Gregoire Barbey

14/03/2013

Les lois liberticides n'apportent rien à la société

De plus en plus d'initiatives populaires aboutissant sur des lois restrictives et punitives sont lancées. Leur finalité: restreindre les droits fondamentaux des citoyens. La liberté est jugée dangereuse. Ne pas réguler les faits et gestes des êtres humains conduirait à un darwinisme social. La loi du plus fort, en somme.
Les contempteurs des libertés chantent en choeur le même refrain: l'échec de l'autorégulation est démontrée. Il est l'heure de changer de modèle.

Mais l'actuel système ne fonctionne déjà pas sur l'autorégulation.
Les comportements dits dangereux sont pénalisés: rouler à une vitesse excessive, même si cela ne cause aucun dégât ni n'engendre d'accident, peut conduire à des sanctions disciplinaires. Retrait de permis, amende, privation de liberté. Les citoyens sont déjà cadrés par des lois similaires: c'est pour leur bien. Enfin, c'est un discours parmi d'autres, celui qui réunit actuellement le plus de partisans. La taxe poubelle aussi: pénaliser l'ensemble des individus parce que certains adoptent des comportements abusifs. Plutôt que de rechercher une solution ciblée, la facilité est de mise. Condamner tout un chacun au paiement d'un impôt pour leur donner une conscience écologique. Très efficace.

Cette croyance selon laquelle les lois permettent de réduire les problèmes est difficilement compréhensible. Si le constat est effectivement positif (moins de contrevenants), la racine du problème n'en est pas moins toujours présente. Il s'agit d'un sparadrap, d'une pommade. Elle donne bonne conscience, certes. Mais elle ne résout rien.
La drogue est une autre démonstration de l'inefficacité des lois répressives. Les consommateurs augmentent, la plupart des grandes villes en Suisse ont des quartiers où les toxicomanes se réunissent (le plus flagrant étant la place de la Riponne à Lausanne) et les autorités n'arrivent pas à endiguer cette progression. Les interdictions suscitent inévitablement des réactions comportementales chez les individus. Interdire la cigarette dans les lieux publics n'a pas pour autant résolu le problème sous-jacent: la consommation de tabac. C'est d'ailleurs aux seules personnes concernées de choisir si fumer leur convient ou non.

La tendance montante à l'hygiénisme confine à l'hystérie. Il faut toujours craindre les individus qui disent agir pour le bien des autres. Une société qui pense résoudre ses problèmes fondamentaux par l'instauration de lois liberticides et répressives ne peut fonctionner correctement. Cette ingérance à vouloir toujours s'immiscer dans la sphère privée des individus est dangereuse. Non seulement pour l'ensemble des libertés fondamentales des citoyens, mais également dans les rapports sociaux. Celles et ceux qui pensent savoir ce que les autres doivent faire devraient d'abord s'occuper de leurs propres problèmes. Chercher à contrôler les comportements est une erreur évidente.

Une attitude ne se change pas avec des lois. Comment faire pour résoudre des problèmes issus de comportements particuliers? C'est une réflexion profondément philosophique et sociologique. La confiance en l'être humain est nécessaire. Car seul l'individu peut décider de changer ou non son comportement. L'Etat, lui, peut lancer des signaux à travers des lois. Mais ne peut en aucun cas changer drastiquement l'attitude des citoyens par de nouvelles législations. Croire cela, c'est ignorer la complexité de l'être humain. Et l'individu n'accepte jamais volontiers une atteinte à sa liberté. Il la combattra de mille façons. C'est en cela qu'apporter des réponses répressives et liberticides n'a rien de positif pour l'ensemble de la société. Au contraire. Mieux vaut réfléchir à d'autres méthodes pour transformer durablement les comportements des individus.

Grégoire Barbey

10:50 Publié dans Humeur, Philosophie, Politique | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook | | | |

Commentaires

Les exemples ne manquent pas pour vérifier que tous ceux qui tentent de faire le bien des gens malgré eux provoquent une résistance, une réticence telle que c'est la garantie d'obtenir l'effet inverse à celui désiré.

En premier lieu il semble qu'un minimum d'humilité s'impose. Qui peut honnêtement se prévaloir d'un savoir universel indiscutable ?
Sami Kanaan, alors rapporteur de la commission des transports en plénière du parlement (janvier 2005) reconnaissait vouloir faire le bien des taxis genevois malgré eux en leur imposant la couleur unique jaune. Il reconnaissait toutefois plus tard autour d'un café que les commissaires s'étaient fait plaisir en s'inspirant des taxis de New York.

En revanche, à chaque fois qu'il est possible de valoriser, d'encourager, de faciliter les initiatives personnelles en faisant confiance au potentiel des individus on observe une émulation positive qui permet à chacun de se sublimer, d'évoluer en récoltant les fruits de sa démarche.

Le même principe est à l'oeuvre lorsque l'Etat prétend aider les plus démunis en leur fournissant des aides matérielles, des structures d'accueil, des conseillers sociaux et des réductions de leurs charges. Ici aussi on déconsidère l'individu, on l'assiste en lui imprégnant l'information qu'il n'est pas capable, qu'il n'a pas les moyens.

Bien sûr, tout n'est pas aussi manichéen, binaire. De nombreuses situations justifient l'intervention de l'Etat pour permettre aux plus démunis d'accéder au minimum vital. Il serait parfaitement indigne et inhumain qu'une société aisée ne favorise pas un minimum de solidarité.

Ce sont les moyens d'y parvenir que je questionne. Pour ne prendre qu'un exemple, je n'ai encore trouvé personne qui puisse proposer une alternative à l'internement des criminels.
Le bilan est catastrophique. Non seulement une très large majorité des détenus n'ont pour ainsi dire rien à faire dans un milieu carcéral, mais en plus ils en sortent avec un esprit revanchard et des moyens qui feront d'eux de vrais voyous. La prison est une bonne école pour les truands.
Et les prisons débordent, les détenus se révoltent, les gardiens se mettent en grève...

Écrit par : Pierre Jenni | 14/03/2013

Cher Monsieur Jenni,

Je vous remercie pour votre commentaire pertinent et intéressant.
Je suis contre l'incarcération des individus sans un motif valable.
La prison est censé permettre la réinsertion, or aujourd'hui le constat est sans appel: le milieu carcéral compliqué lourdement toute tentative de réinsertion dans la société civile. C'est grave.
Il y a tant de possibilités. Mais on préfère la facilité...

Cordiaux messages,
Gb

Écrit par : Grégoire Barbey | 14/03/2013

Quels sont les récentes initiatives populaire que vous classeriez dans cette catégorie ?

Écrit par : Djinus | 14/03/2013

Juste un petit plus sur lequel je suis tombé par hasard.
Clin d'oeil sur le penser par soi-même.

http://www.syti.net/MindVision.html

Écrit par : Pierre Jenni | 14/03/2013

Vivons dans l'anarchie alors.

Écrit par : Jean Calment | 14/03/2013

Hollenweg s'y colle. Avec brio.

Écrit par : Pierre Jenni | 14/03/2013

J'ai toujours eu un penchant anarchiste. Mais je m'accommode très bien de l'existence d'un Etat, pour autant qu'il soit efficace et bien géré.

Écrit par : Grégoire Barbey | 14/03/2013

C'est marrant, je sens qu'on va avoir le droit à "On paie trop d'impôt" ... de la part d'un mec qui n'en paie pratiquement pas je parie !

Écrit par : Djinus | 14/03/2013

"J'ai toujours eu un penchant anarchiste. Mais je m'accommode très bien de l'existence d'un Etat, pour autant qu'il soit efficace et bien géré."

Faut savoir ce qu'on veut. On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. Hein?

Écrit par : Jean Calment | 14/03/2013

J'ai fait beaucoup d’évolution grâce à votre billet, merci 1000fois!

Écrit par : Chartes graphiques | 28/03/2013

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