Gregoire Barbey

15/07/2013

Interdire le port du voile: hypocrisie totale

Chronique, 15.07.13

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 Pierre Weiss. Le député Libéral-Radical veut faire interdire le voile à l'école.
Il ranime ainsi de vieilles querelles. Tout en poussant les musulmans au communautarisme.


Le débat sur le port du voile à l’école revient en force à Genève. La Tribune de Genève a réalisé un sondage sur son site. Quatre-vingt pourcent des sondés sont favorables à l’interdiction. Il faut dire les choses telles qu’elles sont: le principe de laïcité ici défendu est extrême. Je ne pensais pas l’écrire un jour, étant moi-même agnostique, et plutôt attaché à la laïcité du domaine public. Néanmoins, je ne tomberai pas dans le piège qui consiste à s’attaquer au voile en arguant que ce bout de tissu est plus contraire aux principes laïcs que les croix catholiques que portent de nombreux élèves sans que cela n’ait jamais choqué personne. C’est une fois de plus: «faites ce que je dis mais pas ce que je fais». Et c’est fort malheureux. Parce que si l’on était à ce point attaché à la neutralité des institutions, l’on retirerait toute suggestion au catholicisme dans nos écoles. Et sur nos institutions. Or, nous ne le ferons probablement jamais. Il s’agit d’un legs de notre Histoire. Et de nombreux Suisses ne veulent pas y renoncer.

 

C’est donc un non-débat. Lorsque Pierre Weiss dit vouloir l’interdire, c’est son problème. Cela le regarde. Il ravive pourtant des combats d’arrière-garde, de ceux que l’on pensait abandonnés depuis longtemps. Visiblement il n’en est rien. Et c’est fort regrettable. Lorsque je lis ou entends l’argument selon lequel les femmes qui portent le voile sont soumises à leur mari, cela m’étonne. C’est un jugement péremptoire. Si pour nous, Occidentaux, ce constat semble aller de soi, de quel droit pouvons interférer dans la vie privée des individus et leur imposer notre vision? Certes, c’est probablement un signe ostentatoire de soumission. Mais on ne peut pas rendre les gens heureux en leur imposant ce que nous pensons être le mieux pour eux sans leur consentement. C’est généralement une démarche vouée à l’échec, et qui poussera à un communautarisme beaucoup plus offensif de la part des minorités ainsi ségréguées.

 

Ce qui me navre le plus dans cette opposition au port du voile, c’est que ceux qui sont favorables à cette interdiction usent du principe de laïcité. Ils ne s’indignent pas lorsqu’un chrétien porte une croix pendant les cours, mais sont dérangés par le voile. Leur réaction est probablement plus symbolique que fondée sur un principe de neutralité religieuse. Celui de la culture étrangère, qui les fait se dresser sur leurs pattes arrière pour défendre leurs valeurs. En réalité, le nœud du problème se situe-là. Pour beaucoup, combattre le voile, c’est combattre l’Islam. Et donc se protéger de son accroissement en Suisse. Ce n’est cependant pas en s’attaquant à un symbole plutôt qu’un autre qu’on changera quoi que ce soit.

 

Encore une fois, à trop vouloir stigmatiser une population, on la pousse à se réunir davantage, et de ne vivre plus qu’en communauté, empêchant ainsi son intégration aux valeurs de leur pays d’accueil. L’exemple de la France est tout ce qu’il ne faut pas faire. Lutter contre l’ennemi musulman, prétextant qu’il cherche à nous envahir, c’est donner de la voix aux intégristes. En Suisse, nous n’avons aucune raison de nous plaindre des musulmans. Vivons en paix avec eux. Ils n’ont aucune raison de faire l’objet de notre mépris.

 

Grégoire Barbey

 

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Commentaires

Je pose la question:

"Quand est-ce que les femmes ne seront plus obligées de porter le voile pour aller prier à la Mosquée?

Écrit par : Noëlle Ribordy | 15/07/2013

Je suis contre le port du voile dans les écoles et pourtant je n'ai absolument rien contre les musulmans, je suis allée à la mosquée de mon quartier quand on m'a permis d'y entrer et un musulman très accueillant m'a expliqué le fonctionnement et les secrets du lieu, je vais aussi à la l'épicerie-boucherie hallal parfois chercher des choses que je ne trouve que la-bas... Les musulmans ont une belle culture et ceux que je rencontre sont particulièrement chaleureux et aimables.
À l'école catholique où j'allais il y avait peut-être des croix sous les pulls et une amie portait même l'étoile de David, l'école était ouverte à toutes les communautés mais ces bijoux peuvent être cachés tout comme la main de fatma... Mais le voile, et c'est tout le problème, ne peut apparemment pas être mis et enlevé au gré du lieu. Pourtant il me semble que tout enseignement doit être libéré des dogmes religieux qui restent un carcan pour la réflexion et l'apprentissage. Au moins là, dans ce lieu, loin de l'influence du père, de la famille, des anciens et des traditions, l'enfant peut être libre d'apprendre et de penser. Quant aux références catholiques ou chrétiennes dans l'enseignement, elles font partie de notre histoire, c'est inévitable et parfois on apprend des choses qui ne glorifient pas nos religions. On a aussi appris la présences des Maures musulmans durant 700 ans en Espagne et au Portugal... Ça fait partie de l'histoire aussi.

Écrit par : Sigrid Van Hove | 15/07/2013

Intéressant témoignage de Sigrid Van Hove, qui devrait faire réfléchir ceux qui diabolisent tout critique contre le port du voile.

Écrit par : Mère-Grand | 15/07/2013

certains pataugent en eaux troubles! on a seulement besoin d'inciter quelques minoritaires à s'adapter à la nouvelle constitution genevoise

à ce multiculturalisme sans racines suisses dans l'enseignement public: un peu de pragmatisme et bon sens svp!


Les écoles publiques genevoises devraient être autorisées à revenir à des exigences de simple bon sens, avoir le droit d'appliquer un règlement intérieur assurant le respect de leurs prérogatives

comme en ces écoles publiques que beaucoup connaissent,
où tout couvre-chef et autres casquettes sont interdits ...aux garçons !

Pas de cagoule pas de casquette ni de voile,
pas de dérogation sport ou repas pour cause vêtement et religion,
pas de salle de prières non plus

(en contravention avec ces droits, l'Hépia réserve dans l'Ecole une salle de prière à l'usage exclusif d'islamistes et évangélistes)

Ne pas se cacher la face ni se couvrir la tête: chez nous, c'est une simple question de respect de l'ensemble et de savoir-vivre en collectivité publique.

à ces verts de politiques en mal de buzz: Les écoles publiques suisses n'ont pas à être gérées comme un "resort" des Maldives,
où propriétaires & gérants de tous resorts sont obligés de laisser leurs employés aller à la mosquée ... 5x par jour

Écrit par : Pierre à feu | 15/07/2013

@ Noëlle Ribordy pendant que vous y êtes pourquoi ne pas interdire aux femmes catholiques de se couvrir lorsqu'elles sont reçues en audience par le pape.

Feu ma grand-mère, une solide haut valaisanne,véritable Walser, a toujours fumé la pipe et je ne l'ai jamais vu sans son foulard noir à petits pois blanc.

Donc votre remarque est plus que débile et rejoint les turpitudes énoncées par le ringard et "has been" Pierre Weiss.

Quant aux Sarrasin vivant en Valais dans la région de Martigny leur nom ne leur pas été attribué par hasard. Allez donc faire un tour chez les bédjui et les bédjuasse d'Isérable.

Écrit par : Hypolithe | 15/07/2013

Quelle naïveté (ou est-ce de la mauvaise foi?) dans ce billet, qui élude toutes les questions importantes!

Écrit par : Jmo | 15/07/2013

Bonsoir Grégoire,

"Si pour nous, Occidentaux, ce constat semble aller de soi, de quel droit pouvons interférer dans la vie privée des individus et leur imposer notre vision ? "

Il ne s'agit pas ici de vie privée, mais d'espace public dédié à l'école. Le foulard islamique constitue indéniablement un symbole religieux ostentatoire qui n'a pas sa place dans l'école publique dont l'un des rôles est précisément d'intégrer les élèves. À ce titre, le foulard islamique ne favorise pas l'intégration. Bien contraire, il marginalise les élèves qui le portent et c'est cela qui pousse au communautarisme.

Par ailleurs il ne s'agit pas "d'imposer une vision", puisque l'on parle ici d'une loi, donc d'un processus démocratique.

Bien à vous !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 15/07/2013

Bonsoir Jean,

Si c'est l'intégration que l'on cherche, si l'on veut éviter les clans, le signe religieux n'en est qu'un parmi d'autres. Il y a les clans musicaux, très exclusif. Les sportifs jamais avec le autres après l'école. Ceux qui ont des têtes de mort sur le t-shirt, ou de Guevara. Les punk. Ceux dont la marque de vêtements trahi l'origine sociale des enfant: les vrais Nike dernier modèle, les faux Nike, les pas Nike. Les capuches, les pas capuches. Les clans spontanés et naturels. Les politique comme Adrien Faure l'a fait au collège.

D'ailleurs pourquoi a-t-il pu créer un mouvement politisé des Jeunesses socialistes au sein du collège? Il en parle souvent. C'est politique et critique sur notre société. Il n' y a plus de cohérence entre ce qui est permis ou non. Pierre Weiss déboule dans l'arène en boulet de canon, comme si cela venait de sortir. Il se bouge parce que c'est bon coup médiatique à trois mois des élections. Il a reniflé le pétrole électoral. Il n'a pas bougé avant que la presse n'en parle. Pourtant ce n'est pas nouveau.

Pour aller au bout de la logique il faut effacer tous les signes qui n'ont rien à voir avec l'école: pas de marque, pas de personnage, pas de paysage.

Le plus simple est de rétablir l'uniforme pour tous De la maternelle au bac puis à l'UNI. Tous pareils et dans toutes es écoles: privées, publique, car si l'école intègre, toutes les écoles intègrent.

C'est normal: si l'on interdit le voile au nom de l'égalité, c'est que l'égalité est une valeur supérieure, globale, indépendante du reste et supérieure. Tous doivent s'y soumettre. Donc une loi où tous les signes de toutes les religions doivent être interdits, et ceux aussi des classes sociales signalées par les habits et le train de vie, les appartenances par des habillement spécifiques.

Un seule solution: l'uniforme pour tout les élèves de la maternelle jusqu'au master.

Écrit par : hommelibre | 16/07/2013

A part Valéry Giscard d'Estaing personne n'a les couilles de l'affirmer haut et fort.

Nous sommes chez nous !

Aux autres de s'intégrer chez nous, en Europe judéo-chrétienne et non pas à nous de nous adapter en fonction de ceux qui viennent chez nous chercher ... qui de l'économique qui du politique, etc.

Plus vous vous dites "humanistes", voire "démocratiques" et plus on profiteras de votre naïveté.

Les rroms (tziganes) roumains et autres, vous dérangent et vous êtes prêts à payer pour vous en débarrasser.

Pourquoi ne pas adopter exactement la même attitude face aux autres ?

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 16/07/2013

Un petit florilège des réponses, ou devrai-je dire, des attaques que je laisserai le soin de qualifier aux lecteurs, sur le thème de mes commentaires au sujet du voile:

Hommelibre: Si vous ne voyez pas cela, vous ne voyez rien. Ou votre misandrie vous aveugle.

Apprentissage-Vie: Renseignez-vous AU MOINS auprès d'un théologien.

Didier:
A ma question: Quand est-ce que les femmes n'auront plus l'obligation de porter le voile pour aller prier à la mosquée:

Réponse de Didier: Quand les mouches à merde s'occuperont de leurs affaires.

Réponse de Hypolithe pour la même question: Votre remarque est plus que débile.

Écrit par : Noëlle Ribordy | 16/07/2013

Pierre Weiss est un opportuniste en mal de visibilité. Et comme il n'a pas vocation à se retrouver mouiller toutes les semaines pour se voir dans la presse, il lui fallait trouver autre chose.
Le voile est symptomatique. Il en parle maintenant car il a du voir les réactions sur le net à l'annonce de l'autorisation du port du voile par deux jeunes filles à l'école parue récemment. Il a sentit la visibilité pas chère.
Mais la réalité est bien plus complexe. Effectivement, c'est un signe religieux ostentatoire qui ne devrait pas avoir sa place à l'école.
D'un autre côté, quel mal fait-il? Et les pseudo défenseur de la laïcité ne réfléchissent pas pour le bien de l'enfant, mais pour le respect de leur dogme.
Si les jeunes filles portant le foulard ne peuvent venir à l'école, où est l'intégration? N'est-il pas préférable de les laisser venir, de les laisser s'intégrer, plutôt que de les forcer, peut être, à rester chez elles pour cause d'un foulard qui n'a rien de propagandiste? Et je suis prêt à parier que cela dérange plus les enseignants et les parents d'élèves que les élèves eux-memes, qui ne vont se demander qu'un chose: "pourquoi je ne peux pas porter ma casquette alors?", plutôt que: "pourquoi je ne peux pas avoir de croix?".

Écrit par : Lefredo | 16/07/2013

@hommelibre
Je suis navré de vous lire si extrémiste. Pourquoi ne pas nous inspirer des pays musulmans, dont il s'agit, après tout, de respecter les particularités? Ils ont très bien compris qu'ils ont le droit de protéger leurs coutumes contre l'intrusion de celles que l'Occident veut leur imposer. Tous ceux qui exigent que nous accommodions de leurs exigences en matière de religion ont, me semble-t-il, une curieuse manière de considérer ce qu'est le respect d'autrui, en nous incitant à nous soumettre aux leurs au nom d'une supériorité morale qui caractériserait notre propre civilisation.
Cela ne nous empêchera pas de manifester notre désapprobation contre certaines de leurs coutumes, au nom du droit de critique que nous avons appris à exercer dès l'école primaire, sans pour autant vouloir leur imposer par la force nos propres valeurs et coutumes chez eux. Et ce droit nous l'exerçons aussi, chaque jour contre ce qui nous déplaît chez nous.
Quant aux remarques d'Hypolithe, qui veut que nous gommions toute trace de particularisme de notre propre histoire et de nos propres moeurs et coutumes elle, est largement plus "débile" (je reprends le vocabulaire qui lui semble approprié à un débat d'idées) que la proposition de M. Weiss (même remarque pour les qualificatifs qui lui sont attribués) avec qui je me trouve, soi-dit en passant en général en désaccord.
Il est évident que, à moins qu'il soit totalement *, qu'il ne désire pas un monde sans particularités locales, ce qui l'obligerait pratiquement à voyager d'un fast-food d'aéroport à un autre, il exige simplement de notre part que nous renoncions à tout ce qui fait partie de notre héritage s'il contrevient les exigences de l'Islam. Céder devant les exigences d'autrui lorsqu'il est plus puissant que nous est un phénomène dont l'Histoire a enregistré de nombreux exemples, rarement fructueux pour ceux qui ont cédé, même si l'on peut comprendre que cette forme de suicide soit parfois la seule solution pour des minorités acculées. En sommes-nous là?

Écrit par : Mère-Grand | 16/07/2013

J'ai rarement lu un tel inventaire de sottises et de clichés .. Monsieur Barbey n'a manifestement ni dons avérés pour l'écriture, le journalisme ou .. plus simplement la vérité ...

Écrit par : de Forstrem | 27/07/2013

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