Gregoire Barbey

27/02/2013

Monsieur Perrin, vous êtes seul maître de votre destin

Monsieur Perrin,

Votre santé ne regarde personne, sinon vous et votre famille. Je ne partagerai jamais vos positions politiques: vous êtes pour moi l'incarnation de tout ce que je désire combattre dans les préjugés des gens. Mais je vous respecte, en tant qu'être humain. Personne ne mérite une exécution en règle comme le réalise aujourd'hui Le Matin. Le journalisme a beau être mon métier et ma passion, je ne puis tolérer la violation de certaines limites. Que vous soyez dépressif, que vous consommiez trop d'alcool ou que sais-je, ça n'a aucun intérêt pour le public. Aucun, si ce n'est flatter les pulsions voyeuristes d'une feuille de chou orangée.

Vous êtes, Monsieur Perrin, l'homme à abattre. Gardez-le en tête et continuez votre chemin. Il n'est pas nécessaire d'avoir la sympathie des journalistes du Matin pour exercer son mandat politique avec rigueur et vigueur. Il n'est pas non plus essentiel de plaire à une nomenclature qui veut tirer les ficelles de la politique en Suisse. Encore une fois, vos problèmes de santé vous concernent, et vous seul. Personne d'autre que vous ne peut juger de votre aptitude à siéger au Conseil d'Etat neuchâtelois. Vous n'avez rien fait de repréhensible, sinon d'être un homme avec ses faiblesses, ses peurs, son humanité et sa vie privée. J'ai pour vous aujourd'hui beaucoup de compassion, car ce que vous traversez en ce moment doit être particulièrement difficile.

Le journalisme est une vocation noble. Mais réalisé à de mauvaises fins, il peut faire bien des dégâts. Et détruire des personnalités, fussent-elles dans la police et habituées à encaisser bien des choses. Vous devez continuer à vous battre, pour vous, et pour prouver à cette clique de bien-pensants que vous êtes seul maître de votre destin. Laissez tomber ceux qui veulent se rire et se jouer de votre faiblesse. Elle ne vous rend que plus humain. C'est dans la faiblesse que la grandeur des Hommes se révèle. Faites-en bon usage. Nul ne mérite d'être ainsi traîné dans la boue. Pas même vous.

Grégoire Barbey

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25/02/2013

«Chacun doit se réapproprier ses données»

Parti Pirate Suisse. Alexis Roussel a été élu samedi 23 février à la présidence du Parti Pirate Suisse (PPS) pour remplacer son collègue démissionnaire. Anciennement vice-président, l'ancien candidat au Conseil d'Etat à Genève est très actif et incarne avec beaucoup de conviction les grands enjeux de son parti. Il revient avec moi sur la suite à donner aux Pirates pour qu'ils obtiennent une plus large place au sein de la politique en Suisse.


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Alexis Roussel. Il est essentiel de se réapproprier l'identité numérique.


Quels sont vos objectifs durant votre présidence?

Comme il y a eu une démission qui n’était pas attendue, nous avons dû remplacer directement la présidence. Je souhaite qu’il y ait à la prochaine assemblée des candidatures complètes, avec plusieurs candidats pour offrir au parti la présidence la plus forte possible.

Je ne peux néanmoins pas rester inactif en termes de stratégie. Je vais me focaliser sur l’image du parti, c’est-à-dire donner aux membres les moyens d’expliquer ce que représente notre formation politique. Il nous faut expliquer aux citoyens la place que nous occupons et quelles sont nos réponses aux questions qu’ils se posent et que nous posons. Je veux bétonner notre identité.

 

Justement, quelle est l’identité du Parti pirate?

Nous sommes là pour proposer aux gens de participer davantage, en leur offrant une perspective différente de la société de l’information. Nous souhaitons permettre une meilleure compréhension des technologies et leur impact sur l’ensemble des individus. Tout en offrant des outils pour s’adapter. Notre background technologique au Parti pirate nous a poussé à réfléchir aux interactions entre les hommes et leur système. La structure de la société est un réseau: et celui-ci influence l’ensemble des personnes qui le composent. Ce qui offre de nombreuses opportunités. Le Parti pirate veut donner la possibilité aux autres de comprendre la place qu’ils peuvent occuper dans cette sphère. Pour l’heure, nous sommes dans une situation de Far West sur internet. Nous, nous ne voulons pas avoir peur de la technologie, c’est pourquoi nous donnons des pistes de réflexion pour apprivoiser le champ des possibles dans l’évolution de notre société.

 

Comment faire pour que les citoyens comprennent votre démarche?

Il faut que les Pirates eux-mêmes soient conscients que le fait d’exprimer cette démarche est important. Les Pirates sont les constructeurs de l’internet. Nous sommes nombreux à travailler dans des sociétés de télécommunications, ou sommes des programmeurs, bref nous avons un lien direct avec la société de l’information: les Pirates ont toujours fait des actions. Mais nous avons oublié qu’en plus d’agir, nous devons dire pourquoi et quels sont les buts à atteindre. C’est vraiment le point cardinal de ma stratégie, donner la possibilité de mieux exprimer notre vision du monde. Et donner ainsi à toutes et à tous d’avoir envie de participer dans le processus démocratique. Le taux de participation aux dernières votations est éloquent, les gens ignorent qu’ils ont un moyen d’agir fantastique.

 

Et à Genève, le Parti pirate va-t-il se lancer dans la course aux élections parlementaire et gouvernementale?

Oui, les candidats seront élus le 2 mars lors de l’Assemblée générale pirate genevoise.

 

Que pourraient apporter les Pirates dans un législatif ou un exécutif?

Dans un exécutif, le Pirate a toute sa pertinence, avec son expertise, et sa compréhension des enjeux sociétaux. La gestion de l'Etat a pris depuis longtemps le tournant de la révolution de l'information pour faire la part belle à la technologie. Ce qu'un membre de notre parti peut apporter, ce sont des outils, et des démarches structurantes pour construire le canton de demain tout en répondant aux enjeux d'aujourd'hui. Genève est à la tête de l'innovation, elle a un rôle important à jouer en tant que banque... de données, et de hub de la connaissance. Un des points qui me tient particulièrement à cœur, c’est la création d’une identité numérique, afin que chacun puisse se réapproprier ses données. Nous avons tous une identité sur internet, et personne n’a le droit d’utiliser des données sans que nous le sachions, ni de les revendre car c'est du vol. En reconnaissant cette identité, nous pourrons à la fois proposer aux citoyens de réelles administration en-ligne performante et répondant aux attentes des citoyens. En même tant, nous arriverons à protéger nos données plus efficacement. Les administrations détiennent une quantité non-négligeable d’informations nous concernant, et doivent garantir la sécurité de ces données. Elles nous appartiennent, elles sont sensibles et doivent être respectées.

Au Grand Conseil, nous pouvons offrir au canton et aux citoyens d’apporter cette compréhension de la société de l’information. Nous allons avoir un lien qui sera direct avec le citoyen. Les Pirates qui seront au législatif travailleront de façon collaborative, comme nous le faisons déjà aujourd’hui. Nous voulons apporter la transparence là où il y en aurait vraiment besoin. Il faut fluidifier l’information qui circule entre le citoyen et les députés. Au bout du compte, cela permettra au citoyen d’être actif s’il le souhaite et d’offrir sa propre contribution. C’est ce qu’il manque à l’heure actuelle.

 

Et serez-vous candidat à la candidature pour le Conseil d’Etat?

Absolument, je me présenterai à la candidature à l’interne.

 

Interview: Grégoire Barbey

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22/02/2013

Le Conseil fédéral viole la démocratie

Le ministre Johann Schneider-Ammann a pris position en faveur du non à l'initiative contre les rémunérations abusives (dite Minder) hier soir sur la RTS. Ce qui va à l'encontre de l'article 10a de la loi fédérale sur les droits politiques (disponible ici) interdisant au Conseil fédéral de défendre une position contraire à la décision prise par l'Assemblée fédérale. Dans le cas d'espèce, les deux chambres n'ont pas réussi à trouver un terrain d'entente. Le Conseil national a pris position en faveur de l'initiative et le Conseil des Etats l'a rejetée.

C'est donc une véritable erreur que vient de commettre le Gouvernement en prenant position sur un objet soumis à votation populaire n'ayant pas dégagé une majorité claire à l'Assemblée fédérale. Mais cette attitude s'inscrit dans la veine d'une campagne particulièrement lourde, où les opposants comme les initiants cherchent à s'accaparer le terrain émotionnel. C'est néanmoins beaucoup plus dommageable pour les institutions helvétiques qu'un collège gouvernemental ne respecte pas les droits les plus fondamentaux régissant la démocratie.

Les lois existent. Et que l'on soit d'accord avec certaines et contre d'autres n'est pas le propos. Le simple fait qu'elles soient en vigueur nécessite de les respecter. Surtout de la part de l'exécutif suprême en Suisse. Contrevenir aux règles pour des raisons éminemment politiques est inacceptable. Sans oublier qu'il s'agit d'un jeu dangereux et foncièrement voué à l'augmentation d'une frange de la population toujours plus déçue par ses représentants politiques. A part précipiter un ras-le-bol généralisé, le Conseil fédéral ne gagne rien à prendre position contre l'initiative dite Minder. Sauf à renier les lois qui forment le garde-fou au pouvoir du Gouvernement. Tout ce que l'on peut souhaiter au Conseil fédéral, c'est d'avoir une explication claire justifiant une telle attitude.

Grégoire Barbey

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21/02/2013

Sans-papiers contre sans-idées

Certaines personnalités ont de la peine à faire la part des choses entre leur haine farouche des étrangers et une réalité qui les dépasse. Dans un article de la Tribune de Genève rédigé par mon confrère Olivier Francey, nous pouvions prendre connaissance de la décision du Conseil municipal de la Ville de Genève d'approuver l'engagement de jeunes sans statut légal pour des places d'apprentissage. C'est une position louable qui mériterait plutôt le respect. Mais cause chez quelques-uns une forme de démangeaison qu'il serait utile de mettre en exergue.

Les messages sur les réseaux sociaux font florès sur le sujet. Avec une logique pour le moins discutable. En effet, certains (dont des élus ou de futurs candidats à l'élection du Grand Conseil) s'en prennent à la décision du Conseil municipal en arguant qu'il serait mieux de favoriser l'emploi des jeunes résidents Suisses possédant un statut légal. C'est l'exacte démonstration d'un populisme bas de gamme et sophistique. Parce que ce sont les mêmes individus (sans exception) qui se plaignent vertement des problèmes d'insécurité à Genève et dans le reste de la Suisse. Ils sont toujours présents pour monter au créneau lorsqu'il s'agit de critiquer les minorités. Mais lorsqu'il faut réfléchir, il n'y a plus personne. Proposer aux jeunes sans-papiers des possibilités d'insertion dans la vie professionnelle, c'est permettre à ceux-ci de sortir de la clandestinité, et tout ce que cela comporte.

Parce qu'il est bien question de ça, dans cette mesure prise par le Conseil municipal de la Ville de Genève: favoriser une insertion sociale pour celles et ceux qui arrivent dans un pays au sein duquel ils n'ont aucune existence juridique. Avec les conséquences que ça engendre. Condamner des jeunes à la marginalisation ne peut être toléré. En cela, favoriser l'apprentissage pour les jeunes sans statut légal est une décision pragmatique et positive pour l'ensemble de la société. Si ceux-ci profitent d'une insertion professionnelle efficace, ils éviteront peut-être ainsi la précarité à laquelle ils sont tristement destinés. C'est pourquoi ces personnalités qui critiquent cette décision font fausse route. Et se tirent plutôt une balle dans le pied en niant les possibilités d'un tel projet. Pourvu qu'ils s'en rendent compte.

Grégoire Barbey

16:04 Publié dans Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook | | | |

16/02/2013

Face à la répression et l'absence de liberté: la fuite

 

La politique liberticide à Genève causera l’inévitable fuite des jeunes cerveaux vers des horizons plus festifs et surtout moins restrictifs. L’avenir à la fois politique et économique d’une région réside dans la qualité de sa jeunesse. Mais la récente décision du Service du commerce (refuser à 28 bars la permission d’ouvrir jusqu’à deux heures du matin) ne fait que confirmer une réalité immanente à la mentalité genevoise: une incompréhensible fermeture d’esprit envers tout ce qui peut exprimer une quelconque forme de joie et de festivité. Le calvinisme règne en maître. Le dimanche, les stores sont fermés, les citoyens ne sortent pas ou peu. Tout le contraire des Espagnols, par exemple. Punir l’ensemble des acteurs de la vie nocturne à Genève revient à condamner le canton à une population toujours plus vieillissante, les jeunes s’évadant à Lausanne. Ville d’ailleurs éminemment réputée et attractive pour ce qui est des festivités nocturnes.

 

Toute obstruction à la liberté des êtres humains entraine nécessairement des conséquences sociétales, qu’elles soient rapidement identifiées ou longtemps ignorées. Certains feignent de les constater par lâcheté. La frustration n’apporte jamais des résultats positifs pour toutes et tous. Il n’est pourtant pas question ici de nier la légitime réaction des citoyens qui se plaignent du bruit. Mais ces déconvenues ne sont pas le fait de toutes celles et ceux qui sortent et vont dans des bars. En vérité, toute restriction est une solution inadaptée à la situation, et démontre le manque de réflexion des pouvoirs publics censés garantir le respect des libertés.

 

«La politique sociale à Genève n’est toujours pas sortie du schéma de la répression face à tout désagrément.»

 

La démagogie de ces vieux de la vieille, qui eux aussi furent jeunes à leur époque et qui ont d’ailleurs connu les années fastes de la vie nocturne genevoise il y a trente ans, impliquera malheureusement des conséquences évidentes sur la fuite des jeunes cerveaux. Parce qu’il n’est pas démontré qu’un jeune s’expatriant hors de Genève revienne ensuite s’y installer pour travailler après ses études. Quitter la Cité de Calvin pour un autre canton, c’est découvrir une richesse méconnue dans la possibilité de jouir de sa liberté. Toute proportion gardée.

 

S’il faut relativiser cette décision, elle permet malgré tout d'émettre deux constats: la politique sociale à Genève n’est toujours pas sortie du schéma de la répression face à tout désagrément; et il n’y a visiblement aucun ministre pour venir remettre un peu d’ordre dans cette gabegie qui dure depuis trop longtemps déjà. Punir tout le monde, c’est prendre le risque de perdre ceux qui se sentent injustement spoliés de leur liberté de vivre. Et de profiter de leur temps libre. Doivent-ils se sentir heureux dans une ville où il n’est pas possible de s’amuser lors de ses jours de congé? A chacun de répondre selon sa conscience. Remarquons tout de même le manque profond de réflexion de cette décision, qui causera inévitablement une érosion de la satisfaction des jeunes à Genève. Érosion qui, il faut le souligner, a commencé il y a déjà quelques années. Peut-être serait-il bon de rappeler aux technocrates et autres adeptes de la justice punitive qu’ils ont été jeunes aussi un jour.

 

Grégoire Barbey

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07/02/2013

L'impasse dans tous les cas

Editorial paru dans L'Agefi (07.02.13).

 

Le projet de fusion des caisses publiques de pension CIA et CEH, mis en consultation populaire le 3 mars prochain, crée un climat délétère à Genève. Le canton est en période électorale, et tout se passe comme si une partie importante des opposants de droite à cette réforme n’osaient pas s’exprimer.  

 
La gauche de la gauche et plusieurs syndicats ont fait aboutir le référendum, jugeant trop important l’effort demandé aux fonctionnaires. Qu’en est-il vraiment? Tous les partis représentés au Grand Conseil ont recommandé d’accepter le projet. Un tel consensus sur un objet aussi crucial semble pourtant sonner très faux. Les habituelles oppositions se sont évaporées et ont laissé place à une entente presque cordiale, d’un côté comme de l’autre. Après tout, les fonctionnaires et leurs réseaux représentent un électorat de premier plan.
 

Les employés de la fonction publique verront l’âge de leur retraite augmenter d’un an, à 64 ans. Leur part de cotisation augmentera d’un pourcent. Contre deux pourcents pour l’employeur. La part de contribution des fonctionnaires à la recapitalisation de leur caisse s’élèvera à 2,6 milliards de francs. Et 6,4 milliards pour l’ensemble des contribuables. Ces derniers accepteront-ils de payer pour que la fonction publique conserve ses régimes spéciaux? C’est cette question qui est en jeu.
 

Des politiques prophétisent un avenir économique chaotique pour le canton en cas de refus. D’autres commencent quand même à réinterpréter la situation. Les fonctionnaires ne doivent-ils pas contribuer au moins à part égale à l’effort de recapitalisation? Si le non l’emporte, ce ne sera pas seulement une victoire de la gauche. Idéalement, deux choix s’offriraient dès lors à celles et ceux qui sont prêts à prendre leurs responsabilités: demander davantage d’efforts de la part des employés de l’Etat en cas de refus. En cas d’acceptation, rechercher quand même une majorité au Grand Conseil pour amender la loi en y changeant simplement deux articles: fixer l’âge de la retraite à 65 ans, et faire passer la part de cotisation de l’employé à 10% (contre 8% actuellement). Faisant ainsi baisser la contribution de l’Etat à 17% (contre 18% dans le projet actuel). Le gain s’élèverait ainsi à 2 milliards de francs pour le contribuable, pour un régime restant très favorable aux fonctionnaires. 

 

Grégoire Barbey

09:12 Publié dans Journalisme | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |