Gregoire Barbey

29/06/2013

PDC: la nécessaire évolution structurelle

Chronique, 28.06.13

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Christophe Darbellay. Le président du PDC a tendance à polariser sur sa droite. Alors
que le parti aurait davantage d'intérêts stratégiques à continuer de se positionner au centre.


Le Parti démocrate-chrétien (PDC) subit un étiolement progressif de la base de son électorat historique. C’est ce que constate Urs Altermatt dans une contribution publiée dans l’ouvrage Voisinages et Conflits – Les partis politiques suisses en mouvement1. Le PDC recueillait aux élections nationales de 1971, dans sa totalité, 20,3% des suffrages. Quarante ans plus tard, aux élections de 2011, le même parti ne concentrait plus que 12,3% des votes. Soit une perte de 8 points, à raison de 2 points en moyenne par décennie. A noter qu’en 1991, le PDC totalisait encore 18% des suffrages. Le délitement de l’électorat s’est donc accéléré après la votation de 1992 concernant l’Espace économique européen (EEE) et la montée en puissance de l’UDC blochérienne. Là où le PDC souhaitait une adhésion de circonstance à l’EEE, une partie de ses électeurs, l’aile catholique conservatrice, ne voyait pas d’un bon œil cette position. Christophe Blocher, qui s’est vertement opposé à cette votation, a suscité un fort intérêt chez les catholiques et les bourgeois à tendances conservatrices et nationalistes. L’UDC est d’ailleurs passé de 11,9% des votes en 1991 à 28,9% aux élections nationales de 2007.

 

Mais ce détachement idéologique n’est pas la seule raison motivée par Urs Altermatt. Il met également en corrélation directe la fin du Kulturkampf (révision de la Constitution en 1874 aboutissant à l’introduction d’articles d’exception, expulsant notamment les jésuites et rendant inéligibles prêtres et religieux) et la sécularisation de la société. Globalement, les valeurs chrétiennes ne sont plus enseignées de la même façon aux nouvelles générations, et le désintérêt évident pour l’Eglise font qu’aujourd’hui, le PDC ne constitue pas le premier parti de référence pour les jeunes électeurs. A ce sujet, l’auteur rappelle que malgré une dépolarisation continue du PDC (historiquement catholique conservateur) pour un centre plus conciliateur, l’image du parti continue d’être associée au christianisme, et ce même si le parti a redéfini son approche confessionnelle dans son programme politique de 1971. La mémoire collective est tenace, et l’évolution des structures mentales plus lentes. La démocratie chrétienne, en plein changement structurel, doit faire face à de nouveaux défis, notamment l’arrivée sur l’échiquier politique du Parti bourgeois démocrate (PBD) et du Parti Vert’Libéral (PVL), se revendiquant tous deux du nouveau centre.

 

Les démocrates-chrétiens souffrent par ailleurs de leur tendance aux compromis. Un déficit de popularité dont Urs Altermatt attribue la responsabilité aux médias et autres commentateurs politiques, qui ont tendance à qualifier de «slalom politique» les capacités du PDC à créer des alliances sur sa droite et sur sa gauche. Pour l’auteur, les démocrate-chrétiens jouent un rôle charnier entre les différentes polarisations partisanes. Et c’est sur cet aspect qu’il doit continuer d’évoluer, tout en mettant en place les mesures essentielles à une désolidarisation de son image catholique, en abandonnant notamment le «C» qui constitue une jonction historique qui n’est plus d’actualité. Si je partage l’avis de l’auteur, il me semble difficile aujourd’hui pour le PDC de jouer la carte du centrisme, tant son président, en la personne de Christophe Darbellay, a tendance à polariser à droite ses prises de position. Pour qu’une évolution positive se fasse, le PDC devra nécessairement assumer sa nouvelle identité. Urs Altermatt va jusqu’à recommander une fusion entre le PDC et le PBD, qui partagent fondamentalement les mêmes valeurs, et se partageant tous deux un électorat catholique et protestant important.

 

Grégoire Barbey

 

1Sous la direction d’Olivier Meuwly et Oscar Mazzoleni parue aux éditions Slatkine (2013).

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28/06/2013

Le spectacle comme un jour sans fin

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Ils regardent le spectacle, confortablement assis dans leur siège. Ils ont attendu ce moment toute la semaine. Du lundi au vendredi, le dur labeur. Mettre le poing dans la poche. Accepter les critiques d'un patron aigri. Les commentaires déplacés d'une secrétaire médiocre. C'était long, mais ce moment – que tout le monde est en droit d'attendre avec impatience –, ils l'ont rêvé. Alors ils sont assis, là, ce soir. Et ils contemplent ce qui se passe là-bas, sur la scène.

 

Mais eux, sur la scène, ils n'y sont pas. Non. Eux observent, tout simplement. Leur vie n'a pas vocation à apparaître dans la lumière. Et ils le savent. Ils préfèrent l'ombre, la discrétion et l'anonymat. Pourquoi sont-ils là? Ils l'ignorent. C'est probablement mieux ainsi, d'ailleurs. Personne ne leur dit la raison de leur présence, ni le dessein de leur existence. Ils essaient de comprendre par eux-mêmes, mais peinent à y arriver. Ils s'imaginent qu'un Père les attend et veille sur eux, là-haut. Ils essaient tant bien que mal de s'expliquer ce qu'ils ne comprennent point.

 

Le spectacle, lui, continue. Ils ne font pas partie des acteurs. Ils sont ce qu'on appelle dans le jargon du métier des figurants. Et ils se figurent très bien dans ce rôle-là. A la place des acteurs, ils ne sauraient pas trop que faire. Eux, ça ne les intéresse pas d'être sous les projecteurs. Ils ne sauraient pas bien ce qu'ils feraient d'une certaine célébrité. Ce sont eux qui, chaque matin, soutiennent l'ensemble de l'édifice social. Ils sont là, à chaque coin de rue. Dans chaque entreprise. Ils viennent puis repartent. On ne les voit guère, mais nul n'ignore qu'ils sont essentiels.

 

La pièce, elle, ne s'arrête toujours pas. Les protagonistes s'apostrophent à tout va. Ils veulent se partager une part du gâteau, et chacun veut un morceau suffisamment volumineux pour apaiser sa faim. Le pouvoir. C'est justement ce qu'ils ne veulent pas, eux. Ils préfèrent regarder, dubitatif. La perplexité les conduit à ignorer toutes ces mascarades. Le mensonge? Ils ne l'aiment guère. Les faux-semblants? Très peu pour eux. Non, eux se content de vivre en respectant leurs semblables. Ils ont une famille, des amis, un travail. Sont en règle avec les impôts. Ils n'ont rien à se reprocher. Et quand ils voient ces gens, imbus d'eux-mêmes, se pavaner dans les travées des parlements, ils changent de chaîne. Après tout, les leur sont aux poignets.

 

Mais pendant ce temps, les comédiens s'acharnent à jouer leur rôle. Et d'autres, bientôt, prendront leur place. Comme les chaises musicales, ou l'hydre à neuf têtes, rien ne s'arrête vraiment jamais. Et la majorité, silencieuse, se contente d'acquiescer, parce qu'elle n'est pas intéressée par les masques, les costumes et le décor. Ce qu'elle aime, c'est la simplicité. Et tandis qu'elle néglige les règles, d'autres décident pour elle, et placent, avec intelligence et malignité, les marionnettes dont ils ont besoin pour assumer les prochaines représentations.

 

Comme un jour sans fin, le spectacle n'est pas prêt de s'arrêter. Et après-demain, c'est déjà le retour au travail. Le rideau se ferme. Mais n'espérez pas trop longtemps: ce n'est que l'entracte. Bonne nuit.

 

Grégoire Barbey

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25/06/2013

Finances publiques: on réforme quand l'Etat?

Chronique, 24.06.13

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David Hiler. Le conseiller d'Etat en charge du Département des finances à Genève avait
l'occasion historique de réformer l'Etat. Mais il n'a pas souhaité commencer cet ouvrage.

 

La Chambre de commerce, d’industrie et de services de Genève (CCIG) a publié une étude sur les dépenses publiques dans le canton. Loin d’être rassurant, le constat est même plutôt alarmant: Genève dépense 22'000 francs par habitant et par année, contre moins de 15'000 à Zurich ou à Bâle-Ville. Les recettes fiscales par habitant à Genève représentent presque le double de Zurich. Le rapport met également en exergue une réalité volontairement occultée par certains partis politiques: les salaires de la fonction publique genevoise sont les plus élevés en comparaison nationale. Il est bien évidemment connu qu’en période électorale, il n’est pas très convenable de s’en prendre au cartel de la fonction publique. D’autant plus qu’à Genève, il représente une importante part de la population votante.

 

La dette par habitant s’élève néanmoins à 35'000 francs (enfants compris) – en ne comptant pas l’engagement de recapitalisation des caisses de pension publiques. Elle est supérieure de 10'000 francs à celle de Bâle, et de 20'000 francs à celles de Zurich et Vaud. De ce fait, la CCIG signale qu’en raison de la crise, les hausses de salaires (quand il y en a), ne suffisent pas à compenser les augmentations des tarifs administrés par l’Etat. La classe moyenne est en première ligne et se retrouve sous pression. Le constat est accablant: le revenu réellement disponible des Genevois est le plus bas de Suisse (alors que les rémunérations sont parmi les plus élevées). 

 

Enfin, l’équilibre des recettes fiscales n’est pas garanti. Seuls 4% des contribuables disposant d’un revenu imposable supérieur à 200'000 francs contribuent à hauteur de 40% des recettes de l’impôt sur le revenu. Tandis que 45% des Genevois imposés contribuent à moins de 5% des recettes. Avec une imposition sur la fortune la plus élevée de Suisse (et même en comparaison internationale), et les récentes attaques des socialistes à l’encontre de certains modèles fiscaux établis (impôt d’après la dépense, bouclier fiscal), le risque de voir s’effondrer le fragile équilibre de cette pyramide est grand.

 

Malgré le projet de réformer l’Etat laissé dans les tiroirs du Département des finances par la libérale Martine Brunschwig  Graf, David Hiler n’a pas saisi l’occasion historique de changer la situation. Aujourd’hui, il convient de tirer certaines conclusions. Nul ne sait vraiment comment les fonds publics sont dilapidés aussi rapidement et au-delà des recettes disponibles. Les charges du canton sont-elles si importantes? Bien sûr, nous avons un hôpital universitaire, un aéroport international et bien d’autres infrastructures publiques. Mais nous ne sommes pas les seuls dans cette situation. Zurich possède l’EPFZ, un aéroport plus important et une place financière tout aussi internationale qu’à Genève. Comment peut-il y avoir de telles disparités dans la gestion des finances publiques de ces deux cantons?

 

Il serait probablement bienvenu voire judicieux de se pencher davantage sur la question. En mandatant par exemple une entreprise externe chargée d’auditer l’Etat. Et que le rapport soit remis en main propre au procureur général, et non à l’Exécutif. Pour être en mesure de dessiner les contours du fonctionnement actuel de l’administration publique genevoise. Quelles sont les tâches de l’Etat? Que fait-il? Quels en sont les coûts? Avec la connaissance de toutes ces données, le Grand Conseil et le Conseil d’Etat seraient en mesure de débuter une grande réflexion sur les raisons d’être de l’Etat. Qu’est-ce qu’il doit faire, comment, avec quels moyens. Il y a peut-être des services dont l’utilité n’est pas démontrée. S’il est possible de les confier au secteur privé, l’Etat pourrait se rationaliser sans pour autant perdre de son efficacité. Bien au contraire.

 

Des solutions, il en existe sûrement plusieurs. Mais pour choisir laquelle privilégier, il faudrait commencer par lancer la discussion. Il ne suffit pas qu’une étude démontre l’incapacité de Genève à gérer ses finances publiques, cette réalité est malheureusement connue. Il faut porter le débat au sein de l’hémicycle. S’interroger sur les conséquences à tirer. Et mettre en place des politiques publiques qui soient adaptées. Pour l’heure, les citoyennes et les citoyens sont les dindons de la farce. Chaque année, ils contribuent à des taux parmi les plus élevés de Suisse. Pour lire ensuite dans les journaux qu’ils abreuvent un Etat incapable de ne pas dilapider les précieuses ressources qu’il reçoit de ses contribuables. Il ne s’agit pas seulement d’une discussion idéologique. Il faut exiger de la classe politique à Genève qu’elle prenne ses responsabilités. Et cesse instamment cette façon peu élégante de jouer à l’autruche. Il en va de la salubrité de nos finances. Et du bien être de l’ensemble de la population!

 

Grégoire Barbey

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21/06/2013

Le mensonge statistique en politique

 Chronique, 21.06.13

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Céline Amaudruz. La conseillère nationale (UDC/GE) affirme qu'il y a 450 habitants par
mètre carré en Suisse. Il y en a en réalité 165,9 par kilomètre carré en moyenne annuelle.


Céline Amaudruz (UDC/GE) déclarait hier soir au 19:30 de la RTS pour défendre l’initiative de l’UDC contre l’immigration de masse: «La Suisse est un des pays les plus peuplés, 450 habitants au mètre carré». C’est Jim Sordet (PLR/NE) qui a attiré mon attention sur ces propos à travers une publication sur son profil Facebook. Or, personne n’a réagi à la RTS pour démentir les dires de la conseillère nationale. Il convient donc de rétablir les faits. En Suisse, il y a 165,9 habitants par kilomètre carré en moyenne annuelle, ce qui est déjà conséquent. Mais d’après les propos de Céline Amaudruz, si l’on fait le calcul, nous arriverions à 18'900 milliards d’habitants en Suisse (42'000 kilomètre carré pour la Suisse multiplié par 450 habitants au mètre carré).

 

J’ai beau tenter de comprendre comment Céline Amaudruz arrive à ces chiffres, je n’y arrive guère. Qu’elle confonde, devant une caméra, mètre et kilomètre carré, ça ne serait pas bien grave. Mais même le chiffre en valeur absolue est largement surévalué. Enfin, ce n’est pas nouveau que le mensonge en politique est largement utilisé, surtout lorsqu’il s’agit de manipuler à son avantage des statistiques. Néanmoins, cette forme de propagande est assez symptomatique de l’UDC, qui fait ses choux gras en distillant la peur parmi la population. J’ai plus de difficulté à saisir la non-réaction de mes frères confrères de la RTS, qui n’ont tout simplement pas remis les pendules à l’heure. Ainsi, le citoyen mal informé a pu intégrer cette information sans se demander si, in fine, elle n’était pas quelque peu déplacée.

 

Une fois n’est pas coutume, nous laissons la désinformation se répandre et nous n’agissons pas contre. Pourtant, le mensonge est ici plutôt osé. Mais comme disait un défunt qui n’est pas regretté: «plus le mensonge est gros, plus ça passe». Un adage visiblement pris au mot par certains de nos représentants. Ce qui me dérange, c’est ce silence total. Pas de réaction. Pas de montée au créneau des opposants à l’initiative de l’UDC. On ne se bat plus, comme par trop lassé d’une propagande qui malheureusement fait son chemin. On peut débattre sans problème. A titre personnel, je suis contre cette proposition. J’accepte cependant qu’il y ait des avis contraires au mien. Par contre, mentir sciemment n’est pas tolérable. Ni pour les opposants, ni pour les initiants. Il s’agit de discuter des faits. De démontrer qu’il y a des raisons de voter pour. Ou de voter contre. Sans utiliser des artifices et sans inventer ou manipuler des statistiques.

 

L’instantané de l’information ne doit pas nous faire oublier certains principes essentiels: le respect de la vérité. C’est un travail de longue haleine que de tenter d’établir les faits sans en omettre. C’est souvent illusoire, d’ailleurs. Mais les chiffres sont les chiffres. Et les grossir pour convaincre n’a rien de glorieux. Il s’agit d’établir un lien de confiance avec le peuple, pas de lui raconter des sornettes pour qu’il nous mange dans la main. D’autant plus que les citoyennes et les citoyens ne sont pas idiots. Ils savent quand on leur ment. Et ils en prennent acte. En l'occurrence, j’espère qu’à l’avenir, lorsqu’un politicien travestira les faits à une heure de grande écoute, la vérité sera rétablie. C’est une question de salubrité publique. Et d’honnêteté intellectuelle. Rien que ça.

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15/06/2013

Plus proche du sol que de l'azur céleste

Coup de gueule, 14.06.13

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 Luc Barthassat. Le candidat au Conseil d'Etat subit les foudres de son propre parti. Il lui est notamment reproché de faire cavalier seul au détriment de son collègue Serge Dal Busco.

 

Mon confrère Raphaël Leroy révèle dans un article paru dans 20 minutes les tensions internes au sein du PDC à Genève. Luc Barthassat, conseiller national et candidat au Conseil d’Etat, se voit reprocher par la présidence et des membres du parti son attitude. Que lui reproche-t-on? De faire campagne. Oui, Luc Barthassat est candidat et désire être élu. Jusqu’ici, il n’y a pas de mal. Mais voyez-vous, il y a dans ce parti – ce que je dénonce depuis plusieurs mois déjà – une certaine nomenclature. Des clans qui luttent. Et donc, Béatrice Hirsch, présidente du PDC, ne trouve rien de mieux à faire que de s’en prendre à l’un des deux candidats. Celui qui, par sa liberté de parole et de pensée, fait craindre à la présidence la perte d’un instrument politique. Oui, si Luc Barthassat est élu, il agira d’abord en fonction de ses propres choix, et non nécessairement selon des décisions émanant d’en-haut. Quoi que ce haut, aujourd’hui, est plus proche du sol que de l’azur céleste.

 

A quatre mois du scrutin, la présidence sort déjà ses couteaux. On reproche aussi à Luc Barthassat d’avoir participé à l’ouverture du Bar à Whisky, le nouvel établissement des MCG Eric Stauffer et Carlos Medeiros. Un comble! Il y a donc des lieux qu’il convient de ne pas fréquenter pour ne pas déranger Madame Hirsch? Luc Barthassat ferait cavalier seul. Il a osé faire un tract individuel. En campagne électorale. Crime de baise-majesté. Quel drame. Mais qui donc reproche à Serge Dal Busco sa propension à se précipiter à tous les événements communaux pour poser en photo avec des personnalités locales? Personne! Et c’est normal: Dal Busco et Barthassat, même s’ils sont ensemble sur la liste du PDC, ne sont pas moins rivaux. Nous parlons de politique. De rapports de force. Il s’agit pour l’un et l’autre de convaincre le maximum de citoyennes et de citoyens.

 

Je suis totalement abasourdi par l’attitude de la présidence de ce parti. Plutôt que de réunir les candidats et ne pas prendre position pour l’un ou l’autre, celle-ci préfère tacler Luc Barthassat par voie de presse. C’est un comportement lâche et peu enclin à donner aux électeurs un sentiment de confiance dans un parti qui se mutile lui-même. Les deux candidats PDC ont de nombreuses qualités, certes différentes, certes propres, mais vouloir déjà s’en prendre à l’un d’entre eux pour maximiser les chances de l’autre, voilà une stratégie complètement ahurissante. Luc Barthassat dérange, même à l’interne de son parti. Et bien tant mieux: il n’en sera que meilleur conseiller d’Etat, parce qu’il ne se soumettra pas à la pensée dominante de son parti. Il agira en ministre, et non en instrument partisan. Aux citoyennes et citoyens de décider ce qu’ils préfèrent entre ces deux catégories de dirigeants. Pour le reste, Béatrice Hirsch serait bien avisée de se concentrer sur des problèmes plus importants que les tracts de l’un des candidats au Conseil d’Etat. Comme par exemple à la qualité de sa communication. Rendez-vous le 6 octobre!

 

Grégoire Barbey

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14/06/2013

Le double discours très pernicieux du MCG

Chronique, 13.06.13

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 Mauro Poggia. Même les prises de position du conseiller national MCG, pourtant beaucoup
plus consensuelles et nuancées, ne peuvent être totalement extraites du parti.

 

Certains membres du Mouvement citoyen genevois (MCG) me font souvent la même remarque: il ne faut pas faire d’amalgame entre les différents individus représentés au sein du parti. Si je suis d’accord sur le fond, j’ai plus de peine à admettre cet état de fait sur la forme. Oui, chaque membre a son caractère et ses idées. Le point de fixation, pour bon nombre de détracteurs du MCG, ne se situe pas exactement à cet endroit. Il s’agit plutôt du message véhiculé par le parti en tant que personne morale: les affiches, les brochures envoyées par courrier à tous les citoyens, et les diverses prises de position dans la presse et sur les réseaux sociaux. Concrètement, je n’ai vu aucun membre désavouer l’appareil de parti par rapport aux images qu’il transmet à la population.

 

Les symboles sont pourtant forts: entre une affiche qui promettait de «mettre un bon coup de balais (sic!)» dans Genève, les appels à la haine à l’encontre des frontaliers et les prises de position volontairement provocatrices, les exemples ne manquent pas pour démontrer que le discours de ce parti est porté vers l’émotion et non la raison. Pas sur tous les points, évidemment. C’est juste l’exploitation d’un créneau (celui du rejet de l’autre) qu’il convient de dénoncer. Et dès lors, un membre peut difficilement se dédouaner du message cultivé par le MCG, dont le fonds de commerce est essentiellement dirigé vers la promotion de l’emploi local. Une vindicte uniquement tournée à l’encontre des frontaliers, car dans les faits, je n’ai jamais vu une affiche remettre en cause l’arrivée de pendulaires à Genève. Ils ne font pourtant pas directement partie du canton, dans une logique de préférence locale, donc cantonale. Est-ce parce qu’ils ne traversent pas de frontière à proprement parler? La question demeure…

 

C’est donc difficilement justifiable de vouloir à la fois se revendiquer d’un message global (celui de l’appareil de parti) et de prôner la différence des opinions au sein du MCG. Non pas qu’il n’y en ait pas. Je précise bien ne pas douter de ce fait. Il faut simplement mettre l’accent sur une question de bon sens: si l’on prend sa carte de membre dans ce parti et pas un autre, c’est que le fond du discours principal – la colonne vertébrale si j’ose dire – séduit. Être membre du MCG, c’est accepter de porter sur soi la communication décidée par le parti. Et c’est difficile de s’en dédouaner totalement. Même Mauro Poggia, dont les prises de position sont souvent beaucoup plus consensuelles et surtout nuancées, ne peut pas s’extraire de la logique MCG. Il est navrant de voir de très bons éléments se mélanger avec des individus qui sont à l’extrême opposé. Lorsque je lis ce que je lis sur les réseaux sociaux de personnes se revendiquant du parti (et je ne parle pas des élus, en général), j’ai de la peine à distinguer les membres et le discours d’ensemble prôné par le parti. Je me dis, au fond de moi, que ses membres acceptent de revêtir un message particulièrement discriminatoire. Et rien que pour ça, je ne puis admettre ce double discours pernicieux. Quitte à déranger certains défenseurs de la veuve et de l’orphelin.

 

Grégoire Barbey

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07/06/2013

L'instrumentalisation du peuple par la gauche

 Chronique, 07.06.13

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Pierre-François Unger. Le conseiller d'Etat en charge du Département de l'économie a rappelé
que l'égalité devant la loi présuppose que des situations différentes soient traitées différemment.


Aujourd'hui, en matière de fiscalité, les socialistes décident d'orienter les débats en passant par le Peuple. Très bien, nous sommes en démocratie et le sujet mérite probablement d'être tranché par le souverain. Je suppute néanmoins, derrière cette tentative de laisser s'exprimer la volonté populaire comme de preux chevaliers rouges, une volonté d'instrumentaliser la véritable complexité de ces questions pour laisser s'exprimer pleinement les pulsions d'indignation de l'ensemble des citoyennes et des citoyens en situation modeste. 

 

Il est évident qu'avec des arguments aussi émotionnels, ceux prônés par cette gauche moralisatrice qui veut imposer son dogme à toute la population, l'électeur moyen sera tenté de voter oui la suppression de certains systèmes fiscaux, fussent-ils importants pour la pérennité de notre économie. En fait, cette gauche arrogante et populiste arguera à tout va qu'il s'agit d'un traitement inégal, et que l'égalité devant la loi n'est pas respectée.

 

Or cet argument, à la fois fallacieux et totalement en-deçà du niveau que requiert un tel débat, ne porte pas le sujet là où il doit être: qu'est-ce que l'impôt d'après la dépense, et pourquoi existe-t-il? En Suisse, le bénéficiaire d'un tel mode d'imposition ne peut exercer en parallèle une activité lucrative sur le territoire helvétique. A contrario, au Royaume-Uni, les «resident non domiciled» peuvent tout à fait obtenir des revenus dans le pays (tout en étant taxé à la fois selon l'impôt d'après la dépense et sur les revenus engrangés sur le territoire).

 

Il n'est donc pas imaginable d'acquérir des revenus dans notre pays issus d'une quelconque activité lucrative lorsqu'on est imposé d'après la dépense. C'est pourquoi cette forme d'imposition, majoritairement utilisée en Suisse occidentale, est utile: elle permet à des individus fortunés exerçant des activités à caractère lucratif dans d'autres pays (et étant donc taxés là-bas comme tout un chacun) de s'installer en Suisse au bénéfice d'un système fiscal non-discriminatoire. Parce qu'il n'y a rien qui ne les oblige à venir dans nos contrées, y dépenser leur fortune ou leurs revenus.

 

C'est un statut spécifique pour une situation particulière. Ces étrangers peuvent très bien choisir d'autres lieux s'ils sont plus intéressants fiscalement. C'est tout à fait compréhensible. C'est donc vain de parler d'inégalité devant la loi. Comme le rappelait si justement le conseiller d'Etat en charge de l'économie à Genève, Pierre-François Unger, l'égalité devant la loi présuppose que des situations différentes soient traitées différemment. Et c'est bien de ça dont il est ici question. Il n'est pas acceptable d'argumenter en ce sens pour éveiller l'indignation au sein de la population. C'est un argument sophistique et totalement déconnecté de la réalité.

 

Mais une fois encore, il y a derrière ces nombreuses attaques contre le système fiscal suisse, une volonté de remettre en question l'ensemble du fonctionnement économique tel qu'il existe aujourd'hui. Passant par des démonstrations complètement abracadabrantes, certaines personnalités au Grand Conseil genevois ont pu motiver l'abandon de ces régimes fiscaux différenciés parce qu'un individu à Zurich, un seul, a été en mesure de contrevenir à la loi en matière d'imposition d'après la dépense. Aucune loi n'est infaillible, et cette gauche étatiste, dont la volonté affichée de légiférer chacun de nos faits et gestes est honteusement portée en diktat et en idéal sociétal, serait bien inspirée de le comprendre avant de transformer nos codes de lois en véritables recueils s'opposant à toute forme de liberté.

 

Il s'agira donc, lorsque le peuple suisse (et genevois) sera appelé à voter sur ces sujets, de démontrer de façon accessible tout en ne trahissant pas la réalité des faits ce qu'il convient de savoir sur ces aspects fiscaux. Ce sont des dossiers particulièrement compliqués, et tout porte à croire que la gauche fera en sorte de garder le débat à un niveau suffisamment bas pour que les bonnes questions ne puissent être posées. Et c'est bien cela, chers lecteurs, qu'il convient d'éviter en pareille situation!

 

Grégoire Barbey

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