Gregoire Barbey

25/02/2013

«Chacun doit se réapproprier ses données»

Parti Pirate Suisse. Alexis Roussel a été élu samedi 23 février à la présidence du Parti Pirate Suisse (PPS) pour remplacer son collègue démissionnaire. Anciennement vice-président, l'ancien candidat au Conseil d'Etat à Genève est très actif et incarne avec beaucoup de conviction les grands enjeux de son parti. Il revient avec moi sur la suite à donner aux Pirates pour qu'ils obtiennent une plus large place au sein de la politique en Suisse.


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Alexis Roussel. Il est essentiel de se réapproprier l'identité numérique.


Quels sont vos objectifs durant votre présidence?

Comme il y a eu une démission qui n’était pas attendue, nous avons dû remplacer directement la présidence. Je souhaite qu’il y ait à la prochaine assemblée des candidatures complètes, avec plusieurs candidats pour offrir au parti la présidence la plus forte possible.

Je ne peux néanmoins pas rester inactif en termes de stratégie. Je vais me focaliser sur l’image du parti, c’est-à-dire donner aux membres les moyens d’expliquer ce que représente notre formation politique. Il nous faut expliquer aux citoyens la place que nous occupons et quelles sont nos réponses aux questions qu’ils se posent et que nous posons. Je veux bétonner notre identité.

 

Justement, quelle est l’identité du Parti pirate?

Nous sommes là pour proposer aux gens de participer davantage, en leur offrant une perspective différente de la société de l’information. Nous souhaitons permettre une meilleure compréhension des technologies et leur impact sur l’ensemble des individus. Tout en offrant des outils pour s’adapter. Notre background technologique au Parti pirate nous a poussé à réfléchir aux interactions entre les hommes et leur système. La structure de la société est un réseau: et celui-ci influence l’ensemble des personnes qui le composent. Ce qui offre de nombreuses opportunités. Le Parti pirate veut donner la possibilité aux autres de comprendre la place qu’ils peuvent occuper dans cette sphère. Pour l’heure, nous sommes dans une situation de Far West sur internet. Nous, nous ne voulons pas avoir peur de la technologie, c’est pourquoi nous donnons des pistes de réflexion pour apprivoiser le champ des possibles dans l’évolution de notre société.

 

Comment faire pour que les citoyens comprennent votre démarche?

Il faut que les Pirates eux-mêmes soient conscients que le fait d’exprimer cette démarche est important. Les Pirates sont les constructeurs de l’internet. Nous sommes nombreux à travailler dans des sociétés de télécommunications, ou sommes des programmeurs, bref nous avons un lien direct avec la société de l’information: les Pirates ont toujours fait des actions. Mais nous avons oublié qu’en plus d’agir, nous devons dire pourquoi et quels sont les buts à atteindre. C’est vraiment le point cardinal de ma stratégie, donner la possibilité de mieux exprimer notre vision du monde. Et donner ainsi à toutes et à tous d’avoir envie de participer dans le processus démocratique. Le taux de participation aux dernières votations est éloquent, les gens ignorent qu’ils ont un moyen d’agir fantastique.

 

Et à Genève, le Parti pirate va-t-il se lancer dans la course aux élections parlementaire et gouvernementale?

Oui, les candidats seront élus le 2 mars lors de l’Assemblée générale pirate genevoise.

 

Que pourraient apporter les Pirates dans un législatif ou un exécutif?

Dans un exécutif, le Pirate a toute sa pertinence, avec son expertise, et sa compréhension des enjeux sociétaux. La gestion de l'Etat a pris depuis longtemps le tournant de la révolution de l'information pour faire la part belle à la technologie. Ce qu'un membre de notre parti peut apporter, ce sont des outils, et des démarches structurantes pour construire le canton de demain tout en répondant aux enjeux d'aujourd'hui. Genève est à la tête de l'innovation, elle a un rôle important à jouer en tant que banque... de données, et de hub de la connaissance. Un des points qui me tient particulièrement à cœur, c’est la création d’une identité numérique, afin que chacun puisse se réapproprier ses données. Nous avons tous une identité sur internet, et personne n’a le droit d’utiliser des données sans que nous le sachions, ni de les revendre car c'est du vol. En reconnaissant cette identité, nous pourrons à la fois proposer aux citoyens de réelles administration en-ligne performante et répondant aux attentes des citoyens. En même tant, nous arriverons à protéger nos données plus efficacement. Les administrations détiennent une quantité non-négligeable d’informations nous concernant, et doivent garantir la sécurité de ces données. Elles nous appartiennent, elles sont sensibles et doivent être respectées.

Au Grand Conseil, nous pouvons offrir au canton et aux citoyens d’apporter cette compréhension de la société de l’information. Nous allons avoir un lien qui sera direct avec le citoyen. Les Pirates qui seront au législatif travailleront de façon collaborative, comme nous le faisons déjà aujourd’hui. Nous voulons apporter la transparence là où il y en aurait vraiment besoin. Il faut fluidifier l’information qui circule entre le citoyen et les députés. Au bout du compte, cela permettra au citoyen d’être actif s’il le souhaite et d’offrir sa propre contribution. C’est ce qu’il manque à l’heure actuelle.

 

Et serez-vous candidat à la candidature pour le Conseil d’Etat?

Absolument, je me présenterai à la candidature à l’interne.

 

Interview: Grégoire Barbey

11:15 Publié dans Journalisme, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |

Commentaires

Excellentes questions et excellentes réponses!

Écrit par : Didier Bonny | 24/02/2013

Ces mesures permettrait d'eviter les ussurpations d'identités

Écrit par : Paradox | 24/02/2013

Séduit par la démarche du parti pirate, j'ai envoyé un mail au président pour lui faire part de mon intérêt.
C'était il y a environ deux ans. Je n'ai jamais reçu de réponse ou d'accusé de réception...
Le problème de ce parti est un peu le même que celui des verts. Le numérique, comme l'écologie, sont des thèmes qui sont, ou qui doivent être, repris par toutes les formations politiques à relativement court terme.
Par ailleurs, ils ne peuvent proposer un programme politique sur la seule base de la société d'information et ils devront se positionner sur des sujets sociétaux moins en phase avec leur ligne de prédilection. Ce qui ne manquera pas de créer des scissions à l'interne et, in fine, la création d'un parti pirate écolo ou libéral, à l'instar des verts libéraux qui sont censés incarner les préoccupations écologiques dans une économie de marché.

Écrit par : PIerre Jenni | 26/02/2013

En effet, cette perspective reste fort intéressante. Un voeux pieux si l'on considère le point de vue des divers intervenants en matière de protection de la sphère privée, mais surtout les données qui semblent considérées comme écrites sur des cartes postales. Vendues sans l'ombre d'un contrôle, usées sans forcément tant de déontologie, ni de questionnements éthiques. Sensibles et cédées au plus offrant ou convaincant. Une forme de jeux de pouvoir dans lequel la transparence manque cruellement, les garanties de démocratie absentes et des règles de plus en plus techniques et inaccessibles. L'informatique n'aurait-elle qu'un avenir gourmand en besoins énergétiques, humains, ne serait-elle qu'une prison qui nous éloigne les uns des autres et un moyen de domination simplement trop efficace pour des initiés dont on ne peut tester la solidité morale?

Écrit par : Dominique | 07/05/2013

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