Gregoire Barbey

17/07/2012

La peine de mort, une aberration juridique ?

 

Chronique 17.07.12 08h36

 

Dans un article publié sur le site de la Tribune de Genève, nous pouvons y lire qu'un condamné à mort, attardé mental, « s'est vu refuser la clémence par le Comité des grâces de l'État de Géorgie ». Sans rentrer dans les arcanes de cette affaire, que je ne connais pas, cela m'interpelle. La peine de mort, abolie par 140 pays sur 192 (en 2009), reste néanmoins une réalité pour 60% de la population mondiale, car les États qui la pratiquent encore sont les plus peuplés à l'heure actuelle. À savoir l'Inde, la Chine, l'Indonésie et les États-Unis. En Europe, seule la Biélorussie applique encore librement la condamnation à mort. En Suisse, la peine de mort fut abolie pour les délits ordinaires en 1942 et complètement en 1992. La dernière exécution remonte à 1944. Cela fait froid dans le dos. Considérons l'Amérique, un pays dont les traditions sont occidentales.

 

La chronique américaine est régulièrement défrayée par des scandales en raison des peines appliquées par la Justice. Et des conditions d'exécution. Cette nation emploie à l'égard des États concurrents des méthodes pour le moins impérialistes. Mais ceci est un autre débat. Toujours est-il que la politique étrangère des États-Unis tend à vouloir uniformiser le monde selon ses propres valeurs. Alors, pourquoi la notion de Justice y est si rétrograde dans le domaine de la peine de mort ?

 

Celle-ci devrait s'aligner sur des principes objectifs, avec comme but la protection des individus et la réhabilitation des criminels au sein de la société dans la mesure du possible. Sporadiquement, dans des conversations, le débat revient. Faut-il mettre à mort un assassin ? De nombreux tenants de cette solution utilisent des arguments qui peuvent se résumer à l'adage : « œil pour œil, dent pour dent ». Cependant, comme disait Gandhi, « œil pour œil et le monde finira aveugle » ! En effet, un tel critère ne pourrait être employé décemment pour établir des peines qui soient équitables et justes. Tout individu devrait avoir un droit incompressible à la vie. Qu'un État, entité métaphysique derrière laquelle agissent des êtres humains faillibles, s'arroge le droit de décider qui doit ou non mourir ne m'enchante guère.

 

De surcroît, si le fait de tuer autrui est répréhensible, je ne puis accepter, même au nom de la Justice, qu'il soit possible de condamner quiconque à la peine capitale. Le meurtre est souvent irréfléchi (émotionnel, passionnel, etc.), or l'exécution procède d'un rituel auquel participe de nombreux acteurs. Si nous jugeons que le meurtre n'est pas tolérable dans notre société, pour divers motifs, notamment parce qu'il cause un dommage durable à celle-ci, comment envisageons-nous de justifier qu'il puisse y avoir une main humaine qui mette fin aux jours d'un autre Homme, même coupable des pires atrocités ? Je crois, et j'espère ne pas faire erreur, qu'il n'y a aucun cheminement intellectuel rationnel qui permette d'établir des arguments favorables à la mise à mort d'un individu, quelles que soient ses fautes.

 

Si nous pensons, à raison, qu'un meurtre est une atteinte à l'ensemble de la société – parce que la mort de la victime influencera négativement sur le bien-être de ses proches, parce que la place qu'elle occupait est laissée vacante etc. –, offrir à la Justice la possibilité de créer ce mal, unanimement reconnu, est une étrange façon de faire respecter la Loi. Car oui, l'exécution d'un meurtrier aura aussi ses répercussions sur la famille de ce dernier, quand bien même ses actes méritaient une punition. Je ne réfute pas la nécessité d'une Justice qui utilise, quand nécessaire, la solution punitive. Mais je désire qu'elle offre une contrepartie positive au fait d'user de la punition. Par exemple, la peine privative de liberté devrait, théoriquement, permettre au condamné de se réintégrer parmi ses paires dans la société. Ce n'est malheureusement que très rarement le cas de nos jours, et les raisons de cette inefficacité sont probablement multiples. Nous pourrions également en débattre longuement.

 

L'équité reste l'un des principes fondamentaux de la Justice, et tout individu mérite que ses droits, en vertu de cette notion, soient considérés et respectés. Donc, par pur raisonnement logique, nous ne pouvons vraisemblablement occulter tous ces paramètres qui rentrent en ligne de compte lorsqu'il s'agit de décider de la peine à appliquer. Et finalement, nous devrions envisager d'établir le rôle et la complicité des acteurs qui font partie du processus de condamnation à mort, du magistrat qui impose la peine au bourreau qui l'applique. Ceux-ci sont-ils exempts de respecter les mêmes règles parce qu'ils agissent au nom d'un masque idéologique, celui de la Justice impartiale et bonne ? Sincèrement, je ne le pense pas.

 

Grégoire Barbey

 

 

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15:01 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : justice, meurtre, assassinat, homicide, mort, condamné, peine, privation, liberté, criminel |  Facebook | | | |

Commentaires

Encore mieux, la peine de mort fut théoriquement abolie par le nouvel Etat fédéral en 1848 déjà. Mais elle fut rétablie dans les certains Cantons catholiques après. La dernière exécution de 1944 était d'ordre militaire, et non civile (Bon, ça ne change pas grand chose au problème...) ! 1992 est donc l'abolition de la peine de mort pour les militaires !

Écrit par : Kienholz | 17/07/2012

On peut aussi se poser la question dans le sens inverse. Que penser de la justice d'état qui libère un assassin ( même après 15 ou 20 ans de prison ) et qui une fois dehors récidive en tuant un innocent? Le problème de la peine de mort n'est pas la sentance elle même ( car certain le mérite ); mais le risque de condamner un innocent. Un fois exécuté Impossible de réparer. Idem pour le récidiviste qui tue un innocent.

Libérer un assassin est aussi un risque de condamner à mort un futur innocent. Moi je dit non à la peine de mort et en contre partie oui à la perpétuité pour un tueur.

D.J

Écrit par : D.J | 17/07/2012

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