Gregoire Barbey

12/09/2012

Réforme du gouvernement fédéral : la Suisse réfractaire au changement

 

Chronique, 12.09.12 11h06


L’Assemblée fédérale est manifestement réfractaire à l’idée de réformer le gouvernement. C’est pourtant une nécessité, à terme, que les représentants du Peuple devront prendre en considération. Evidemment, en Suisse, une forte opposition au changement a toujours prévalu. Une peur séculaire d’améliorer ce qui est vu par les citoyens comme la recette miracle. Pour sauver l’industrie horlogère suisse, il a fallu le génie d’un Nicolas Hayek, qui s’est viscéralement battu pour apporter un progrès dans le domaine et ainsi redorer l’image d’un label vieillissant.


Mais en politique, qui fera le pas pour apporter une réelle transformation dans la structure du gouvernement ? Qui osera, contre vents et marées, défendre la nécessité d’un Conseil fédéral réajusté aux impératifs de notre époque ? Car en effet, augmenter le nombre de conseillers fédéraux de sept à neuf est une idée qui ne date pas d’hier. Déjà, en 1918, la question se posait, lorsqu’après la Première Guerre Mondiale, le Parti Radical-Démocrate envisageait de faire rentrer au gouvernement fédéral le Parti Socialiste. Mais très vite, l’idée fut balayée. Pour le PRD, il était plus important de renforcer son aile droite. Dès lors, pas question d’envisager un changement si radical !


Aujourd’hui cependant, en pleine conjoncture de crise, le débat mérite d’être réellement mené. Le Conseil national, en refusant purement et simplement cette proposition, n’a pas souhaité prendre le risque de changer une formule vieille de plus d’un siècle. Ni, par la même occasion,  de rallonger la durée du mandat de Présidence de la Confédération à deux ans. Et pourtant, dans la situation actuelle de la Suisse à l’international, la visibilité d’un leader, même restreint à l’unique fonction de représentation du pays (sans autre pouvoir supplémentaire que celui de ses collègues au Conseil fédéral), est largement réduite lorsque les pays étrangers voient une nouvelle personnalité à la tête de la Confédération chaque année.


On le voit désormais, le contexte politique, tant sur le plan national qu’au niveau mondial, évolue, et requiert de ce fait des aménagements sérieux, et de circonstance, dans les institutions helvétiques. De surcroît, à l’heure où les identités culturelles de la Suisse s’éparpillent, la non-représentation au Conseil fédéral de la Suisse-italienne pose un problème lancinent : comment maintenir, dans la Confédération, une unité et un respect des différences linguistiques ?


A n’en pas douter, le serpent de mer rejaillira. Pourvu qu’il ne le fasse pas trop tard.


Grégoire Barbey

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