Gregoire Barbey

04/09/2012

Finances publiques : les journalistes embrouillés par David Hiler

 

Chronique, 04.09.12 11h12

 

Dans un article publié aujourd’hui dans la Tribune de Genève, le journaliste Marc Bretton écrit à propos des finances publiques : « Le déficit 2012 devait se monter à 350 millions ? Il atteindra 758 millions. La différence provient notamment de la comptabilisation dès cette année des 762 millions que versera l’Etat à la nouvelle caisse de pension pour la recapitaliser. Suite à l’adoption des comptes, l’Etat dissoudra les réserves conjoncturelles accumulées pendant les bonnes années 2005-2007, «couvrant» ainsi la dépense sans recourir à l’emprunt et donc à la dette. »

 

Cette information est évidemment erronée, car cette fameuse réserve conjoncturelle, contrairement à ce que nous laissent penser bien des journalistes et politiciens, n’existe pas physiquement sur un compte en banque. Il s’agit en effet d’une écriture comptable. Ce milliard n’a qu’une valeur virtuelle, et il n’est donc pas possible d’utiliser une réserve immatérielle. Tout comme d’ailleurs elle ne couvrira pas la dépense. L’Etat devra finalement emprunter pour recapitaliser les caisses de retraite des fonctionnaires (762 millions dans un premier temps), puisque la loi fédérale oblige désormais les caisses de prévoyance publique à disposer d’au moins 80% des capitaux nécessaires au paiement de toutes les rentes.

 

En résumé, l’Etat doit réellement verser une somme de près de 800 millions à la CIA, et sera de ce fait contraint d’obtenir cette liquidité (qu’il n’a pas dans une hypothétique réserve sur un compte en banque) par des emprunts effectués sur les marchés financiers, creusant ainsi la dette de la République et Canton de Genève.

 

Il est quand même intéressant de noter la stratégie de David Hiler : il ne précise jamais publiquement que la réserve conjoncturelle est une écriture comptable, sans jamais non plus arguer qu’il y a derrière cette réserve de quelconques liquidités. Le conseiller d’Etat entretient suffisamment bien la confusion pour que les journalistes en arrivent à écrire tout le contraire de la réalité. Le conseiller d’Etat embrouille peut-être même ses propres collaborateurs, puisque le porte-parole du Département des Finances, Roland Godel, contacté par mes soins, m’a tenu exactement le même discours que le journaliste Marc Bretton dans son article.  

 

Faudra-t-il encore longtemps avant que les médias ne prennent conscience qu’il n’y a pas de solution miracle pour amortir la recapitalisation des caisses de retraite des fonctionnaires ? Ou continueront-ils à distiller dans l’esprit des citoyens qu’il ne faut pas s’en faire puisqu’il existe une réserve, quelque part, qui réglera tous nos problèmes ? En tout cas, David Hiler s’en sort à merveille. Souhaitons qu’il en aille de même pour les finances publiques ces prochaines années.

 

Grégoire Barbey

16:28 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (16) |  Facebook | | | |

Commentaires

Quels journalistes ?

Le journalisme est journalisme dés lors qu'il devient un contre pouvoir, sinon, il faudra lui trouver un autre nom !!

Écrit par : Corto | 04/09/2012

Intéressant... En substance vous êtes en train de découvrir et de nous dire que l'Etat vit au-dessus de ses moyens et qu'il dépense aujourd'hui un argent qu'il n'a pas encore "gagné",ou plutôt "perçu"... Et l'on comprend que dans un tel système de dépense à crédit, la notion de réserve se constitue comme un artefact parfaitement illusoire, qu'est-ce qu'une réserve lorsque l'on est endetté pour n fois plus que le montant de ladite réserve ??? Un tour de passe-passe ? une illusion ? un peu de latitude d'endettement mis à gauche ( sic and LOL ), l'exploitation au maximum de l'endettement que permet le cadre légal ?

Continuez jeune Barbey, continuez, après Horace vous découvrirez les cyniques (aphilosophes) mais surtout le monde retors des comptables d'Etat, dont Hiler bien qu'on l'ait présenté comme un grand argentier n'est que le porte-voix, je ne sais à vrai dire pas ce qu'il a inventé, ni qu'elle impulsion nouvelle ou spécifique dont il serait lui l'auteur particulier...

Vosu êtes en train de découvrir que derrière le paravent médiocre des politiciens existe un autre monde, celui de la haute administration conceptrice et directrice véritable de tout ce rouage...

Bonne chance...

Écrit par : quidam | 05/09/2012

C'est quand la mer se retire que l'on voit qui est à poil..

Écrit par : leroiestnu | 05/09/2012

Une façon bien compliquée d'expliquer que les 800 millions concernés sont en fait répartis sur plusieurs exercices comptables.

Écrit par : Djinus | 05/09/2012

"[..]cette fameuse réserve conjoncturelle[...]n’existe pas physiquement sur un compte en banque. Il s’agit en effet d’une écriture comptable. Ce milliard n’a qu’une valeur virtuelle, et il n’est donc pas possible d’utiliser une réserve immatérielle."

Pouvez-vous expliquez plus en détails cette affirmation ? (qui a mon avis est fausse)

Écrit par : Djinus | 05/09/2012

Que ne comprenez-vous pas Djinus ? Le milliard que possède la réserve conjoncturelle existe bel et bien, mais il n'est pas dans un compte en banque : il s'agit d'une écriture comptable, d'argent virtuel. Or, l'Etat, pour renflouer la caisse de pension, doit verser des liquidités, pas une somme virtuelle.

Écrit par : Grégoire Barbey | 05/09/2012

Grégoire,
Non, je ne comprend pas, car vous vous contentez de répétez votre argumentaire premier.

Si la dissolution de la réserve donne quelque chose de totalement virtuel de quoi va bien être constitué le virement réel de 800 millions pour la CIA, qui va quand même se matérialisé par un virement bancaire ? Ou alors une sorte de magie va s'opérer ?

Écrit par : Djinus | 05/09/2012

Aucune magie ne va s'opérer. David Hiler ne peut pas dissoudre cette réserve comptable pour en faire de l'argent réel. L'Etat va devoir emprunter aux marchés financiers pour matérialiser cette somme. Donc ça creusera la dette du canton. CQFD.

Écrit par : Grégoire Barbey | 05/09/2012

Je rêve ... bon, comme "CQFD", pouvez-vous m'expliquer de quoi est constitué une écriture de réserve conjoncturelle ?

(et question annexe : avez-vous fait de la comptabilité ?)

Écrit par : Djinus | 05/09/2012

Plus ou moins la moitié du bénéfice comptable annuel est attribué à cette réserve. Le reste va dans les fonds propres. En réalité, cette réserve est une (petite) partie des fonds propres. Et le bénéfice comptable, c'est juste une écriture.

Écrit par : Grégoire Barbey | 05/09/2012

Point 1 : Ok, donc cette réserve (une sorte de dette vers les exercices futurs), qui fait partie des fonds propres, à bien été créé en ponctionnant la moitié de l'excédent de revenus par rapport aux charges de fonctionnement d'un exercice donné. La on est d'accord ?

Point 2 : Si on avait pas établi une telle réserve à ce moment là on est bien d'accord qu'elle aurait pû générer un bénéfice qui aurait pu par exemple être versés aux contribuables (hypothétique pour l'exemple "Contribution aux bénéfices") sous forme d'un versement d'argent physique ?

Écrit par : Djinus | 05/09/2012

Une idée, comme ça ...

Et demander un prêt à la Confédération ?

Écrit par : Chuck Jones | 05/09/2012

Il faut également noter que la modification technique votée par Berne, qui conduit à obliger les entités publiques à recapitaliser leur caisse qui étaient totalement en équilibre financier est la source initiale du problème. Et oh miracle, tout cet argent public va partie dans l'industrie de la finance, même industrie qui corrompt les députés fédéraux qui ont votés cette lois.

Écrit par : Djinus | 05/09/2012

Heu... une réserve exige que des fonds ou une part des ressources disponibles lors d'un exercice y soient ATTRIBUES. Si ce fond est matériellement vide comme vous semblez l'affirmez alors il y a un petit problème... qui devrait beaucoup intéresser Mr Jornot...

Le problème à vrai dire Mr Barbey, ce n'est pas tant la matérialité ou plutôt la liquidité de cette réserve, cette réserve peut être comptable et pas forcément liquide, le problème comme dit précédemment c'est le fait de constituer une réserve à l'intérieur d'un endettement ce qui relève largement de la supercherie puisque cela laisse à croire que la situation financière serait suffisamment bonne pour pouvoir constituer des réserves alors qque la constitution de ces réserves constitue justement un accroissement de l'endettement...

Ce qui à vrai dire revientt au même que ce qui vous choque, mais sous une forme plus account compatible :)

Écrit par : quidam | 05/09/2012

La réserve conjoncturelle, qui est une partie du surplus de recette sur les dépenses de fonctionnement d'un exercice donné très logiquement été constituée sur des actifs liquides (la contre partie des recettes ...)

Mais si Grégoire a des informations d'insiders si révolutionnaires qui feraient que l'Etat doivent vendre terrains ou batiment pour libérer cette réserve, je pense que Hiller ou la commission des finances vont être très intéressé à entendre ses explications.

Alors Grégoire, la suite de tes (on se tuttoie n'est-il pas ?) explications ?

Écrit par : Djinus | 07/09/2012

La preuve qu'un silence peut à lui seul confirmer plein de chose.

Écrit par : Djinus | 13/09/2012

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