Gregoire Barbey

21/08/2012

Le profil décrypté des migrants de l’Arc jurassien

Article paru dans L'Agefi du lundi 20.08.12, 21.08.12 10h26

 

 

Les migrants français ont un niveau de formation élevé. Au contraire des suisses qui s’établissent en France.


 

Comment évolue le développement des régions transfrontalières en conséquence de la redéfinition des frontières nationales ? C’est sous l’angle de différentes formes de mobilité que Géo-Regards tente de répondre à cette question. La revue neuchâteloise de géographie explore les effets liés à l’accroissement de la mobilité des biens et des personnes entre les Etats et les régions. Le numéro spécial contient un recueil d’analyses effectuées par des chercheurs francophones sur ces thématiques. L’un des articles, cosigné par des chercheurs de l’Université de Neuchâtel et de l’Université de Franche-Comté, se focalise sur la mobilité résidentielle transfrontalière au sein de l’Arc jurassien franco-suisse, entre le département du Doubs et le canton de Neuchâtel.


Davantage présents dans les régions francophones et dans les cantons urbains, les ressortissants français en Suisse étaient 88.213 en 2008 selon l’OFS. Cet effectif a fortement augmenté entre 1991 et 2008 (+36.000;+68%). Les individus concernés par la migration sont majoritairement des jeunes adultes. 57,3% des migrants ont entre 20 et 40 ans, tandis que les ménages d’une personne seule représentent 37% et les couples sans enfant 29,1%. Ils se caractérisent par un niveau de formation élevé. Près de deux tiers sont au bénéfice d’un titre universitaire.


Le rôle du marché du travail dans les flux migratoires depuis la France occupe une place prépondérante attestée par la part importante d’actifs occupés dans l’échantillon (69,7%) dont la quasi-totalité travaille en Suisse (285 sur 288). Les motivations principalement évoquées sont les raisons personnelles (transition dans le parcours de vie) et le rapprochement du lieu de travail pour les doubiens. Pour le reste du territoire français, la recherche d’un nouvel emploi en est la raison première, avec en seconde position ces mêmes arguments personnels. Rares sont les ménages à avoir établi un budget comparatif global avant d’opérer un tel changement de contexte institutionnel. L’attitude la plus fréquente consiste soit à comparer de manière ponctuelle certains coûts, soit à s’assurer que le salaire perçu en Suisse suffit aux aspirations du ménage.


Concernant les flux résidentiels de la Suisse vers la France, l’effectif des ressortissants helvétiques est passé de 137.528 à 179.106 entre 1995 et 2009, toujours d’après l’OFS. Cela représente une croissance globale de 30% ou une augmentation annuelle moyenne de 2970 personnes. Selon le recensement de la population de l’INSEE français, 33.353 personnes sont arrivées en France depuis la Suisse entre 2000 et 2006, dont 2018 qui ont choisi la Franche-Comté (soit une proportion de 6%). Les migrants sont majoritairement des couples trentenaires avec deux ou trois enfants qui ne sont en général pas encore scolarisés. Selon l’échantillon des chercheurs, les mouvements résidentiels tendent à diminuer avec l’âge. En termes de profil socio-économique, les individus qui font le choix de migrer sont essentiellement des ouvriers (56% de l’échantillon), alors que les cadres et les techniciens supérieurs représentent une proportion de 40%. La plupart des migrants (25 sur 37) vivent dans des couples où les deux partenaires travaillent en Suisse, garantissant un pouvoir d’achat élevé au ménage.


Ces nouveaux frontaliers cherchent en outre à ne pas trop s’éloigner des pôles d’emploi helvétiques, ce qui renforce le fort développement résidentiel à proximité des points de passage de la frontière. Pour la plupart des migrants, être propriétaire représente un placement financier maîtrisable dans le temps tout en étant perçu comme plus rationnel que le paiement d’un loyer. Ainsi, 17 ménages sur les 20 interrogés désirent migrer pour accéder à la propriété. Parmi les éléments qui incitent les ménages à franchir la frontière, le niveau des prix du foncier et les coûts de construction plus faibles en France sont des motivations importantes. La plus grande tolérance des banques françaises au financement d’un bien immobilier, et en particulier sur le montant de l’apport personnel, est également mise en avant. Par les ouvriers en premier lieu. Finalement, les couples biactifs bénéficient en devenant frontaliers des avantages offerts par la souscription d’un prêt hypothécaire en devises tout en utilisant leur deuxième pilier pour une partie du financement.


La mobilité résidentielle transfrontalière s’explique donc par une combinaison de trois logiques: une logique socioculturelle, une logique spatiale et une logique fonctionnelle. Cet ensemble de logiques montre en définitive une forme de filtrage migratoire qui devrait limiter l’extension de ce phénomène ces prochaines années.

 

Grégoire Barbey

10:25 Publié dans Journalisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : l'agefi, migration, article, publié |  Facebook | | | |

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