Gregoire Barbey

01/09/2012

La Genferei pour les Nuls

Article paru dans Vigousse (31.08.12), 09h07 31.08.12


Cons testés. Les exploits du milieu politique du bout du lac ont inspiré aux Alémaniques le terme de Genferei, ou genevoiserie. Explication par l’exemple.


Pour les Romands qui peineraient à comprendre l’essence de la Genferei, les actuelles magouilles genevoises offrent un excellent matériel pédagogique. Exemple 1 : depuis que le libéral-radical Pierre Maudet a été élu au Conseil d’Etat de la République et Canton de Genève, le siège qu’il occupait à l’exécutif de la Ville de Genève est vacant. D’où élection complémentaire en vue. Or, pour repourvoir ce siège municipal (l’unique siège de droite), le Parti libéral-radical (PLR), qui est le plus puissant au gouvernement cantonal, a décidé en Assemblée générale de ne présenter aucun candidat. Même si deux de ses membres, Olivier Fiumelli et Jean-Marc Froidevaux, auraient bien voulu s’aligner.

 

Pourquoi ? Parce qu’à les croire, les pontes du PLR veulent « solidifier l’Entente », à savoir l’alliance bourgeoise entre PLR et PDC, en proposant un candidat unique PDC. Bel esprit de sacrifice. Il faut dire que la Fédération des entreprises romandes, qui d’ordinaire ne se mêle pas de ces choses-là (enfin, pas ouvertement) est exceptionnellement sortie du bois pour défendre cette option dans la presse. Et quand le patronat, qui déverse des centaines de milliers de francs dans les campagnes du PLR, émet un désir, le PLR s’y plie de bonne grâce. Bizarrement, personne ne semble s’être interrogé sur cette étonnante intervention médiatique.

 

L’ancien conseiller d’Etat libéral Claude Haegi a donc démarché l’avocat PDC Guillaume Barazzone pour qu’il se présente à l’élection. Lequel Barazzone avait pourtant précisé qu’il ne serait pas candidat parce qu’il désirait favoriser son mandat législatif. Mais il a fini par céder, passant du coup pour un indécis. Résumé : un parti bourgeois qui récuse ses propres candidats au profit d’un non-candidat d’un autre parti,  le tout sous les auspices du patronat local ; on commence à cerner les contours de la Genferei.

 

Exemple 2 : au plan cantonal cette fois-ci, le peuple devra désigner les individus qui siègeront à la Cour des comptes. Or là non plus, le PLR n’a pas fait d’appel à des candidats internes. Le parti hésite néanmoins à revoir sa position, car le comité directeur du PDC a préavisé Delphine Perrella pour la Cour des comptes. Aux dernières nouvelles il s’agirait de l’actuelle petite copine de Mark Muller : à noter qu’elle est également membre dudit comité directeur. La décision sera confirmée le 4 septembre prochain lors de l’Assemblée générale du PDC.

 

Officiellement, le PLR, veut « dépolitiser » la Cour des Comptes, mais ce beau discours relève d’un joli conte de Cour. En réalité, le parti préfère renoncer à un élu pour maintenir plus sûrement l’actuelle suppléante à la Cour des comptes, Myriam Nicolazzi, qui est PLR et qui est aussi… trésorière de la Fédération des entreprises romandes. Le PLR tient beaucoup à ce pivot. N’y aurait-il pas là comme un léger conflits d’intérêts entre économie privée, partis politiques et Etat ? Mais non, voyons : tous ces liens de proximité sont fortuits et ces manoeuvres pourries n’ont rien à voir. Si vous en doutez, c’est que vous avez saisi le principe de la Genferei

 

Grégoire Barbey

22:45 Publié dans Journalisme | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | | |

Commentaires

Bien vu, Grégoire, mais si vous vous lancez sur ce sujet, vous serez "booké" pour toutes les futures éditions de Vigousse, dont il faudra par ailleurs augmenter le nombre de pages...

Écrit par : A. Piller | 31/08/2012

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