Gregoire Barbey

28/06/2012

Nos différences ne doivent pas servir de terreau à la haine et la rancune !

 

Chronique, 28.06.12 14h54

 

Invraisemblable ! La Tribune de Genève de ce jour dévoile une motion proposée par l'UDC zurichoise, dont l'objectif était de séparer les suisses en deux catégories. Ceux ayant été naturalisés, afin de pouvoir déterminer leur importance au sein des statistiques de la Justice, et les suisses « de souche ». Cette volonté discriminatoire a reçu un soutien de la part des Vert'Libéraux zurichois. Sans rentrer dans les comparaisons extrêmes, une telle proposition a quelques points en commun avec des agissements perpétrés dans l'Allemagne des années trente... Pour l'UDC zurichoise, il semble de bon ton d'aborder des sujets qui fâchent. Et d'une façon pour le moins discutable, puisqu'il y a quelques jours, un membre de ce même parti proclamait la nécessité d'une « nuit de Cristal » contre les mosquées. Pour mémoire, la « Reichskristallnacht » fut un pogrom organisé contre les juifs du troisième Reich, commandité par Adolf Hitler. Oser réutiliser de tels souvenirs dans le but d'attaquer une population, quelle qu'elle soit, est écœurant.

 

Pire, c'est nier l'atrocité, la terreur et la cruauté de ces actes, en les banalisant. L'Histoire devrait nous servir d'exemple, et non être un puits dans lequel récupérer des idées répugnantes pour servir de fer de lance à une idéologie d'exclusion. Plus inquiétant encore, c'est l'indifférence avec laquelle ces propos abominables sont tenus. Le racisme et la xénophobie ne devraient plus exister de nos jours, dans un pays comme le nôtre du moins. Qu'encore maintenant certaines personnes se permettent d'en faire leur fonds de commerce est autrement plus préoccupant. Ce sont des peurs irrationnelles, qui n'ont pas lieu d'être. Chaque être humain, peu importe sa couleur de peau, ses coutumes, son langage, ses croyances, possède des défauts, certes, mais surtout des qualités. Quelques différences ne doivent pas constituer le terreau de la haine. Le rejet des autres, c'est une façon détournée de transposer son mal être sur autrui. Et ça n'est pas acceptable.

 

Il y a toujours mille raisons de se faire la guerre. Qu'elles soient bonnes ou mauvaises n'a jamais été un critère qui ait servi à ne pas se battre inutilement. Mais ni l'orientation sexuelle, ni les croyances et l'origine ne doivent faire l'objet d'attaques frontales. C'est, en plus d'être mesquin et dégueulasse, une preuve d'ignorance crasse. Qu'il y ait encore aujourd'hui, en Suisse, des hommes et des femmes adultes, éduqué-e-s et vacciné-e-s pour rabâcher des paroles aussi effroyables devrait être une honte nationale. Je ne me l'explique pas. Affligeant, c'est tout ce que j'en retire. J'ai beau essayer, je n'arrive pas à comprendre avec quelle facilité sont répandues de telles ignominies. Tant qu'il me restera un souffle de vie, je continuerai à me battre contre ces préjugés qui ont détruit l'existence de tant d'êtres innocents, malheureusement nés à des endroits inappropriés dans l'imaginaire de quelques illuminés.

 

Ça me fait mal au cœur pour toutes celles et ceux qui, naturalisés, immigrés ou suisses, ont passé leur vie à lutter pour que ce pays, petit mais plein de promesses, obtienne ses lettres de noblesses et voient ainsi leurs idéaux réduits à néant par des esprits insouciants. Il n'y a rien pour traduire ma tristesse face à cet ostracisme immérité. Tout ce qui me réconforte, c'est qu'à peine un livre d'Histoire ouvert, je retrouve les traces d'innombrables personnalités qui ont façonné l'image de la Suisse et qui, heureux qu'ils étaient, naquirent pourtant dans des contrées lointaines. S'ils voyaient ces quelques-uns professer de telles abominations, je suis persuadé qu'ils ressentiraient la même indignation que celle qui est mienne en ce moment-même. J'espère qu'il y aura toujours, dans le reste du Monde, des âmes valeureuses pour venir grandir notre Nation, et nous offrir la sagesse et le regard différent des cultures qui sont les leurs. Nonobstant nos divergences, rien ne nous empêchera de bâtir ensemble une humanité où le mot tolérance ne serait plus guère utilisé et où chacun accepterait les autres tels qu'ils sont. Idéaliste, me direz-vous. Mais moi, j'y crois.

 

Grégoire Barbey

15:35 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : racisme, xénophobie, exclusion, udc, zurich |  Facebook | | | |

Commentaires

Bonjour Grégoire, voilà quelque temps que je lis vos chroniques et j'aimerais vous en remercier, à la fois pour leur qualité et leur pertinence. Il est, à mon avis, courageux de s'immerger au sein des structures complexes du monde politique et de faire entendre sa voix en faveur des droits humains. Vos billets sont une belle source d'inspiration, porteurs de fraîcheur et de vitalité.
Veuillez recevoir par la même occasion mes meilleurs voeux pour la réalisation de vos projets dans le domaine du journalisme.

Écrit par : Charlotte | 28/06/2012

En voila enfin une bonne idée et solution ... la différence entre naturalisé(e)s et autochtones.
Ainsi, le naturalisé restera à tout jamais un suisse à deux sous ...

Écrit par : Victor Winteregg | 28/06/2012

Certainement, le poste est le plus doux et délicat sur ce sujet sensible.

Écrit par : faire-part naissance suisse | 29/06/2012

Cher Grégoire,

Permet moi de corriger ton billet concernant les Vert'libéraux zurichois, ils n'ont jamais soutenu cette initiative, ils ont permis que le débat puisse avoir lieu en acceptant l'entrée en matière. Ensuite, lors du vote, c'est à l'unanimité qu'ils ont votés contre cette initiative.

Il n'y a pas de sujet tabou, accepter d'en parler ne veut pas dire que l'on soutien.

Écrit par : Laurent Seydoux | 29/06/2012

ça m'a beaucoup affectionné! Merci beaucoup!

Écrit par : expatriés | 06/07/2012

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