Gregoire Barbey

24/04/2013

L'inversion des valeurs de l'Etat de droit

Chronique, 24.04.13

 

L’actualité de ces dernières semaines démontre qu’une inversion des valeurs de l’Etat de droit est en cours. Depuis toujours, il a été question de présumer tout individu innocent, avant de prouver une éventuelle culpabilité. Aujourd’hui, ce principe fondamental et garant d’une certaine stabilité est en passe de disparaître. Plusieurs thématiques récentes en sont la preuve. L’abolition du secret bancaire, qui n’est autre qu’un outil permettant la protection des données privées d’un déposant, et donc le respect du secret de ses transactions. L’argument principal pour sa suppression pure et simple est l’opportunité qu’il offre aux fraudeurs du fisc de cacher des fonds importants aux autorités de leur pays d’origine. De nombreux instruments permettent d’agir convenablement ou au contraire d’occasionner des dégâts. Un couteau peut servir à couper du pain ou à tuer – du moins blesser – un être humain. Abolir le secret bancaire sous prétexte que certains en font une utilisation abusive (ce qui n’est clairement pas remis en question) est totalement aberrant. C’est imaginer l’humanité comme foncièrement mal attentionnée.

 

Autre volet de cette inversion des valeurs: la motion déposée par Christophe Darbellay (conseiller national PDC) pour permettre le fichage ADN de certains requérants d’asile selon leur origine. En l’occurrence: les Algériens, les Marocains et les Tunisiens. Une telle proposition est non seulement grave, mais elle rappelle des heures sombres de l’Histoire. Des individus seraient présumés coupables de par leur origine! Un comble. Il en va de même pour l’installation de caméras de vidéosurveillance dans les rues. Dès lors qu’une image démontrera la présence d’un individu dans un lieu donné peu de temps avant qu’un délit soit commis, ce sera à lui de prouver son innocence. L’exact contraire de ce qui a toujours prévalu jusqu’alors dans un Etat de droit. 

 

Est-ce à dire qu’il y a aujourd’hui une crise idéologique profonde qui pousse les individus à penser l’être humain comme étant fondamentalement mauvais avant de croire en sa capacité à faire le bien au mieux de ses possibilités? Probablement. Les indicateurs convergent dans ce sens. En tout état de cause, il est légitime de s’opposer vertement à une telle inversion des valeurs de l’Etat de droit. Présumer coupable quiconque avant de lui accorder le bénéfice du doute est inacceptable et totalement irresponsable. C’est instaurer une méfiance injustifiable et injustifiée dans les rapports humains. Toute personne, dans un système respectueux de l’être humain, mérite d’être pensé honnête. Et si des éléments démontrent le contraire par la suite, il y a lieu d’engager les démarches qui s’imposent. Mais dans le doute, rien ne permet de considérer quelqu’un comme étant coupable avant toute chose. L’Etat de droit doit servir l’humain, et non devenir son ennemi. Or, se méfier de toute personne a priori est bien la pire des solutions.

 

Grégoire Barbey

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Commentaires

Mais de quelles valeurs parlez-vous? Nous vivons dans une époque étrange où l'argent regne en maître. Pecunia non olet

Écrit par : Patoucha | 24/04/2013

J'avais eu à l'époque un débat interessant avec Alexis Roussel, du parti pirate.

http://pirate.blog.tdg.ch/archive/2012/11/12/le-parti-pirate-suisse-s-est-positionne-sur-le-secret-bancai.html

Qu'en pensez-vous ?

Écrit par : Djinus | 24/04/2013

Voici un très bon billet. Il est un fait que, malheureusement, les organisations de crime organisé ont toujours eu les mains totalement libres pour réduire une majorité d'êtres humains à un état primaire, d'une part pour pouvoir les exploiter à leur guise et d'autre part pour les rendre dépendants, malades, serviles, ignorants et inconscients. Tout cela a été minutieusement planifié. Un éveil de conscience semble s'opérer en ce moment et j'ose vraiment espérer que le pouvoir de ce monde occulte dirigé par une poignée de personnes puisse enfin trouver un adversaire de taille afin que l'humanité sorte de son conditionnement servile. Mais encore, faut-il qu'elle le veuille vraiment car il est tellement plus aisé de se faire servir un plat empoisonné plutôt que de chercher à trouver les ingrédients propices à une compréhension éclairée !

Écrit par : Myriam Hagen | 24/04/2013

Bonsoir Grégoire,

Réflexion intéressante sur ces trois objets : secret bancaire, "fichage ADN" et caméras de vidéosurveillance dans les rues.

Toutefois je ne vois dans aucun de ces cas une quelconque "inversion des valeurs de l'État de droit". En effet dans les trois cas, ces objets reposent sur des bases légales, avec une réserve toutefois concernant les relevés de profils ADN qui pourraient être discriminatoires s'ils devaient s'appliquer qu'à une partie seulement de la population des requérants d'asile et en fonction de critères de provenance - les pays du Maghreb en l'occurrence.

L'État de droit répond à des critères bien définis : une séparation nette des trois pouvoirs : législatif, exécutif et judiciaire, de surcroît la puissance publique doit s'appuyer sur des normes juridiques applicables à tous sans discrimination. Voilà pour l'essentiel.

Par conséquent, la réserve sur les relevés de profils ADN mise à part, je ne vois pas en quoi l'État de droit serait floué ?
Mais peut-être faites-vous ici plutôt référence au "renversement du fardeau de la preuve", cher à nos amis les avocats, où c'est à l'accusé qu'il incombe de prouver sa bonne foi et non à l'accusateur de démontrer le contraire ?

Cette réflexion sur ces trois objets placés actuellement sous les feux de l'actualité m'a interpellé également, à tel point qu'elle repasse en boucle dans ma tête depuis quelques jours. Est-ce d'ailleurs par pure coïncidence qu'on en analyse aujourd'hui la portée ? Serions-nous à l'aube d'une nouvelle période d'inquisition, ou alors la société serait-elle à ce point menacée qu'elle sentirait le besoin de mieux de protéger ?

Vaste débat ...

Avec mes cordiales salutations !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 24/04/2013

Pendant que la gauche fait la chasse aux épargnants plus ou moins indélicats, les politiques de cette même gauche détourne les milliards sur des comptes restés in-touchés, qu'en est-il du compte de la mère de l'ex-premier ministre socialiste grec Papamdréou avec ses 550 millions détournés des aides européennes !

C'est marrant, on a été inondé après cette découverte par des soi-disants scandales qui n'avaient rien à voir avec les détournements des finances européennes par centaines de milliards !!!

Il faut toujours être conscient d'une chose, quand des politiciens attirent notre attention sur des tranches de saucisson, ils ont déjà volés la charcuterie !

En tout cas les 550 millions sur le compte de cette mère de dirigeant socialiste, plus personne n'en parle !!

Écrit par : Corto | 25/04/2013

Grégoire censure Corto et laisse les usurpateur de son pseudo publier des horreurs sur son blog, c'est là qu'on voit que les méthode socialistes et extrême-droite, blanc bonnet et bonnet blanc !!

ça va se savoir !!

Écrit par : Corto | 27/04/2013

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