Gregoire Barbey

14/07/2013

PDC-PBD: jeu de pouvoir, jeu de dupes

Chronique, 12.07.13

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Eveline Widmer-Schlumpf. Christophe Darbellay affirmait en 2011 que la conseillère 
fédérale ne serait pas réélue par le PDC «automatiquement et sans conditions».

 

La conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf a décidé de nommer l’ancien conseiller aux Etats Bruno Frick (PDC) à la Finma. Ce malgré une procédure pénale à son encontre pour gestion déloyale, faisant ainsi fi du principe de précaution. Pour comprendre ce choix, il faut revenir quelque peu en arrière. Peu de temps après les élections fédérales de 2011, le président du PDC et conseiller national Christophe Darbellay s’exprime dans les colonnes du Blick, affirmant que «cette fois rien n’est gratuit. Même le PBD ne peut pas partir du principe que le PDC réélira Eveline Widmer-Schlumpf automatiquement et sans conditions». Cette injonction provient probablement d’une déception. Le PDC a soutenu les Vert’Libéraux aux élections. Ces derniers ont dix sièges. Le PDC, lui, recule une fois de plus. Christophe Darbellay a l’impression de n’avoir rien gagné.

 

Concrètement, sur le plan national, le PDC est souvent proche du PLR. Les Libéraux-Radicaux, qui ont la prétention de pouvoir obtenir la majorité des sièges, proposent souvent aux Démocrate-Chrétiens des compromis. A Genève, c’est un bon exemple de cette dynamique. Le PLR y cède un siège au Conseil administratif de la Ville de Genève au profit du PDC, parce que celui-ci a soutenu Pierre Maudet à l’élection partielle au Conseil d’Etat le 17 juin 2012. C’est un retour d’ascenseur. Or, le PDC ne veut pas seulement jouer le rôle du bon petit soldat, ce qui se comprend tout à fait. Il a des ambitions réelles. Améliorer sa représentation politique sur l’échiquier national. Pour cela, il faut élaborer de nouvelles stratégies. Lorsque naissent deux nouveaux partis se revendiquant du centre-droit, les Vert’Libéraux et les Bourgeois-Démocrates, le PDC y voit de potentiels alliés.

 

Et il n’est pas question de les laisser croître seuls pour qu’ils imposent ensuite leurs conditions. Christophe Darbellay est un fin stratège. C’est pourquoi il soutiendra l’élection d’Eveline Widmer-Schlumpf le 12 décembre 2007. Puis lui réitérera sa confiance en 2011. Mais plus «rien n’est gratuit». Le PDC n’a plus qu’un siège au Conseil fédéral. Il nourrit toujours le désir d’en obtenir un second, pour laver l’honneur. Et ces derniers mois, leurs prises de position sont exactement les mêmes sur des thématiques essentielles. L’initiative «contre les rémunérations abusives» dite Minder, puis la Lex USA. PDC et PBD main dans la main. Pour la première, les deux partis s’y opposent frontalement. Pour la seconde, ils soutiennent ensemble la position d’Eveline Widmer-Schlumpf, se désolidarisant du PLR par la même occasion. Mais ces jeux de pouvoir ne sont pas sans conséquence sur la cohésion du parti. Dans le canton de Vaud principalement, la dissidence rentre en force et se fait entendre.

 

Malgré sa taille relativement faible, le PDC vaudois jouera un rôle essentiel dans la campagne pour l’initiative Minder au niveau romand. Des personnalités comme François Meylan, ex-secrétaire général, et Jacques Neirynck, conseiller national, s’opposent vertement aux positions de Christophe Darbellay. De même plus tard avec la Lex USA. A tel point qu’un jour, le président du PDC se rend en personne et sans prévenir à une assemblée générale de la section vaudoise, bien décidé à sermonner François Meylan, devenu dérangeant. Manque de chance, l’ex-secrétaire général s’est fait excuser. Quelques jours plus tard, François Meylan démissionne, las d’être toujours opposé à la position officielle de son propre parti.

 

Eveline Widmer-Schlumpf quant à elle, malgré de nombreux camouflets essuyés en peu de temps, compte bien sur une réélection en 2015. Et les échéances s’approchent petit à petit… Arrive alors Bruno Frick, ancien conseiller aux Etats, qui doit être nommé au conseil d’administration de la Finma. Or la presse révèle qu’il est l’objet d’une procédure pénale pour gestion déloyale. Il va de soi que l’intéressé reste présumé innocent jusqu’à preuve du contraire. Néanmoins, en de telles situations, le principe de précaution peut largement prévaloir. Il n’en sera rien. Plutôt que d’attendre la conclusion de l’affaire pénale, la conseillère fédérale PBD maintient sa position et le nomme officiellement au board de la Finma.

 

Est-ce un hasard si celui-ci est membre du PDC? A titre personnel, je ne crois pas spécialement au hasard. Plutôt à la convergence des intérêts. Disons-le clairement: à l’ambition. Tout ce qui précède relève bien sûr de ma propre grille de lecture. Je me trompe peut-être. En attendant, les intérêts du PDC et du PBD sont très largement comparables. Et lorsqu’il y a des jeux de pouvoir, il y a des jeux de dupes. L’avenir nous dira si je me suis fourvoyé. Une chose est néanmoins certaine: Eveline Widmer-Schlumpf ne sera pas réélue «automatiquement et sans conditions». A chacun ses hypothèses. Mais le premier qui sort du bois est toujours tiré.

 

Grégoire Barbey

11:40 Publié dans Air du temps, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |

Commentaires

Réflexion un peu simpliste en ce qui concerne Genève, le PLR n'avait pas de prétendant décoiffant avec le risque que le siège échappe à l'Entente, c'est pourquoi le candidat PDC-BCBG l'a emporté. Le "petit dernier" ne fait pas de vagues mais il semble se révéler un bon magistrat.

Écrit par : Mygalon | 12/07/2013

Bruno Frick est une grosse pointure au sein du PDC, il jouit d'une grande notoriété en Suisse centrale. Peut-être est-ce là qu'il faut rechercher la confirmation de sa nomination au CA de la FINMA. Complaire aux petits cantons de Suisse centrale où le PDC est très bien représenté, permettra peut-être à EWS de s'assurer quelques soutiens. Elle en a bien besoin par les temps qui courent.

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 12/07/2013

La venue de Christophe Darbellay à la dernière assemblée générale du PDC Vaud et qui fut annoncée quelques heures seulement avant sa tenue n'est probablement pas étrangère au fait que François Meylan était excusé depuis une dizaine de jours. Tout comme ses principaux appuis de la Riviera déjà engagés dans leurs conseils communaux respectifs. En effet, l'un des deux co-présidents Axel Marion ou Claude Béglé a eu l'idée de faire venir le président national pour recadrer la section cantonale. Le soir où ses principaux esprits libres étaient absents était alors tout indiqué pour venir intimider les autres.
Christophe Darbellay a notamment plaidé pour la Lex USA - le chantier d'EWS, il a martelé qu'il s'opposait fermement à la transparence du financement des partis politiques et il a reproché à la petite section cantonale de ne pas s'être battu suffisamment pour l'article constitutionnel sur la famille et d'avoir contre l'avis de l'appareil de parti soutenu l'initiative Minder (votations fédérales du 3 mars 2013).
Je peux assurer que moi présent il aurait pris une volée de bois verts.
François Meylan, ex-secrétaire général du PDC Vaud

Écrit par : François Meylan | 14/07/2013

Vivement l'élection de candidats indépendants !

Écrit par : Pierre Jenni | 14/07/2013

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