Gregoire Barbey

14/06/2013

Le double discours très pernicieux du MCG

Chronique, 13.06.13

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 Mauro Poggia. Même les prises de position du conseiller national MCG, pourtant beaucoup
plus consensuelles et nuancées, ne peuvent être totalement extraites du parti.

 

Certains membres du Mouvement citoyen genevois (MCG) me font souvent la même remarque: il ne faut pas faire d’amalgame entre les différents individus représentés au sein du parti. Si je suis d’accord sur le fond, j’ai plus de peine à admettre cet état de fait sur la forme. Oui, chaque membre a son caractère et ses idées. Le point de fixation, pour bon nombre de détracteurs du MCG, ne se situe pas exactement à cet endroit. Il s’agit plutôt du message véhiculé par le parti en tant que personne morale: les affiches, les brochures envoyées par courrier à tous les citoyens, et les diverses prises de position dans la presse et sur les réseaux sociaux. Concrètement, je n’ai vu aucun membre désavouer l’appareil de parti par rapport aux images qu’il transmet à la population.

 

Les symboles sont pourtant forts: entre une affiche qui promettait de «mettre un bon coup de balais (sic!)» dans Genève, les appels à la haine à l’encontre des frontaliers et les prises de position volontairement provocatrices, les exemples ne manquent pas pour démontrer que le discours de ce parti est porté vers l’émotion et non la raison. Pas sur tous les points, évidemment. C’est juste l’exploitation d’un créneau (celui du rejet de l’autre) qu’il convient de dénoncer. Et dès lors, un membre peut difficilement se dédouaner du message cultivé par le MCG, dont le fonds de commerce est essentiellement dirigé vers la promotion de l’emploi local. Une vindicte uniquement tournée à l’encontre des frontaliers, car dans les faits, je n’ai jamais vu une affiche remettre en cause l’arrivée de pendulaires à Genève. Ils ne font pourtant pas directement partie du canton, dans une logique de préférence locale, donc cantonale. Est-ce parce qu’ils ne traversent pas de frontière à proprement parler? La question demeure…

 

C’est donc difficilement justifiable de vouloir à la fois se revendiquer d’un message global (celui de l’appareil de parti) et de prôner la différence des opinions au sein du MCG. Non pas qu’il n’y en ait pas. Je précise bien ne pas douter de ce fait. Il faut simplement mettre l’accent sur une question de bon sens: si l’on prend sa carte de membre dans ce parti et pas un autre, c’est que le fond du discours principal – la colonne vertébrale si j’ose dire – séduit. Être membre du MCG, c’est accepter de porter sur soi la communication décidée par le parti. Et c’est difficile de s’en dédouaner totalement. Même Mauro Poggia, dont les prises de position sont souvent beaucoup plus consensuelles et surtout nuancées, ne peut pas s’extraire de la logique MCG. Il est navrant de voir de très bons éléments se mélanger avec des individus qui sont à l’extrême opposé. Lorsque je lis ce que je lis sur les réseaux sociaux de personnes se revendiquant du parti (et je ne parle pas des élus, en général), j’ai de la peine à distinguer les membres et le discours d’ensemble prôné par le parti. Je me dis, au fond de moi, que ses membres acceptent de revêtir un message particulièrement discriminatoire. Et rien que pour ça, je ne puis admettre ce double discours pernicieux. Quitte à déranger certains défenseurs de la veuve et de l’orphelin.

 

Grégoire Barbey

11:40 Publié dans Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | | |

Commentaires

Oui et non. Si, au départ, un citoyen rejoint un parti, c'est certainement parce qu'il se sent proche du courant de pensée.
Pourtant, comme on peut l'observer avec les dissidences et la satellisation des partis, la déception est parfois au rendez-vous.
Dans le cas du MCG, nous observons plusieurs éléments qui expliquent son attrait pour des candidats ambitieux.
D'abord la dénonciation. Ce parti surfe sur les scandales, ou du moins ce qu'il considère comme tel, et n'hésite pas à travestir les chiffres. C'est porteur et le peuple aime l'indignation.
Ensuite il y a le potentiel de développement. Le parti est encore jeune et en phase ascendante.
Mais surtout, il y a la possibilité de se profiler dans les têtes de liste, ce qui est très tentant pour ceux qui en veulent.
A l'époque de Vigilance et du MPG, je soupçonne mon père, Hermann Jenni, d'avoir choisi ces formations un peu pour ces trois raisons.
Nous avons vu la suite. Ce fut un feu de paille, ou de bois sec.
Le MCG suivra cette logique. Il peut encore espérer de bons résultats à cette prochaine législature et puis ce sera la descente.
C'est à se moment que nous observerons les transferts. Les meilleurs se trouveront une place de choix auprès des partis gouvernementaux. Leur parti leur aura donné la visibilité nécessaire pour prolonger leurs mandats sous d'autres couleurs.
Oui, la (ou plutôt le) politique est assez cynique. Mais finalement les clivages s'estompent. La gauche a validé les lois du marché libre et la droite se fait humaniste lorsqu'elle n'est pas conservatrice. Le centre est rassurant pour certains, mou pour d'autres. Peu lisible c'est sûr et louvoyant, trop souvent.
Mais avec l'utilisation de plus en plus répandue des outil numériques, même auprès des anciens, nous pouvons espérer que les électeurs se feront une idée plus précise du caractère des candidats, indépendamment du parti qui les porte. Du moins en ce qui concerne l'exécutif, puisqu'il fonctionne collégialement et permet aux locomotives des partis de garder une certaine indépendance.

Écrit par : Pierre Jenni | 14/06/2013

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