Gregoire Barbey

29/11/2012

La dure réalité des rapports de force

Chronique, 29.11.12 07h47

 

Pierre Maudet fait aujourd’hui face à la réalité de ses fonctions.  Alors qu’il avait annoncé il y a quelques semaines une réforme des statuts des gardiens de prison, le syndicat policier UPCP montait au créneau en affirmant qu’aucune discussion préalable n’avait été effectuée. Ce que le conseiller d’Etat en charge du Département de la sécurité (DS) s’était empressé de démentir.

 

Le ministre a finalement cédé face aux revendications du syndicat et a signé une convention garantissant le gel des statuts pendant cinq ans. Soit le statu quo consenti. Ce petit épisode, bien qu’il ne soit en rien spectaculaire, démontre un fait qui va désormais changer la donne pour Pierre Maudet: ce dernier ne fanfaronne plus avec autant de légèreté qu’au début de son entrée en fonction. Ce qui peut néanmoins surprendre, c’est que le jeune conseiller d’Etat est aussi considéré comme un as de la communication. Or, c’est ici tout le contraire. Sa manœuvre a clairement échoué.

 

Et l’homme qui promettait des changements radicaux (en lien avec son appartenance politique) doit aujourd’hui composer avec une réalité qui dépasse de loin son incroyable capacité à tout planifier, à tout contrôler dans les moindres détails. Car c’est bien de cela qu’il s’agit ici, avec cette concession faite au syndicat UPCP: un aveu de faiblesse. Celui d’avoir négligé les rapports de force qui s’exercent entre les employés de la fonction publique et les magistrats qui en ont la responsabilité. Pour Pierre Maudet, il est maintenant temps de réévaluer les défis qui l’attendent. Et d’accepter qu’il n’y a pas de surhomme capable de tout régenter selon ses moindres désirs dans une magistrature.

 

Grégoire Barbey

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26/11/2012

Les technologies supprimeront les frontières

Chronique, 25.11.12 12h18

 

Certaines technologies pourraient à terme bouleverser les règles actuelles de nos Etats-nations. Et du marché également. Parmi ces inventions, il y a l’imprimante tridimensionnelle (3D). Celle-ci existe depuis plusieurs décennies, mais commence doucement à se démocratiser avec des prix abordables pour une utilisation domestique (environ 400 euros). Son utilité ? Elle permet la matérialisation d’objet à partir de fichiers numériques. Pour l’heure, les versions grand public sont limitées, tant du point de vue des possibilités que de la qualité des produits finis. Et seul le plastique est utilisable dans ces machines.

 

Mais ce n’est pas la peine de désespérer ni de présager un flop total pour cette technologie. Des modèles professionnels (qui sont vendus entre 50.000 et 1 million de dollars) permettent la création d’objets beaucoup plus complexes, et même l’utilisation de métal, qui chauffe de la poudre (à l'aide d'un laser) ou polymérise de la résine strate par strate. Des journaux internationaux comme le New York Times ou The Economist leur ont déjà dédié des articles. Ou encore le site Rue89. The Economist compare d’ailleurs l’impression 3D à la machine à vapeur ou encore à l’imprimerie: «L’impression 3D rend la création d’objets uniques aussi bon marché que la production en grande série, sapant les économies d’échelle. Elle pourrait avoir un impact sur le monde aussi profond que l’apparition de l’usine. [...] Il est impossible d’anticiper l’impact à long terme de l’impression 3D. Mais la technologie arrive, et va probablement bouleverser tous les marchés qu’elle touche.»

 makerbotthingomatic.jpg

Mais ces journaux oublient une révolution encore plus imprévisible, et déjà en chemin: celle de l’open hardware. Il suffit d’imaginer, dans un futur pas si lointain, la popularisation d’imprimantes 3D à large échelle. Couplée à des designs qui sont gratuitement disponibles sur le net, l’impression tridimensionnelle pourrait offrir la possibilité unique de créer soi-même des objets pour l’heure accessibles uniquement à travers les canaux de distribution habituels. Mais ce n’est pas tout: le gaspillage pourrait également se réduire, avec l’opportunité de produire des pièces manquantes aux appareils ménagers (plutôt que de les jeter) ou à tout autre objet utilitaire.

 

Des chercheurs ont déjà mis au point l’impression de prothèses à travers l’utilisation de l’imprimante 3D. D’autres tablent sur l’impression, à terme, d’organes de remplacement. En effet, la technologie moléculaire avance elle aussi à grand pas. Et promet bien des surprises. Bien évidemment, tout cela est pour l’heure encore sujet à évolution. Mais le mouvement de l’open hardware (qui met à disposition librement tous les plans de création d’un objet donné) ne peut être arrêté. Des laboratoires, nommés «hackers space» existent en Suisse romande, et proposent ces alternatives.

 

«Il n’y a pas de miracle ni de surnaturel: ce qui nous semble entrer dans ces catégories n’est rien d’autre que notre incapacité à nous extraire des règles auxquelles nous sommes habitués.»

 

Ce qui est intéressant dans une telle technologie, c’est son potentiel de modifier durablement et profondément les règles qui régissent actuellement le marché, l’économie et les rapports entre les Etats. La dématérialisation des objets, qui seraient ainsi disponibles depuis chez soi et pour autant que l’on veuille bien les monter soi-même pièce par pièce, bouleverserait bien des secteurs. Et rendrait obsolète la production de masse, puisqu’il serait alors possible de produire localement (même pour des commerces) et de ne créer qu’en fonction de la demande. Exit le gaspillage des ressources.

 

Les marchés devront alors se transformer et s’adapter à une réalité incontrôlable: la liberté de produire. Au-delà des frontières physiques. A la croisée des possibles. C’est dès lors probablement une économie de la créativité et de l’innovation intensives qui verrait le jour, et remplacerait le paradigme actuel, où le travail est le coût central de l’économie. Mais une telle révolution serait encore plus profonde. Ce sont tous les rapports entre les Etats et les individus qui seraient modifiés. Quel intérêt y aurait-il à conserver des frontières physiques dans un monde où les objets, le marché et l’information utilisent des canaux dématérialisés? Les structures que nous connaissons aujourd’hui seraient remises en question. Et une liberté encore insoupçonnée pourrait voir le jour. Un libéralisme pratique, et non plus cantonné à la théorie philosophique.

 

Tout ça pourrait bien évidemment se heurter à des impossibilités concrètes, mais l’Histoire a démontré que l’humanité n’abandonne jamais l’élaboration de projets technologiques d’envergure. Il suffit de penser aux téléphones portables. A l’internet. Qui y aurait pensé, dix, vingt voire trente ans avant leur arrivée? Il n’y a pas de miracle ni de surnaturel: ce qui nous semble entrer dans ces catégories n’est rien d’autre que notre incapacité à nous extraire des règles auxquelles nous sommes habitués. Et elles nous conditionnent.  Pour l’heure, tout ce qui précède rentre dans le cadre de la pure spéculation. Mais il faut toujours s’interroger sur les possibilités que nous offrent nos technologies. Ne serait-ce que pour ne pas en perdre le contrôle.

 

Grégoire Barbey

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23/11/2012

A quoi joue au juste la politique genevoise?

Article paru dans L'Agefi (23.11.12), 23.11.12 07h36

 

Genève. Comme si le gouvernement tablait sur la conjoncture et que le Parlement ne voulait pas y croire.

 

Deux jours après la présentation du nouveau projet de budget pour 2013 par le Conseil d’Etat genevois, on ne comprend toujours pas très bien à quoi jouent les députés et le gouvernement. Le Parlement à majorité de droite, qui avait refusé la première mouture en octobre, a demandé au Conseil d’Etat de lui proposer un budget équilibré. Mais voilà que le nouveau projet ramène le déficit à 191 millions de francs (initialement de l’ordre de 280 millions). L’équilibre est encore loin. La question qui se pose déjà avec insistance: le Grand Conseil acceptera-t-il cette fois-ci la version remaniée du gouvernement? Au fond, le Parlement et le Conseil d’Etat sont tous deux à majorité de droite. Ils pourraient très bien s’entendre sur le principe d’un budget non déficitaire.

 

Or, le gouvernement ne semble pas prêt pour cette épreuve. Seuls 31 millions sont économisés, le reste provient de l’amélioration des recettes fiscales. Et 21 millions supplémentaires sont alloués à l’aide sociale et la planification pénitentiaire. La baisse des dépenses est donc très faible. Pourquoi le Conseil d’Etat ne s’est-il pas efforcé d’alléger la perte finale? Le président du gouvernement Pierre-François Unger y répondait à demi-mot sur le plateau de la télévision locale mercredi soir: «On aurait pu peut-être aller encore plus loin».

 

L’hypothèse la plus probable est donc un refus pur et simple de la part de la minorité de gauche au gouvernement de couper davantage dans les budgets. Une cure d’austérité ne serait politiquement pas assumable vis-à-vis de son électorat. La majorité de droite, qui souhaite sans doute éviter une crise politique et un durcissement des fronts, a préféré opter pour de petites concessions qui satisfassent les deux camps. En tablant bien évidemment sur une amélioration de la conjoncture l’an prochain, ce qui reste néanmoins impossible à assurer actuellement, pour tendre vers l’équilibre.

 

Quand bien même la situation conjoncturelle devait profiter aux comptes de l’Etat, ce refus d’opérer des coupes dans le surplus des activités de l’administration cantonale ne fait en réalité que repousser le problème: avec un budget de près de 8 milliards de francs pour 420.000 résidents (près de 20.000 francs par personne), il semble difficile d’admettre un déficit. D’autant plus qu’un nouveau refus du projet de budget confinerait l’Etat aux douzièmes provisionnels, ce qui signifie un gel des comptes et l’obligation de fonctionner selon le budget de l’année précédente, bloquant ainsi toutes les réformes à venir. Mais peut-être est-ce ce scénario que certains députés souhaiteraient voir se réaliser.


Grégoire Barbey

 

 

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20/11/2012

Quel avenir pour les médias? Création d'un groupe de réflexion sur le sujet

Communiqué, 19.11.12 13h02

 

Les médias font face à d’importantes difficultés économiques. En partie notamment avec l’omniprésence d’internet. La restructuration prochaine des effectifs du quotidien Le Temps l’atteste. Mais les raisons sont beaucoup plus complexes et diversifiées. Il serait profitable de les décortiquer, de les mettre au jour afin de réfléchir à l’avenir du secteur. A son adaptation nécessaire avec les nouveaux rapports de force qui sont maintenant de la partie.

 

C’est pourquoi je propose, et ce sans grande prétention, la création d’un groupe de réflexion composé a priori de journalistes qui souhaiteraient s’interroger sur le futur de leur métier et ne pas se contenter de regarder s’enchaîner les événements. Je suis à titre personnel convaincu que nous pouvons toutes et tous amener des propositions, mettre en commun des idées, apporter des solutions aux problèmes actuellement rencontrés, notamment par la presse écrite.

 

Chacun d’entre nous possède sa propre perception des enjeux. Partager cette vision, pour la grandir, la confronter à d’autres, et créer un recueil de propositions et de constats: voilà un projet d’envergure. Ne pas penser chacun de son côté et finalement ne rien faire de ses idées, mais les déposer sur la table, pour que toutes et tous puissent en récupérer les éléments pertinents. Il ne s’agit pas de s’enorgueillir et d’imposer des solutions. Il faut être humble, et déblayer le terrain. Un tel projet a-t-il des chances d’aboutir ? Seul l’engagement de celles et ceux qui souhaiteraient en être peut y répondre. A-t-il également la possibilité de changer quoi que ce soit ? Rien n’est moins sûr.

 

Mais ne pas s’interroger sur la situation actuelle n’est pas non plus la bonne alternative, de mon point de vue. C’est en réfléchissant, en commun, que des pistes de réflexion peuvent être avancées. Si celles-ci devaient s’avérer inadaptées, qu’importe. L’essentiel, c’est d’apporter un peu de soi dans l’anticipation des changements à venir. Prendre la barre du navire pour tenter de le guider plutôt que de le laisser en proie aux intempéries. C’est ce que je vous propose à toutes et à tous. Et si mon idée vous parle, alors n’hésitez pas à me contacter pour en discuter. Je ne fais qu’apporter un projet : c’est ensemble seulement qu’il peut prendre sens. Sans votre aide, rien n’est possible !

 

Grégoire Barbey

Contact: 079 124 00 28 / gregoire.barbey@gmail.com / http://www.facebook.com/gregoirebarbey

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19/11/2012

La presse doit mieux s'adapter à son lectorat

Chronique, 18.11.12 14h55

 

La récente annonce d'une restructuration à hauteur de 12% des effectifs du quotidien Le Temps invite à la réflexion. Particulièrement sur l'avenir de la presse écrite en Suisse. Mais partout ailleurs également. Il est nécessaire d'établir les raisons pour lesquelles les médias écrits peinent à tourner. Ce n'est pas un cas isolé, les journaux font aujourd'hui face à d'importantes difficultés économiques.

 

La première cause qui vient à l'esprit, c'est l'arrivée d'internet et son omniprésence. Les cartes sont dès lors redistribuées. Mais peut-être que le net est trop facilement pointé du doigt. Comme une fatalité, alors qu'il pourrait être une invitation à repenser la place de la presse écrite, et son mode de fonctionnement. Les médias (tous supports confondus) font périodiquement face à des difficultés. Ils doivent s'adapter. Il en va donc de même pour les journaux et plus largement les médias écrits.

 

Cette adaptation nécessite la prise en compte des attentes du lectorat et des annonceurs. Les deux sont inséparables. Car le modèle économique d'un journal repose avant tout sur la vente de publicités à des lecteurs. Certaines personnes s'imaginent que c'est malhonnête, voire malsain. Il n'en est rien: un quotidien (ou un périodique) ne peut en aucun subsister sur la seule vente de ses éditions en kiosque et par abonnement. S'il n'y avait pas les annonceurs, un journal devrait se vendre à des montants invraisemblables pour être rentable.

 

«Un journal devrait se vendre à des montants invraisemblables pour être rentable sans annonceurs.»

 

Des études ont démontré qu'un titre peut contenir jusqu'à 40% de publicités sans pour autant déranger les lecteurs si la mise en pages est bien pensée. Un journal doit répondre à une réalité budgétaire également: les journalistes, les secrétaires de rédaction, les ressources humaines, les graphistes, les informaticiens, la mise sous presse etc. ont un prix. Il faut bien que ces personnes vivent. Tout comme le journal.

 

Et c'est justement à ça que la presse écrite doit veiller: conserver la confiance et la fidélité de son lectorat pour continuer à intéresser ses annonceurs. Or, il est peut-être temps de repenser l'intérêt des lecteurs. Innover. Sortir des sentiers battus. Si aujourd'hui, les lecteurs ont de moins en moins confiance en la parole (ou l'écriture) des journalistes, ce n'est probablement pas par hasard. Certaines règles de déontologie se sont effritées avec les années. Et la présence d'internet, ici, justifie cette défiance envers les professionnels des médias: certaines informations ne trouvent pas la même résonnance dans les journaux, télévisions et radios mainstream que sur le net.

 

Cette différence, qui est fondamentale, fait qu'un journal (comme tout autre support médiatique) hiérarchise et choisit les informations qu'il traitera tout en passant sur d'autres. Un lecteur est ainsi déterminé par le choix des rédactions lorsqu'il parcourt un quotidien (ou un périodique). La donne est radicalement différente sur internet, puisque l'internaute est à même de sélectionner les informations qu'il souhaite lire et celles qui n'attirent peu ou pas son attention.

 

Les lecteurs ont donc parfois l'impression d'être menés par le bout du nez, même s'il n'en est rien. La réalité concrète d'un journal impose cette hiérarchisation, car la place et l'importance d'une information doivent être relativisées pour qu'un maximum de sujets puissent être traités. Et il faut malheureusement croire que les responsables qui opèrent ces choix éditoriaux ne sont pas toujours en phase avec les attentes de leur lectorat.

 

Si l'arrivée d'internet a effectivement chamboulé bien des médias, ce n'est peut-être pas plus mal. Ainsi pour survivre, chaque média devra désormais considérer avec bien plus de tact les intérêts de ses lecteurs, et leurs besoins quotidiens d'actualités. Tout en se démarquant de la concurrence en proposant des formats, des genres et des concepts innovants pour offrir aux informations traitées quotidiennement une valeur ajoutée qui donne envie au lecteur de retourner vers ce support-là plutôt qu'un autre.

 

«Chaque média doit considérer avec bien plus de tact les intérêts de ses lecteurs pour pouvoir survivre.»

 

Si les centaines de milliers d'informations partagées tous les jours sur la toile sont difficiles à décortiquer, il n'en est pas moins évident qu'un journaliste, dont le métier consiste à traiter l'information, peut proposer à ses lecteurs des points de vue, des angles et des plus qu'un internaute lambda ne pourra pas offrir aux autres lorsqu'il la transmet. C'est probablement sur cette différence, certes minime, que les médias sont appelés à se distancer du journalisme citoyen d'internet. A eux d'oser franchir le cap.

 

Enfin, concernant uniquement le cas de figure du quotidien Le Temps, il ne fait aucun doute qu’il saura se remettre de sa restructuration car c’est un journal de qualité: ses pages Suisse sont parmi les meilleures de la presse quotidienne romande, notamment en ce qui concerne les nouvelles issues du Parlement et plus largement de la politique. Les pages culturelles et les commentaires de Fati Mansour Devant la justice sont également très prisés des profanes comme des initiés.

 

Néanmoins, le choix de mettre en premier plan les informations internationales n’est pas nécessairement le plus judicieux: les lecteurs qui voudront obtenir des articles fouillés sur cette thématique auront tendance à lire Le Monde qui possède d’ailleurs 5% du Temps. D’autre part, la qualité des articles et des sources relatifs au canton de Neuchâtel ont parfois laissé à désirer. Dans tous les cas, il s’agira pour ce journal de se repositionner face à l’éventail de médias et de véhicules d’informations existants.

 

Au surplus, la mise en pages du Temps pourrait être remaniée quelque peu, particulièrement en termes de visibilité: la qualité des articles est souvent proportionnelle à la leur longueur et décourage sûrement les lecteurs les moins assidus. Mais il va sans dire que ce tabloïd a une place importante et de choix dont il lui faut ardemment tirer parti: c’est en effet le seul véritable quotidien intellectuel sur le marché romand. Nul doute qu’après cette restructuration, il saura convaincre un nouveau lectorat et démontrer sa capacité à s’adapter et à innover.

 

Grégoire Barbey & Florence Aebi

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16/11/2012

La taxe d'aide aux médias doit être exclue

Chronique, 15.11.12 20h25 (Publiée depuis mon iPad en Provence)

La Tribune de Genève en ligne citait récemment un expert autrichien en économie des médias. Celui-ci proposait l'instauration d'une taxe pour venir en aide à la presse actuellement en proie à de réelles difficultés économiques. Bien que je ne sois pas moi-même un "expert ès économie des médias", je ne pense pas que cette option soit viable, et encore moins souhaitable.

Un tel impôt suppose l'intervention de l'Etat pour le redistribuer. Mais selon quels critères ? Objectifs, c'est-à-dire basés sur l'importance quantitative du média en termes d'employés et de sa distribution ? Ou subjectives, d'après des choix effectués par des votes parlementaires ? Dans tous les cas, les subventions pourraient être perçues comme injustes sinon totalement disproportionnées selon les titres. Et l'Etat aurait, d'une façon ou d'une autre, un pouvoir qu'il n'est pas légitimement censé détenir.

Faut-il également rappeler que les médias visés (en particulier la presse écrite) sont des entreprises privées à but lucratif comme d'autres ? S'agissant de sa rentabilité, un journal se doit d'avoir des annonceurs. Ce qui présuppose un lectorat susceptible d'intéresser des sociétés qui pourraient éventuellement investir dans l'achat de pages publicitaires. Un média n'est pas soumis aux volontés directes de ses annonceurs, mais en serait-il de même si c'était l'Etat qui lui permettait de survivre ? Un journal est libre d'écrire ce qu'il souhaite et s'il prend le risque de froisser ses annonceurs habituels, il peut très bien en trouver d'autres. Dans le cas d'une subvention versée par le biais de l'administration publique, la donne serait différente.

Il est évident que la presse doit garder une distance avec l'Etat, donc se protéger de l'interventionnime des êtres humains qui le dirigent. Car il ne faut pas se leurrer, un politicien, quel qu'il soit, voit d'abord ses propres intérêts. Et il ne fait aucun doute qu'un article qui le met dans une position délicate ne lui plaira pas. Avec un financement, même indirect, émanant du pouvoir public, c'est l'indépendance (déjà hautement remise en question) des médias qui seraient mise à mal.

Grégoire Barbey

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09/11/2012

A Pierre Weiss

Cher Monsieur Weiss,

 

J'ai lu avec la plus grande attention les dix propositions que vous avez soumises au Conseil d'Etat pour le projet de budget 2013 à Genève. Je vous félicite de vous engager à réduire le déficit du canton. Je constate néanmoins que vous n'avez pas pris la peine de proposer une réduction des émoluments des députés, ni la suppression du quatorzième salaire accordé à certains hauts fonctionnaires. Est-ce un oubli malencontreux de votre part ? Après tout, je vous sais œuvrer pour le bien commun, je ne doute pas que vous accepteriez avec hâte et enthousiasme de participer à l'effort que vous vous donnez tant de mal à quérir de la part du personnel de l'administration cantonale. N'est-ce pas ?


Je vous prie de croire à ma plus haute considération,

Grégoire Barbey

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Là où l’on ne l’attendait guère

Interview parue dans L'Agefi (09.11.12), 08.11.12 22h23

 

PARTI PIRATE. Sa direction va mettre dimanche une motion au débat pour défendre le principe du secret bancaire. Alexis Roussel s’explique.

Le parti Pirate débattra ce dimanche d’une motion sur le secret bancaire. Celle-ci invite à prendre position en faveur de la protection des données sur les transactions. Alexis Roussel, vice-président  du parti Pirate Suisse, explique sa position et analyse les aspects fondamentaux qui concernent le secret bancaire. Et les raisons de le défendre.


Votre parti va débattre ce dimanche d’une motion concernant son positionnement AR.jpgpar rapport au secret bancaire. Quels sont les enjeux de votre point de vue?
Les enjeux sont nombreux. La motion avait tout d’abord été déposée par un membre zurichois du parti Pirate. Elle n’était pas très claire sur la forme et nous l’avons retravaillée. Pour nous, il est évident que le secret bancaire se situe au même niveau que d’autres secrets professionnels qui protègent la vie privée. Comme le secret médical ou le secret de l’instruction. Ces impératifs limitent ainsi l’ingérence de tiers dans la sphère privée. L’une des grandes problématiques de la société de l’information est l’agrégation des données. Nous voulons que les individus soient protégés des outils qui sont capables de créer des liens entre certaines informations pour ensuite établir des profils psychologiques précis.


Plus précisément, quelles sont pour vous les raisons de défendre le secret bancaire?
Ce qui nous intéresse spécifiquement dans le secret bancaire, c’est la protection des transactions. Le terme de secret bancaire est aujourd’hui galvaudé et péjoratif. Mais son but est de protéger la vie privée des clients. Nous ne voulons pas pour autant qu’il puisse servir aux criminels. Nous savons cependant que ceux-ci recherchent l’anonymat. Ils ne veulent pas que des liens puissent être faits entre les fonds et leur détenteur. Par ailleurs, la majorité de la fraude ne se trouve pas dans les comptes bancaires suisses mais dans des comptes offshores au Panama, dans le Delaware ou encore en Virgin Island pour ne citer qu’eux.


Comment faut-il procéder pour que le secret bancaire ne profite pas aux fraudeurs?
Il est essentiel que l’Etat et les banques utilisent les moyens légaux à leur disposition lorsqu’un doute subsiste à l’encontre d’un compte ou d’un client. Il ne faut pas oublier que le secret bancaire peut être levé lorsqu’une procédure légale le requiert. Il n’est pas imperméable, mais il permet de défendre la protection de la sphère privée. Or ce qui nous choque actuellement, c’est que la défense des individus est moins importante que celle des intérêts économiques. Finalement, l’Etat fédéral est d’accord de remettre en cause le secret bancaire et de divulguer les noms des employés de banques (qui sont des citoyens) à d’autres Etats. C’est inacceptable. Pour nous, la protection des individus est indispensable dans le monde dans lequel nous évoluons.


Vous n’êtes donc pas en accord avec les concessions du Conseil fédéral?
Cette stratégie ne fonctionne pas. Le Conseil fédéral pense que les pressions cesseront en accédant aux demandes des autres Nations. Mais c’est faux, et chaque fois qu’une concession est faite, les contraintes s’intensifient. Ce que veulent les autres Etats, c’est parvenir à l’automatisation du transfert des données. Il faut tout mettre en œuvre pour que cela n’arrive pas. L’ingérence des nations doit être refusée. Les Etats-Unis outrepassent notamment les accords internationaux. Avec la loi FATCA, qui est une loi américaine, les Etats-Unis veulent contraindre les banques à devenir des agents du fisc de leur pays. Ils sont censés transmettre les données des comptes bancaires qui pourraient avoir des liens (par exemple la nationalité du client) ou des intérêts avec les USA. Et prélever directement l’impôt sur les comptes concernés. C’est grave.


Alors quelle stratégie doit adopter le Conseil fédéral?
Il lui faut prendre position contre ces méthodes et arrêter les concessions. Sa fermeté doit servir à protéger les citoyens. Et le Conseil fédéral ne peut pas non plus opter pour la facilité. Déclarer uniquement les clients étrangers n’est pas la solution, et constitue une forme de discrimination. Cela peut conduire à des conséquences graves dans certains pays pour les clients concernés. La Suisse ne doit pas coopérer avec n’importe quel pays sous prétexte que certains Etats souhaitent accuser les autres de leurs problèmes fiscaux. C’est avant tout chez eux qu’ils doivent travailler pour éviter ces situations.


Si la motion devait être acceptée, soutiendriez-vous les initiatives de l’UDC concernant le secret bancaire?
Uniquement si elles s’inscrivent dans le cadre de notre vision. Mais nous n’irons pas systématiquement faire front avec l’UDC par principe lorsqu’il propose quelque chose sur cette thématique. Cela doit correspondre avant tout à notre positionnement.
Le parti Pirate commence à prendre de l’ampleur. Quelles sont vos positions économiques?
Nous travaillons actuellement à l’élaboration d’un programme économique. Nous cherchons à définir quelle économie sera la plus adaptée en lien avec la société de l’information dans laquelle nous vivons. Nous souhaiterions une économie décentralisée, à l’image d’internet. Nous ne voulons pas de monopoles sur les infrastructures, comme Swisscom qui impose des prix très élevés sur leur technologie. On peut aisément imaginer davantage de libéralisation dans ce domaine.
Nous pensons par ailleurs que les brevets doivent uniquement se limiter aux outils industriels qui ont une valeur ajoutée technique. Les brevets logiciels ne devraient plus être acceptés. Un logiciel est une idée, et les idées ne peuvent pas être brevetées.

Interview:
Grégoire Barbey

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08/11/2012

La crainte de tenir des positions iconoclastes

 Chronique, 08.11.12 10h05

 

Les éditorialistes des quotidiens en Suisse romande s’en donnent à cœur-joie: le Président sortant des Etats-Unis, Barack Obama, est réélu à la tête de la première économie mondiale. S’il faut bien évidemment saluer cette victoire, faut-il pour autant tomber dans les travers de la sacralisation1 ? Des sentences prononcées sur un ton quasi-prophétique aux phrases prémâchées et pompeuses affirmant l’ancrage historique d’Obama: les scribouillards en Une de leur journal respectif ne craignent décidément pas les redondances et le réchauffé de leurs trouvailles littéraires. Faut-il leur rappeler qu’à partir du moment où un individu est élu à la fonction de Président des Etats-Unis, il rentre automatiquement dans l’Histoire ?

 

Les américains avaient-ils un réel choix entre Barack Obama et Mitt Romney ? Leurs idées sont certes différentes sur de nombreuses thématiques, mais l’Amérique a-t-elle véritablement changé depuis l’élection d’Obama il y a quatre ans ? La majorité des éditorialistes ont avancé la certitude que l’élection du candidat Républicain signifierait que les Etats-Unis se transformeraient en machine de guerre. N’est-ce pas déjà le cas ? Ne serait-ce pas ces questions-là, au-delà de cette élection-spectacle, qu’il faudrait poser ? Interroger, c’est essentiel. Obama a reçu le prix Nobel de la Paix, mais il a également renvoyé des troupes armées en Afghanistan après avoir rapatriées celles qui restaient en Irak.

 

Cette soumission systématique au pouvoir en place par les représentants des médias m’irrite2. Peut-être bien qu’une hypothétique élection de Mitt Romney aurait été pire pour les Etats-Unis et le monde. Mais de grâce, évitons l’hypocrisie. Barack Obama s’est montré tout aussi belligérant que n’importe quel autre président américain. N’est-ce pas lui qui a fait fermer MegaUpload3 ? Pour quelqu’un qui est allégrement qualifié de progressiste, ce comportement ne va pas dans le même sens.

 

«Barack Obama s'est montré tout aussi belligérant que n'importe quel autre président américain.»

 

Ces éditoriaux, ces opinions prisent en faveur de Barack Obama, déplacent le véritable intérêt de la gouvernance d’un pays à la personnalité de celui qui en est à la tête. C’est pourtant tout son fonctionnement qu’il faut remettre en question. C’est trop facile de prendre position sans se risquer à émettre quelques réflexions. A questionner les méthodes du pouvoir. Se terrer derrière de belles tournures de phrase, des lapalissades déjà convenues avant même la réélection d’Obama, c’est d’une lâcheté effroyable. Où est le courage dans le métier de l’information ? Faut-il se cantonner à servir des soupes prêtes à la consommation ou surprendre son lectorat en l’invitant à s’interroger sur la nourriture qui lui est quotidiennement proposée ?

 

Il est évidemment impossible d’affirmer si le second mandat présidentiel de Barack Obama lui permettra de réaliser de grands projets pour son pays. Espérons-le. Mais il est évident que cette élection marque une fois de plus l’inféodation des têtes pensantes des quotidiens en Suisse romande. Mais pensent-elles vraiment ? A la lecture de l’éditorial du Temps4, la question mérite d’être posée. «Barack Obama n’aurait jamais réussi ce pari sans la plus puissante machine électorale jamais mise en œuvre dans une campagne, laquelle a battu de nouveaux records: près de 6 milliards, dont 2 pour la seule présidentielle» pouvons-nous lire dans ce texte. Où est le questionnement ? 6 milliards, est-ce la victoire d’une machine électorale ou d’un président valeureux ? Est-ce que la démocratie se résume aux sommes dépensées dans une campagne pour se faire élire, ou est-ce l’unification de valeurs républicaines ? Les questions, Mesdames, Messieurs, doivent être posées. Prendre des risques, cela fait partie des billets d’opinion. Or, ces derniers jours, les dizaines de textes signés par des grands quotidiens n’ont pas démontré ce courage. Tout est convenu, et d’un laxisme éhonté. D’une connivence insoutenable. Rien ne va à contre-courant, aucune lutte d’avant-garde. Est-ce cela, le rôle des médias ? J’en doute.

 

Grégoire Barbey

 

1Je ne cache pas ma préférence pour le premier Président noir de l’Amérique. Les positions extrêmes du candidat Républicain, notamment sur l’avortement ou l’homosexualité, ne m’ont guère emballé.

2Voir mes précédents articles sur le sujet.

3Site internet qui permettait d’héberger des fichiers disponibles au téléchargement.

4Le Temps du jeudi 08.11.12

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06/11/2012

La presse face à la détresse du contre-pouvoir

Chronique, 06.11.12 13h04

 

Tout pouvoir doit faire l’objet d’un contre-pouvoir. Il recherchera nécessairement à s’étendre s’il n’est pas limité. Au détriment du plus grand nombre. Et il ne faut pas se leurrer, le contre-pouvoir doit également s’adapter, pour ne pas se laisser amadouer. Le pouvoir est malin, voire mesquin. Il fomente des stratégies pour contrecarrer les garde-fous qui lui sont imposés. Il n’a de cesse d’agir en ce sens.

 

La presse fut longtemps considérée comme l’incarnation de ce contre-pouvoir. Elle l’est peut-être d’ailleurs encore dans certains esprits. Mais ceux-ci ne se tiennent guère au courant de l’actualité. Le pouvoir politique a finalement réussi à gangréner la plupart des journaux. Genève en est le parfait exemple. Quand certains quotidiens, notamment deux, respectivement bleu et orange, servent à leur lectorat la soupe méthodiquement préparée par les experts en communication des représentants du pouvoir en place, c’est l’essence-même du contre-pouvoir qui faillit à sa tâche. Il n’y a pas de quoi se réjouir, quand une ou plusieurs castes sont en mesure de passer outre les frontières habituellement dressées dans un but précis. Eviter les débordements.

 

«Quand certains quotidiens servent à leur lectorat la soupe méthodiquement préparée par les experts en communication des représentants du pouvoir en place, c'est l'essence-même du contre-pouvoir qui faillit à sa tâche.»

 

Lorsqu’un journal, quel qu’il soit, devient la feuille d’avis de certains partis, d’une certaine idéologie, alors rien ne va plus. Et c’est l’idéal même du journalisme qui s’éteint dans la sombre pénombre des petits calculs géométriques. A Genève, je puis certifier que nous sommes précisément dans ce cas de figure. Ce qui n’est pas pour rassurer. Le traitement de l’information, aussi décevant que cela puisse paraître pour les tenants d’une utopique «objectivité» journalistique, n’est jamais neutre. L’angle, le choix des intervenants, la direction choisie, le timing: des éléments parmi d’autres qui témoignent d’une subjectivité. Parfois très proche de la neutralité, certes, mais jamais parfaitement.

 

Le faisceau médiatique ne doit en aucun cas éclairer un individu sans une raison précise. A qui profite la prise de parole de tel ou tel ? Quelles sont les répercussions que cela peut avoir ? Est-ce vraiment d’importance pour le lectorat (ou les téléspectateurs/auditeurs) ? Ces questions devraient nécessairement se poser. En est-il encore ainsi de nos jours ? Permettez-moi d’en douter.

 

Les réseaux sociaux n’y sont peut-être pas tout à fait étranger, quand ces mêmes personnalités, qui sont censées garder de la distance par rapport aux détenteurs du pouvoir, finissent par les côtoyer avec une proximité inquiétante. Cette dernière ne serait pas dérangeante si les tenants du contre-pouvoir étaient capables de préserver leur indépendance d’esprit. Mais est-ce vraiment le cas ? Encore une fois, je suis dubitatif.

 

«La presse doit être une matière à faire réfléchir. Elle ne peut pas se contenter de vendre du temps de cerveau disponible à des annonceurs.»

 

Les journaux sont des entreprises, et doivent évidemment faire des bénéfices pour survivre. Mais leur secteur d’activités est particulier: il touche directement à la réflexion des êtres humains. C’est en ce sens qu’ils ont un devoir, celui de préserver les valeurs démocratiques dans lesquelles ils évoluent. Ou lorsque celles-ci dérapent, les remettre en question. La presse doit être une matière à faire réfléchir, en plus de présenter l’actualité sous certains angles. Elle ne peut pas se contenter de vendre du «temps de cerveau disponible» à des annonceurs.

 

Elle mérite mieux. Son histoire l’atteste. Et bien qu’elle soit dans une profonde mutation avec l’omniprésence de l’internet, ses prérogatives ne doivent jamais s’estomper. Du moins pas totalement. L’indépendance a un prix, celui de ne pas toujours aller dans le sens des élites. Celui d’interroger celles et ceux qui prétendent faire la pluie et le beau temps. Quitte à risquer quelques déconvenues. Le contre-pouvoir, ce n’est pas un gala, c’est une vocation, un devoir. Puisse-t-il se perpétuer par-delà les âges et garantir par sa fonction le respect du plus grand nombre.

 

Grégoire Barbey

21:09 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (75) |  Facebook | | | |