Gregoire Barbey

23/11/2012

A quoi joue au juste la politique genevoise?

Article paru dans L'Agefi (23.11.12), 23.11.12 07h36

 

Genève. Comme si le gouvernement tablait sur la conjoncture et que le Parlement ne voulait pas y croire.

 

Deux jours après la présentation du nouveau projet de budget pour 2013 par le Conseil d’Etat genevois, on ne comprend toujours pas très bien à quoi jouent les députés et le gouvernement. Le Parlement à majorité de droite, qui avait refusé la première mouture en octobre, a demandé au Conseil d’Etat de lui proposer un budget équilibré. Mais voilà que le nouveau projet ramène le déficit à 191 millions de francs (initialement de l’ordre de 280 millions). L’équilibre est encore loin. La question qui se pose déjà avec insistance: le Grand Conseil acceptera-t-il cette fois-ci la version remaniée du gouvernement? Au fond, le Parlement et le Conseil d’Etat sont tous deux à majorité de droite. Ils pourraient très bien s’entendre sur le principe d’un budget non déficitaire.

 

Or, le gouvernement ne semble pas prêt pour cette épreuve. Seuls 31 millions sont économisés, le reste provient de l’amélioration des recettes fiscales. Et 21 millions supplémentaires sont alloués à l’aide sociale et la planification pénitentiaire. La baisse des dépenses est donc très faible. Pourquoi le Conseil d’Etat ne s’est-il pas efforcé d’alléger la perte finale? Le président du gouvernement Pierre-François Unger y répondait à demi-mot sur le plateau de la télévision locale mercredi soir: «On aurait pu peut-être aller encore plus loin».

 

L’hypothèse la plus probable est donc un refus pur et simple de la part de la minorité de gauche au gouvernement de couper davantage dans les budgets. Une cure d’austérité ne serait politiquement pas assumable vis-à-vis de son électorat. La majorité de droite, qui souhaite sans doute éviter une crise politique et un durcissement des fronts, a préféré opter pour de petites concessions qui satisfassent les deux camps. En tablant bien évidemment sur une amélioration de la conjoncture l’an prochain, ce qui reste néanmoins impossible à assurer actuellement, pour tendre vers l’équilibre.

 

Quand bien même la situation conjoncturelle devait profiter aux comptes de l’Etat, ce refus d’opérer des coupes dans le surplus des activités de l’administration cantonale ne fait en réalité que repousser le problème: avec un budget de près de 8 milliards de francs pour 420.000 résidents (près de 20.000 francs par personne), il semble difficile d’admettre un déficit. D’autant plus qu’un nouveau refus du projet de budget confinerait l’Etat aux douzièmes provisionnels, ce qui signifie un gel des comptes et l’obligation de fonctionner selon le budget de l’année précédente, bloquant ainsi toutes les réformes à venir. Mais peut-être est-ce ce scénario que certains députés souhaiteraient voir se réaliser.


Grégoire Barbey

 

 

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Commentaires

L'équilibre du budget est une question importante, certes, mais qui ne devrait pas éclipser toutes les autres. Encore moins pour des raisons purement électoralistes. Il est aisé de défendre bec et ongle le principe d'un budget équilibré. D'associer la ménagère responsable à la démonstration.

La réalité, toutefois, c'est qu'une collectivité publique ne se gère pas comme un ménage. Une collectivité publique doit raisonner en termes d'investissements, de rendements, d'amortissements de la dette. Elle doit pondérer ces différentes facettes d'une situation financière donnée et ne peut en privilégier une au détriment des deux autres.

En période de crise européenne, une collectivité publique doit mener une politique d'investissements anti-cyclique. On profite d'une conjoncture basse pour investir et lorsque la conjoncture se rétablit, on capitalise sur les retours sur investissement.

Mes impôts ne financent pas, j'espère, une politique budgétaire de "bonne ménagère", mais d'économistes avisés et créatifs. On ne doit passe contenter d'attendre le rebond de l'économie, on doit le susciter, lorsque c'est possible.

Or, aujourd'hui, c'est manifestement possible. Et aujourd'hui, nous en avons manifestement besoin. Aussi, les gesticulations du GC m'inquiètent et fragilisent un collège qui parvient pourtant désormais à trouver des solutions concertées.

Une fois encore, la mascarade actuelle est purement électoraliste. On prépare le terrain pour 2013. Il ne faut pas en être dupe.

Bien à toi,
w.

Écrit par : K.Rappard | 23/11/2012

"Une collectivité publique ne se gère pas comme un ménage", certes, mais à force de trop dépenser , elle peut aller à la faillite!
Nous avons connu les années les plus fastes financièrement de notre histoire, la plupart des cantons en ont profité pour assainir leurs comptes, qu'avons -nous fait? Rien! On mène comment une politique anti-cyclique quand on a une dette abyssale de 14 milliards, 32000 francs par habitant, soit 6 fois la moyenne suisse?l'Etat n'a pas le choix, face à un avenir difficile( caisses de pension, taxation des entreprises , crise européenne), il doit retrouver au minimum l'équilibre des comptes et quitter le cercle vicieux du déficit structurel. Nous y arriverons inéluctablement ,poussés par l'implacable réalité des faits, mais plus nous attendrons , plus ce sera douloureux. Et c'est déjà arrivé! En 1934 , le canton aux abois avait été mis pratiquement sous la tutelle de Berne, les conditions imposées avaient été drastiques et honteuses pour nous...
La responsabilité du Parlement c'est de dire la vérité aux citoyens, même si elle est fort désagréable.La cigale a bien chanté, mais l'hiver s'approche, on ne peut sauter les saisons...

Écrit par : Leyvraz Eric | 23/11/2012

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