Gregoire Barbey

08/01/2013

«Je vais continuer à siéger en indépendant»

A la suite de la démission des Verts du conseiller municipal Julien Cart, celui-ci a accepté de répondre à quelques questions. Il évoque son rapport à son ancien parti et ses relations parfois tendues avec certains de ses collègues. Il annonce aussi, en primeur, son intention de siéger en indépendant et son adhésion au mouvement SolidaritéS.

Interview: Grégoire Barbey

CART_Julien.jpgJulien Cart. «Je vais continuer pour l'heure à siéger en tant qu'indépendant. Je peux néanmoins vous annoncer que j'appartiens depuis quelques heures au mouvement SolidaritéS.»

GB. – Votre démission du parti des Vert-e-s à Genève peut-elle être interprétée comme une querelle entre vous et certains de vos ex-collègues de parti? Je pense notamment à Antonio Hodgers, avec qui vous aviez souvent des désaccords. Il m'a confié vous avoir bloqué sur Facebook.

JC. – Le mot querelle pourrait être opportun si nous parlions d'une cour de récréation. Même s'il est vrai que bien souvent certains pontes du parti ont eu des attitudes provocantes, j'ai toujours pensé que Les Verts étaient un parti démocratique où l'agora primait sur les annonces cavalières servant à mettre en avant des individus et leur carrière politique. Malheureusement la réalité m'a souvent rappelé qu'en politique, la notoriété et la visibilité médiatique priment bien souvent sur toute autre considération. J'en veux pour preuve le dernier buzz médiatique du conseiller national Antonio Hodgers sur sa proposition de contingents temporaires d’étrangers extra-européens peu qualifiés, proposition sous forme de motion parlementaire qu'il n'a finalement pas déposée du fait du débat interne provoqué par ma réaction sur mon blog et au sein du groupe migration des Verts genevois. Sur une thématique aussi importante que la politique migratoire, cette attitude est tout simplement indigne pour un conseiller national. Mais c'était un moyen pour lui d'occuper le terrain en vue de sa campagne pour le Conseil d'Etat genevois.

Mais pour revenir à ma démission, la césure entre la ligne prise actuellement par le parti aussi bien au niveau genevois qu'au niveau Suisse, était devenue tout simplement trop flagrante pour envisager une cohabitation fructueuse. Je ne peux que regretter cet état de fait puisque, lorsque j'avais adhéré aux Verts en 2007, les parlementaires Vert-e-s à Berne étaient celles et ceux qui votaient le plus à gauche. C'est d'ailleurs ce qui m'avait convaincu d'adhérer pour la première fois de ma vie à un parti politique.

 


Au fond, vous réalisez aujourd'hui ce qu'est vraiment la politique. Des compromis et bien souvent des arrangements. Pensez-vous être encore en mesure d'adhérer à un parti?
 

Je ne découvre pas la politique aujourd'hui. Comme expliqué, j'ai eu 5 ans pour l'expérimenter, avec des hauts (le beau résultat de la liste Jeunes Vert-e-s à la course au Conseil national en 2011, première liste jeune du canton, avec un programme d'écologie politique dont les Verts feraient bien de s'inspirer) et, c'est vrai, beaucoup de bas, mais aussi énormément de liens tissés avec des membres du partis ne se reconnaissant pas dans la ligne prise ces dernières années, très libérale, très à droite, comme d'ailleurs les ténors du parti suisse ne le cachent pas, eux qui étaient de surcroît prêts à entamer des pourparlers en vue d'une alliance avec les Verts libéraux. Au fond ils ont raison, cette séparation qui est née du temps où les Verts étaient encore à gauche sur l'échiquier politique n'a, aujourd'hui, plus de véritable raison d'être.

Pour répondre à votre question sur mon avenir politique, il est clairement à la gauche de la gauche, dans un parti qui défend une écologie sociale pour le peuple, en lien avec les mouvements sociaux, là d'où naissent les véritables changements de société, même si le combat institutionnel a aussi sa raison d'être.

 
La gauche de la gauche est-elle réellement en-dehors des arrangements politiques? Ne risquez-vous pas d'être à nouveau déçu au final?
 

La déception ne me fait pas peur. Seul celui ou celle qui ne s'engage pas ne risque pas d'être déçu-e. Je ne peux craindre qu'une seule chose, ne pas pouvoir exprimer mes convictions. Or même chez les Verts je n'ai jamais gardé ma langue dans ma poche. Les arrangements politiques font partie du jeu, mais ils ne doivent pas ouvrir à des compromissions sur les idées, et doivent être accepté par toutes et tous, démocratiquement. Par exemple, la gauche de la gauche à Genève va devoir aller au-delà des guerres de chapelle pour ne pas passer une énième fois à côté d'une députation au Grand Conseil, laissant ainsi libre champ à la droite libérale et ses alliés pour démanteler toujours un peu plus les biens communs.

 

En parlant de la gauche de la gauche, allez-vous prochainement adhérer à un nouveau parti? Et qu'avez-vous décidez pour votre mandat de conseiller municipal?
 

Je vais continuer pour l'heure à siéger en tant qu'indépendant. Cela dit, je peux vous annoncer que j'appartiens depuis quelques heures au mouvement SolidaritéS. Mouvement dont la ligne écosocialiste et décroissante, internationaliste et anti-impérialiste, féministe et anti-capitaliste me permettra de m'épanouir totalement.

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18:29 Publié dans Journalisme, Politique | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | | | |

Commentaires

La gauche de la gauche exempte d'arrangements, combines, et compromis ? Je crains fort que Julien Cart risque d'y expérimenter les mêmes travers ... En pire peut-être ?

Écrit par : Laurent Leisi | 08/01/2013

...Laurent, nous parlerons plutôt de "petits arrangements entre amis"...si ces derniers défendent des valeurs (de fondations) communes, voire très similaires, les alliances dites de "circonstance" font partie intégrante du paysage et jeu politique...pour des raisons souvent - et bassement il faut le dire - "mathématiques"...because quorum entre autres ! Je pense et j'espère surtout que Julien Cart pourra s'épanouir au sein de sa nouvelle famille...J'avoue l'avoir toujours "senti" profondément de gauche.. :-)

Écrit par : Valérie Cuenca-Berger | 09/01/2013

Une preuve de plus que les "Verts" sont en fait noyauté par des rouges qui ont bien compris que l'étendard "écologie" était de nos jours électoralement plus porteur que le drapeau de l'URSS. Mais dans leur coeur et dans leurs idées, ils restent rouges vifs.

Écrit par : QueFaire | 09/01/2013

Une preuve de plus que les "Verts" sont en fait noyauté par des rouges qui ont bien compris que l'étendard "écologie" était de nos jours électoralement plus porteur que le drapeau de l'URSS. Mais dans leur coeur et dans leurs idées, ils restent rouges vifs.

Écrit par : QueFaire | 09/01/2013

@QueFaire

Ah bon?

Écrit par : Rien | 09/01/2013

@QueFaire

Vous n'avez pas compris que l'écologie n'est pas compatible avec la philosophie du capitalisme (toujours plus de profits, croissance infinie dans un monde avec des ressources naturelles non infinies). C'est donc en fait exactement l'inverse, les verts sont des capitalistes qui vogue sur la mode écologiste car c'est plus porteur que le capitalisme pur et dur. Le capitalisme vert est une arnaque.

Écrit par : Jean Jean | 09/01/2013

Un enragé de plus à SolidaritéS... Tout passe, mais rien ne change. Quant à Julien Cart, on espère que sa cohabitation avec les dinosaures de la gauche des gauches, tentance stal et canal historique, lui fera comprendre qu'il aurait mieux fait de rester vert...

Écrit par : Déblogueur | 09/01/2013

Bon courage, car aller se frotter à l'un des plus stals des trotskistes en 2013 ça en demande beaucoup ! J'attends avec impatience le prochain communiqué de JC annonçant sa démission de solidarnosc pour cause de réformisme latent et de refus d'unité avec les autres partis de la gauche

Écrit par : Sacho | 10/01/2013

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