Gregoire Barbey

24/09/2012

Les citoyens neuchâtelois ont dit NON à Claude Nicati

Chronique, 24.09.12 13h56

 

Les Suisses se sont opposés à l'initiative populaire de la ligue pulmonaire contre la fumée passive sur le plan fédéral, dont l'objectif était d'harmoniser à l'ensemble des cantons un cadre légal qui protège davantage les non-fumeurs, comme c'est déjà le cas à Genève, par exemple. A noter d'ailleurs que ce dernier est le seul canton dans toute la Suisse à avoir accepté, du bout des lèvres, cette votation. Mais sur le plan cantonal, ce sont également deux projets qui n'ont pas suscité l'aval du Peuple : à Neuchâtel, la votation sur le Transrun, un RER qui aurait permis de relier la Chaux-de-Fonds et la ville de Neuchâtel en moins d'un quart d'heure (contre près d'une demi-heure actuellement) ; quant à Genève, c'est la votation concernant les 50 rues piétonnes et leur crédit de plus de 5 millions qui a été refusée.

 

Deux échecs cuisants, surtout pour le canton de Neuchâtel, dont l'infrastructure ferroviaire qui relie la Chaux-de-Fonds à la ville de Neuchâtel date de plus d'un siècle. Ce projet de RER aurait ancré le canton dans le XXIe siècle, comme l'avaient très justement relevés plusieurs médias. Malheureusement, la volonté des citoyens du canton a été autre. Adieu l'aide de 110 millions prête à être accordée par la Confédération pour la réalisation du Transrun : la violence particulière qui a caractérisé cette campagne aura déplu au plus grand nombre (voir mon article paru dans Vigousse « Défense de contester les voies »), et c'est tout-à-fait compréhensible. Tous les moyens ne sont pas bons pour atteindre son but. Ainsi, bien que Claude Nicati, le conseiller d'Etat en charge du Département de la gestion du territoire (DGT), ait assuré hier sur la RTS le contraire, c'est bien le gouvernement qui s'est vu sanctionner par ce refus.

 

Bien qu'il s'agisse d'une défaite qui ne s'est jouée à rien (50,3% de NON, soit 392 voix d'écart au total), le signal envoyé par le Peuple est clair : manipuler les intentions de vote n'est pas une méthode efficace, au contraire. Le jusqu'au boutisme du conseiller d'Etat Claude Nicati aura desservi l'intérêt public : en se comportant de façon malhonnête, l'ancien juge fédéral a effectué une campagne d'une violence inouïe, allant jusqu'à révoquer un député de son mandat d'administrateur au sein du Conseil d'administration des Chemins de fer du Jura (CJ) pour un motif totalement aberrant : s'être opposé au projet Transrun lors des débats du Grand Conseil. Cette attitude, peu reluisante et loin d'être passée inaperçue, aura contribué à faire baisser la proportion d'opinions favorables, pourtant portés vers l'acceptation de cette votation. Claude Nicati, qu'il veuille l'admettre ou non, porte une responsabilité importante dans cet échec. Et s'il a déjà annoncé son désir de se représenter aux prochaines élections, aussi sûr de lui qu'à son habitude, le Peuple, de son côté, ne verra peut-être pas d'un très bon œil cette insistance.

 

C'est dommageable qu'un projet d'une telle envergure pour l'ensemble du canton de Neuchâtel finisse à l'état de vieux souvenir. D'idéal infructueux. Tout ça parce qu'un homme, représentant direct du Peuple, a voulu museler l'opposition afin de faciliter l'acceptation du Transrun. Le résultat est aux antipodes de l'effet escompté. Et dénote une fois de plus que les citoyens, quand bien même quelques démagogues voudraient nous faire penser le contraire, n'ont guère pour habitude de se laisser influencer dans leurs choix. Démocratie oblige, il faudra désormais comprendre cette décision, même si celle-ci, je le pense pour ma part, contrevient à l'intérêt du canton. Mais l'avenir nous dira si je suis dans l'erreur.

 

Du côté de Genève, le refus des 50 rues piétonnes n'est malheureusement guère surprenant. D'aucuns se plaignent continuellement de l'impossibilité de rouler convenablement dans les rues genevoises. Dès lors, proposer au Peuple ce que l'opposition qualifiait d'un projet « mal ficelé », c'était courir d'avance à la mise au ban de cette initiative. Espérons que les initiants sauront tenir compte de ce signal à l'avenir.

 

Grégoire Barbey

18:39 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | | | |

Commentaires

Jamais les dahus du haut n'accepteront les initiatives venant des chevrons du bas. Pour ce non-canton il serait souhaitable qu'ils se séparent et fassent deux demi cantons.

Écrit par : Le passant ordinaire | 24/09/2012

Je n'ai pas suivi d'assez près la campagne pour ou contre le Trans RUN ni examiné si les méthodes de M. Nicati étaient orthodoxes ou peu catholiques.

Ce qui me gêne en revanche, c'est de vouloir faire porter la "faute" à une seule personne. A Neuchâtel comme ailleurs, le gouvernement est composé d'un collège qui porte une responsabilité collective.

Quant à vouloir faire démissionner une personne parce qu'elle a perdu une votation me paraît déraisonnable. On ne saurait juger le travail d'un Conseiller sur une votation.

Je rappelle que le peuple suisse a accepté l'initiative de Franz Weber. Faut-il pour autant en conclure que le Conseil fédéral est un ramassis d'incompétents ?

Laissons à M. Constantin, le président du FC Sion, le soin de faire valser les entraîneurs, tâche dans laquelle il excelle sans toutefois assister aux exploits d'une équipe qui se cherche - et parfois se perd - dans une danse dont elle exécute souvent les mouvements à contretemps.

Écrit par : Michel Sommer | 24/09/2012

Même si Claude Nicati porte une part de responsabilité, je pense que l'échec du TransRun relève avant tout d'un manque flagrant de cohésion cantonale dans un canton qui s'écharpe depuis des décennies entre ses deux pôles urbains : Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds / Le Locle.

Toutefois en analysant les résultats de ce scrutin, on découvre que le taux élevé d'abstention sur la moyenne cantonale, l'est davantage encore à La Chaux-de-Fonds, alors que cette ville aurait été la première bénéficiaire du ce projet. Si le taux de participation à La Chaux-de-Fonds avait été le même que celui de l'ensemble du canton, le TransRun aurait été accepté !

En tout état de cause, Neuchâtel (canton), s'est tiré une balle dans le pied, car le projet en question ne se limitait pas uniquement à la liaison rapide entre La Chaux-de-Fonds et Neuchâtel, mais prévoyait un réseau RER sur l'ensemble du canton.

Les électeurs neuchâtelois ont manqué de vision d'avenir et trop écouté les sirènes de l'UDC. Mais c'est surtout de civisme qu'ils ont manqué !

La cicatrisation de la blessure sera longue, d'autant que les défis qui attendent le canton ne laissent guère présager de répit - la planification hospitalière notamment - sur le front des antagonismes entre le Haut et le Bas du canton.

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 25/09/2012

A mon avis, ce résultat n'étonne pas si l'on s'en tient à une observation purement neutre et extérieure de la situation.

a) rivalité haut et bas du canton
b) situation économique générale du canton et état des finances publiques
c) pression fiscale actuelle sur les contribuables
d) avantages réels du Trans-Run (gain de temps)
e) nombre de personnes concernées par ces avantages

En résumé, les neuchâtelois n'ont pas voulu plomber définivement leurs finances publiques et s'assurer une augmentation d'impôts durable (ou une baisse de prestations dans d'autres domaines) pour faire une fleur à une minorité d'usagers qui bénéficieraient d'un léger gain de temps...

Écrit par : A. Piller | 26/09/2012

Une minorité d'usagés... J'aimerais juste rappeler que la Chaux-de-fonds est la troisième ville romande! Normale que les personnes ne prennent pas le train quand on met deux fois moins de temps en voiture.
On a vraiment manqué une coche sur cette votation et honnêtement l'idée de demi-cantons devrait être sérieusement étudiée quand je lis les commentaires ici et là. C'est assez ironique qu'on puisse voter contre ce projet par exemple parce que Fleurier n'était pas annoncé à la gare de Neuchatel. Je viens de rentrer de Zurich et Neuchâtel n'est plus annoncé depuis au moins une année. Il y a bien Bienne, Yverdon mais pas Neuchâtel... Maintenant que le projet a sombré, on voit des idées de premiers ordres ressortir comme une télécabine... et pourquoi pas un tire-fesse tant qu'on y est!
Le Transrun avait certes des lacunes et coutait cher mais on vient de refuser 300 millions de subventions qui seront partiellement reportés sur une ligne désuete. Au lieu de bien faire les choses et de dépenser intelligemment, on va rafistoler; autant ne rien faire du tout. Du pur gâchis à la mode neuchâteloise !
De plus avec cet investissement, on aurait pu escompter des retombés économiques positives par le bais des entreprises de constructions. Plus grave, ce refus met à mal les projets de synergies entre le haut et le bas qui auraient permis des économies ; le Canton et le Val-de-Ruz en seraient sortis gagnant. Il est vrai que nos politiques n’aurait dû réfléchir à la manière d’intégrer le Val de Travers avec une liaison. Maintenant on est contraint à continuer avec des infrastructures obsolètes ce qui ne va pas aider le canton à se redresser bien au contraire !

Écrit par : mbaox | 27/09/2012

@Greg en lisant le mot harmoniser j'ai des frissons de peurs,si Harmos déteint dans d'autres domaines le monde des clones n'est plus très loin!
Vivement que certains hommes qui se prennent pour des dieux sortent de leur âge bête qui peut hélas durer jusqu'à 70 ans ,on a deux socialistes qui s'en vont avant de nous avoir rendu tous bargeots et dire qu'il faut les supporter encore oui car avant de quitter en chamboulant tout le monde et laissé des patates en grands nombres aux suivants déjà élus et socialistes ils ont su assurer leur arrières aussi ne pourrait -on pas obliger les socialistes à se lancer en politique seulement à partir de 70 ans? Toute le monde serait gagnant/rire

Écrit par : lovsmeralda | 28/09/2012

@Greg Tout le monde parle mais très souvent sans vraiment connaitre les bons fondements.Concernant les nons votants il est bon de savoir le nombre de jeunes ayant acheté un appart en copropriété et qui se retrouvent avec moults problèmes dûs à la malhonnêteté des promoteurs.Vous pensez bien que ces citoyens là avaient d'autres chats à fouetter que le RER.Faut discuter dans la rue avec les gens et s'intéresser de près à leur vécu,mais peut-être qu'en étant scouts et pas nés de la dernière pluie les gens font plus confiance à ceux qui n'utiliseront pas la délation ou n'importe quoi pour donner leur avis.Surtout que la plupart de beaucoup des avis émanent aussi de jeunes qui manquent de clarté d'esprit et d'objectivité étant alors des proies faciles pour beaucoup de partis politiques mais surtout gauchistes
On a vu l'histoire farfelue écrite sur les Jenishs ,histoire qui a fait bondir un citoyen obligeant alors le journaliste à aller chez lui pour remettre les pendules à l'heure.Ensuite le rédacteur le congédia! il aurait pu l'éviter s'il avait auparavant pris contact avec les anciens capables de raconter avec exactitude les faits passés en 1950!

Écrit par : lovsmeralda | 30/09/2012

Et si l'on sait aussi la grande majorité d'étrangers habitant en certaines commune du bas du canton,vous pensez bien que ce RER avec la crise qu'il y a chez eux,ils n'en avaient strictement rien à balayer!sans omettre beaucoup de citoyens dernièrement venus habiter dans le canton qui plient sous le poids de dettes et qui sont à payer par les autres contribuables.Voilà des raisons parmi d'autres de ce refus,mais faut aussi avoir l'envie de découvrir ce qui ne sautera jamais aux yeux du simple quidam

Écrit par : lovsmeralda | 30/09/2012

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