Gregoire Barbey

24/09/2012

Les citoyens neuchâtelois ont dit NON à Claude Nicati

Chronique, 24.09.12 13h56

 

Les Suisses se sont opposés à l'initiative populaire de la ligue pulmonaire contre la fumée passive sur le plan fédéral, dont l'objectif était d'harmoniser à l'ensemble des cantons un cadre légal qui protège davantage les non-fumeurs, comme c'est déjà le cas à Genève, par exemple. A noter d'ailleurs que ce dernier est le seul canton dans toute la Suisse à avoir accepté, du bout des lèvres, cette votation. Mais sur le plan cantonal, ce sont également deux projets qui n'ont pas suscité l'aval du Peuple : à Neuchâtel, la votation sur le Transrun, un RER qui aurait permis de relier la Chaux-de-Fonds et la ville de Neuchâtel en moins d'un quart d'heure (contre près d'une demi-heure actuellement) ; quant à Genève, c'est la votation concernant les 50 rues piétonnes et leur crédit de plus de 5 millions qui a été refusée.

 

Deux échecs cuisants, surtout pour le canton de Neuchâtel, dont l'infrastructure ferroviaire qui relie la Chaux-de-Fonds à la ville de Neuchâtel date de plus d'un siècle. Ce projet de RER aurait ancré le canton dans le XXIe siècle, comme l'avaient très justement relevés plusieurs médias. Malheureusement, la volonté des citoyens du canton a été autre. Adieu l'aide de 110 millions prête à être accordée par la Confédération pour la réalisation du Transrun : la violence particulière qui a caractérisé cette campagne aura déplu au plus grand nombre (voir mon article paru dans Vigousse « Défense de contester les voies »), et c'est tout-à-fait compréhensible. Tous les moyens ne sont pas bons pour atteindre son but. Ainsi, bien que Claude Nicati, le conseiller d'Etat en charge du Département de la gestion du territoire (DGT), ait assuré hier sur la RTS le contraire, c'est bien le gouvernement qui s'est vu sanctionner par ce refus.

 

Bien qu'il s'agisse d'une défaite qui ne s'est jouée à rien (50,3% de NON, soit 392 voix d'écart au total), le signal envoyé par le Peuple est clair : manipuler les intentions de vote n'est pas une méthode efficace, au contraire. Le jusqu'au boutisme du conseiller d'Etat Claude Nicati aura desservi l'intérêt public : en se comportant de façon malhonnête, l'ancien juge fédéral a effectué une campagne d'une violence inouïe, allant jusqu'à révoquer un député de son mandat d'administrateur au sein du Conseil d'administration des Chemins de fer du Jura (CJ) pour un motif totalement aberrant : s'être opposé au projet Transrun lors des débats du Grand Conseil. Cette attitude, peu reluisante et loin d'être passée inaperçue, aura contribué à faire baisser la proportion d'opinions favorables, pourtant portés vers l'acceptation de cette votation. Claude Nicati, qu'il veuille l'admettre ou non, porte une responsabilité importante dans cet échec. Et s'il a déjà annoncé son désir de se représenter aux prochaines élections, aussi sûr de lui qu'à son habitude, le Peuple, de son côté, ne verra peut-être pas d'un très bon œil cette insistance.

 

C'est dommageable qu'un projet d'une telle envergure pour l'ensemble du canton de Neuchâtel finisse à l'état de vieux souvenir. D'idéal infructueux. Tout ça parce qu'un homme, représentant direct du Peuple, a voulu museler l'opposition afin de faciliter l'acceptation du Transrun. Le résultat est aux antipodes de l'effet escompté. Et dénote une fois de plus que les citoyens, quand bien même quelques démagogues voudraient nous faire penser le contraire, n'ont guère pour habitude de se laisser influencer dans leurs choix. Démocratie oblige, il faudra désormais comprendre cette décision, même si celle-ci, je le pense pour ma part, contrevient à l'intérêt du canton. Mais l'avenir nous dira si je suis dans l'erreur.

 

Du côté de Genève, le refus des 50 rues piétonnes n'est malheureusement guère surprenant. D'aucuns se plaignent continuellement de l'impossibilité de rouler convenablement dans les rues genevoises. Dès lors, proposer au Peuple ce que l'opposition qualifiait d'un projet « mal ficelé », c'était courir d'avance à la mise au ban de cette initiative. Espérons que les initiants sauront tenir compte de ce signal à l'avenir.

 

Grégoire Barbey

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22/09/2012

Contre les compromissions des appareils de parti : Didier Bonny, l'indépendance retrouvée

Chronique, 22.09.12 18h38

 

La candidature surprise de Didier Bonny pour l'élection partielle à l'exécutif de la Ville de Genève apporte un vent d'air frais à la politique genevoise. Ancien PDC, il a quitté son parti en 2010 à la suite d'un ras-le-bol, dont le soutien officiel à l'UDC Yves Nidegger pour la Cour des comptes fut la goutte qui fit déborder le vase : il se présente ainsi sans appartenance partisane, mettant en déroute la logique des appareils de parti. Fort de 14 ans d'expérience au Conseil municipal de la Ville de Genève, et de 2 ans au Grand Conseil, sa crédibilité pour siéger à la place de Pierre Maudet est entière. Il est par ailleurs un habitué du terrain, et fait partie intégrante du tissu associatif de la Cité de Calvin.

 

L'indépendance, caractéristique principale de Didier Bonny, c'est justement ce qui manque à notre bonne vieille ville. Sans lui, les électrices et les électeurs n'ont d'autre choix, s'ils ne sont ni adeptes de l'extrême gauche, ni de l'extrême droite, de voter pour le candidat de l'Entente, Guillaume Barazzone. Or, ce dernier n'a pas montré dès le départ la volonté nécessaire pour convaincre les citoyennes et les citoyens les plus sceptiques : il avait, avant de se faire prier par les pontes du PLR, affirmé qu'il préférait renoncer à se présenter à cette élection afin de favoriser son mandat législatif. Avant que Didier Bonny ne fasse son entrée en lice, donc, c'était un non-choix qui se présentait aux électeurs. Car choisir entre la peste et le choléra, pour ne pas offrir sa voix à un candidat issu de la « haute société », peu représentatif de l'ensemble des citoyens, c'est bien évidemment peu recommandé.

 

Mais ce sacrifice n'est désormais plus nécessaire : avec Didier Bonny, chacun pourra, selon ses préférences, opter pour ses convictions. Si les autres candidats sont tous issus d'un parti, Bonny peut lui compter sur son réseau associatif et une force inédite qui ne devrait pas être mise de côté au profit des habituels appareils partisans : son indépendance. Car à l'heure où les partis, à Genève, peinent à se renouveler, avec une gauche incapable de proposer un programme en adéquation avec les véritables préoccupations de la classe populaire et une droite plus divisée que jamais, c'est bien l'occasion d'envoyer aux grands manitous qui se cachent dans l'ombre, entre l'équerre et le compas, un signal puissant. Non, plus davantage de compromission. Oui, une véritable ligne politique, sans pression interne. A l'abri des préférences claniques, des petits chantages, des strapontins entre amis.

 

Les militants socialistes auront remarqué, sans trop d'effort, le paradoxe de leur parti, qui fanfaronne volontiers lorsqu'il s'agit de refuser un gouvernement monocolore, mais qui ne va pas jusqu'à demander à ses membres de voter pour un candidat de droite. Clivages, encore et toujours. Dès lors, l'indépendance d'un Didier Bonny pourrait attirer bien des voix : de celles des déçus, qui en ont marre de voir leurs valeurs bafouées pour des calculs électoraux ; de celles des indécis, qui ne savent pas à qui faire confiance. Et puis, rien que pour le jeu politique, pour l'affrontement des idées, faire élire un candidat qui n'est issu d'aucun parti, voilà un défi particulièrement intéressant et enthousiasmant. Qui sait, si c'est Bonny qui devait être élu le 4 novembre prochain, cela forcerait peut-être certains partis, qui sont devenus des mammouths se reposant sur leurs lauriers, à se remettre en question. Et à offrir des alternatives aux citoyennes et aux citoyens qui les soutiennent, plutôt que de se garantir des retours d'ascenseur. Pour ma part, mon choix est fait, j'offrirai à ma voix à l'indépendance, qu'elle soit de gauche ou de droite, ou qu'elle dépasse simplement cette grille de lecture trop restrictive pour dépeindre la complexité des rapports de force qui régissent notre société. Aux autres, évidemment, de décider ce qu'ils veulent pour leur cité.

 

 

Grégoire Barbey

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21/09/2012

Défense de contester les voies

Article paru dans Vigousse (21.09.12), 21.09.12 10h28

 

Passage sous voix Le Peuple neuchâtelois vote dimanche sur le projet de RER Transrun. Face aux opposants, le conseiller d'Etat Claude Nicati, locomotive du projet, a parfois tendance à dérailler.


Comme il s'en est vanté dans la presse lors de sa dernière élection, le conseiller d'Etat PLR neuchâtelois Claude Nicati, en charge du département de la gestion du territoire (DGT), est un homme très indépendant d'esprit. De fait, en vue de la votation sur le projet de RER local Transrun, il a usé de méthodes très originales pour museler les opposants.

 

Il a d'abord menacé le député Yvan Botteron lors d'une séance du Grand Conseil en lui faisant « comprendre sans détour que [sa] position contre le projet du Transrun n'était pas compatible avec [son] mandat d'administrateur des Chemins de fer du Jura (CJ) ». C'est ce que précise ledit député dans un courrier adressé au Conseil d'Etat. En d'autres termes, Claude Nicati a tenté d'exercer une pression sur le vote d'un élu du peuple, en dépit de la Constitution neuchâteloise qui stipule, article 54 : « Les membres du Grand Conseil délibèrent et votent sans instructions. »

 

Yvan Botteron ne s'est d'ailleurs pas laissé intimider. Il a maintenu sa ferme opposition. Nicati l'a donc viré comme un malpropre du conseil d'administration des CJ par une lettre en courrier B. Elégant. Le motif de cette sanction est précisé noir sur blanc : « Dans le prolongement des deux entretiens que vous avez eus avec le soussigné, je vous confirme que la position que vous défendez devant le Grand Conseil et devant la population dans le cadre du dossier RER (...) me pose problème. (...) Je me vois dans l'obligation de vous retirer le mandat de représentation au sein du conseil d'administration des CJ avec effet immédiat. » Autrement dit, un renvoi pour délit d'opinion. Voire crime de lèse-Nicati.

L'ennui, c'est que le mandat d'administrateur d'Yvan Botteron lui avait été délivré par un arrêté du Conseil d'Etat, daté du 28 octobre 2009. Claude Nicati n'avait donc aucunement la compétence de le révoquer tout seul et sous son unique signature, aussi auguste soit-elle. Qu'à cela ne tienne, dans leur louable souci de collégialité, les autres membres du Conseil d'Etat ont donné raison à leur collègue, après coup, malgré les plaintes motivées de la victime.

 

Par ailleurs, les opposants au projet Transrun ont dû, comme il se doit, transmettre leur argumentation pour la brochure officielle « Vot'info ». Mais là aussi, on ne saurait braver impunément l'avis des autorités. Le député Raymond Clottu s'est ainsi vu refuser sa copie, qui présentait les raisons des adversaires du projet. Motif : « La loi prévoit une information objective des citoyens et non hypothétique. » Agacé, Clottu a téléphoné au secrétaire général de la Chancellerie d'Etat, Pascal Fontana, duquel émanait ce refus. Il lui a signifié qu'il ne changerait pas une ligne aux arguments énoncés et qu'en cas de problème tout ça finirait devant la justice. Fontana, relate Raymond Clottu, se serait alors excusé, affirmant que la directive venait d'en haut. On se demande bien de qui.

Mais qu'on se rassure, Neuchâtel reste une démocratie. La liberté d'expression et la liberté d'opinion y sont pleinement garanties, pour peu que l'opinion exprimée corresponde à celle de Claude Nicati.

 

Grégoire Barbey

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Caricature Assassine

Editorial paru dans Vigousse (21.09.12), 21.09.12 10h51

 

Caricature Assassine

 

Vigousse 21.09.12

 

A l'heure où sont tapées ces lignes, on en est à douze morts. Douze morts pour cause de connerie. Un obscur abruti israélo-américain copte égyptien tourne un navet vaseux où il étale son grotesque mépris d'ignare envers l'islam, et voilà le monde arabe en éruption pour blasphème. Cette région du monde aurait pourtant mieux à faire, par exemple assurer la transition politique qui découle du « printemps arabe ». 

Mais voilà, le sacré, c'est sacré, on ne badine pas avec ces choses-là. Ils ont beau avoir vu le film sur internet, le « progrès » technologique et l'accès au monde n'amenuisent en rien la rage religieuse, attisée par des manipulateurs de foules aussi cyniques qu'efficaces.

D'un côté, le pasteur fanatique Terry Jones, les décérébrés du Tea Parti, les juifs extrémistes, les fous de la Bible, les convaincus que Dieu est américain. De l'autre, les barbus coraniques et les gens incultes prompts à les suivre dans la violence haineuse. Ainsi s'affrontent, par satellite, des dogmes médiévaux. Et il suffit d'un rien, d'un film ridicule, d'une provocation fangeuse (et peut-être calculée) pour que la religion tue.

Le sacré, cela dit, n'est pas toujours religieux. En Suisse aussi, il fige le XXIe siècle dans le passé, aveugle les esprits, paralyse toute évolution. Le secret bancaire, l'armée ? Pas question d'y toucher, c'est sacro-saint. La raison et la clairvoyance n'y peuvent rien, c'est une affaire de culte. Tout comme le mythe, profondément enraciné, d'un pays fondamentalement différent des autres, et forcément meilleur. Mais au moins, en Suisse, on ne s'entretue pas pour des questions de foi. Du moins depuis 1847.

Ailleurs dans le monde, les événements de ces jours-ci montrent à quel point le sacré peut être meurtrier. C'est que le sacré, par nature, ignore le rire. Sans quoi, face à ce film tellement bête qu'il ridiculise avant tout son auteur, les musulmans ne feraient que mourir de rire, au lieu de mourir tout court.

 

Grégoire Barbey

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20/09/2012

Penseurs français du XXIe siècle : les valeurs occidentales contre le reste du monde

 

Chronique, 20.09.12 11h50

 

En Occident, et particulièrement en France, il sied aux grands penseurs qui se sentent héritiers de la pensée grecque et des Lumières, de donner des leçons de conduite aux autres cultures. Avec les caricatures de Mahomet publiées par Charb dans son hebdomadaire satirique Charlie Hebdo hier, les langues se délient dans l’hexagone. Pour certains, comme l’écrit le magistrat français Philippe Bilger, c’est aux occidentaux de donner une leçon aux pays arabes. En somme, « éduquons ces sauvages ». Mais attention, tenir de tels propos ne relève clairement pas d’une haine envers la différence. Et encore moins d’islamophobie. Penser le contraire, ce serait rejoindre la caste des « bienpensants » de gauche.

 

C’est un discours simplificateur et rébarbatif. On l’entend à chaque polémique. Oui, les pays arabes ne vivent pas selon les mêmes coutumes et traditions que l’Occident. Et alors ? Notre planète n’est pas faite de la même roche partout, ça ne l’empêche pas de former un tout. Pourquoi des divergences culturelles devraient conduire à une impossibilité de cohabitation ? Pourquoi une civilisation pourrait être meilleure qu’une autre ? Et surtout, de quel droit certains seraient en mesure de donner des leçons de comportement à d’autres ?

 

Oh oui, pointer du doigt les intégristes islamistes, c’est porteur, et ça éveille le sentiment d’agression au sein de la population occidentale. C’est pourtant aux Etats-Unis, pays qui rentre dans la définition du monde occidental, que des candidats Républicains affirment envers et contre tout que l’avortement à est à proscrire, faisant fi d’une lutte séculaire menée par les femmes pour obtenir des droits sur leur propre corps. Que la peine de mort doit être conservée. Qu’une femme violée, d'après Todd Akin, si elle est bonne chrétienne, arrive à éliminer le sperme de son agresseur, et donc à éviter une grossesse non-désirée. En bref, une réflexion en marge de notre société telle qu’elle est désormais bâtie en Occident. N’est-ce pas un intégrisme tout aussi condamnable que celui des autres religions ?

 

La véritable différence entre le discours haineux et arriéré d’un Mitt Romney, candidat à la Présidence des Etats-Unis d’Amérique, et les paroles de quelques fanatiques islamistes, c’est que l’Occident a décidé de tolérer l’intégrisme chrétien, tout en le condamnant timidement lorsqu’il y a lieu de le faire. Au fond, le christianisme est le berceau de la civilisation occidentale. Alors que l’Islam n’est rien d’autre qu’une religion de primitifs. C’est ça, la pensée évoluée d’une République ? Très peu pour moi, alors. C’est d’ailleurs cette même République française, laïque, qu’il ne faut surtout pas toucher. Ben oui, le sacré c’est sacré, après tout. Et toute atteinte envers la pensée républicaine et démocrate, forcément meilleures, et plus justes, est une atteinte envers la Liberté, envers l’Humanité. C’est vrai quoi, les autres êtres humains, qui ne baignent pas dans cette culture, ce ne sont que des primates.

 

Le respect des autres dans tout ça ? Il n’y en a pas. C’est bien triste, parce qu’une telle polémique met en exergue une réalité qui fait peine à voir : les intégristes, décidément, ne sont pas ceux qu’on croit.

 

Grégoire Barbey


A paraître le vendredi 21.09.12 dans Vigousse : mon éditorial qui traite de ce sujet.

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19/09/2012

La contre-liberté de la presse française

 

Chronique, 19.09.12 20h22

 

Le monde arabe est en ébullition depuis la publication d'un film qui caricature la vie du prophète de l'Islam, Mahomet. Des morts, pour un navet qui devrait faire rougir de honte ses réalisateurs et faire mourir de rire ceux qui l'ont regardé. Au lieu de ça, la réalité fait que des gens meurent, pour de vrai. Ces réactions, disproportionnées, les Occidentaux seraient bien malvenus de les juger selon leurs référentiels, en voulant projeter leurs valeurs sur des sociétés qui ne sont pas basées sur les mêmes piliers que les nôtres. Juger, c'est facile. Comprendre, cela demande de la réflexion, et du temps. Un peu de jugeote, aussi.

 

Et puis il y a cette presse française, qui se veut libérée, à contre-courant, drôle également : Charlie Hebdo, entre autre. Pour montrer que rien ne l'arrête, cette fameuse presse décide de rajouter de l'huile sur le feu. Ben oui, vous savez, il faut rire de tout. Même si des gens crèvent en conséquence, la presse, oui Madame, oui Monsieur, ça ne doit pas être muselé. Et puis Charb, le dessinateur qui avait déjà publié par le passé des caricatures de Mahomet, il faut dire qu'il ne craint rien. Il le dit d'ailleurs lui-même. Sauf peut-être les lois de la République.

 

Sauf qu'il ne s'agit pas de liberté de presse. N'importe qui, en France comme en Suisse, peut, s'il le veut, publier des caricatures de tel ou tel prophète. Même de telle ou telle personnalité politique. Il n'y a, à vrai dire, aucun courage à faire cela. C'est de la provocation pure et simple, qui se veut dans le trend de l'actualité. Mais, mon bon Monsieur, il ne faut pas seulement surfer sur les événements. Il importe de réfléchir aux éventuelles conséquences de nos choix. La presse peut, à proprement parler, tout dire. Seules les auto-censures ont un réel pouvoir d'obstruction.

 

Ce qu'a fait Charbet son canard – sous couvert de liberté, de refus d'être censuré, c'est simplement un coup marketing. Et ça fonctionne, puisque nos journaux annonçaient déjà, en fin de journée, que Charlie Hebdo était en rupture de stock. Cela n'a rien de reluisant d'attiser les conflits et de se cacher derrière des valeurs qui seraient, à entendre certains, en danger. Il est important de ne pas céder à la facilité pour ensuite plaider non-coupable. C'est trop simple, et ça n'apporte rien au débat. C'est dommage, mais il est vrai que l'on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde. Par moment, faire preuve de retenue, c'est sûrement le meilleur témoignage d'une liberté réelle : de ne pas s'inféoder à l'actualité pour sauter sur l'occasion et braver les interdits. Savoir passer l'éponge, c'est démontrer, en plus de liberté, une intelligence et une responsabilité devant l'humanité. Or là, Charlie Hebdo a fait tout le contraire. Tant pis, ce sont de grandes personnes, ils assumeront en cas de nécessité. Mais les questions se posent malgré tout.

 

Grégoire Barbey

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18/09/2012

Note à l'intention de mes lectrices et de mes lecteurs

Note, 18.09.12 15h55

 

Comme je l'avais fait savoir à travers un autre billet publié précédemment, je me suis engagé dans le domaine du journalisme. Je pensais, à tort, que ceci me conduirait à devoir fermer mon blog au cas où je serais engagé dans une rédaction pour y suivre une formation complète. Débutant officiellement au premier du mois d'octobre ma formation au sein de L'Agefi, qui durera 2 ans, je continuerai malgré tout, au gré de mon temps libre et de mes envies, à chroniquer quelques articles sur mon blog.

 

Par ailleurs, j'en profite également pour remercier toutes celles et ceux qui m'ont témoigné, par leurs commentaires ou leur lecture régulière, leur profond soutien, qui m'a beaucoup servi pour m'engager dans cette voie-là. Depuis mes débuts sur les blogs de la Tribune de Genève, j'ai fait un certain bout de chemin, et je le dois en partie à toutes celles et ceux qui ont cru en moi jusqu'ici. Je ferai donc au mieux pour ne décevoir personne et vous offrir des articles toujours plus soignés et pertinents. A toutes et à tous, un grand merci ! L'aventure continue.

 

Grégoire Barbey

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15/09/2012

Des arguments fumeux pour justifier la liberté de fumer

Chronique, 15.09.12 16h08

 

La confrontation des arguments fait rage. D’ici au 23 septembre, le Peuple suisse est appelé à se prononcer sur plusieurs objets. Notamment une votation qui fait couler beaucoup d’encre et de salive : l’initiative populaire « Protection contre le tabagisme passif ». Sans considérer s’il faut l’accepter ou la rejeter, il est toutefois intéressant de se pencher sur quelques arguments redondants qui s’opposent à cette réglementation plus stricte des espaces de travail et des lieux fermés.

 

Il y a tout d’abord ceux qui, dans leur intérêt (ce sont des fumeurs), procèdent à un déni de réalité. Parmi eux, le sérénissime Maître Bonnant*, Marc de son prénom : ses diatribes, relayées par toute la presse, méritent quelques égards. C’est évidemment culotté d’affirmer qu’à l’heure actuelle, rien ne saurait démontrer une relation de cause à effet entre la fumée passive et l’augmentation des cancers. Cet individu, iconoclaste, n’hésite pas non plus à argumenter que chacun est en droit de choisir ses dépendances et sa mort. Certes, dans une certaine mesure, c’est juste. Sauf lorsque ce choix a des conséquences sur la santé des autres. Et puis, Maître Bonnant prend également la position du défenseur des opprimés : ceux qui sont consentants, qui acceptent d’être en compagnie de fumeurs, eux, l’Etat n’a pas le droit de les en empêcher.

 

Ce serait vrai s’il n’y avait pas autant de fumeurs, et qu’un véritable choix pouvait se faire. Or, actuellement, refuser de s’exposer à la nocivité du tabac restreint très largement sa sociabilité. Le seul moyen donc, pour que les non-fumeurs ne soient pas injustement exposés aux désagréments de la fumée bon gré mal gré, est de légiférer et d’interdire purement et simplement la consommation des substances incriminées. D’autres arguments souvent ressassés concernent les autres formes de pollution : les gaz d’échappements, la nourriture, les produits chimiques dans nos boissons, etc. Effectivement, nous sommes continuellement soumis à de nombreuses sortes d’atteinte à notre santé. C’est une raison de plus pour en restreindre les formes qui peuvent l’être.

 

Bien sûr, il y a des personnes qui ne sont véritablement pas dérangées par la présence de fumeurs. J’en fais partie. Et ceux qui, comme moi, n’y voient pas toujours un inconvénient majeur, continueront à tolérer ce vice chez leurs interlocuteurs, législation ou pas. Pour tous les autres, à savoir la majorité, puisque les fumeurs sont une minorité, il est tout à fait compréhensible de ne pas leur infliger des dommages auxquels ils ne consentiraient pas en possession de leur liberté de choix. Dans une société comme la nôtre, où les fumeurs sont très répandus, cette liberté est évidemment malmenée, pour ne pas dire quasiment inexistante. Bien que je sois également favorable à la sauvegarde des libertés individuelles, j’ai conscience que nous vivons dans un Etat de droit, lequel permet aux individus de vivre dans une communauté où chacun est tenu de se respecter et de respecter autrui. Alors la doctrine ultralibérale qui consiste à refuser toute restriction aux libertés individuelles, je ne la cautionne pas. C’est un excès, et comme tous les excès (le tabac, l’alcool, la drogue), cette doctrine respectée à la lettre peut conduire à des effets indésirables. Mais j’invite néanmoins chaque électeur à voter, le 23 septembre prochain, en son âme et conscience.

 

*nom connu de l’auteur 

Grégoire Barbey

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14/09/2012

Le Comité directeur du PDC revoit sa stratégie pour la Cour des comptes et désavoue Delphine Perrella Gabus

 

Chronique, 14.09.12 15h08

 

Lors de son assemblée du Comité directeur en date d’aujourd’hui, la présidence du PDC genevois a redéfini sa stratégie pour la Cour des Comptes, dont l’élection se tiendra le 4 novembre prochain : les membres du Codir ont accepté d’abandonner leur soutien à la candidate du PDC Delphine Perrella Gabus au profit d’Isabelle Terrier (PLR). C’est pourtant le même Comité directeur qui avait préavisé Perrella Gabus il y a quelques semaines. Et mardi dernier (04.09.12), l’Assemblée générale lui donnait son feu vert pour briguer le siège de titulaire à la Cour des Comptes.

 

Il faut néanmoins savoir qu’en parallèle, le PLR s’est exprimé en faveur d’une liste unique gauche-droite afin de dépolitiser l’institution, selon leurs dires. De fait, Alain-Dominique Mauris, président du parti Libéral-Radical, a souhaité auditionner Delphine Perrella Gabus pour prendre sa décision quant à sa possible candidature avant que les membres du PDC ne se prononcent officiellement. Ce que le parti Démocrate-chrétien a refusé. C’est seulement après sa désignation par l’Assemblée générale de son parti que la candidate PDC a pu être entendue par le Comité directeur du PLR. Malheureusement, Delphine Perrella Gabus n’a pas convaincu ce dernier.

 

Dès lors, les pontes du PLR sont allés chercher une candidate maison, en la personne d’Isabelle Terrier, pour le poste de titulaire. Dans cette situation, deux solutions s’offrent au PDC : soutenir la candidature de Delphine Perrella Gabus, et donc s’opposer à une élection fermée (sur liste unique gauche-droite), ou la désavouer et se rallier au PLR pour sauver la stratégie d’une Cour des Comptes dépolitisée. L’Assemblée des délégués du PDC qui se tiendra le jeudi 20 septembre prochain décidera de la tournure des événements.

 

Il est à noter toutefois qu’au départ, il était entendu que le PDC puisse placer un candidat à un siège de titulaire, puisque Stéphane Geiger (lui-même PDC) ne se représentera pas à son poste actuel. Bien que la stratégie affichée par le PLR soit de dépolitiser la Cour des Comptes, il semble que les négociations et décisions en cours soient au contraire plus politisées que jamais. Quelle sera la réaction des membres du PDC lorsque la présidence du parti leur annoncera son intention : ne plus soutenir Delphine Perrella Gabus, avalisée par l’ensemble de son parti, et céder le siège à un autre candidat qui n’est pas issu des rangs du PDC ? Enfin, une question intéressante peut être posée en ces termes : le PDC est-il soluble dans l’Entente ?

 

La réponse à cette question tombera le 20 septembre. D’ici-là, ce Conte de fées pourrait bien réserver d’autres surprises. Avis aux amateurs.

 

Grégoire Barbey

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Statistiques des victoires du Conseil fédéral sur les votations depuis 1866

Statistiques, 14.09.12 09h39

 

Afin de m’informer sur les taux de réussite des prises de position du Conseil fédéral lors de votation nationale (par rapport aux choix effectués par le Peuple), j’ai contacté l’Office fédérale de la statistique (OFS). Les résultats de ces statistiques proviennent des votations fédérales qui ont eu lieu entre 1866 et 2012, soit environ 150 ans de démocratie directe et plus de 675 votations au total.

 

Partant du principe qu'en règle générale les référendums obligatoires et facultatifs ainsi que les contre-projets à des initiatives populaires sont soutenus par le Conseil fédéral (et le Parlement) (2 exceptions), et les initiatives populaires sont en général rejeté par le Conseil fédéral et le Parlement (2 exceptions), nous obtenons ces résultats :

 

Référendum obligatoire : 158 votations ont donné raison au Conseil fédéral, contre 53 désaveux et une abstention de recommandation de la part du gouvernement.

Référendum facultatif : 93 votations ont donné raison au Conseil fédéral, contre 75 désaveux et une abstention de recommandation de la part du gouvernement.

Initiative populaire : 148 votations ont donné raison au Conseil fédéral, contre 14 désaveux et aucune abstention de recommandation de la part du gouvernement.

Initiative populaire (avec contre-projet) : 13 votations ont donné raison au Conseil fédéral, contre 3 désaveux et aucune abstention de recommandation de la part du gouvernement.

Contre-projet : 6 votations ont donné raison au Conseil fédéral, contre 10 désaveux et aucune abstention de recommandation de la part du gouvernement.

 

Au total, sur 675 votations fédérales, les recommandations du Conseil fédéral ont été suivies par le Peuple à raison de 418 fois, ce dernier s’étant abstenu de recommander une quelconque orientation deux fois seulement, et le Peuple a désavoué le gouvernement 155 fois.

Dans un échantillon plus restrictif, entre 1990 et 2012, les résultats sont les suivants :

 

Référendum obligatoire : 41 votations ont donné raison au Conseil fédéral, contre 12 désaveux et aucune abstention de recommandation de la part du gouvernement.

Référendum facultatif : 49 votations ont donné raison au Conseil fédéral, contre 19 désaveux et une abstention de recommandation de la part du gouvernement.

Initiative populaire : 72 votations ont donné raison au Conseil fédéral, contre 7 désaveux et aucune abstention de recommandation de la part du gouvernement.

Initiative populaire (avec contre-projet) : 2 votations ont donné raison au Conseil fédéral, contre 1 désaveu et aucune abstention de recommandation de la part du gouvernement.

Contre-projet : aucune votation n’a donné raison au Conseil fédéral, contre 3 désaveux et aucune abstention de recommandation de la part du gouvernement.

 

Sur 22 ans, il y a eu au total 207 votations fédérales. Les recommandations du Conseil fédéral ont été suivies à raison de 164 fois, ce dernier s’étant abstenu de recommander une quelconque orientation une seule fois. Au final, le peuple a désavoué la position du gouvernement à 42 reprises.

 

Bien que ces statistiques n’induisent pas en elles-mêmes de conclusions définitives (car il manque d’autres éléments pour être en mesure d’affirmer une corrélation entre ces recommandations et la propension du Peuple à suivre le Conseil fédéral : le budget investi dans les campagnes par ce dernier, les différentes prises de position des partis gouvernementaux, les objets eux-mêmes soumis à votation, etc. ), il est néanmoins intéressant de constater que globalement, de 1866 à 2012, le taux de réussite du Conseil fédéral face aux résultats finaux des urnes est de 61,2%, et que durant la seule période de 1990 à 2012,  ce même taux passe à 79,2%.

 

De surcroît, de 1866 à 2012, sur 168 référendums facultatifs, les recommandations du Conseil fédéral n’ont porté leurs fruits que sur 93 objets, soit un taux de 55,6% de réussite. Mais de 1990 à 2012, sur les référendums facultatifs, le Conseil fédéral a totalisé 49 victoires, 19 échecs et une abstention. Là, il s’agit d’un taux de réussite de 71%.

 

Ces résultats, en l’absence d’autres facteurs (énoncés plus haut), ne peuvent déterminer clairement les raisons qui conduisent à ces différences. Néanmoins, cela permet de s’interroger : qu’est-ce qui fait que le Conseil fédéral obtienne un taux de réussite plus élevé dans ses campagnes de votations fédérales depuis 1990 que durant l’ensemble des votations depuis 1866 ? Est-ce les budgets investis qui ont augmenté ? Les supports utilisés qui ont évolué et permis de sensibiliser plus de citoyens à l’avis du gouvernement par un système de communication plus efficace ?                                                                                                       

 

Grégoire Barbey

13:15 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |