Gregoire Barbey

22/09/2012

Contre les compromissions des appareils de parti : Didier Bonny, l'indépendance retrouvée

Chronique, 22.09.12 18h38

 

La candidature surprise de Didier Bonny pour l'élection partielle à l'exécutif de la Ville de Genève apporte un vent d'air frais à la politique genevoise. Ancien PDC, il a quitté son parti en 2010 à la suite d'un ras-le-bol, dont le soutien officiel à l'UDC Yves Nidegger pour la Cour des comptes fut la goutte qui fit déborder le vase : il se présente ainsi sans appartenance partisane, mettant en déroute la logique des appareils de parti. Fort de 14 ans d'expérience au Conseil municipal de la Ville de Genève, et de 2 ans au Grand Conseil, sa crédibilité pour siéger à la place de Pierre Maudet est entière. Il est par ailleurs un habitué du terrain, et fait partie intégrante du tissu associatif de la Cité de Calvin.

 

L'indépendance, caractéristique principale de Didier Bonny, c'est justement ce qui manque à notre bonne vieille ville. Sans lui, les électrices et les électeurs n'ont d'autre choix, s'ils ne sont ni adeptes de l'extrême gauche, ni de l'extrême droite, de voter pour le candidat de l'Entente, Guillaume Barazzone. Or, ce dernier n'a pas montré dès le départ la volonté nécessaire pour convaincre les citoyennes et les citoyens les plus sceptiques : il avait, avant de se faire prier par les pontes du PLR, affirmé qu'il préférait renoncer à se présenter à cette élection afin de favoriser son mandat législatif. Avant que Didier Bonny ne fasse son entrée en lice, donc, c'était un non-choix qui se présentait aux électeurs. Car choisir entre la peste et le choléra, pour ne pas offrir sa voix à un candidat issu de la « haute société », peu représentatif de l'ensemble des citoyens, c'est bien évidemment peu recommandé.

 

Mais ce sacrifice n'est désormais plus nécessaire : avec Didier Bonny, chacun pourra, selon ses préférences, opter pour ses convictions. Si les autres candidats sont tous issus d'un parti, Bonny peut lui compter sur son réseau associatif et une force inédite qui ne devrait pas être mise de côté au profit des habituels appareils partisans : son indépendance. Car à l'heure où les partis, à Genève, peinent à se renouveler, avec une gauche incapable de proposer un programme en adéquation avec les véritables préoccupations de la classe populaire et une droite plus divisée que jamais, c'est bien l'occasion d'envoyer aux grands manitous qui se cachent dans l'ombre, entre l'équerre et le compas, un signal puissant. Non, plus davantage de compromission. Oui, une véritable ligne politique, sans pression interne. A l'abri des préférences claniques, des petits chantages, des strapontins entre amis.

 

Les militants socialistes auront remarqué, sans trop d'effort, le paradoxe de leur parti, qui fanfaronne volontiers lorsqu'il s'agit de refuser un gouvernement monocolore, mais qui ne va pas jusqu'à demander à ses membres de voter pour un candidat de droite. Clivages, encore et toujours. Dès lors, l'indépendance d'un Didier Bonny pourrait attirer bien des voix : de celles des déçus, qui en ont marre de voir leurs valeurs bafouées pour des calculs électoraux ; de celles des indécis, qui ne savent pas à qui faire confiance. Et puis, rien que pour le jeu politique, pour l'affrontement des idées, faire élire un candidat qui n'est issu d'aucun parti, voilà un défi particulièrement intéressant et enthousiasmant. Qui sait, si c'est Bonny qui devait être élu le 4 novembre prochain, cela forcerait peut-être certains partis, qui sont devenus des mammouths se reposant sur leurs lauriers, à se remettre en question. Et à offrir des alternatives aux citoyennes et aux citoyens qui les soutiennent, plutôt que de se garantir des retours d'ascenseur. Pour ma part, mon choix est fait, j'offrirai à ma voix à l'indépendance, qu'elle soit de gauche ou de droite, ou qu'elle dépasse simplement cette grille de lecture trop restrictive pour dépeindre la complexité des rapports de force qui régissent notre société. Aux autres, évidemment, de décider ce qu'ils veulent pour leur cité.

 

 

Grégoire Barbey

19:23 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | | |

Commentaires

Certes, Grégoire, mais cette analyse lucide se trouve déjà depuis quelques jours chez nombre de vos collègues de blogs ou de la presse et laisse hélas un goût de réchauffé...
A vous de les prendre de vitesse au lieu de vous mettre à la remorque :-)

Écrit par : A. Piller | 22/09/2012

Les commentaires sont fermés.