Gregoire Barbey

01/07/2013

Les fondements d'un libéralisme décomplexé

Chronique 01.07.13

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L’idée selon laquelle le libéralisme est le chantre de l’économie et de la finance est très répandue. Ce qui n’est pas tout à fait faux. Mais la pensée libérale ne s’arrête pas uniquement à ces deux domaines. Toute ingérence de l’Etat dépassant le cadre de ses fonctions régaliennes (qu’il convient de définir avec rigueur et justesse) doit être irrémédiablement combattue. Les cartels ne sont pas nécessairement économiques ou financiers. Ils peuvent aussi être politiques. Et l'Etat, de par sa fonction et sa nature, est la concentration oligopolistique du pouvoir, basé sur un principe érigé en vérité sacro-sainte: les gens ne peuvent pas subvenir eux-mêmes à leurs propres besoins, ce qui implique in fine qu'ils doivent avoir des gestionnaires leur garantissant, dans les termes et non dans les faits, la protection de leurs intérêts fondamentaux, qui sont notamment la sécurité, l'emploi, le logement et bien d'autres encore.

 

C'est par cette croyance, répandue dès la prime jeunesse parmi les têtes blondes qui se rendent aux écoles gérées par l'Etat et dont le programme émane de lui, qu'une société au pouvoir relativement peu partagé peut perdurer sur la durée. C'est qu'à partir du moment où suffisamment d'individus, délestés des chaînes mentales qui leur sont apposées sans leur consentement, réalisent qu'ils peuvent aussi bien, si ce n'est mieux veiller à la préservation de leurs intérêts et de leurs biens, qu'une société doit faire face à un changement de paradigme essentiel. Les citoyens ainsi éveillés ne peuvent continuer à souffrir les largesses d'une politique oligopolistique, et prennent ainsi conscience qu'ils doivent participer. Les sociétés les plus libres sont celles où les êtres humains savent qu'ils ont un impact, et qu'ils veulent en user pour leur bien. C'est qu'ainsi qu'une nation, qu'un peuple, peut préserver ses libertés individuelles et ses droits fondamentaux.

 

L’évolution des technologies facilite grandement cette prise de conscience qu’une participation est non seulement possible pour le commun des mortels, mais qu’il est souhaitable de s’engager pour faire entendre sa voix. Le libéralisme a aujourd’hui la possibilité d’être le pilier d’une réelle transformation sociétale, parce qu’il peut être vérifié empiriquement. Toute concentration de pouvoir dans les mains d’un nombre restreint d’individus est néfaste. S’il peut être justifié par différents subterfuges, il n’en est pas moins contraire à l’intérêt de tous. Les politiciens, qu’ils exercent des fonctions parlementaires ou exécutives, ont tout intérêt à garder la majorité éloignée des préoccupations politiques. Pour être franc, ils ont acquis suffisamment d’expérience pour ne faire appel aux citoyens qu’en cas de besoin, c’est-à-dire lorsqu’il s’agit de mobiliser les opinions pour une votation. Dans l’art de la mise en scène, le pouvoir oligopolistique excelle depuis toujours. Mais certaines évolutions structurelles ne peuvent garantir la pérennité de ce modèle. Il y a maintenant des moyens efficaces et d’utilisation simple pour se forger soi-même son esprit.

 

Il n’est pas nécessaire d’aller jusqu’à souhaiter l’abolition du pouvoir étatique. Il convient néanmoins d’en limiter les aspects négatifs, qui ont impact inacceptable sur les libertés individuelles. Et l’époque est justement propice à cette réflexion, ce refus de l’inflexion face à un pouvoir concentré. Le libéral, par essence, n’est pas un Homme d’Etat. Il ne le devient qu’au cas où les circonstances le nécessitent. Pour mettre lui-même en œuvre les réformes qu’il juge impératives. Mais en règle générale, les fonctions exécutives ne l’intéressent guère, parce qu’il ne veut pas se laisser pervertir par la fonction. Ainsi, les libéraux excellent dans l’opposition parlementaire, ce qui manque très largement de nos jours. Lorsqu’il faut remettre l’Etat à sa juste place, il convient d’avoir des hommes et des femmes partageant cette vision de la société pour lutter contre une atteinte injustifiable aux droits fondamentaux et aux libertés individuelles des êtres humains.

 

C’est le paradoxe du libéralisme, qui est à la fois une objection du pouvoir étatique, et qui doit s’accommoder des règles en vigueur pour exercer cette opposition. Quitte à me répéter, je pense que nous vivons une époque charnière pour qu’une pensée libérale, débarrassée de ses vieux démons et des clichés qui l’ont réduite à sa plus triste expression, émerge avec force dans les esprits. C’est pourquoi je tiens à appuyer sur le fait qu’un libéral, dénué de tous les complexes des étatistes, ne tolère ni la concentration du pouvoir politique, ni la possession des moyens de production et de création monétaire aux mains de quelques-uns. De ce fait, les cartels rendus possibles par les législations (comme dans certains pays européens) sont de facto opposés au libéralisme. Et c’est justement là qu’il convient d’agir: démontrer aux gens qu’ils ont tout intérêt à user de leurs capacités pour intervenir dans la dialectique politique. Parce qu’il n’y a qu’avec de véritables rapports de force au sein d’une société que celle-ci peut évoluer. Et c’est probablement ce qu’il y a de mieux pour apporter un sentiment justifié de liberté.

 

Grégoire Barbey

12:09 Publié dans Air du temps, Philosophie, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | | |

Commentaires

Bien que l'ultime conséquence du raisonnement libéral soit l'abolition de l'Etat, ton article ouvre la voie d'une société libre et ré-affirme le véritable sens du libéralisme. Merci, Grégoire, de contribuer à la Révolution.

A bientôt.

Écrit par : Roberto | 01/07/2013

Hi! Hi! Hi! alors on se vante de la ceinture dorée de sa patronne ?

Écrit par : lulu la nantaise | 01/07/2013

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