Gregoire Barbey

16/02/2013

Face à la répression et l'absence de liberté: la fuite

 

La politique liberticide à Genève causera l’inévitable fuite des jeunes cerveaux vers des horizons plus festifs et surtout moins restrictifs. L’avenir à la fois politique et économique d’une région réside dans la qualité de sa jeunesse. Mais la récente décision du Service du commerce (refuser à 28 bars la permission d’ouvrir jusqu’à deux heures du matin) ne fait que confirmer une réalité immanente à la mentalité genevoise: une incompréhensible fermeture d’esprit envers tout ce qui peut exprimer une quelconque forme de joie et de festivité. Le calvinisme règne en maître. Le dimanche, les stores sont fermés, les citoyens ne sortent pas ou peu. Tout le contraire des Espagnols, par exemple. Punir l’ensemble des acteurs de la vie nocturne à Genève revient à condamner le canton à une population toujours plus vieillissante, les jeunes s’évadant à Lausanne. Ville d’ailleurs éminemment réputée et attractive pour ce qui est des festivités nocturnes.

 

Toute obstruction à la liberté des êtres humains entraine nécessairement des conséquences sociétales, qu’elles soient rapidement identifiées ou longtemps ignorées. Certains feignent de les constater par lâcheté. La frustration n’apporte jamais des résultats positifs pour toutes et tous. Il n’est pourtant pas question ici de nier la légitime réaction des citoyens qui se plaignent du bruit. Mais ces déconvenues ne sont pas le fait de toutes celles et ceux qui sortent et vont dans des bars. En vérité, toute restriction est une solution inadaptée à la situation, et démontre le manque de réflexion des pouvoirs publics censés garantir le respect des libertés.

 

«La politique sociale à Genève n’est toujours pas sortie du schéma de la répression face à tout désagrément.»

 

La démagogie de ces vieux de la vieille, qui eux aussi furent jeunes à leur époque et qui ont d’ailleurs connu les années fastes de la vie nocturne genevoise il y a trente ans, impliquera malheureusement des conséquences évidentes sur la fuite des jeunes cerveaux. Parce qu’il n’est pas démontré qu’un jeune s’expatriant hors de Genève revienne ensuite s’y installer pour travailler après ses études. Quitter la Cité de Calvin pour un autre canton, c’est découvrir une richesse méconnue dans la possibilité de jouir de sa liberté. Toute proportion gardée.

 

S’il faut relativiser cette décision, elle permet malgré tout d'émettre deux constats: la politique sociale à Genève n’est toujours pas sortie du schéma de la répression face à tout désagrément; et il n’y a visiblement aucun ministre pour venir remettre un peu d’ordre dans cette gabegie qui dure depuis trop longtemps déjà. Punir tout le monde, c’est prendre le risque de perdre ceux qui se sentent injustement spoliés de leur liberté de vivre. Et de profiter de leur temps libre. Doivent-ils se sentir heureux dans une ville où il n’est pas possible de s’amuser lors de ses jours de congé? A chacun de répondre selon sa conscience. Remarquons tout de même le manque profond de réflexion de cette décision, qui causera inévitablement une érosion de la satisfaction des jeunes à Genève. Érosion qui, il faut le souligner, a commencé il y a déjà quelques années. Peut-être serait-il bon de rappeler aux technocrates et autres adeptes de la justice punitive qu’ils ont été jeunes aussi un jour.

 

Grégoire Barbey

21:59 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (14) |  Facebook | | | |

Commentaires

Ah bon?

Écrit par : Humbert | 16/02/2013

Excellent mais triste constat.

Tous les "vieux de la vieille" ne sont pas liberticides, bien au contraire !

Notre association libertaire des Dissident(e)s de Genève (DDG) existe depuis juin 2008. Elle ne compte que très peu de jeunes parmi ses adhérent(e)s.

Consultez notre prose sur ces sites pour vous en convaincre:

http://www.lesdissidentsdegeneve.ch

http://tinyurl.com/c5kwboj

Écrit par : jaw | 16/02/2013

Comme c’est bien vu, Grégoire !
J’approuve votre billet de A à Z bien que je ne suis plus de prime jeunesse.
Nos autorités sont de bien tristes vieux cons qui ne satisfont que les suppliques de vieux cons paranos, et ce quelque soient leurs âges.
Pour l’anecdote, j’ai passé mes vingt premières tendres années dans un petit village jurassien de moins de 600 habitants et les copines et copains faisions souvent beaucoup de tapage nocturne du vendredi soir au dimanche matin. Les commentaires de nos «vieux», mis à part de quelques rochons, étaient de dire :
«Mais c’est ces jeunes, nous on était bien pire !»
Cela dit, je dois être un ado attardé !

PS – aujourd’hui, je ne vis pas en rase campagne mais en plein centre ville de Genève.

Écrit par : Benoît Marquis | 17/02/2013

S'amuser, sans problème. Mais pouvoir se reposer d'une activité dense, ça fait aussi partie des libertés fondamentales dont nous devrions tous pouvoir jouir.
Il n'est pas forcément indispensable de passer tous ses week-ends à beugler sur le trottoir à deux ou trois heures du matin pour se sentir heureux. Ou bien ?

Écrit par : Thierry Jeanneret | 17/02/2013

n'y a pas que cette loi, mais le changement du tissus social genevois, le cadre constitutionnel genevois & l'ensemble de son application dans le grand Genève -

où la question du départ de la Suisse est une réponse de plus en plus concrétisée, face à un futur gvois plus que lourdement chargé, que nos jeunes ont de plus en plus de mal à supporter, de +en+ de raisons à refuser
ceux ayant le profil d'aller construire leur futur sous d'autres cieux seront de +en+ nombreux à l'expatriation

si Genève reste une forte place d'attraction de l'étranger, les suisses l'ont depuis longtemps déserté - ça, c'est déjà fait. le reste suit

Écrit par : Pierre à feu | 17/02/2013

Grand Dieu ! Depuis quand un état est-il liberticide en demandant aux fêtards quelques égards pour ceux qui se lèvent le matin ! Simple question de respect.

Il est absolument navrant que l'on nous rebatte toujours les oreilles avec les mêmes scénarios catastrophistes (la fuite des jeunes cerveaux ; franchement vous auriez pu trouver d'autres arguments).

Et si tous les fêtards n'enquiquinent (je reste poli) pas l'honnête citoyen, et bien trouvez les moyens nécessaires pour faire comprendre aux autres qu'ils dépassent les limites de l'acceptable. Dites-leur qu'ils sont responsables des interdictions, dites-leur de se comporter en fêtards respectueux des autres. Mais comme ils n'ont aucune intention de changer de comportement, et bien l'état s'en mêle et, dans le cas de Genève, revient à la norme : à minuit on ferme.

Il est enfin triste de penser que l'on puisse demander d'amender les mendiants ou carrément de les interner sans que personne ne bouge et que quelques hurluberlus hurlent à la répression parce qu'on les invite gentiment à ne plus hurler dans les rues après minuit...

Bien cordialement

Vous ne trouvez pas curieux que d'autres villes suisses commencent à s'émouvoir - le mot est faible - des nuisances sonores nocturnes. Sont-elles toutes liberticides ou simplement soucieuses du bien-être général ?

Écrit par : Michel Sommer | 18/02/2013

Le Suisse trait sa vache et vit paisiblement…

Écrit par : Benoît Marquis | 18/02/2013

J'ai trouvé ce messages dans 20 minutes:

Genève bientôt le tiers monde
Le bruit dans certains quartiers, en particulier les fins de semaine est insupportable. Cela commence vers 22 heures et se prolonge jusqu'à 5 heures du matin. Y a des gens qui ne sortent pas pour s'amuser, sinon pour crier comme des cinglés, des femmes qui s'engueulent, qui pleurent, qui harcèlent leur copains et ces derniers qui leur rendent les insultes, des mecs et des femmes qui pissent, qui cassent les rétroviseurs des voitures tout cela pour se faire chier et faire chier tout le monde qui essaie de se reposer d'une semaine de labeur.

Écrit par : Rikardo | 18/02/2013

Remercier donc le bon docteur socialiste Rielle et sa clique pour avoir fait voter les genevois l'interdiction de fumer dans les lieux publics.

Voilà où cela mène.

Écrit par : Victor Winteregg | 19/02/2013

"Comme d'habitude" on punit une majorité pour ne pas avoir à sévir contre une minorité d'imbéciles. Je ne pense pas me tromper en affirmant que, selon ma propre expérience du moins, ce ne sont pas la majorité des clients qui discutent en fumant et en buvant des verres à l'extérieur des bistrots qui pourrissent la vie des habitants de l'Ecole-de-Médecine, mais une minorité de tarés qui gueulent jusque vers 3-4 heures du matin aux alentours, et dont le comportement relève très évidemment d'un article du code pénal. Encore faudrait-il que les autorités prennent les mesures appropriées contre eux au lieu de sévir contre tous les autres.
Mais la prise de responsabilité est difficile et semble le devenir de plus en plus, étant donné les moyens de défense médiatiques et juridiques que peuvent mobiliser des minorités agissantes avec souvent, il faut le reconnaître, le concours passif de certains bien pensants. Cela évoque le comportement de certains maîtres d'école qui, incapables d'imposer une véritable autorité dans leur classe, punissent tous les élèves pour le comportement de quelques-uns.

Écrit par : Mère-Grand | 19/02/2013

A Mère-Grand

"Cela évoque le comportement de certains maîtres d'école qui, incapables d'imposer une véritable autorité dans leur classe, punissent tous les élèves pour le comportement de quelques-uns."

Ca, ce n'est pas franchement nouveau...

Écrit par : Michel Sommer | 19/02/2013

@ Mère-Grand

"Mais la prise de responsabilité est difficile et semble le devenir de plus en plus, étant donné les moyens de défense médiatiques et juridiques que peuvent mobiliser des minorités agissantes avec souvent, il faut le reconnaître, le concours passif de certains bien pensants."

C'est pas très clair. Vous pensez à quelles minorités en particulier?

Écrit par : Lucas | 19/02/2013

@Michel Sommer
"Ca, ce n'est pas franchement nouveau..."
Pensez-vous qu'il faut s'en accommoder pour autant? Si c'est le cas, je suis navré de vous avoir fait perdre votre temps ;-)

Écrit par : Mère-Grand | 19/02/2013

@Lucas
Merci de votre remarque. Peut-être bien que vous avez raison: mal pensé, donc mal exprimé. J'ai généralisé à partir du cas en question, en me référant à une constatation que j'ai souvent faite, à tort peut-être, que nous pourrions nous passer de certaines lois touchant tout le monde, si nous nous donnions de meilleurs moyens pour empêcher une minorité de personnes dépourvues du sens des responsabilités de nuire. Peut-être une société plus grande liberté individuelle serait-elle alors possible.
C'est évidemment le plus grand problème des démocraties. Je me souviens de la réaction d'un ami à la chute du mur de Berlin: maintenant la corruption pourra s'étendre de la nomenclature à toute la population.

Écrit par : Mère-Grand | 19/02/2013

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