Gregoire Barbey

06/05/2013

Eloge du respect en politique

 

Chronique, 06.05.13

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MCG. La nouvelle affiche de campagne pour l'échéance
des élections cantonales le 6 octobre prochain.

 

Les interactions sont nombreuses en politique. C’est un domaine où les idées sont propres à chacun. Certains en partagent quelques-unes, voire la majorité, d’autres en sont à l’exact opposé. Il n’empêche que derrière le discours et l’idéologie, il y a des êtres humains. Et c’est justement ça qu’il ne faut jamais oublier. Même dans l’émulsion des grandes confrontations. Dans les croisements de fer, où chacun veut avoir le dessus sur son adversaire. Il s’agit de garder à l’esprit qu’en-dehors des grands axes qui nous tiennent à cœur – pour certains, l’important est la place de la femme dans la société, pour d’autres, c’est la valeur des traditions, etc. –, il y a de nombreux sujets où nous sommes en accord avec la quasi-majorité de nos semblables.

 

Il suffit pour démontrer cette réalité de comparer les résultats de son smartvote. Mettons que vous soyez profondément de gauche et que le simple fait d’évoquer l’UDC vous colle de l’urticaire. Eh bien, regardez le pourcentage de réponses similaires d’un membre de ce parti que vous n’aimez guère. Même si vos points communs sont inférieurs à 50%, ils existent. Et démontrent qu’il y a toujours des sujets qui nous unissent. On a tendance à le nier, ou à l’ignorer, parce qu’il semble plus correct de se persuader qu’on ne partage rien du tout avec quelqu’un pour mieux le détester. Et pourtant…

 

Le respect, en politique comme ailleurs, est fondamental. Il s’agit de toujours être à l’écoute des autres. De se porter volontaire pour aller à la rencontre de ces personnes qui pensent différemment de nous. Il y a toujours des raisons, même si elles nous échappent a priori. Et c’est justement ça tout l’intérêt: sortir des sentiers battus. S’ouvrir à des horizons nouveaux. Les autres ne sont pas l’enfer, comme l’a jadis écrit Jean-Paul Sartre. Ils sont un tous l’expression d’un univers individuel, riche et puissant, grand et diversifié, qui peut toujours nous apporter quelque chose. Je suis intimement convaincu qu’on a toujours quelque chose à apprendre de nos semblables. Quand bien même tout semble nous séparer. Il faut simplement savoir mettre de côté ce qui nous divise pour mieux cerner ce qui nous rapproche.

 

Ce n’est pas de l’angélisme, mais un simple constat. Et je remarque trop souvent que le respect n’est pas mis en pratique, d’une façon ou d’une autre. Dernièrement, j’ai été particulièrement choqué par l’affiche de campagne du MCG, sur laquelle figure: «Les ennemis des Genevois. Frontaliers, assez!». C’est particulièrement grotesque et inapproprié. Ce ne sont pas les frontaliers qui sont les ennemis des Genevois. A la rigueur, ce sont des décisions politiques qui ont des répercussions (encore que, ça reste à prouver) négatives sur l’emploi à Genève. Mais jeter en pâture des milliers d’individus qui n’ont, pour la plupart, que le désir de nourrir leur famille de façon décente et dans des conditions salariales acceptables, c’est un excès que je ne puis accepter. C’est opposer les citoyens entre eux. Au-delà des frontières qu’ils traversent quotidiennement pour venir travailler à Genève, ces gens ont des sentiments, des émotions, des projets et des idées. Ils ont chacun une richesse dont on ignore la portée mais qui existe. Et c’est nier cette particularité que de les mettre dans la case «ennemis».

 

Encore une fois, ce n’est rien d’autre qu’un coup marketing. Ce n’est pas bien compliqué de comprendre les motivations des frontaliers qui viennent travailler en Suisse. Nous ferions exactement pareil si nous étions à leur place. La question qui s’impose, c’est comment limiter cet effet (s’il est vraiment négatif). Ce n’est pas de montrer du doigt. A quoi bon? Espérer qu’un jour un Genevois cède à l’émotion et tue un frontalier? C’est le but? Je ne peux pas considérer comme acceptable de jouer avec les sentiments des citoyens. Parce qu’au fond, ces gens sont comme nous. Et méritent le respect. C’est important de ne pas céder aux sirènes de la haine et d’être ouvert aux autres. Je le répéterai toujours, quitte à être rébarbatif, politiquement correct ou simplement ennuyant. Parce qu’il s’agit là d’une valeur qu’il convient de partager universellement, quelle que soit notre idéologie, notre religion ou même notre culture. Un point c’est tout.

 

Grégoire Barbey

11:37 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |

Commentaires

Votre lecture de l'affiche est erronée. Ce ne sont pas les frontaliers qui sont désignés comme ennemis des Genevois, mais les manifestants représentés sur la photographie, à savoir:
Le Groupement transfrontalier par son président, qui mélange allègrement les frontaliers historiques de l'Ain et de la Haute-Savoir, en ce qui concerne Genève, et les euro-frontaliers, qui s'agglutinent d'autant plus aux portes de Genève que la clause de sauvegarde a été activée par le Conseil fédéral, et qu'elle ne s'applique pas aux travailleurs frontaliers.Sont également ennemis de Genève, les syndicats qui mettent leur énergie pour lutter contre le MCG plutôt que de protéger les emplois, ne pouvant admettre que nos résidents, avec leurs charges, ne peuvent pas lutter loyalement avec des euro-frontaliers, prêts à travailler pour des salaires inférieurs à ce que leurs compétences et leur expérience mériteraient.
Pour le surplus, l'affiche dit "frontaliers assez" et non "frontaliers dehors", ce qui veut simplement dire que la ligne rouge a été franchie.
Faire l'autruche est la politique des partis gouvernementaux, qui ne veulent pas écouter le ras-le-bol de la population.
Cette affiche ne provoque qu'une seule chose: le débat.

Écrit par : mauro poggia | 07/05/2013

Cher Monsieur Poggia,
Une fois de plus vous venez défendre l'indéfendable sur ce blog. Si ma lecture est erronée, j'en suis navré, mais c'est peut-être parce que l'affiche porte à confusion, n'est-ce pas? Ces gens sur l'affiche ont le droit de manifester, le retireriez-vous la possibilité si vous étiez élu au Conseil d'Etat? J'en doute fort. Vous comme moi savons qu'il faut plus que des pointages du doigt en politique. Il faut des actes. Et là, une fois de plus, c'est une accusation dénuées de toute mise en pratique. Vos solutions pour l'emploi, outre taxer les frontaliers de sangsue, c'est quoi?

Écrit par : Grégoire Barbey | 07/05/2013

@M. Poggia
Par pitié, ne venez pas nous donner une explication de texte foireuse.
Votre affiche donne un message clair et limpide :
Les ennemis des Genevois sont les frontaliers. D'ailleurs juste en dessous de la photo illustrant, pour illustrer vos propos, vous prennez la peine de remettre votre slogan "Frontaliers Assez". Le message est assez explicite. Au mieux vous nous prennez pour des cons, au pire vous n'assumez pas vos propos.
Cette affiche scandaleuse ne vise qu'à faire monter la moutarde au nez des chomeurs genevois et les monter contre les frontaliers. J'imagine que vous serez ravi le jour où un Genevois pètera les plombs et fera la peau d'un frontalier. Vous vous défausserez surement sur le déséquilibre mental de l'agresseur, en repasserez une petite couche sur le malaise social au passage... Un beau tour de pase passe en somme.

Écrit par : eric dubuis | 07/05/2013

Il serait très intéressant que les employés domiciliés à Genève se manisfestent en expliquant la perte de leur emploi au profit des frontaliers. Tout le monde en connaît et, personnellement, une parente, employée dans une succursale d'une banque française à Genève a perdu son emploi et a été remplacée par un frouze plus jeune et coûtant moin cher ! Je connais aussi une jeune fille qui, après avoir obtenu son diplôme à l'ecole de commerce, s'est vue refusée pour un poste d'employée de bureau aux HUG au profit d'une frontalière. De tels exemples sont très courants !

Écrit par : Gedeon Teusmany | 07/05/2013

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