Gregoire Barbey

26/11/2012

Les technologies supprimeront les frontières

Chronique, 25.11.12 12h18

 

Certaines technologies pourraient à terme bouleverser les règles actuelles de nos Etats-nations. Et du marché également. Parmi ces inventions, il y a l’imprimante tridimensionnelle (3D). Celle-ci existe depuis plusieurs décennies, mais commence doucement à se démocratiser avec des prix abordables pour une utilisation domestique (environ 400 euros). Son utilité ? Elle permet la matérialisation d’objet à partir de fichiers numériques. Pour l’heure, les versions grand public sont limitées, tant du point de vue des possibilités que de la qualité des produits finis. Et seul le plastique est utilisable dans ces machines.

 

Mais ce n’est pas la peine de désespérer ni de présager un flop total pour cette technologie. Des modèles professionnels (qui sont vendus entre 50.000 et 1 million de dollars) permettent la création d’objets beaucoup plus complexes, et même l’utilisation de métal, qui chauffe de la poudre (à l'aide d'un laser) ou polymérise de la résine strate par strate. Des journaux internationaux comme le New York Times ou The Economist leur ont déjà dédié des articles. Ou encore le site Rue89. The Economist compare d’ailleurs l’impression 3D à la machine à vapeur ou encore à l’imprimerie: «L’impression 3D rend la création d’objets uniques aussi bon marché que la production en grande série, sapant les économies d’échelle. Elle pourrait avoir un impact sur le monde aussi profond que l’apparition de l’usine. [...] Il est impossible d’anticiper l’impact à long terme de l’impression 3D. Mais la technologie arrive, et va probablement bouleverser tous les marchés qu’elle touche.»

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Mais ces journaux oublient une révolution encore plus imprévisible, et déjà en chemin: celle de l’open hardware. Il suffit d’imaginer, dans un futur pas si lointain, la popularisation d’imprimantes 3D à large échelle. Couplée à des designs qui sont gratuitement disponibles sur le net, l’impression tridimensionnelle pourrait offrir la possibilité unique de créer soi-même des objets pour l’heure accessibles uniquement à travers les canaux de distribution habituels. Mais ce n’est pas tout: le gaspillage pourrait également se réduire, avec l’opportunité de produire des pièces manquantes aux appareils ménagers (plutôt que de les jeter) ou à tout autre objet utilitaire.

 

Des chercheurs ont déjà mis au point l’impression de prothèses à travers l’utilisation de l’imprimante 3D. D’autres tablent sur l’impression, à terme, d’organes de remplacement. En effet, la technologie moléculaire avance elle aussi à grand pas. Et promet bien des surprises. Bien évidemment, tout cela est pour l’heure encore sujet à évolution. Mais le mouvement de l’open hardware (qui met à disposition librement tous les plans de création d’un objet donné) ne peut être arrêté. Des laboratoires, nommés «hackers space» existent en Suisse romande, et proposent ces alternatives.

 

«Il n’y a pas de miracle ni de surnaturel: ce qui nous semble entrer dans ces catégories n’est rien d’autre que notre incapacité à nous extraire des règles auxquelles nous sommes habitués.»

 

Ce qui est intéressant dans une telle technologie, c’est son potentiel de modifier durablement et profondément les règles qui régissent actuellement le marché, l’économie et les rapports entre les Etats. La dématérialisation des objets, qui seraient ainsi disponibles depuis chez soi et pour autant que l’on veuille bien les monter soi-même pièce par pièce, bouleverserait bien des secteurs. Et rendrait obsolète la production de masse, puisqu’il serait alors possible de produire localement (même pour des commerces) et de ne créer qu’en fonction de la demande. Exit le gaspillage des ressources.

 

Les marchés devront alors se transformer et s’adapter à une réalité incontrôlable: la liberté de produire. Au-delà des frontières physiques. A la croisée des possibles. C’est dès lors probablement une économie de la créativité et de l’innovation intensives qui verrait le jour, et remplacerait le paradigme actuel, où le travail est le coût central de l’économie. Mais une telle révolution serait encore plus profonde. Ce sont tous les rapports entre les Etats et les individus qui seraient modifiés. Quel intérêt y aurait-il à conserver des frontières physiques dans un monde où les objets, le marché et l’information utilisent des canaux dématérialisés? Les structures que nous connaissons aujourd’hui seraient remises en question. Et une liberté encore insoupçonnée pourrait voir le jour. Un libéralisme pratique, et non plus cantonné à la théorie philosophique.

 

Tout ça pourrait bien évidemment se heurter à des impossibilités concrètes, mais l’Histoire a démontré que l’humanité n’abandonne jamais l’élaboration de projets technologiques d’envergure. Il suffit de penser aux téléphones portables. A l’internet. Qui y aurait pensé, dix, vingt voire trente ans avant leur arrivée? Il n’y a pas de miracle ni de surnaturel: ce qui nous semble entrer dans ces catégories n’est rien d’autre que notre incapacité à nous extraire des règles auxquelles nous sommes habitués. Et elles nous conditionnent.  Pour l’heure, tout ce qui précède rentre dans le cadre de la pure spéculation. Mais il faut toujours s’interroger sur les possibilités que nous offrent nos technologies. Ne serait-ce que pour ne pas en perdre le contrôle.

 

Grégoire Barbey

11:03 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook | | | |

Commentaires

La technologie a toujours remodelé les frontières, mais elle ne les a jamais supprimées, car selon les lieux et les communautés, elle n'a jamais eu le même succès. Pour supprimer les frontières, il faut dépasser ce qui est technologique et ne l'est pas, dépasser cette... frontière.

Écrit par : Rémi Mogenet | 25/11/2012

Les "technologies" sont des signes, revenez à l'époque de Gutenberg, c'était pour certains la fin de beaucoup de frontières, tout dépend de ce que l'on nomme frontières.

Certaines sont affranchies, d'autres s'élèvent comme des forteresses, internet fait tomber des masques, mais il renforce les frontières, c'est incontestable !

Ce mode de communication se heurte aux mêmes pratiques de censure que celles imposées aux livres et à la parole, cette fois, on ne pratique plus des autodafés, mais on coupe les liaisons câblées, on envoie des piratages à hauts-débits !

Au 16ème, il était encore possible de passer des ouvrages proscrits en traversant les Pyrénées, en 2012, plus un seul "bit" n'est pas profondément analysé sous tous ses angles par des super-computer !

Écrit par : Corto | 27/11/2012

Moralité : tout nouveau mode de communication, crée de nouvelles frontières !!!

Écrit par : Corto | 28/11/2012

Par contre, par le biais du sujet de cette note, qui devrait soulever le débat, nous assistons à l'étalage du vide venant de la part de certains blogueurs, qui, il y a peut déchainaient lâchement leurs passions avec des vecteurs faciles et stéréotypés !

Grégoire, venez débattre, craignez-vous la contradiction ?

Cependant, vous ne filtrez pas les commentaires figurants sur votre blog, ce qui preuve de volonté de communiquer, ce qui est à l'opposé de quantité de blogueur, qui ne viennent que pour "vendre" leur camelote (invendable).

Les blogs TdG sont devenus un exemple de non-communication, certainement à l'image de ce qu'est la communication dans notre pays !

Grégoire, je n'ai pas encore été usurpé au travers de mon pseudo, je n'ai pas été insulté, ni traité de cinglé ! que ce passe t-il ?

N'y aurait-il que la circoncision ou Israël pour voir "fleurir" les insultes et autres lâchetés de circonstances ? Les outils de communications en seraient exempts ??

Écrit par : Corto | 28/11/2012

@Corto

Je vous rejoint complètement. Les blogs de la TDG sont de moins en moins interactif. Des "personnalités" lancent des débat ou même des pics, puis silence radio. On a peur de la confrontation et on se complait dans son statut de "bloggeur journaliste"... surtout ne pas se mélanger aux commentateurs.

Écrit par : Riro | 28/11/2012

Egypte : 7 chrétiens condamnés à mort par contumace pour participation au film anti-islam "L'innocence des musulmans"
Sept chrétiens ont été condamnés à mort par contumace par la justice égyptienne mercredi pour avoir participé au film islamophobe américain "L'innocence des musulmans" dont la diffusion en septembre avait provoqué des manifestations dans le monde arabo-musulman. "Les sept accusés ont été condamnés pour avoir insulté la religion islamique en participant à la production et en proposant un film qui insulte l'islam et son prophète", a déclaré le juge d'un tribunal du Caire, Saïf al Nasr Soliman.

Écrit par : Corto | 28/11/2012

Riro,

Dans un monde dirigé par des politiques aussi tordus et corrompus, vouloir défendre, ne serait-ce que le moindre reliquat de droiture, même de logique, vous renvoie aux pires calomnies !!!

J'en sais quelque chose !!!!!

Écrit par : Corto | 28/11/2012

@Greg heurement qu'il y avait des ordinateurs pour séparer les bons des mauvais à une sordide époque vous parlez d'un progrès ! et détruisant les frontières,il n'y a jamais eut autant de gens malheureux depuis l'arrivée d'internet ce qui oblige à en construire d'autres justement pour se protéger des fausses relations existantes sur le Net.Et ce pour balayer toute envie de construire une solide amitié .La plupart menant au néant d'existences déjà plongées dans le vide
Mais ce qui me rassure et en rassurera beaucoup c'est de penser que sans nous les plus âgés hé bien la technologie n'aurait jamais réussi à en arriver ou elle en est ! Mais à quel prix et combien d'erreurs sur des vies humaines pour perfectionner l'envie de robots à temps complet pour s'occuper même de personnes vieillissantes et handicapées .Vous dites progrès ? non c'est pure hypocrisie la technologie se doit d'être au service des humains mais ne doit jamais les remplacer
Seul vrai constat c'est l'augmentation de gens atteints d'addictions de plus en plus lourdes et qui devront séjourner en psychiatrie,dernier endroit pour retrouver sa vraie personnalité celle que le Net à vite fait de vous voler en cherchant encore et toujours à faire croire au Père Noel

Écrit par : lovsmeralda | 07/01/2013

@Greg penchez vous sur le nombre de vies humaines sacrifiées pour permettre l'avancée des technologies actuelles.Une fois le schéma inscrit dans votre cerveau peut-être regarderez vous celles-ci d'un autre oeil.
il suffit juste de penser aux stérilisations forcées grâce aux traiments par rayons X ,tous premiers rayons qui ont permi aux scientifiques surtout, l'envie de sélectionner l'espéce humaine en éradiquant tout simplement ceux et celles qui n'étaient pas conformes au mot savant ,rentabilité!quels progrès dans la décadence humaine

Écrit par : lovsmeralda | 07/01/2013

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