Gregoire Barbey

29/08/2012

Eric Bertinat, un mauvais choix pour la Ville de Genève

Chronique 29.08.12 11h27

 

Le candidat UDC à l’exécutif de la Ville de Genève, Eric Bertinat, a dévoilé le pivot de son programme sécuritaire. Si le député et conseiller municipal était amené à reprendre le Département de l’environnement urbain et de la sécurité (DEUS), l’une de ses premières réformes consisterait à armer les agents de la police municipale (APM).  Nonobstant sa bonne volonté et son éventuelle accession au poste de conseiller administratif, Eric Bertinat ne serait pas en mesure de faire appliquer sa proposition. En effet, fournir des armes à feu aux APM nécessiterait une modification de la Loi cantonale. L’Entente a fait part de son désaccord avec cette position, ce qui semble avoir énervé le candidat UDC, qualifiant la droite modérée de « centre mou » sur son blog.

 

Si cette proposition d’armer les APM divise déjà la droite en Ville de Genève, il apparaît peu probable qu’une révision de ladite Loi soit envisageable pour permettre la réalisation de ce projet sécuritaire. De surcroît, la mise en application de cette réforme n’aurait a priori pas d’effets vérifiables sur la baisse de la criminalité à moyen terme. Certes, nous pouvons envisager qu’une police municipale armée ait un effet dissuasif sur quelques délinquants. Cependant, si ces potentiels criminels se laissent impressionner par un pistolet qui restera sagement dans son holster en cas d’intervention des APM, à moins d’un événement d’une exceptionnelle gravité,  alors ces individus constituent le menu fretin de la délinquance en Ville de Genève.

 

Mais au fond, cette stratégie repose peut-être une fois de plus sur un schéma politique propre à l’UDC. Il s’agit d’aller dans les extrêmes et d’apporter des propositions disproportionnées, voire irréalisables (comme Eric Stauffer lors de sa candidature au Conseil d’Etat en juin dernier, et sa volonté d’enfermer les délinquants dans des cages disposées à Cointrin), pour ensuite plaider devant le Peuple être la seule formation politique qui « ose » proposer de « vrais réformes » en matière de sécurité. Avec une droite divisée, il devient alors possible pour Eric Bertinat de faire valoir son courage et sa volonté d’améliorer la situation, contrairement à ses collègues de centre-droit qui se contentent d’émettre des propositions plus consensuelles.

 

Tout cela repose encore et toujours sur la manipulation de la population. Pour atteindre son objectif qui est, comme tout parti gouvernemental, d’entrer dans l’exécutif d’une commune ou d’un canton, l’UDC a recours et ce depuis ses débuts à des stratégies de communication qui la mettent systématiquement en opposition avec les autres forces politiques traditionnelles. Plutôt que d’orienter son discours sur un pragmatisme qui consisterait à établir des constats sur des faits concrets pour ensuite proposer des solutions réalistes, l’UDC cherche à toucher l’électorat dans ce qu’il a de plus vulnérable : ses émotions.

 

C’est évidemment plus aisé de pointer du doigt des problèmes et d’y apporter des solutions extrêmes. Les gens y sont plus sensibles car ces hypothétiques changements sont simplifiés et parlent ainsi à tout le monde, même à celles et ceux qui ne connaissent pas les arcanes d’une thématique particulière. Mais cette stratégie a un coût, celui de la crédibilité de l’UDC, qui, bien qu’elle soit parfois prise au sérieux par le corps électoral, n’en est pas moins en confrontation avec les autres formations politiques. En termes de collégialité et d’efficacité gouvernementale, ça n’a aucun effet positif.

 

Au final, Eric Bertinat n’est guère plus original qu’Eric Stauffer, et ses propositions ne diffèrent pas des autres sections cantonales de l’UDC. C’est pourquoi il est profitable de tenir ce monsieur à l’écart du Conseil administratif de la Ville de Genève, et que tant que les représentants de l’UDC proposeront dans la République et canton de Genève des solutions en totale inadéquation avec la réalité, les exécutifs communaux et cantonaux se porteront mieux sans eux.

 

Grégoire Barbey

14:51 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | | |

Commentaires

Au final, ce sera Salika Wenger la gagnante.

http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Les-Verts-s-effacent-pour-g-ner-l-UDC-23767310

Écrit par : Victor Winteregg | 29/08/2012

Je suis sûr du contraire Grégoire, Bertinat EST le meilleur choix possible pour la ville de Genève.

Écrit par : Victor Winteregg | 29/08/2012

Ah bon, je pensais que M. Bertinat allait les armer d'un crucifix, histoire de bouter ces "impies" hors du territoire de la Ville de Genvève !!

Écrit par : A. Piller | 29/08/2012

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