Gregoire Barbey

29/06/2012

Vivre selon les préceptes stoïciens

 

Chronique, 29.06.12 19h44

 

Depuis fort longtemps, je m'intéresse aux préceptes des stoïciens. Le stoïcisme est une école philosophique qui fut fondée par Zénon de Cition trois siècles avant notre ère. Les plus célèbres représentants de ce courant de pensée sont Marc-Aurèle (Pensées pour moi-même), Épictète (Manuel d'Épictète), Sénèque (Lettres à Lucilius) ou encore Cicéron (De la République). Le but ultime pour ces penseurs était d'atteindre l'ataraxie, une absence totale de perturbation externe, à savoir ni passion ni souffrance, pour simplifier l'idée. C'est l'un des trois piliers philosophiques de la période hellénistique, avec l'épicurisme et le scepticisme. Évidemment, encore aujourd'hui, cette doctrine fait l'objet d'études approfondies. Je n'aurais donc aucunement le même regard qu'un expert en la matière, mais qu'importe, permettez-moi d'en dire quelques mots. Ou phrases.

 

Bien que, pour ma part, je ne ressente aucun attrait pour l'idéal de l'ataraxie, les enseignements stoïciens m'ont toujours semblé faire preuve d'une rare justesse face aux différentes épreuves de l'existence. Fins psychologues, les maîtres à penser du stoïcisme ont très vite compris la nécessité de se contenir. D'apprendre à contrôler ses pensées, et ses émotions (plus souvent nommées passions par les auteurs eux-mêmes). L'essence fondamentale de cette école et de son savoir prend racine dans la méditation. L'esprit doit se délier des implications humaines et matérielles, qui sont souvent la cause de bien des maux. S'extraire des querelles intérieures également. S'incarner dans l'instant présent, sans ni se laisser tourmenter par l'avenir, ni par les événements passés. C'est, nul n'en doutera, plus facile à dire qu'à faire.

 

C'est à proprement parler là où s'exerce la contenance, dans son aptitude à conserver une ligne directrice sur la durée. Rien ne s'acquiert sans pratique. Encore moins la philosophie stoïcienne. J'essaie moi-même d'en approcher certains aspects, parce que profondément positifs pour mon bien-être et mon épanouissement personnel. Étant quelqu'un de particulièrement anxieux, j'ai souvent tendance à me laisser gouverner par mes émotions. Je ne suis pas colérique, ni violent. C'est tout l'inverse. Mais je suis envahi continuellement par les doutes. Ou presque. Mes pensées prennent régulièrement le pas sur ma tranquillité. Elles sont là, toujours prêtes à surgir, pour me faire tourner en rond, et me plonger dans le tourment le plus profond. Il n'y a rien de pire qu'une angoisse irrationnelle qui se nourrit d'elle-même. Et Dieu sait à quel point une idée peut influer sur notre état d'esprit en quelques instants. Je réfléchis, encore et toujours. Ici j'y vois un mauvais présage. Là, j'interprète au-delà du simple fait. J'extrapole, indéfiniment. Tout s'accélère, et les passions s'entrechoquent. Oui, Sénèque disait à juste titre : « Ceux qui ont souffert, l'éventualité de la souffrance les fait souffrir autant que la douleur même ».

 

C'est très justement ce à quoi je m'emploie. Ne plus me laisser submerger par des pensées invraisemblables. Tenter de n'accorder d'intérêt qu'au positif, et de le voir le plus souvent possible. L'éternelle interrogation entre le verre à moitié plein ou à moitié vide. Une chimère qu'il faut apprivoiser pour ne pas en devenir l'esclave. Sénèque disait encore, tout aussi sagement, qu'être esclave de soi-même est le pire des esclavages. J'en conviens. N'ayant pas pour habitude de prendre pour argent comptant tout ce que je lis ou entends, je remets néanmoins en question certaines réflexions des grands noms du stoïcisme. Pouvons-nous vraiment vivre sans s'accrocher à quelques maigres espoirs ? Faut-il n'avoir comme but que de mourir l'âme libérée de toute contrainte externe ? Peut-être que poser la question, c'est déjà y répondre. Peu m'importe, je ne cesse jamais de m'interroger. D'ailleurs, Épictète ne serait sûrement pas du même avis que moi !

 

Grégoire Barbey

20:32 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : stoïcisme, marc-aurèle, Épictète, cicéron, sénèque |  Facebook | | | |

Commentaires

"Sénèque disait encore, tout aussi sagement, qu'être esclave de soi-même est le pire des esclavages. J'en conviens."

Il a bien de la chance, Sénèque, que Grégoire veuille bien convenir qu'il a raison. Là où il est, une approbation de tant de valeur doit le remplir d'aise et le rassurer.

Écrit par : Plouf | 30/06/2012

Avant toute chose compliments pour votre note, tout autant lucides et intéressantes. Merci 1000 fois!

Écrit par : faire part naissance originaux | 02/07/2012

J'hésite votre avenir c'est de ressembler à 1.-Raphaël Enthoven , 2.- Bernard Henri Lévy 3.-Luc Ferry 4.- Michel Onfray ou au régional de l'étape Jean Romain ?

Écrit par : briand | 02/07/2012

Pourquoi devrais-je forcément ressembler à quelqu'un d'autre ?
Ne sommes-nous pas tous différents, au moins par certains aspects de notre personnalité ?
Eh, un peu d'indépendance d'esprit, bon sang !

Écrit par : Grégoire Barbey | 02/07/2012

Sans être une bête à Bourdieu, je vous renvoie au concept de représentation et distinction dans nos sociétés..

Écrit par : briand | 03/07/2012


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Écrit par : complémentaire santé expatrié | 05/07/2012

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Écrit par : assurance santé | 06/07/2012

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