Gregoire Barbey

09/01/2013

Cette initiative qui déchaîne les passions

L’initiative Minder est jugée excessive par de nombreux acteurs des milieux économiques. Elle l’est peut-être, le propos ici n’est pas de prendre position à l’égard du texte lui-même. Qu’une telle initiative populaire puisse attirer tant d’engouement auprès des citoyennes et des citoyens suisses n’est pas un hasard. La plupart des individus touche un salaire relativement modeste. La classe moyenne supérieure ne perçoit pas non plus de rémunérations indécentes par rapport aux plus bas de l’échelle. Ce sont uniquement quelques personnes, au sommet de grandes entreprises cotées en Bourse, qui ont reçu et reçoivent des rémunérations qui peuvent être qualifiées d’abusives pour le commun des mortels. Faut-il réagir avec tant de violence au sentiment d’injustice qui règne au sein de la population? Probablement pas. Cette sensation, partagée par des centaines de milliers de personnes au quotidien, est légitime. Bien qu’il faille toujours veiller à ne pas céder aux ténèbres de des émotions, lorsqu’un fait se répète continuellement, il ne faut pas non plus s’étonner des réactions qui s’en suivent.

Est-il si difficile de comprendre la révolte qui traverse l’esprit des individus «lambda», qui ne sont pas à la tête de grands groupes internationaux mais fournissent tous les jours leur pierre à l’édifice, lorsqu’ils constatent jour après jour que quelques-uns (et ils sont une minorité) perçoivent des rémunérations qui dépassent l’entendement de la moyenne?

Et lorsque ces mêmes citoyennes et citoyens voient Economiesuisse, la faîtière du patronat, injecter 8 millions de francs pour combattre l’initiative, allant jusqu’à engager des jeunes pour répandre leur position anti-Minder sur les réseaux sociaux et les médias en ligne, comment ne pas partager leur indignation? La démocratie est un ensemble de rapports de force. Ceux-ci s’expriment au travers des formations politiques et des initiatives populaires. Souvent, ce sont les partis qui prennent le plus de place sur la scène des enjeux politiques, économiques et sociaux. Mais lorsque le Peuple souverain partage la même impression, émotionnellement puissante, n’est-ce pas la démocratie qui s’exprime en tant qu’émanation de la volonté populaire? Et quand le Peuple veut prendre place au milieu du spectacle, rien ne peut l’arrêter. Toute l’argumentation du monde ne peut suffire à faire taire la flamme qui brûle en chacun d’eux. Ce ne sont pas quelques millions qui changeront les résultats de cette votation, si telle est la volonté de la majorité. Ou alors je ne crois plus en la démocratie. Ce qui est certain, c’est qu’il y aura un choix, celui des citoyennes et des citoyens. Laissons-les décider si le texte leur convient ou non. C’est tout ce que demande le système démocratique en Suisse.

 

Grégoire Barbey

Disponible sur mon nouveau blog: http://informationsuisse.overblog.com/cette-initiative-qui-dechaine-les-passions-citoyennes

11:23 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook | | | |

Commentaires

Et pourquoi Economiesuisse ne pourrait pas s'exprimer?

Ce type d'initiative crée un certain nombre d'inconvénients, pouvant à terme impacter négativement l'économie suisse, l'emploi et les impôts perçus. C'est une question d'attractivité de la Suisse pour les entreprises (privées!)

Pourquoi devrait-on cacher le fait qu'un des effets pervers de cette initiative peut être le départ de Suisse de quelques sociétés très importantes?

On peut hurler contre le salaire d'un Vasella (qui paie au passage des impôts à un taux important...) mais si on perd un Novartis, un Nestlé, on aura les yeux pour pleurer.

Écrit par : Amusé | 09/01/2013

L'attractivité de la Suisse pour les entreprises étrangères ne sera nullement remise en question.

Il risque d'y avoir au contraire un attrait tout particulier pour notre pays avec des normes de transparence aussi strictes. De nombreuses sociétés transnationales ont pour objectif de se montrer transparent. Suffisamment en tout cas pour le grand public.

Je pense qu'il ne faut pas diaboliser une initiative avant d'en voir les conséquences réelles sur le long terme cher anonyme.

Écrit par : Grégoire Barbey | 09/01/2013

Ce n'est pas tant sur le montant des rémunérations jugées abusives que le peuple suisse va s'exprimer que sur l'arrogance de ceux qui croient les mériter. Et là, le danger est nettement supérieur !

Et les montants colossaux payés pour combattre l'initiative sont à la mesure de la peur que la dite initiative inspire.

Et M. Minder pourrait bien avoir trouvé, avec son initiative, le talon d'Achille des captateurs de bonus.

Écrit par : Michel Sommer | 09/01/2013

Quand la gauche se bat pour des baisses de salaire (!) Je crois qu'il faut se poser les bonnes questions.

Hormis la satisfaction de mettre une claque a quelqu'un qui gagne 50x plus que moi (mais qui délocalisera immédiatement son job a Singapour ou NY), qu'est ce que chacun y gagnera et perdra concrètement ?

Je ne pense pas que mon salaire augmentera, l'état perdra probablement des recettes fiscales (hé le PS, moins d'argent pour les fonctionnaire), quelques entreprise éviterons peut-être de s'installer en Suisse ce qui nous rapprochera un peu plus de la misère européenne, et quoi d'autre ?

Écrit par : Eastwood | 11/01/2013

Un cas où mon point de vue étranger pourra peut-être permettre d'apporter quelques aspects nouveaux.
M'étant intéressé au sujet ici dépeint, je ne peux qu'intuitivement penser que cette initiative rejoint dangereusement la ligne socialiste française. Oui, vous savez, ce pays où la réussite est dénigrée, où l'enrichissement personnel et décrié, où bien plus grave encore l'idée d'initiative personnelle est etouffée avec vigueur.
Français comme Suisses ne comprennent pas cet écart de rémunération, je suis sans doute de ceux-ci et nul ne peut être foncièrement convaincu de ce fait avéré. Seulement l'ensemble des esprits éclairés est certain, et je suis moi même convaincu de cette certitude globale, que cracher sur la richesse n'aboutira pas a une redistribution de celle-ci.
L'incomprehension est légitime, le râle inutile et pervers est superflu.
Ces processus de surtaxation n'amèneront jamais de redistribution efficiente conséquente.
L'idée française étant déja vérolée par ce propos, je vous en conjure, abstennez vous de ces bassesses.

Écrit par : Antoine L | 12/01/2013

"Oser penser par soi-même"

Je ose mais je peux pas.

Écrit par : Patoucha | 13/01/2013

Pas besoin de le dire patoucha

Écrit par : Lolo | 15/01/2013

On est au courant.

Écrit par : Lolo | 15/01/2013

Hello ! J’ai désormais saisi les modalités à mettre en œuvre grâce à votre billet en y prêtant un maximum d’attention. J’ai désormais saisi la démarche à suivre. Je vous suivrai sur votre fil RSS. Je vous dis À bientôt. Eleanor

Écrit par : aurelien | 06/08/2013

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