinquante pages, Pierrot s'enorgueillit d'un simple constat, nous faisant par exemple remarquer qu'aujourd'hui les individus sont amenés à changer plusieurs fois de profession, ce qui n'était pas le cas il y a trente ans. Chapeau l'artiste ! Mais ça, nous le savions déjà...

 

« Passer de la parole aux actes, voilà ma conception de la politique. » D'accord, nous prenons note. Toutefois, si les actes seront la suite logique des paroles énumérées dans ce livret électoral, les Genevoises et les Genevois (sic) attendront encore longtemps. À part les fonctionnaires qui « aiment leur métier et seront d'accord de fournir cet effort dans l'intérêt public », à savoir endosser des temps de travail augmentés et une retraite repoussée. C'est sûr, ils en meurent d'envie, je les entends déjà se presser à l'Hôtel-de-Ville pour s'agenouiller face à leur nouveau maître, le Maire Pierre Maudet. Congratulations ! Cependant, Pierrot a peut-être oublié une réalité dans le monde du fonctionnariat : no stress. Un État se gère comme une entreprise. Augmenter les heures de travail n'aura aucun effet sur le rendement ou la productivité des employés. Par contre, au niveau de la masse salariale, ça fera un nouveau trou budgétaire. Tout ça pour quoi ? Au final, très peu. Et selon Murat Julian Alder, son porte-parole, par principe d'égalité entre le secteur privé et public. Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d'alu ? De grâce, un peu de bon sens...

 

« Plutôt que de prendre l'argent que les gens gagnent, taxons les marchandises et les flux. » Il ne se fera pas des amis chez les libéraux, pour le coup ! Éventuellement, nous pourrions aussi lui reprocher son attitude puérile à l'égard de la gauche, qu'il attaque à au moins deux reprises dans son carnet, les affublant des lieux communs les plus répandus au sein de la politique. Sinon, parlons idées ? Je cherche, encore et toujours. Il y a du contenu, mais il n'y a pas de véritables innovations. C'est un pamphlet électoraliste, que je salue néanmoins pour le travail fourni, mais qui n'a d'intérêt que pour convaincre des crédules ou des indécis. Pierrot n'ignore pas que la lecture prolongée amenuise l'esprit critique. Il espère ainsi, par sa prose propagandiste (qui, je devais quand même le relever, manque cruellement de fluidité et de style), faire adhérer celles et ceux qui le liront. Pour cela, les dessins de Guillaume Maudet achèveront le lecteur ou la lectrice dans son hésitation. Une lecture suivie permettra malgré tout à celles et ceux qui se méfient des bonnes intentions comme de la peste de relever l'inconsistance réelle de cet opuscule. Pas une seule fois, Pierre Maudet n'expose clairement les outils qui seront à sa disposition (ou qu'il fera en sorte d'obtenir) pour appliquer les rares idées exposées par ses soins.

 

Il est futé, le Pierrot* !

 

Grégoire Barbey

 

*Le titre de l'article revient de droit à la femme que j'aime et qui me l'a inspiré.

 

 

21:21 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : pierre maudet, plr, opuscule, une certaine idée de genève |  Facebook | | | |

Commentaires

Au sujet de ce billet, pourrait-on dire qu'il y a une coquille dans votre sous-titre ?
Je verrais bien, pour cette fois, "les réflexions d'un électeur libre" !!

Écrit par : A. Piller | 12/05/2012

Pourquoi donc ? ;-)

Écrit par : Grégoire Barbey | 12/05/2012

Pierrot, clown lunaire, ne sera pas élu. Et c'est très bien car sa vacuité est grande.

Écrit par : Déblogueur | 13/05/2012

A vrai dire j'ai l'impression que tout est dans cette phrase :


« Plutôt que de prendre l'argent que les gens gagnent, taxons les marchandises et les flux. »

heu... c'est d'une naïveté considérable ou c'est prendre les citoyens pour des bobets ?


Ce genre de phrase pseudo-généreuse est en réalité une astuce de type flat-taxe et un attrape-nigaud inventé par les néo-libéraux pour faire passer la charge fiscale des plus riches sur les plus pauvres...

- on diminue les impôts directs sur le "revenu" qui est en général payé par les plus riches ( les pauvres et les petits revenus n'en paient en général pas ou peu).


- on augmente les impôts indirects sur la "consommation" ( sur les marchandises et les flux, ex. TVA )et l'impôts que paient alors les pauvres et les moins bien lotis augmente. ( Un pauvre qui a juste le revenu minimum pour vivre dépense tout son argent pour vivre, il en "consomme" la totalité, et à chaque fois qu'il paie quelque chose (des cigarettes, du pain, du vin, etc..) il paie la TVA. Résultat, si la TVA augmente par exemple de 2 %, la charge fiscale du pauvre augmente aussi de 2 % puisqu'il la paie sur tout ce qu'il consomme...) cette augmentation permet alors de diminuer l'impôt sur le revenu des mieux nantis, il 'agit d'un transfert de la charge fiscale sur les plus pauvres, merci Mr Maudet...


A part ça je ne vois pas ce que ce type de programme fiscal viens faire dans un programme électoral pour un poste de Conseiller d'Etat. Le changement fiscal préconisé ici par Mr Maudet n'est pas du ressort ou de la compétence d'un Conseiller d'Etat qui lui même ne peut rien y changer et qui en suisse ne dépend que du peuple et du parlement...

Si l'on y rajoute la phrase :

« Passer de la parole aux actes, voilà ma conception de la politique. » alors que justement sur ce point il ne pourra jamais passer de la parole aux actes...


tout cela semble "très à côté de la plaque !"...

Écrit par : grégaire barbon | 13/05/2012

... Parce que vous serez bientôt amené à voter pour l'élection à laquelle il se présente !

Écrit par : A. Piller | 14/05/2012

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