Gregoire Barbey

24/08/2012

En réponse à l'indignation d'Olivier Francey

Chronique, 24.08.12 09h44

 

Apparemment, mon dernier article, titré « La presse et la stigmatisation » n’a pas plu à certains journalistes, dont Olivier Francey. Celui-ci s’est fendu d’un billet sur son blog afin de pourfendre le malotru que je suis, et punir mon outrecuidance, celle de m’être exprimé librement. Un outrage que je ne m’explique pas. Mais, pour faire amende honorable, je vais dès à présent étayer mon propos.

 

Nous sommes dans une période de crise. À Genève, le paradigme instauré par le Mouvement citoyen genevois est d’accuser, en grande partie, les frontaliers des maux que connaissent les résidents locaux. Bien souvent, cette simplification trouve une certaine résonnance au sein de la population. Eric Stauffer, lors de la dernière élection en date, à savoir le 17 juin, a raflé 27% des voix, si je me souviens bien. C’est quand même un chiffre à ne pas prendre à la légère. Près d’un tiers des électeurs et des électrices sont prêts à faire élire cet individu.

 

Ce que je souhaitais soulever dans mon article, peut-être avec maladresse, était l’importance de ne pas donner du grain à moudre au discours de cette formation politique. En l’occurrence, et contre l’opinion de monsieur Francey, je suis intimement convaincu que cette précision était inutile. D’ailleurs, je ne suis pas le seul à m’en être offusqué. Fabiano Forte, et d’autres personnes sur Facebook, ont mentionné leurs suspicions quant à cette mention.

 

Je continue dans mon argumentation. Si les résultats d’enquête mettaient en avant le fait que l’agent de sécurité s’en était pris à Stauffer pour des motivations politiques, alors préciser qu’il s’agit d’un travailleur frontalier aurait eu tout son sens. En l’état, si je ne m’abuse, aucune preuve ne permet d’affirmer ou d’infirmer cette thèse. Il va donc de soi que cette précision était vraisemblablement secondaire. De surcroît, mentionner que le personnage est frontalier peut avoir des conséquences délicates. À voir les commentaires sur l’article de presse en question, certains internautes ont fait le rapprochement. Et c’est justement ça qu’il fallait éviter, si rien ne démontre qu’il y a un véritable lien de cause à effet.

 

Il semble pourtant dérangeant que je m’ose à la critique d’un tel comportement. C’est vrai qu’en termes d’opinion, notre cher Olivier Francey est cantonné sur son blog à devoir rédiger des textes qui n’en expriment pas. Ou si peu. Et de me voir prendre cette liberté sans que quiconque me l’ait octroyée, ça doit décidément être difficile à avaler. Je ne veux guère polémiquer ici. Ce que je constate, et c’est pourquoi j’avais rédigé cet article, c’est qu’il devient de plus en plus fréquent que des journalistes précisent, sûrement plein de bonnes intentions, la provenance ou l’origine d’un individu.

 

Être frontalier, ce n’est pas une information essentielle, sauf dans certains cas de figure. Ce n’est même pas une origine, une nationalité ! Est-ce devenu si politiquement incorrect de travailler dans un pays autre que celui où nous résidons ? J’espère que non. L’ouverture des frontières, et c’est Economiesuisse qui le dit – difficile de suspecter cette organisation de gauchisme extrême –, a eu des répercussions excessivement positives sur la croissance économique de la Suisse.  Ce n’est pas parce qu’une formation politique, quelle qu’elle soit, a décidé de faire son fonds de commerce sur la stigmatisation* des travailleurs frontaliers qu’il faut suivre la même voie et rentrer dans cette spirale infernale de la dénonciation et la discrimination. Pour moi, c’était une information de trop. Navré, monsieur Francey. Puissiez-vous, un jour peut-être, me pardonner mon culot d’avoir osé publier mon avis.

 

Grégoire Barbey

 

 

*Utilisation volontaire du mot « stigmatisation », qui semble tant plaire à Pascal Décaillet puisqu'il le qualifie sur son profil Facebook de gnangan ainsi que de sentir le patchouli socialiste gentillet.

15:16 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |

Commentaires

Pourquoi devriez-vous faire amende honorable ? Vous savez bien qu'on ne peut plaire à tout le monde. Et même si un journaliste ne goûte pas vos propos, il n'y a pas lieu de vous en inquiéter ! Il y a hélas trop de journaleux qui se prennent pour des stars et qui pensent avoir le droit de donner des leçons aux autres. C'est fâcheux, mais il faut s'en accomoder sans toutefois y céder. Ces gens-là seraient bien inspirés - mais sont-ils inspirés ? - de méditer quelques secondes sur la pensée attribuée à Galilée : "je n'ai jamais rencontré quelqu'un de si ignorant qu'il n'eût quelque chose à m'apprendre." Et puisque j'en suis aux citations, permettez-moi d'ajouter celle-ci en pensant à ceux que j'évoque ci-dessus : "l'ambition, c'est comme les échasses, cela peut hausser un homme, cela ne le grandit pas !". Elle est de Joubert si je ne fais erreur.

Écrit par : Michel Sommer | 25/08/2012

Tiens le lien/article d'OF est mort. Étrange ?

Écrit par : Fabien WG | 01/09/2012

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