Gregoire Barbey

14/07/2013

Du Künzler-bashing à la vacuité des idées

Chronique, 14.07.13

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Michèle Künzler. La ministre en charge du Département de l'intérieur, de la mobilité
et de l'environnement (DIME) est la cible privilégiée d'une droite aux propositions absentes.

 

La droite genevoise tire à boulets rouges sur Michèle Künzler depuis plusieurs mois. La conseillère d’Etat en charge du Département de l’intérieur, de la mobilité et de l’environnement donnait aujourd’hui une interview dans Le Matin Dimanche, ce qui a donné lieu à de nouvelles réactions de mépris sur les réseaux sociaux de la part de certains politiciens. Loin de moi l’idée de défendre ou condamner son bilan, je tiens néanmoins à relever la facilité de ces attaques frontales. Que cela viennent d’élus ou de l’un de mes confrères en particulier, qu’importe. Les critiques sont faciles, et portent bien souvent sur des détails qui ne lui sont pas nécessairement imputables en premier lieu.

 

Mais il faut toujours, même dans un gouvernement, une victime expiatoire. Celle qui sera accusée de tous les maux. Celle qui, par l’opprobre publique, sera crucifiée à maintes reprises. Michèle Künzler joue ce rôle à merveille, et elle n’a pas toujours la présence d’esprit de s’en protéger, ses déclarations donnant bien souvent de l’eau au moulin de ses détracteurs. Mérite-t-elle les innombrables humiliations dont elle est l’objet? J’en doute profondément. Comme toute personne dans ce collège gouvernemental, elle doit tirer le bilan de ses réussites et de ses erreurs. Faire l’inventaire de son mandat, ces quatre dernières années. Et reconnaître publiquement lorsque dysfonctionnement il y a.

 

Rien ne justifie cependant ce lynchage constant, obsessionnel et continuel d’une certaine frange de l’échiquier politique. A trop s’en prendre à la même personne, que cela soit médiatiquement, sur les réseaux sociaux ou lors des séances plénières, ses détracteurs finissent par perdre toute crédibilité. A les écouter ou les lire, Michèle Künzler serait responsable de l’ensemble des problèmes qui ont lieu sur les routes à Genève. Comme si dans les autres villes, au demeurant souvent interdites aux voitures en leur centre, il n’y avait pas aussi des dérangements. Comme si un ministre était capable de palier au moindre détail. Accuse-t-on Pierre Maudet dès qu’il y a une agression? Il n’est pas plus responsable de cet événement que Madame Künzler ne l’est lorsqu’un feu saute au coin d’une rue…

 

D’ici au 6 octobre, nous aurons l’occasion de lire de nombreuses autres tirades à l’encontre de la conseillère d’Etat. Les autres membres du gouvernement sont moins exposés, alors les bienpensants à droite lui réserveront un feu nourri, à défaut d’avoir le courage et l’audace d’effectuer un droit d’inventaire sur le bilan des autres départements. C’est toujours plus facile de s’en prendre ad hominem aux responsables politiques plutôt que d’apporter des solutions. Et pour ça, si Michèle Künzler devait s’avérer incompétente dans ses fonctions, ses détracteurs le sont tout aussi sur le plan des idées, pourtant si essentielles pour dessiner les grands contours d’une législature. C’est un peu comme l’histoire de la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf…

 

Grégoire Barbey

18:42 Publié dans Genève, Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | | | |

Commentaires

Bravo pour cet article. J'espère qu'il ne te vaudra pas des menaces de mort comme celles qu'a reçues Michèle...

Écrit par : Diego Esteban | 14/07/2013

Soit vous êtes payé pour dire cela soit votre jeunesse explique un tel manque de clairvoyance.

Outre son incompétence crasse, il faut y ajouter un aveuglement sans précédent dans le mauvais choix des collaborateurs.

C'est du grobetisme le charisme en moins.

OUI il faut espérer pour Genève que cette dame quitte la scène politique et qu'elle retourne prêcher, dans le désert, là au moins elle ne fera pas trop de dégâts.

Si on cumulent les heures perdues par l'économie et celles gâchées de personnes tenues loin de leurs famille par ces âneries, Genève doit tenir un record dans le domaine.

@Esteban: il n'y a que les imbéciles qui menacent les élus. Un simple bulletin de vote suffit à les rayer de la carte politique. Il n'en faut pas plus en démocratie.

Écrit par : Dominique Vergas | 14/07/2013

Bon, à force de logorrhée, vient un moment où le besoin de retours se fait pressant. La dose quotidienne ne suffit plus et il faut augmenter les injections.
Ainsi, une pointe de provocation devrait faire l'affaire. Certes, en bon journaliste, vous restez sobre. En dénonçant un acharnement, vous vous profilez à contre-courant faisant ainsi d'une pierre deux coups. D'une part vous rassurez les inconditionnels de la ministre et d'autre part vous apparaissez comme un sage raisonnable qui invite à la réflexion, au discours posé.
Pourquoi pas ? Mais alors faites l'exercice jusqu'au bout et reprenez le bilan. Vous pourrez constater qu'il est effectivement affligeant. Mme Künzler ne mérite assurément pas votre mansuétude.
Enfin, lorsque vous prétendez que ses détracteurs n'ont pas d'idées à proposer, alors là je ne peux que m'inscrire en faux.
Nombreux députés et candidats ont tracé des pistes pour mettre enfin un terme à la guerre des transports à Genève. Mais il faudra des moyens. Non seulement pour défaire ce qui a été fait, mais surtout pour organiser le réseau primaire et le bouclage des périphériques.
Je me tiens à votre disposition pour un développement plus détaillé du programme à mettre en place pour que Genève respire à nouveau.

Écrit par : Pierre Jenni | 14/07/2013

Après EWS, Künzler.
Décidément, vous vous posez en défenseur de ces "pauvres" petites dames, innocentes.
Demain, vous allez nous dire qu'elles n'ont pas choisi délibérément la politique ou bien ?
Avant de s'y engager il faut savoir à quoi s'attendre.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 15/07/2013

à lire votre billet s'impose cette image et ça va s'incruster jusqu'en octobre voire pire,
en positif: une marre d'incompétences baignant dans un océan de mauvaise foi
ou en négatif: un océan d'incompétences dans une marre de mauvaise foi

Écrit par : Pierre à feu | 15/07/2013

Ben voyons. Pour sauver - peut-être - Mme Rochat, récupérer le siège de M. Unger, tout en admettant un deuxième socialiste, et laissant une place au MCG, il faut trouver le maillon faible et ne pas le rater...

Écrit par : Eugen Billard | 15/07/2013

Tu vois Grégoire, même tenter de défendre ou au moins de relativiser les reproches qui sont fait à la conseillère d’état verte, c’est déjà mal vu.

Car oui, tu as parfaitement raison, Michèle Kunzler fait office de défouloir, de coupable toute trouvé et surtout d’unique ( !) responsable pour tous les maux de mobilité de notre magnifique canton. Ben voyons, comme si c’était si simple. Même si c’est vrai qu’elle est la responsable du département de la mobilité et donc en première ligne pour recevoir les critique, remarques mais aussi, et c’est assez pathétique, les insultes….

A ce propos, il semblerait qu’on entende nettement moins les mécontents contre les TPG, est-ce qu’il fallait juste que ceux-ci s’habituent à leurs nouveaux parcours et autres horaires ?

Mais bref, le but de ce message n’est pas de défendre une conseillère d’état qui manque effectivement de charisme et qui en jouant la carte de la victimisation (par rapport à son sexe) se trompe visiblement de combat, non, c’est juste qu’il y a un moment où c’est peut-être rassurant de désigner un bouc émissaire et de tout lui mettre sur le dos mais si c’était vraiment utile et surtout constructif ça se saurait….

Écrit par : Vincent | 15/07/2013

On peut être opposé aux choix stratégiques de Mme Künzler sans pour autant en faire un bouc-émissaire !

Néanmoins, ce qui est fâcheux chez les Verts, c'est cette propension à tout ramener à l'environnement, le leur ! en essayant de culpabiliser les autres.

Une magistrate est, par la force des choses, exposée aux critiques et à la vindicte populaire, plus encore lorsque ses décisions (qui ne sont pas forcément les siennes mais qu'elle cautionne) qui indisposent, le mot est faible, la cohorte de Genevois qui préféreraient sans soute habiter leur ville plutôt que s'exiler loin, très loin de leur lieu de travail.

être élu(e), c'est bien sûr courir le risque d'aller à contre-courant de ses administrés. Il importe aussi de rappeler que le peuple a toujours raison et qu'avec son bulletin de vote, c'est lui qui décide.

Certes, le peuple est parfois versatile. Les élus, eux, font des promesses qui les rendent joyeux !...

Écrit par : Michel Sommer | 15/07/2013

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