Gregoire Barbey

09/07/2013

Souveraineté: politiquement correct suisse

Jet d’encre, 08.07.13

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 Pascal Décaillet. Mon éminent confrère fait partie de ceux qui s'offusquent
instantanément de toute position qui ne valorise pas la souveraineté nationale.

 

La souveraineté en Suisse est l’émanation stricto sensu du politiquement correct. Ayez ne serait-ce qu’une fois l’outrecuidance de ne pas la respecter – par l’une ou l’autre de vos positions ou interventions –  pour que des Pascal Décaillet, Eric Bertinat ou Philippe Nantermod (pour n’en citer que trois) vous tombent dessus plus vite que leur ombre. Il y a comme une espèce de religion ancrée dans cette croyance populaire, inscrite effectivement dans le pacte de 1291 puis dans la Constitution, qui fait s’accrocher à ce vieux principe toute l’opinion publique. De grâce, ne soyez pas de ceux qui bravent les foudres de ces Messieurs-Dames toujours à l’affût du blasphème anti-souveraineté. Vivez heureux, vivez cachés. Vous serez bien mieux. Parce qu’aujourd’hui, il ne fait pas bon remettre en question certains diktats établis.

 

Si vous pensez différemment, il y a bien des chances pour qu’un de ceux que j’ai précédemment cités, ou bien d’autres encore, vous assassinent par voie de presse. Vous trouvez cela effrayant? Ça l’est en effet. Parce qu’à ma connaissance, le monde évolue, les rapports entre les êtres humains aussi, et plus encore les sociétés. De fait, les valeurs doivent s’adapter aux réalités structurelles des époques. Ce que l’on oublie bien volontiers lorsqu’il s’agit de se cramponner désespérément à des épouvantails. Comme si nous étions maintenant dans la même situation que ces trois cantons qui se sont alliés voilà huit siècles! Comme s’il fallait refuser toute négociation venant de l’étranger. Comme si, in fine, l’étranger était méchant par essence.

 

Ainsi peut-être mettons-nous le doigt sur le mot qui fâche: étranger. Eh oui! Refuser le «verdict de juges étrangers», tel est le cantique qu’ils scandent à outrance. Le Temps se permet d’orienter sa ligne éditoriale en faveur d’une certaine forme de mondialisme? Misère, quelle erreur inacceptable. Alors soudain, des textes surgissent, sur des blogs ou sur des réseaux sociaux, pour condamner cette légèreté. Oui, tout est fait pour que vous ne puissiez pas vous extraire du schéma souverainiste. Ces prédicateurs de la bonne conscience – ces prêcheurs de la bonne parole – ne se rendent pas compte qu’ils font exactement tout ce qu’ils condamnent. Ils imposent aux autres, par le nombre et par le verbe, leur amour de la Patrie tournée sur elle-même. Cette définition de la Nation qui a toujours prévalu. Jusqu’aux révolutions technologiques qu’a connues l’humanité ces dernières décennies.

 

Il n’est pas question d’avoir raison ou tort – ce que votre serviteur ne prétend surtout pas – mais de pouvoir émettre un avis différent. Avoir un sentiment qui n’est pas celui de la majorité. En rédigeant ces lignes, je m’expose à de vives critiques de ceux-là même que je dénonce. Parce qu’ici, je ne fais pas l’apologie de leur ligne maîtresse: la souveraineté. C’est le même refrain depuis vingt ans qui prévaut au sujet de l’Union européenne. A force de trop nous focaliser sur cette prétendue souveraineté, nous la perdrons pour de vrai. Celle qui permet au Peuple de s’exprimer, je ne la nie pas. Et à trop vouloir chanter les mêmes couplets sur un orchestre qui pour l’heure suit volontiers la partition, on prend le risque qu’un jour, tout ce que nous avons voulu défendre s’estompe parce qu’au-delà, les rapports de force sont nettement défavorables.

 

Alors d’un simple cri du cœur, je m’oppose vertement à cette pensée unique qui tente de mater toute forme de rébellion, toute tentative d’extraction hors du schéma souverainiste. Nous ne sommes les valets d’aucune forme de pensée. Nous sommes libres, s’il nous vient à l’esprit de le faire, de ne pas suivre le cheminement intellectuel du plus grand nombre. Ce n’est pas ceux-là qui nous empêcheront de réfléchir en-dehors des carcans imposés. Ces contempteurs de la liberté d’expression, je les honnis au plus haut point. Ils n’ont pas l’apanage de la vérité. Personne ne l’a. Et il est saint dans une démocratie qu’une pluralité d’opinions puisse persister et s’exprimer pleinement. Ils peuvent bien se mettre en meute comme des charognards affamés dès lors qu’on s’en prend à leur déesse Souveraineté, mais qu’ils comprennent bien une chose: ils ne pourront jamais nous interdire de ne pas partager leur avis. Même s’il devait s’avérer correct. Alors le politiquement correct souverainiste, basta!

 

Grégoire Barbey

11:49 Publié dans Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | | | |

Commentaires

Excellent article.. je crois que tu prends le chemin de tout bon journaliste.. (même si je ne sais pas ce que ça veut dire).. garde toi de ceux qui te critiqueront le jour ou tu commettras un impair.. et dis-toi surtout.. qu'après tout nous ne sommes tous que des hommes.. ;)

Écrit par : Anken Etienne | 09/07/2013

Bizarre. ne trouvez-vous bizarre?
cette soudaine apparition de ce vieux concept bien français chez nos médias

qui reprennent l'usage des mots "souverainiste" à la FN

comme le fait en accusant non-stop
en toute mauvaise foi sans vergogne et en toute impunité

censurant toute contradiction sur ces blogs TdG fermés
dans son besoin inextinguible de destruction du système CH
ce soit-disant journaliste suisse mais réellement français Philippe Souaille


quand nous ne faisons qu'exercer nos droits à défendre la souveraineté constitutionnelle et confédérale de notre pays


tandis qu'il ne reste à Genève qui si peu de suisses d'origine sans autre nationalité, que nous y sommes devenus des parias, aujourd'hui des médias, après l'avoir été depuis 2000 des DRH (@ Pascal Decaillet qui censure les contradicteurs de son ex P. Souaille)

Écrit par : Pierre à feu | 09/07/2013

Excellent billet Grégoire !

Il est grand temps que s'ouvre enfin un véritable débat national sur nos rapports avec l'UE, et l'avenir de ceux-ci, sans tabous, avec objectivité.

Ce que je déplore actuellement c'est précisément cette absence de débat, cette crainte d'aborder les sujets qui fâchent et surtout qui risquent de faire perdre des voix à certains partis, tout au moins le pensent-ils. Gouverner c'est pourtant prévoir, or aujourd'hui le Conseil fédéral est avant tout réactif, alors qu'il se devrait d'être plus proactif.

Il est nécessaire que la Suisse soit visible sur les écrans européens. Il faut que l'on fasse mieux connaître à nos voisins, nos institutions et leur fonctionnement, la démocratie directe et son fonctionnement, l'importance de notre économie et son apport bénéfique à l'UE, ne serait-ce que sur le plan du marché du travail. Rappeler aussi notre stabilité sociale et politique.

Nous ne devons pas rester enfermés dans notre coquille qui ne constitue pas une protection adéquate, mais nous faire connaître et surtout prendre notre place dans le concert des nations européennes, comme l'imaginait Denis de Rougemont.

Qui prendra l'initiative de lancer ce grand débat national que j'appelle de mes voeux ?

Bien à vous et bonne journée !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 09/07/2013

Juste une petite question de sémantique: C'est quoi le contraire de souveraineté ?

Écrit par : Eastwood | 09/07/2013

Pour un pays, le contraire de la souveraineté, c'est la servitude. La souveraineté, c'est la liberté.

Alors oui, renoncer à la souveraineté, c'est impensable si on aime la démocratie et la liberté.

Écrit par : Philippe Nantermod | 09/07/2013

J'aime bien votre réaction vis-à-vis des "souverainistes" qui se croient dépositaires de la vérité absolue, celle qui ne se discute pas. Elle a un avantage pour eux : elle relègue pratiquement au rang de traîtres tous ceux qui ont l'audace, que dis-je, l'outrecuidance, d'en contester ses fondements indiscutables.
Il faudra bien, un jour, lancer le débat comme le souhaite M. J. d'Hôtaux. Il n'est heureusement pas le seul. Nous sommes au moins deux !
Il est curieux que les "souverainistes" ignorent superbement le fait que chaque fois qu'ils négocient avec un autre état, ils abandonnent une parcelle de souveraineté puisqu'ils renoncent à quelque chose au profit d'autre chose. Qu'on le veuille ou non, affirmer sa souveraineté comme une espèce d'héritage de droit divin, ne peut conduire à terme, qu'à des positions radicales de quelques ego surdimensionnés qui ne mènent au mieux qu'à des frustrations, au pire qu'à des confrontations. C'est cela la souveraineté ?

Écrit par : Michel Sommer | 10/07/2013

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