Gregoire Barbey

30/05/2013

Union européenne: un mal nécessaire

 Chronique, 30.05.13

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 Union européenne. Que nous le voulions ou non, il faudra un jour se résoudre
à prendre les devants. Si possible avant qu'il ne soit trop tard!

 

Les citoyennes et les citoyens suisses semblent majoritairement opposés à une adhésion à l’Union européenne. C’est une réalité et elle n’est clairement pas remise en cause. Les arguments de l’opposition sont fondés sur des faits qui justifient une crainte pour l’avenir de notre pays. Mais j’aimerais ici exposer un avis – conscient d’être très largement minoritaire – sur une voie qui m’apparaît être la seule viable à long terme. Il y a des constats à émettre, et mieux vaut les partager avant qu’il ne soit trop tard. Car comme dit l’adage, nous sommes toujours intelligents après. Cependant, dans des contextes où tout un pays est concerné, les proportions n’ont pas la même échelle.

 

L’Union européenne pèche effectivement par son système politique, où la participation des citoyens est quasiment inexistante, pour ne pas dire totalement. Alors pour la population suisse, il est évident qu’un tel modèle n’est pas envisageable. Et c’est une raison que je soutiens volontiers. Il faut néanmoins nuancer ce fait. Si la Suisse devait adhérer à l’Union européenne, ça ne serait pas sans conditions. Et sans doute viendraient-elles des deux côtés. Ce qu’il faut impérativement comprendre, c’est qu’aujourd’hui, il n’est plus possible de faire marche arrière dans la globalisation de notre monde. Les Etats sont voués, peu à peu, à disparaître. Les frontières qui persistent sont simplement juridiques. Mais concrètement, elles n’existent plus. La technologie a dépassé l’aspect matériel qui nous empêchait d’interagir à l’échelle internationale.

 

Il nécessite donc de faire le deuil de certains conforts issus d’un passé différent. Le contexte évolue, nos habitudes également. La société est en pleine mutation, et nos modes de fonctionnement sont en sursis. Il s’agit donc d’accepter ça sans nostalgie et de prendre les devants pour ne pas finir sur le carreau! Et ça passe, que nous le voulions ou non, par certains compromis. A nous de faire en sorte que ça ne devienne pas des compromissions. A l’heure actuelle, nous sommes plutôt sur la mauvaise pente. David Hiler me disait, lorsque je l’interviewais mardi, qu’il n’y a pas de solution gratuite. Il faisait en l’occurrence référence à la réforme de la fiscalité des entreprises. Mais je pense que son constat peut être extrapolé dans nos rapports à l’Union européenne. Nous avons choisi la voie des accords bilatéraux. Et force est de constater que cette solution a fait son temps.

 

Nous allons être amenés à devoir intégrer, petit à petit, les standards juridiques européens, puis internationaux. C’est déjà le cas en matière de fiscalité, où les pressions sont toujours plus fortes contre la Suisse. Sauf qu’aujourd’hui, personne ne peut plaider la cause de la Suisse à Bruxelles. Tout au plus quelques diplomates, dont l’efficacité n’est malheureusement plus véritablement avérée. Nous n’avons pas voix au chapitre et nous ne pouvons pas négocier de compromis dans notre intérêt. Les tenants de notre souveraineté nationale ne réalisent pas encore qu’à ce jeu-là, notre pays sera totalement perdant, et beaucoup plus vite qu’ils n’osent l’imaginer. Ce qu’il faut, c’est inverser la tendance. J’ai connu, à travers l’histoire de la Suisse, un pays audacieux, courageux, qui a toujours su se montrer ferme dans les affaires étrangères. Pourquoi ne pas continuer sur cette lancée, et exporter notre magnifique modèle politique à l’Union européenne?

 

Certes, une telle révolution institutionnelle ne peut avoir lieu en quelques mois, ni quelques années. Il faudra des décennies pour que la mondialisation arrive à maturité. Nous ne sommes que poussière dans une destinée que nous refusons visiblement de prendre en main. Votre serviteur est opposé à tout renoncement, et envisager une éventuelle adhésion à l’Union européenne n’est pas synonyme d’abandon. Au contraire, ça doit être le prétexte pour mener une bataille acharnée afin de faire reconnaître nos droits, et surtout notre importance. L’Union européenne s’est formée historiquement sur des besoins économiques. La communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) en est l’origine. C’est donc tout logiquement que sa construction s’est attachée à l’aspect économique, négligeant la démocratie et la participation des citoyens à ce grand ensemble.

 

C’est peut-être à la Suisse, petit pays quasiment au centre géographique de l’Europe, d’apporter ce que l’Union européenne n’a pas encore mis en place. A celles et ceux qui seraient tenter de me traiter d’idéaliste, je leur répondrai qu’il n’y a pas de grandes réussites sans grandes ambitions. Rien ne se fera facilement, et ce n’est qu’en adoptant un esprit combatif que nous obtiendrons ce qu’il y a de mieux pour notre propre intérêt. Et je le répéterai encore et encore. Nous sommes à la croisée des chemins, une époque particulièrement passionnante à vivre car pleine de promesses, mais aussi de danger. Que l’on soit d’accord ou non avec mon constat, je suis convaincu et le resterai qu’à long terme, nous devrons nous plier à bien d’autres exigences. Autant mener les négociations avec dignité et surtout audace. J’espère simplement n’avoir pas besoin de dire un jour à mes amis s’y opposant: je vous l’avais dit.

 

Grégoire Barbey

09:38 Publié dans Air du temps, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook | | | |

Commentaires

deux images me viennent à l'esprit en pensant à la Suisse.

Elle ressemble à ce poisson-pilote qui accompagne les requins. Il le suit sans faire de bruit et mange les restes que le grand requin blanc veut bien laisser jusqu'au jour où le grand requin blanc le mange. C'est la Suisse qui entre dans l'Europe.

ou alors

Elle ressemble à cet oiseau qui accompagne les hippopotames. Il se perche sur son dos, mange ses tiques, connaît sa force, mais s'envole à la moindre alerte. C'est la Suisse qui négocie avec la Chine.

Écrit par : Noëlle Ribordy | 30/05/2013

Qu'un pays à démocratie directe intègre une institution où le parlement à un pouvoir limité ?

C'est celaaaaa oui.

Écrit par : Djinus | 30/05/2013

La Suisse n'a pas de soucis à se faire car l'UE explosera dans quelques années à cause du manque de sérieux de certains gouvernements, du manque de travail et de la faillite de ce conglomérat artificiel d'union ! La majorité des grandes entreprises quittent l'UE, les petites sociétés crèvent la gueule ouverte et les personnes bien formées se dépêchent de partir sous d'autres cieux afin de ne pas se faire plumer par des impôts confiscatoires. Pépère à pas fini de compter ses chômeurs !

Écrit par : Gérard Mensoif | 30/05/2013

subsidiairement Grégoire Barbey, avez-vous

dans votre vision d'une Suisse-dans-l'Europe
envisagé qu'elle tourne à l'euro?
ou qu'elle garde son CHF, à l'instar des brittish

parce que les UKs, ce sont bien ceux qui ont gardé & du secret bancaire & les avantages fiscaux & autres détournements fiscaux de stés offshores & les subventions UE & le reste, non?

alors si oui, à quoi bon? et si non, pourquoi donc?

Écrit par : Pierre à feu | 30/05/2013

Vous rêvez debout !
1) L'UE est un conglomérat de nations qui tirent dans le sens qui leur convient sans se préoccuper des autres nations ni de l'intérêt de l'Europe. Et ce n'est pas demain que cela changera.
2) L'Allemagne qui gagne et la France qui perd (mais Grandeur de la France oblige) veulent chacune imposer leurs visions et ne cessent de s'opposer.
3) La petite Suisse aurait un tel pouvoir de persuasion qu'elle réussirait à convaincre l'UE de la justesse de ses institutions ? Mais on ne l'écoute même pas.
4) Le parlement européen n'a aucun autre pouvoir que de décider de la taille des fruits et légumes qui doivent être consommés en Europe.

Alors dans un tel foutoire comment pouvez-vous envisager une intégration à l'UE ?

Écrit par : Lambert | 30/05/2013

Cher Grégoire, à mon avis, vous voyez juste et je vous remercie d'exprimer votre point de vue. Comme toujours, je trouve votre billet pertinent et excellent. Avec mes meilleures salutations.

Écrit par : Myriam Hagen | 30/05/2013

En somme, si l'on interprète votre message en le caricaturant à peine; la Suisse en restant hors de l'UE se fera, lentement mais sûrement, de gré ou de force, imposer le droit européen, la politique européenne,... la constitution européenne si elle existe(ra). Bref la Suisse sera normalisée un peu comme le furent en son temps (sans les forces armées du pacte de Varsovie)la Hongrie, la Tchécoslovaquie et la Pologne...

Par contre , dites-vous, si la Suisse adhère "rapidement" à l'UE, alors elle pourra jouer un rôle majeur elle sera écoutée et respectée ?!
Est-ce à dire, que nous pourrons exporter sans autre notre démocratie directe? notre paix sociale? notre fédéralisme?...Si oui,en poussant un peu, l'UE deviendra alors presque comme la Suisse dans ce dernier cas de figure?!

Il ne vous aura pas échappé ces derniers temps que d'innombrables et importantes manifestations se sont tenues dans un pays voisin, la France pour ne pas la nommer, au sujet d'un fait de société important. Il ne vous aura pas échappé non plus que les manifestants ont demandé qu'il soit instauré un référendum pour départager le peuple français sur ce thème important de société.

Tout comme moi, vous avez enregistré la réponse du pouvoir en place à ce sujet. Est-ce une réponse qui vous a satisfait? Moi pas du tout. C'est la différence de taille que je vois à ne pas adhérer à l'UE, aux sujet de nos institutions politiques respectives.

Au fait, avez vous lu ou relus les différentes positions que tenaient les deux camps antagonistes, concernant la campagne politique en 1992? Si oui,vous avez constaté , comme moi, que le clan qui nous "invitait" à adhérer au plus vite à l'UE, prédisait les pires catastrophes économiques pour la Suisse en cas de refus à cette adhésion...Vingt ans se sont écoulés et pour l'instant, toutes ces funestes prévisions se sont avérées fausses!

Il est vrai que tout change très vite. Dans quelle direction ? Ni vous ni moi ne sommes en mesure de le dire exactement. La politique n'est de loin pas une science exacte, peut être même pas une science du tout!

Écrit par : Exprof | 31/05/2013

"""Il nécessite donc de faire le deuil de certains conforts issus d’un passé différent. Le contexte évolue, nos habitudes également. La société est en pleine mutation, et nos modes de fonctionnement sont en sursis"""

Pourriez vous préciser votre pensée svp, voir donner quelques exemples ?

Écrit par : Eastwood | 31/05/2013

Votre dernier paragraphe "C'est peut-être à la Suisse ..." est l'apothéose de votre candeur.
Croyez-vous qu'un seul de nos Conseillers Fédéraux serait entendu, eux qui savent si bien baisser leurs frocs à la moindre demande. Eux qui par exemple s'apprêtent à revoir la fiscalité de nos entreprises sans même avoir étudié celles pratiquées dans les pays de l'UE, eux qui se plient à toutes les exigences et qui tremblent au moindre bruit, eux qui acceptent d'appliquer les lois US en violation de nos propres lois.
La Suisse est devenue la risée des USA et de l'UE. Alors soyez certain que si nous tentions de convaincre l'UE que le système Suisse est le meilleur, nous serions définitivement pris pour les clowns de l'Europe.

Écrit par : Lambert | 01/06/2013

L'idée d'adhérer à l'Union européenne est peut-être la pire des hypothèses pour la Suisse. Il n'y a qu'à relever les inconvénients qu'ont entrainé les accords de libre circulation des personnes et les accords de Schengen. Pourquoi vouloir à tout prix forcer les Suisses à adhérer à ce "machin". Proposez une nouvelle initiative si vous tenez tant à y adhérer, au mieux allez vivre dans un de nos pays voisins et vous nous ferez part de vos appréciations.

Écrit par : Flamand | 01/06/2013

En vous lisant, je vois qu'on a tellement raison de dire qu'il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis ! Et chez vous c'est depuis 92 ou est-ce antérieur ?

Écrit par : libre | 01/06/2013

J'ai toujours dit que l'Europe devrait adhérer à la Suisse.
Plus sérieusement, je vous rejoins sur le constat de l'évolution du monde dont nous ne mesurons pas encore bien les transformations en cours depuis l'avènement d'internet.
J'observe justement l'inverse de vos constats. La société s'atomise en petites entités, que ce soient des régions ou des partis politiques. La centralisation est un gros machin extrêmement coûteux et parfaitement inefficace qui frustre chaque membre.
Les frontières s'estompent, très peu de décisions peuvent se prendre au niveau local sans tenir compte des avancées ailleurs.
Je vois l'avenir différemment. Le Grand Genève nous donne une petite idée de ce que pourrait donner une redéfinition des régions et de leur gestion administrative.
Annemasse préfère trouver des accords avec Genève que de devoir en référer à Paris.
L'accélération des changements sociétaux essentiellement provoqués par l'ère numérique risque de remettre en question les nations et le repli identitaire de plus en plus flou.
C'est la proximité qu'il s'agit d'encourager. A tous les niveaux.
Vous devriez le savoir en tant que journaliste puisque tous les grands de la presse ne cessent de marteler cette solution pour retrouver du public.

Écrit par : Pierre Jenni | 04/06/2013

Aucun intérêt à adhérer à un conglomerat de pays en faillite.
Le peuple des bergers est libre sur sa terre !

Écrit par : Yvan Descloux-Roullier | 06/06/2013

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