Gregoire Barbey

26/05/2013

Les vestiges de la haine des différences

 Chronique, 26.05.13

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Manifestation contre le mariage homosexuel. Des dizaines de milliers d'opposants
ont défilé dans les rues de Paris. Des policiers et un journaliste ont été blessés.

 

Nous vivons dans un monde incroyable. Il y a tant de luttes à mener pour des causes qui méritent d’être encouragées. Tant de choses qui peuvent nous réunir autour d’un même but. Bien sûr, nous sommes différents: nos pensées, notre éducation, nos modes de vie ne sont pas les mêmes et c’est tant mieux. Mais de grâce, pourquoi devons-nous nous battre pour ce que nous sommes? Que certains soient homosexuels, handicapés, végétariens, immigrés, qu’est-ce que ça peut bien nous faire? Ces individus ont le droit de vivre tels qu’ils sont. C’est valable pour tous: nous sommes libres de faire ce que nous souhaitons, tant que cela n’a pas d’atteinte sur l’intégrité physique ou psychique de nos semblables. Que l’on manifeste pour exprimer son désaccord sur un projet de loi ne me gêne en rien. Mais c’est sur le texte qu’il faut débattre, et non s’en prendre aux individus.

 

Heureusement que nous ne sommes pas tous faits des mêmes émotions, des mêmes comportements. Quel ennui! Quelle tristesse aussi… Je ne puis comprendre ce qui motive des êtres humains à se faire la guerre pour des détails qui ne regardent que les personnes concernées. Ce manque de respect de la sphère privée, cette ingérence dans la vie des autres, c’est quelque chose qui ne m’a jamais plu et ne me plaira jamais. Il y a des lignes à ne pas franchir, et quitte à ne pas comprendre ces gens différents, au moins respecter leur droit de ne pas être comme la majorité. Ce que je dis est valable pour toutes les minorités, toutes ces femmes et tous ces hommes opprimés parce qu’ils arborent des divergences par rapport au commun des humains.

 

La démocratie devrait être fondée sur le respect des minorités. Et c’est tout l’inverse. A chaque occasion qui se présente, la peur est distillée dans l’esprit des gens, et l’on méprise des victimes expiatoires, comme si montrer du doigt était un acte réconfortant. Comme s’il faisait bon de se sentir dans la bonne société, celle qui est conforme aux règles. Tous ces êtres humains ont le goût de ce qui est lisse, ce qui n’a guère d’aspérité. Et bien je les plains. Ce qui fait la beauté de notre système démocratique, c’est la possibilité de débattre sur d’innombrables sujets, de confronter nos idées divergentes pour tenter de trouver une entente qui convienne à la majorité. Mais ce qui convient au plus grand nombre ne doit pas pour autant affecter négativement ceux qui sont moins nombreux.

 

«La haine, c’est l’hiver du cœur», écrivit Victor Hugo dans ses Contemplations. Tous ces êtres humains qui se réunissent pour s’opposer à une catégorie de leur semblable montrent à la fois une peur de ce qui ne leur ressemble pas et une haine de ce qu’ils ne comprennent pas. Ce sont les vestiges de la haine, là où la lumière n’arrive point à s’engouffrer, où le cœur semble trop opaque pour laisser transparaître quelque rayon lumineux.

 

Ces détestations qui envahissent tant d’âmes humaines, je ne les comprends que trop bien, et c’est pourquoi je les combats. Elles sont la résultante d’une haine qui n’est pas celle des autres, mais qui est tournée d’abord vers soi-même. Pour s’ouvrir aux autres, il faut s’accepter tel que l’on est. Ce chemin, nul ne peut le faire à la place des personnes concernées. Tout ce que l’on peut espérer, c’est de les guider quelque peu. Et encore. J’aime à croire qu’un jour, ces différences ne seront même plus évoquées. Que tous, nous nous accepterons non pas pour ce qui nous différencie, mais pour ce qui nous réunit. Et pour qui sait observer, il y a bien plus de choses qui nous réunissent. Ce qui nous sépare est dans les détails. Comme le diable.

 

Grégoire Barbey

23:28 Publié dans Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |

Commentaires

Ces manifestations ne sont pas le fruit du hasard, elles sont l'expression d'un peuple qui voit ses valeurs baffouées et qui face au complot mercantil de manipulateurs sans foi ni loi crie sa colère plutôt que d'accepter de disparaître.

Écrit par : norbertmaendly | 27/05/2013

Correction:

"Ces manifestations ne sont pas le fruit du hasard, elles sont l'expression d'un groupuscule qui voit ses valeurs obscurantistes et réactionnaires baffouées et qui face au complot de l'évolution de la société crie sa colère plutôt que d'accepter de disparaître."

Écrit par : Johann | 27/05/2013

C'est étrange, il y a des français qui manifestent et sont refoulés et matraqués par la police alors qu'il y a quelques jours la police n'est pas intervenur au Trocadéro lors de la "fête" du PSG ! Pourquoi ? Les familles sont plus dociles que les hooligans ? Ou est-ce que la police a eu peur de se fraire traiter de raciste ?

Écrit par : Adhemar Aucardetour | 27/05/2013

La différence entre les hommes et les femmes?

Écrit par : Mère-Grand | 29/05/2013

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