Gregoire Barbey

23/08/2012

La presse et la stigmatisation

 

Chronique, 23.08.12 15h59

 

Dans un article publié aujourd’hui sur le site de la Tribune de Genève (23.08.12), l’auteur mentionne la provenance de l’agent de sécurité qui avait sprayé Eric Stauffer lors des Fêtes de Genève. Dès les premières lignes, nous apprenons qu’il s’agit d’un frontalier. Le Courrier (09.08.12) s’est déjà fendu d’un éditorial vitriolé sur la question qui consiste à savoir s’il faut ou non préciser l’origine des délinquants et autres lors de la publication d’articles journalistiques. Un éditorial avec lequel je suis en parfaite adéquation.

 

Il serait néanmoins intéressant de réfléchir à l’objectif du journaliste qui tient à préciser ce fait. A-t-il imaginé, l’espace d’un instant, que l’agent de sécurité s’en est pris à Eric Stauffer parce que celui-ci fait ses choux gras en discriminant les frontaliers ? Si tel est le cas, est-ce son rôle d’investiguer sur cette possibilité ? Pas que je sache. Pour ma part, c’est un dérapage que je trouve véritablement honteux, pour ne pas dire scandaleux. En effet, bien que je ne sois pas un adepte de l’idéologie selon laquelle les journalistes se doivent d’être impartiaux (c’est, à vrai dire, une théorie qui me semble totalement déconnectée de la réalité), il me semble essentiel, sinon vital, que les personnes exerçant ce métier fassent de la réflexion leur modus operandi avant la publication d’un quelconque article.

 

Par exemple, à vouloir donner trop d’informations, quels sont les risques encourus ? N’est-ce pas la question que devrait se poser tout un chacun avant d’écrire n’importe quoi ? Car pour moi, il est évident que cette précision biaise l’analyse des lectrices et des lecteurs. Les médias incarnent depuis des lustres le « quatrième pouvoir », et doivent en conséquence prendre la mesure de la tâche qui est la leur, à savoir interroger le pouvoir en place, et non s’y conformer aveuglément. Et là, une partie de ce pouvoir tente de pointer du doigt des minorités en prétendant agir en faveur des petites gens. En acceptant, consciemment ou non, de rentrer dans ce jeu, la Tribune de Genève, régulièrement habituée à mentionner l’origine des délinquants, offre à ces sombres personnages qui manipulent les émotions du peuple une assise qu’ils n’obtiendraient pas sans cette connivence avec le monde médiatique.

 

Nous ne devons pas tolérer d’être ainsi orientés par des organes de presse qui, de par cette attitude, deviennent des organes de propagande politique. Il nous faut attendre mieux des médias. J’avais lu il y a quelques temps une étude qui mettait le doigt sur l’érosion de la confiance des gens dans leurs journaux. À voir certaines de ces feuilles de choux, cela n’est guère surprenant. Et cela démontre même qu’une part importante de la population ne se laisse pas berner docilement. Mais pour tous les autres, qui se font prendre au piège, il est important d’œuvrer de sorte à proposer des articles de qualité, en évitant d’y distiller ses propres suspicions. Parce qu’en l’occurrence, préciser que tel ou tel est frontalier ou maghrébin, ça n’intéresse personne. Et ça réveille des mécanismes émotionnels qu’il vaudrait mieux tenir à l’écart.

 

Grégoire Barbey

16:32 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | | |

Commentaires

"À voir certaines de ces feuilles de choux"

Bah, vous aurez bientôt l'occasion d'y travailler, dans ces feuilles de choux. Et lorsque vous y serez, vous vous y ferez.

Écrit par : Carlos | 24/08/2012

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