Gregoire Barbey

04/11/2012

La tyrannie de la minorité et d'un cartel politique

 

À chaud, 04.11.12 13h49

 

Les premiers résultats de l’élection partielle en Ville de Genève sont sans appel : Guillaume Barazzone (PDC) obtient 45,8% des suffrages. Son élection ne fait plus l’ombre d’un doute. Mais au-delà de cette victoire, certaines questions méritent d’être posées. Légitimes et inquiétantes. Après la brillante élection de Pierre Maudet (PLR) au Conseil d’Etat en juin dernier, soutenu par l’Entente, c’est à nouveau un candidat de ce même cartel politique qui est élu. Et quand bien même celui-ci n’avait pas pour projet de se présenter de son propre chef. Il avait dit préférer privilégier son mandat législatif. Mais les pontes du parti Libéral-Radical ne l’entendaient pas de cette oreille. Ils ont choisi Barazzone, et ce dernier s’est plié à leur volonté. C’est dire, crument, qu’un non-candidat accède à l’exécutif de la première ville de Suisse romande. Et la seconde au niveau national.

 

Au-delà de ces cuisines partisanes, il y a la légitimité d’une telle élection. Seuls 27% des électeurs ont daigné exercer leur privilège et devoir de citoyen. Avec 45,8% des voix, c’est donc 11,6% de l’électorat en Ville de Genève qui a décidé du nouveau chef du Département de l’environnement urbain et de la sécurité (DEUS). La tyrannie de la minorité, en somme. Mais une minorité bien organisée, puisqu’elle a injecté plusieurs centaines de milliers de francs dans cette campagne. Une minorité lobbyiste, qui par ses coups bas et son attitude, a dégoûté 73% des citoyens, qui n’ont pas jugé nécessaire de se prononcer. Une telle abstention dans une élection, c’est avant tout une sanction. Celle du Souverain peuple, qui par son inaction démontre son mécontentement.

 

La démocratie genevoise a bien du souci à se faire, car en l’état, le taux de participation n’est pas prêt d’augmenter. Les petits compromis internes à certains partis lassent, et à raison. Lorsqu’une Béatrice Hirsch, présidente du PDC, ose affirmer en parlant de Didier Bonny, candidat indépendant et anciennement du même parti, que sa candidature est une «arnaque parce qu'il ne pourrait pas tenir ses promesses sans groupe ni parti derrière lui». Et de continuer en certifiant que c'est un «électron-libre incapable de travailler au sein d'un collège», c’est d’une bassesse extraordinaire. Et d’un politiquement correct à vomir. Je pèse mes mots.


«La démocratie est morte s'il faut aujourd'hui obligatoirement faire partie de ces appareils de parti omniprésents et à l'écoute de leurs seuls intérêts.»

 

S’il faut aujourd’hui obligatoirement faire partie de ces appareils de parti, toujours présents, bien-pensants, à l’écoute de leurs seuls intérêts, alors la démocratie est morte. L’indépendance devrait être une qualité fondamentale. C’est désormais une tare, à en croire ces quelques-uns qui font Genève. Ou qui pensent la faire. Cette élection, en date du 4 novembre 2012, restera dans les mémoires. Non parce qu’elle est inattendue, voire miraculeuse. Simplement parce qu’elle assoit, une fois de plus, le pouvoir de l’argent et d’une certaine caste. Pendant ce temps, ce seront toujours les mêmes qui casqueront. Et voici la consécration d’un individu qui veut démanteler la Ville de Genève, et qui n’est que la marionnette de ces autres, inconnus du grand public, qui ont sagement patienté dans l’ombre. Vive la démocratie.

 

Grégoire Barbey

14:15 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook | | | |

Commentaires

La démocratie, c'est trois loups et un agneau qui parlent de qui sera mangé au repas du soir...

Écrit par : Pierre | 04/11/2012

C'est exactement ça!

Écrit par : Grégoire Barbey | 04/11/2012

Excellent "papier" avec du contenu et du sentiment !

Cela dit, 11,6 % de l'électorat pour légitimer l'élection du PDC Guillaume Barazzone ? Il y a eu bien pire dans l'histoire du Conseil administratif. Un magistrat (radical), si je ne fais erreur, avait été élu par 10, 5 % au DEUXIEME TOUR de scrutin !

Écrit par : jaw | 04/11/2012

"S’il faut aujourd’hui obligatoirement faire partie de ces appareils de parti, toujours présents, bien-pensants, à l’écoute de leurs seuls intérêts, alors la démocratie est morte."

Vous voulez dire sans doute qu'elle n'est jamais née. A part ça, les papiers des perdants ne sont jamais très enthousiasmants à lire.

Écrit par : Dirait-on pas la grande palmeraie de Tizi-Ouzou ? | 04/11/2012

Grégoire, ça, si vous aviez la fibre politique, il fallait le dire avant !

Personnellement je n'aprécie pas vraiment votre vomissure concernant une position voté par le peuple genevois, maintenant concernant votre gauche libérale, en quoi la distingue t-on des partis callés à droite ?

Personnellement, il me semble heureux de ne pas voir plus de socialistes dans la magistrature pour la bonne et simple raison que les positions de la gauche s'apparentent et se rapprochent de plus en plus aux thèses des partis populistes, alors loin de mes yeux ces promesses illusoires, les genevois ont votés Barazone, car ils veulent du concret et ils l'ont bien fait sentir, alors Grégoire, en lieu et place de vous isoler encore plus dans cet abstrait politique, revenez avec un discours rassembleur, vous ne rendez pas service à la gauche !

Écrit par : Corto | 04/11/2012

Tout à fait d'accord avec l'analyse de Grégoire en ce qui concerne M. Barazzone, petit "jouet" du PLR propulsé contre son gré dans un fauteuil à la Ville, grâce à une campagne "marketing" agressive et contre laquelle tous les autres candidats n'avaient aucune chance.
Néanmoins cette analyse a ses limites : n'oublions pas que le CA de la Ville de Genève est à gauche/extrême-gauche à 80 %...
Donc "le pouvoir de l'argent et d'une certaine caste" ne représentera au maximum qu'un cinquième de ce collège de magistrats dont, par ailleurs, la place serait plus au théâtre guignol que de conduire (? dans le mur ?) la première ville de Suisse romande...

Écrit par : A. Piller | 04/11/2012

Merci A. Piller de montrer votre museau !!

Écrit par : Corto | 04/11/2012

Vous parlez de la « légitimité de cette élection » et de « la tyrannie de la minorité » sans connaître la portée de ces mots !
Il n’existe à Genève aucune loi qui impose un pourcentage minimal pour avaliser un vote. Par conséquent vos agitations sont gratuites. Sauf qu’elles vous permettent d’insulter ceux qui ont fait leur devoir de citoyen et de déverser votre vision manichéenne (et donc là tyrannique !) de la politique.
Croire qu’être hors parti est preuve d’indépendance est d’une naïveté déconcertante !

Écrit par : Michèle Roullet | 04/11/2012

Vous parlez de la « légitimité de cette élection » et de « la tyrannie de la minorité » sans connaître la portée de ces mots !
Il n’existe à Genève aucune loi qui impose un pourcentage minimal pour avaliser un vote. Par conséquent vos agitations sont gratuites. Sauf qu’elles vous permettent d’insulter ceux qui ont fait leur devoir de citoyen et de déverser votre vision manichéenne (et donc là tyrannique !) de la politique.
Croire qu’être hors parti est preuve d’indépendance est d’une naïveté déconcertante !

Écrit par : Michèle Roullet | 04/11/2012

Comme si Grégoire aurait préféré voir un Bertina élu !

Écrit par : Corto | 05/11/2012

S'il n'y a pas de vote obligatoire ni de chiffre minimum, l'élection est valide et légitime. Rien ne justifie de dévaloriser une victoire, serait-elle de gauche, du centre ou de droite.

Je ne crois pas que les partis dégoûtent de la politique. Ils font leur job: donner de la force à un candidat pour faire gagner leur vision de la société. Ce sont plus le manque de charisme des candidats qui serait en cause. Mais en Suisse le charisme n'est pas tout. Heureusement. Par contre il faut sentir une personnalité, entendre un discours clair, savoir accepter qu'en démocratie les compromis et les alliances sont la règle et évitent des décisions trop autoritaires.

Constituer des majorités par des esprits indépendants est une bonne idée, je vous suis sur ce chemin. Mais c'est trop fluctuant pour pouvoir anticiper et faire un projet à long terme. Moi je vote de manière indépendante en général, selon ma propre conviction. Mais il m'arrive aussi de prendre une liste de parti pour donner plus de force à une idée.

Je suis un peu d'accord avec la Grande Palmeraie: "A part ça, les papiers des perdants ne sont jamais très enthousiasmants à lire." La déception doit être digérée avant d'analyser les causes de l'échec. Dans le cas de Bonny il était à mon avis mal profilé: indépendants encore PDC, il jouait sur deux tableaux et cela a donné un message confus. D'autre part il n'a pas su s'appuyer sur une force suffisante. Une campagne (sauf quelques exceptions lors d'événements particuliers) c'est du monde souvent sur le terrain, des gens capables de passer un message, c'est un programme clair. Son discours publicitaire a été mal pensé et tient de la bande de copains. Sa posture de victime était une erreur. Il n'en a pas abusé mais il l'a suffisamment évoquée pour que cela soit gênant. Je ne suis pas certain que les victimes fassent bander les citoyens et les citoyennes. Cela augure mal de la suite.


Bonny D. retient dans ses quelques mots après son échec, que son idée des 1 franc prévention et 1 franc répression est passée chez d'autres candidats. C'est le seul point de son programme qu'il cite: la prévention. Et quand il a décrit ce projet, il proposait une équipe de 4 personnes sur le terrain des bitures: un assistant social, un policier municipal, un policier cantonal, une personne spécialisée venant d'une association. Mais il faut les trouver ces gens-là, les payer, leur prévoir un cahier des charges. Cela était très flou et représentait une large part de son volet sécurité. Que les bitures collectives soient sujettes à risque de débordement et laissent de la crasse derrière, ok. Mais cela ne répond pas aux vagues de cambriolages, aux flots de dealers dans certains quartiers, aux braquages violents, aux nécessaires patrouilles de nuit dans toute la ville, etc. Ni chiffre, ni cahier des charges précis, ni missions bien définies, ni durée des missions, multiplications des missions (donc nombre d'équipes): on était dans le flou. Combien y a-t-il de bitures collectives par mois à Genève? En a-t-il parlé? Pas à ma connaissance. Il donnait le sentiment de ne pas connaître le dossier, à par avoir dû fermer une fois le préau de son école, si j'ai bien compris. C'est court.

Un candidat dans le flou a un résultat incertain. Une bande de copains et un relatif lobby associatif ne suffisent pas à faire un programme solide ni une campagne intense. Les partis ont du sens. Si l'on n'est pas vraiment à sa place, il faut en créer. Les Verts l'on fait,ils participent aujourd'hui au gouvernement. Ou bien il faut entrer dans un parti et y prendre de l'influence pour le remodeler. La position de retrait et de dénigrement du système n'est pas très utile ici, ni efficace.

Il faut se dire que l'échec n'est pas une défaite c'est un apprentissage, et que si l'on veut agir dans le monde il faut s'en donner les moyens. Je vois ce qui ne me plait pas, je l'améliore.

Écrit par : hommelibre | 05/11/2012

C'est une erreur de me penser comme un perdant. J'ai certes voté Didier Bonny, mais je ne me sens pas lésé de l'élection de Guillaume Barazzone. J'en étais convaincu, il était impossible qu'il en soit autrement. J'exprime néanmoins mon avis sur le comportement qui a caractérisé cette campagne, et certaines choses.

Écrit par : Grégoire Barbey | 05/11/2012

C'est terrible la tyrannie de la démocratie qui font que Barazzone et la liste commune pour la Cour des Comptes ont été élus dans un fauteuil. Mais bon, à vaincre sans périls, on triomphe sans gloire, c'est vrai.

Espérons quand même que Bonny aura la décence de ne pas piquer le siège du PDC au Grand Conseil. Son score hier est éloquent sur son poids politique réel et sa légitimité politique.

Écrit par : Amusé | 05/11/2012

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