Gregoire Barbey

23/10/2012

Daniel Devaud: le whistleblower genevois contre l'establishment

Chronique, 23.10.12 09h11

 

Le magistrat titulaire de la Cour des comptes Daniel Devaud a rompu hier son secret de fonction en transmettant des documents relatifs à un audit en cours de travail. Démissionnaire au 31.10.12, le juge tente depuis plusieurs semaines de dénoncer des « dysfonctionnements » dans la mise en œuvre des missions de la Cour. Une majorité de partis au Grand Conseil a néanmoins refusé qu’une enquête parlementaire soit ouverte pour faire la lumière sur ces accusations. 

 

Daniel Devaud, véritable whistleblower genevois ou menteur éhonté ? Poser cette question, c’est déjà y répondre. L’homme, issu d’un parti minoritaire (SolidaritéS), et élu lors d’une élection partielle pour le moins mouvementé il y a une année, a préféré mettre un terme à son mandat. Il avait motivé cet arrêt à cause de problèmes internes à la Cour des comptes et qui l’empêchent de mener à bien la mission que lui a confiée le Peuple. De quoi s’interroger légitimement. Or, celles et ceux qui s’opposent aux propos tenus par le juge Devaud sont les mêmes qui refusent sciemment qu’une enquête soit menée tambour battant.

 

Qu’un individu, seul contre tous, se lève pour dénoncer des problématiques aussi graves, c’est une preuve de courage. Sa carrière politique est définitivement finie, mais ce n’est pas ça qui compte à ses yeux. Il semble motivé à aller jusqu’au bout et c’est tant mieux pour la population genevoise. Car au-delà de la véracité ou non de ce qu’il dénonce, c’est surtout une entité de surveillance qui est en cause. Et que de tels événements (l’épisode du sceau d’eau que le magistrat PDC Geiger a lancé sur son collègue Devaud) ne suffisent pas à forcer l’ouverture d’une véritable enquête, c’est très grave.

 

« Les médias locaux se contentent d’acquiescer béatement aux conclusions émises par le pouvoir en place. Ces mêmes journaux qui s’en prennent ouvertement à d’autres élus mais qui se taisent volontiers lorsque l’establishment auquel ils adhèrent bras ouverts est remis en question de l’intérieur. »

 

D’autant lorsque les médias locaux se contentent d’acquiescer béatement aux conclusions émises par le pouvoir en place. Ces mêmes journaux qui s’en prennent ouvertement à d’autres élus mais qui se taisent volontiers lorsque l’establishment auquel ils adhèrent bras ouverts est remis en question de l’intérieur. Aucun article qui ose défier le discours officiel ? Aucune enquête afin d’éclairer ce point noir ? Il y a pourtant suffisamment de faits concrets pour mener de tels investissements. Cet immobilisme de la part de la presse, et d’un certain journal en particulier, devrait en inquiéter plus d’un concernant la véritable indépendance de cette feuille de chou.

 

Ce silence, savamment orchestré, ne peut néanmoins plus durer. S’il devait s’avérer après enquête que Daniel Devaud n’avait pas de raison d’agir ainsi, qu’importe. Au moins, les graves suspicions qui pèsent sur la Cour des comptes seraient levées. Et sa crédibilité retrouvée. Triste Genève, triste démocratie. Il s’agit d’un devoir, et le bureau du Grand Conseil, seul autorité de surveillance de ladite Cour, devrait agir sans plus tarder. Ne serait-ce que pour remettre les pendules à l’heure. Et déterrer certains cadavres qui semblent déranger. Les partis qui ont tout intérêt à les garder cachés ne doivent pas avoir en plus la possibilité d’empêcher une réelle investigation. Tout pouvoir doit avoir un contre-pouvoir.

 

Grégoire Barbey

09:59 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | | |

Commentaires

Excellent !

Écrit par : Pascal Décaillet | 23/10/2012

Et de plus avec la nouvelle Constitution ses pourvois seront étendus.
Art. 128.3
La Cour des comptes exerce son contrôle selon les critères de la légalité des activités, de la régularité des comptes et du bon emploi des fonds publics. Elle a également pour tâche l’évaluation des politiques publiques.

Là réside un véritable scandale !

Écrit par : Charly Schwarz | 23/10/2012

"Elle a également pour tâche l’évaluation des politiques publiques."

Selon quels critères ? Ah oui, ceux du FMI : Privatiser ce qui peut générer du profit, socialiser ce qui cause des pertes (à l'économie privée). C'est beau, c'est beau !

Et pendant ce temps, les milieux immobiliers font de bonnes affaires avec la FPLC apparemment ... comme quoi ces principes sont déjà appliqués.

Écrit par : Djinus | 23/10/2012

Les commentaires sont fermés.