Gregoire Barbey

16/05/2013

L'Etat et la peine de mort: un mélange inacceptable

Chronique, 16.05.13

 

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Lorsque l'actualité révèle les crimes les plus odieux, prompte est l'avidité de la masse à sombrer dans les extrêmes. Sur les réseaux sociaux, l'indignation atteint son paroxysme. Voué aux Gémonies, l'assassin de Marie devient l'argument qui justifie aux yeux de certains (pas tous) la réintroduction de la peine de mort. Ce fardeau de l'humanité qui a fait couler tant de sang au nom d'une Justice divine. Justice qui est en réalité pensée et appliquée par des Hommes. Cette façon d'instrumentaliser des événements sordides pour se positionner en faveur du plus grand des crimes - celui qui est issu du consentement populaire - ne saurait en réalité résister à quelques arguments. Des penseurs en tout temps ont fait de la peine de mort un combat, un symbole de barbarie au sein même des institutions créées par et pour les Hommes. Comme le célèbre ouvrage de Victor Hugo, Le dernier jour d'un condamné, qui plutôt que de lister toutes les raisons de s'opposer vivement à cette pratique, se plonge dans la psyché d'un individu dont les heures sont comptées avant que sa tête roule au sol.



D'autres encore, comme Voltaire, ont préféré un coupable en liberté plutôt qu'un innocent six pieds sous terre, conséquence d'une vindicte populaire difficilement contrôlable. S'il faut respecter les émotions induites par les horreurs que certains de nos semblables commettent, il ne faut pas pour autant oublier de cultiver une certaine distance par rapport aux événements. Oui, la méchanceté et la folie, la perversité et l'incurie de certains ont matière à nous indigner. C'est même une preuve de bonne santé que d'éprouver du dégoût face aux actes les plus violents. Mais de grâce, ne tombons pas nous-mêmes dans le piège de la vengeance. Elle ne résout rien et ne fait surtout pas revenir les disparus. Donner à l'Etat, prolongement institutionnel du désir des Hommes de vivre en société, le droit d'octroyer à l'un de ses serviteurs la possibilité de choisir entre la vie et la mort de l'un de ses citoyens, c'est faire montre de peu de conscience. La Justice est un avatar du désir de sécurité qu'éprouvent les êtres humains. Mais est-ce sécurisant, un Etat qui fait couler le sang sous couvert de Justice?



La peine de mort est une atteinte à la raison, une dérive qui ne peut être ni permise, ni soutenue. Non qu'il ne faille comprendre la douleur qui consume les âmes meurtries par un crime. Mais par définition, le rôle de la Justice, faillible car appliquée par les Hommes, est de s'extraire du cadre strictement émotionnel et de décider selon certains principes érigés en lois, garantes d'une stabilité sociale. Il n'y a, à proprement parler, aucune excuse à l'individu qui tue ou viole. Et c'est à l'Etat que revient la tâche de condamner équitablement le criminel. Si ce même Etat condamne le meurtre et accepte qu'il y ait sous son autorité des individus qui puissent mettre à mort un être humain, comment croire en une quelconque Justice? Ne doit-elle pas justement s'élever au-delà des querelles humaines et agir pour le bien commun? Qu'il y ait aujourd'hui des carences dans le système pénal, ou dans l'application des peines, c'est possible. Mais il n'est tout simplement pas compréhensible de revenir à des pratiques séculaires et démocratiquement abolies pour palier à des manquements juridiques.



Que l'Homme qui condamne un individu à mort soit lui-même condamné pour meurtre par procuration. Car c'est bien de cela qu'il s'agit: un crime légalisé, autorisé en tant que représentant de l'ordre étatique mais puni dans la vie civile. Ce n'est tout simplement pas justifié et justifiable. Aujourd'hui, l'Etat ne dispose plus de ce droit. Qu'il puisse atteindre à l'intégrité physique d'un individu ne peut être ni compris, ni toléré. L'Etat est un instrument au service de l'Homme. Il ne doit pas servir à tuer les êtres humains, mais leur permettre de vivre ensemble dans un cadre légal communément admis par le plus grand nombre. Et lorsque dérapage il y a, sa fonction est de sanctionner selon des peines adéquates. La privation de liberté est une mesure autrement plus désagréable pour le condamné, si la durée est suffisamment longue. La mise à mort est une punition absolutiste, mais n'a qu'une conséquence immédiate. Pour certains, mourir est préférable à une longue peine de prison. Doit-on abréger la sentance d'un criminel en lui infligeant la peine capitale? Mais là n'est pas le propos. Il est une réalité simple: l'Etat ne doit aucunement attenter à la vie des citoyennes et des citoyens. C'est une question de salubrité publique. Réintroduire la peine de mort, c'est autoriser les dérives les plus scandaleuses.

 

Grégoire Barbey

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Commentaires

Dans la situation actuelle seuls ont "droit" à la peine de mort les innocents, surtout les enfants, lâchement abandonnés par la société qui devrait les protéger. Si la protection des innocents était prioritaire on n'aurait des peines privatives de toute liberté pour les criminels du genre qui vient de frapper. Mais dans ce monde on dépensera toujours plus d'énergie, de moyens, d'arguments pour s'occuper des criminels que pour protéger les innocents ou s'occuper des victimes co-latérales. Qui s'occupera de réparer le dommage fait aux proches ? à soulager leur terrible épreuve ? qui s'occupera vraiment d'empêcher la prochaine catastrophe ? la réponse est simple : personne !
Faire croire qu'être contre la peine de mort c'est être civilisé masque le fait, encore une fois, que ce n'est pas vraiment être contre la peine de mort de façon absolue, car c'est accepter la récidive qui condamne à mort les innocents et cette peine là, il faut bien l'assumer, non ?

Écrit par : uranus2011 | 16/05/2013

vous écrivez : "Il est une réalité simple: l'Etat ne doit aucunement attenter à la vie des citoyennes et des citoyens"
mais n'est-ce pas ce que l'état fait en refusant de mettre à l'écart définitivement les criminels qui eux attentent à la vie des citoyennes et citoyens ? La citoyenne Marie ne méritait-elle pas une protection face à la peine de mort, aussi efficace que le criminel qui en a librement disposé ?
Le refus de la peine de mort est légitime mais pas suffisant : il ne doit pas masquer le besoin de décisions claires et définitives pour mettre à l'écart ceux qui menacent la vie des autres.

Écrit par : uranus2011 | 16/05/2013

La peine de mort pour des individus tels celui-ci...Il ne s'agit plus de punition ou même de vengeance!!! Tout simplement une question de protection!
Face à une réalité, vous vous réfugiez derrière tous ces "clichés" issus d'une éducation judéo-chrétienne complètement ridicule.
Peut-être, pour vous rassurer, pourrait-on simplement changer le terme...remplacer "peine de mort" par euthanasie assistée.

Écrit par : Joe | 16/05/2013

Serait-ce trop vous en dire que de me prendre moi-même comme sujet puisqu'à l'âge de 19ans j'ai été enlevée, séquestrée, menacée d'un couteau, d'une scie et d'être scotchée, avant d'être sauvagement violée? Oui j'ai encore peur de recroiser mon violeur qui a purgé sa peine de 10ans et est libre maintenant, également un récidiviste puisque nous étions 5 à porter plainte dont une de ses bonnes amies. Evidemment je suis contre la peine de mort mais laissez les gens s'exprimer svp, la distance dont vous parler n'est pas donnée à tout le monde et mieux vaut exorciser le mal par de mots plutôt que par des actes. Par contre je suis pour de très très longues peines, comme aux Etas-Unis, et une sorte de "lobotomisation", excusez le mot mais je n'en trouve point d'autre, aux neuroleptiques. Quand à la Suisse vendeuse d'armes dans des pays instables (je sais, hors sujet) n'est-ce pas une sorte de condamnation à mort? Alors bas les masques svp, fini l'hypocrisie du style chez nous on est plus civilisé car on a abolit la peine de mort... c'est toujours mieux de tuer à l'étranger n'est-ce pas avec nos armes? Et on s'en lave les mains comme a fait Ponce Pilate. Non je ne suis pas d'accord avec vous.

Écrit par : Sissi | 16/05/2013

Vous avez tout à fait raison : la peine de mort ne résout rien si ce n'est faire plaisir à certaines personnes pour qui elle est la seule voie possible. La peine de mort a été supprimée dans nombre de pays,cela n'a jamais empêché des crimes, des meutres et assassinats. En revanche, la privation de liberté est tout à fait adéquate.

Écrit par : MBA | 16/05/2013

Deux mots.
L'un à l'auteur de ce blogue: Continuez votre combat malgré les difficultés. Il est juste et porteur d'avenir. Votre argumentation était forte et bien élaborée. Merci

L'autre à Uranus 2011 qui écrit: "Qui s'occupera de réparer le dommage fait aux proches ? à soulager leur terrible épreuve ? qui s'occupera vraiment d'empêcher la prochaine catastrophe ? la réponse est simple : personne !" Je ne suis pas d'accord. Il y a des tas de gens qui aident, qui savent écouter, qui soutiennent des victimes et, aussi, des violeurs en puissance. Pas de manière grandiose, pas publiquement, mais qui sont là. Les gens peuvent être bons et fraternels!

Écrit par : Daniel Neeser | 16/05/2013

Je partage pleinement et sans réserve votre analyse. La peine de mort ne sert à rien, sinon, parfois, à tuer des innocents.

Cela dit, votre discours structuré se heurte, hélas, à des considérations émotionnelles qui permet à la loi du talion d'exprimer toute son absurdité.

L'événement dont vous parlez - sans le nommer expressément - me rappelle un film d'André Cayatte "nous sommes tous des assassins", grand prix du Festival de Cannes en 1952 qui fut un magnifique réquisitoire contre la peine de mort. A voir absolument si l'occasion se présente.

Écrit par : Michel Sommer | 16/05/2013

" La peine de mort ne sert à rien, sinon, parfois, à tuer des innocents. "

C'est ce que vient de faire l'état en libérant un assassin et qui a récidivé en tuant une innocente.

D.J

Écrit par : D.J | 16/05/2013

"" La peine de mort ne sert à rien, sinon, parfois, à tuer des innocents. "

C'est ce que vient de faire l'état en libérant un assassin et qui a récidivé en tuant une innocente.

D.J"


Comme d'habitude, les commentaires de DJ sont dépourvus de sens.

Écrit par : Edouard | 16/05/2013

"" La peine de mort ne sert à rien, sinon, parfois, à tuer des innocents. "

C'est ce que vient de faire l'état en libérant un assassin et qui a récidivé en tuant une innocente.

D.J"


Comme d'habitude, les commentaires de DJ sont dépourvus de sens.

Écrit par : Edouard | 16/05/2013

@DJ,si c'était le peuple qui était laissé seul juge bien des innocents seraient sacrifiés .Devant tout drame il est nécessaire de prendre du recul et ne pas laisser la passion l'emporter sur la raison
Dreyfuss aussi fut condamné et un célèbre Vaudois aussi ! on connait la suite.
Cependant quand on sait le degré de perversité ayant pris l'ascenseur grâce à Internet,c'est pas demain la veille qu'il y aura moins de malades en liberté ce d'autant quand on sait des sectes vouloir guérir par n'importe quelle pratique des gens qui devraient être en clinique psychiatrique.La prière ne guéri jamais c'est inscrit dans les évangile,elle aide mais ne résoudra jamais rien,ceux qui disent le contraire n'ont encore rien compris

Écrit par : lovsmeralda | 16/05/2013

"6 ans de prison et 300 coups de fouet. C'est la peine infligée en Arabie saoudite à un Libanais qui avait encouragé une Saoudienne à se convertir au christianisme et à quitter le pays. Les musulmans qui se convertissent à une autre religion sont passibles de la peine de mort et la pratique des autres religions est interdite dans le pays"--> article de la TDG.

En Suisse, je vous invite à regarder comment sont traités les détenus en consultant le RRIP (Règlement sur le régime intérieur de la prison et le statut des personnes incarcérées) ainsi que de discuter avec les gardiens de prison, si vous avez la chance d'en connaître.

La question réside dans l'adéquation de la peine. Allez demander au père s'il trouve que la peine est adéquate pour le type qui a enlevée sa petite fille, l'a violée puis lui a tranché la gorge. Allez poser la même question à un citoyen lambda qui a seulement lu l'histoire dans un fait divers. Posez ensuite la question au juge, qui est censé se replacer dans les circonstances du cas d'espèce.
Cela dépend de la vision qu'on a de l'Homme, qui est purement subjective. Me Verges le dit, il n'y a pas de vérité, il n'y a que des point de vues.

Pour le surplus, je suis favorable au deuxième commentaire de Uranus2011.

Écrit par : Monsieur P | 16/05/2013

M. Barbey, +1000

Votre commentaire donne l'occasion aux tenants d'une idéologie et de valeurs fascistes de sortir du bois. Pour cela aussi, il est fort utile.


"tous ces "clichés" issus d'une éducation judéo-chrétienne complètement ridicule."

Comme si les "judéo-chrétiens" (le mariage du la carpe et du lapin) étaient contre la peine de mort. En voilà un qui n'a jamais lu la bible, ni parcouru l'histoire du "judéo-christianisme"! "Tuez-les tous! dieu reconnaîtra les siens!"

Si Calvin avait été contre la peine de mort, cela se saurait.

Écrit par : Johann | 16/05/2013

Merci à Michel Sommer de son commentaire à la suite du mien (MBA). Je comprends les considérations émotionnelles dont vous parlez et je les partage entièrement. Cordialement.

Écrit par : Marlyse | 16/05/2013

@Johann
Peut-être que je me trompe et que le terme est mal choisi... mais, alors, comment appelle-t-on cette "éducation" basée sur les préceptes du Nouveau Testament, essentiellement sur le "pardon", les "tu ne tueras pas", etc. ?
Bref, toutes ces "belles" images véhiculées par l'église et les bigots de service.

Écrit par : Joe | 17/05/2013

Bonjour à tous,

Vos commentaires me font bien rire, pardon, mais on voit bien que vous n'êtes pas à la place des victimes, dire qu'il y a du soutien pour les bourreaux je veux bien le croire puisque mon violeur a pu faire des études en prison et a trouvé une copine depuis sa même prison juste après les viols, par contre pour les victimes et leurs proches c'est une tout autre histoire, jusqu'au procès personnellement je n'ai eu aucun soutien et me suis retrouvée à la rue perdant la garde de ma petite fille par la même occasion. J'ai même été accusée, avant de gagner le procès, et ce par mon propre conseiller légal, de "l'avoir bien cherché", un scandale je vous dis, et aucune humanité de la part des personnes qui auraient du me soutenir moralement. Sans parler des traitements de chocs que j'ai subi à l'hôpital du genre camisole de force pour avoir simplement répondu à un infirmier. Quand à la LAVI (aide aux victimes) et bien elle n'existait tout simplement pas à l'époque. Bref, dans le cas mentionné, sachez que les parents de la première victime en sont morts de chagrin peu après. Donc ce n'est pas 2 victimes mais déjà 4 à son actif. Quand les mentalités changeront faites-le moi savoir, pour l'instant c'est le Moyen-Age! A tel point que j'ai du changer de canton et aller où personne ne me connaît afin de me reconstruire. Enfin accuser les religions ne fera qu'attiser la haine déjà bien grande entre les peuples, je vous en prie chacun ses croyances et respectez l'autre. MERCI.

Écrit par : Sissi | 17/05/2013

@Sissi,la lobotomisation pour ceux ayant accompagné à la journée des gens pour qui seule cette intervention était nécessaire et la souhaiter alors que la psychiatrie a été mise à l'index pour celle-ci et d'autres soins qui pourtant étaient nécessaires pour protéger la population et le patient,vous allez vous attirez des foudres!
Cenpendant vous n'avez pas entièrement tort ce qui ravirait certains excellents psychiatres et Suisse ,malheureusement tous décédés .Ces tergiversations carcérales sont pain béni pour les mouvances sectaires qui rêvent d'un monde ou la prière résoud tout alors qu'on sait celle-ci pouvant mener au meurtre un schizophrène en plein délire mystique ,secondaire justement à la religion .On en a vu beaucoup* monter les rideaux * façon de dirre tout casser ,eux en premier au moment des fêtes religieuses.Pendant ces période ils sont les plus vulnérables et leurs hallucinations s'exprimeront de diverses manières .Et le plus souvent au moment ou plus personne ne s'y attend.
bonjours tristesse et dégats tous aimuts s'ils sont hors controle médical
toute belle journée pour Vous

Écrit par : lovsmeralda | 17/05/2013

@lovsmeralda

Vous dites que c'est du passé??? Allez donc vous-même en tant que malade à l'hôpital psychiatrique et vous verrez que c'est très actuel avec tous les produits chimiques que l'on injecte, les malades deviennent des légumes. Et les psychiatres qui pratiquent ces traitements soi-disant modernes sont bel et bien vivants et parmi nous. Donc je parlerai de castration mais les mains et la tête sont encore libres pour ces fous mentaux psychopathes et ils continuent de tuer. Arrêtez de tout mettre sur le dos de la religion, que vous a-t-elle donc fait de mal pour que vous lui en vouliez autant...je crois que vous mélangez tout, je connais bien des croyants gentils et normaux, pas tous des schyzo comme vous dites.

Écrit par : Sissi | 21/05/2013

Bien entendu, non à la peine de mort mais il ne faudrait quand-même pas oublier qu'un meurtrier condamné à mort est une personne qui a condamné une autre personne, sa victime, à mort...en premier... La psychanalyse, librement consentie, menée à son terme, ne serait-elle pas le meilleur moyen permettant au détenu une fois libéré d'éviter la récidive, de m'eme, évidemment, pour les viols? Myriam Belakovsky

Écrit par : myriam belakovsky | 15/08/2013

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