Gregoire Barbey

08/07/2013

Espionnage: la Suisse n'est pas épargnée

Arrêt sur image, 06.07.13

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Onyx. Le système suisse de surveillance des télécommunications existe depuis 1992.
Le dernier projet en date est lancé en 2000 et est basé à Berne et dans le Valais.

 

L’actualité internationale de ces dernières semaines était plutôt mouvementée. Entre les révélations de l’ancien informaticien de la CIA Edward Snowden, l’espionnage avéré des communications des pays membres de l’Union européenne par les Etats-Unis, de la France envers certains de ses voisins, le trend est donné: la protection de la sphère privée est clairement menacée. Mais ce qui semble être une découverte cache en vérité un état de fait des plus communs. Les citoyens semblent réaliser aujourd’hui la réalité des rapports de force situés dans les relations entre Etats. Ce scandale met en lumière un fait beaucoup plus alarmant: l’ignorance qui règne au sein de l’opinion publique, qui n’a majoritairement pas l’air de saisir que de tous temps, les nations se sont livrées à de tels stratagèmes.

 

Depuis toujours, les Etats se sont créés et maintenus par la violence. Aucun d'entre eux n'est né dans la sérénité et la paix. Et le maintien de ses frontières juridiques, de son importance sur l'échiquier politique mondial, de sa force économique, tout ça n'est possible qu'au prix d'une lutte acharnée à l'encontre des autres Etats. L'espionnage n'a rien d'étonnant, il n'est qu'une conséquence d'une réalité structurelle ayant toujours existé. Les rapports de force entre les nations sont profondément violents, dénués d'une quelconque éthique à l'échelle individuelle, et encore moins tributaires de quelconques règles. Les Etats se livrent des batailles continuellement. Et ce bien souvent contre l'intérêt du plus grand nombre.

 

Malgré l’a priori négatif de l’opinion publique à l’encontre de ces méthodes d’espionnage, rien ne changera. D’ailleurs, rien n’a véritablement changé au cours des époques. Aujourd’hui, tuer physiquement un adversaire politique dans nos Etats démocratiques n’est plus possible. Il y a pourtant l’assassinat symbolique, celui qui est fait par voie de presse, à travers des révélations, parfois vraies, souvent mensongères, pour ternir l’image d’une personnalité, et lui faire renoncer à ses fonctions, ou à la prétention de celles-ci. Même en Suisse, ce type de comportements est aisément identifiable. Nous avons connu pareil épisode au début 2012, avec le scandale lié à l’ancien conseiller d’Etat Mark Muller. Tout ça ne date donc pas d’hier. La politique n’est un domaine sympathique. Les seules règles, c’est celles que se fixent ceux qui s’y engagent. Il n’y en a pas à proprement parler, et certains n’ont aucun scrupule à recourir aux méthodes les plus discutables pour arriver à leurs fins.

 

Il en va de même à l’échelle des Etats. Avec une différence notable: les moyens employés sont nettement plus considérables, et les limites encore plus floues. Comment savoir ce qu’un gouvernement fait de ses services de renseignement, puisqu’ils sont censés agir dans le secret absolu? Même pour les journalistes, le sujet est à prendre avec des pincettes. Que savons-nous vraiment? Peut-être tout. Ou rien. A vrai dire, l’espionnage n’est qu’un moyen parmi d’autres pour qu’un Etat puisse concourir sur la scène politique internationale. Gouverner, c’est prévoir. Même en Suisse, nous avons notre propre système de surveillance des télécommunications: Onyx. Projet lancé en 2000, successeur de SATOS-1 et SATOS-2, il permet de surveiller les communications téléphoniques et internet, qu’elles soient civiles ou militaires. Tout ça, au final, n’a donc rien d’étonnant, si ce n’est l’ignorance et la naïveté dont font preuve nombre de nos concitoyens.

 

Grégoire Barbey

12:05 Publié dans Air du temps, Politique | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | | | |

Commentaires

"Il y a pourtant l’assassinat symbolique, celui qui est fait par voie de presse, à travers des révélations, parfois vraies, souvent mensongères, pour ternir l’image d’une personnalité, et lui faire renoncer à ses fonctions, ou à la prétention de celles-ci."

Vous en savez quelque choses , vous , l' "assassin" de Nidegger ...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 06/07/2013

Je n'ai jamais dit le contraire. Et j'en suis très content.

Écrit par : Grégoire Barbey | 06/07/2013

J'aime bien votre parallèle entre le microcosme politique local et les guerres, essentiellement économiques, que se livrent les nations. Comme je le relevais tout à l'heure sur FB, ce qui se passe au niveau de la cellule trouve son équivalent au niveau du cosmos.
Le principe de base qui valide ces guerres, c'est le paradigme dominant de la compétitivité. Or il se trouve que de plus en plus de voix se lèvent pour proposer une variante qui existe déjà dans la nature et qui s'exprime parfois de manière spectaculaire dans le monde animal, c'est la coopération.
Ce ne sont que les prémices d'une évolution inéluctable puisque les ressources de la planète sont limitées et que la démographie va simplement décupler en l'espace des 3 derniers siècles (1800-2100).
Je déplore le combat de coqs que se livrent les candidats au CE. La droite et la gauche disent la même chose, ou du moins partagent les mêmes préoccupations. Ce sont juste les moyens qu'ils proposent pour atteindre le but qui divergent.
Au niveau des personnes, j'ai plutôt l'impression de voir des égos qui tentent de gravir les échelons d'une carrière politique. Pas grand chose à voir avec le bien être des citoyens.
Je n'ai encore pas vu un seul candidat reconnaitre que les fameuses recettes ancestrales ne fonctionnent plus. La gauche continue à vouloir dépenser de l'argent qui fait largement défaut et la droite insiste dans sa fuite en avant d'une croissance non maîtrisée qui nous projette dans le mur.
Mais le monde change, et plutôt vite. A peine élu, le président égyptien est viré. Le peuple ne s'en laisse plus conter et il accède de plus en plus à l'éducation. C'est une excellente nouvelle.

Écrit par : Pierre Jenni | 06/07/2013

" Et j'en suis très content."

Je n'en attendait pas moins de vous ...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 06/07/2013

La Suisse qui n'a même pas de système d'écoute pour son "propre" pays, un système anglais bricolé par des amateurs qui ne fait que perturbé les lignes !!

Bravo la Suisse !!

Écrit par : Corto | 08/07/2013

Ces belles antennes paraboliques se trouvent dans le Valais. Elles furent louées (ou vendues) aux USA ! On les appelle "les grandes oreilles".

Écrit par : Lambert | 08/07/2013

A l'heure où tout un chacun raconte sa vie 'publiquement' , pendu à son téléphone en criant pour que tout le monde l'entende bien, où tant de personnes étalent les détails de leur vie sur les réseaux dits sociaux, cette soudaine inquiétude face à l'espionnage me paraît bien dérisoire.
Gouverner c'est prévoir. Gouverner c'est espionner, épier , essayer d'avoir un coup d'avance.
Rien de neuf si ce ne sont les moyens dont on dispose actuellement et rien n'indique qu'ils vont diminuer, bien au contraire.

Écrit par : uranus2011 | 29/10/2013

Espionnage: la Suisse n'est pas épargnée : Oser penser par soi-même maglie moncler uomo

Écrit par : maglie moncler uomo | 04/11/2013

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