Gregoire Barbey

20/07/2013

L'hypocrisie de la classe politique française

Chronique, 20.07.13

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 François Hollande. Ni l'actuel président ni ses prédécesseurs n'ont attaqué la véritable
problématique de la France: l'invraisemblable part de l'administration publique dans l'économie.


Mes fidèles lecteurs le savent: je ne suis pas un ardent défenseur de la souveraineté nationale. Mais force est de constater qu’encore aujourd’hui, l’Etat-nation prévaut, ce qui suppose des règles. Et celles-ci commandent d’être respectées. Que l’on soit Français, député, président ou socialiste, il n’y a pas d’arguments moraux valables pour justifier la violation de la légalité d’un autre Etat (voir l’article de la Tribune de Genève: «Une banque observée par des douaniers français). Le gouvernement français, avec le consentement de la majorité à l’Assemblée nationale, est aujourd’hui engagé dans une lutte acharnée contre l’évasion fiscale. Remettant d’ailleurs en cause des pratiques qui ont toujours été tolérées, voire acceptées dans la majeure partie des cas. Cette hypocrisie à peine voilée est la conséquence directe de l’endettement de l’Etat français. Le manque à gagner est tel qu’il suscite des réactions obsessionnelles de la part de la classe politique locale, prête à tout pour récupérer les fonds qui reviendraient de droit à la France.

 

Aucune remise en question n’émane de l’hexagone: de gauche comme de droite, tous les gouvernements jusqu’alors ont engraissé la part de l’administration publique dans l’économie française. Sans vergogne, et sans s’intéresser aux conséquences évidentes d’une telle manœuvre. Ainsi, de Mitterrand à Hollande, en passant par Chirac et Sarkozy, les retraites, les indemnités, et autres parachutes dorés pour les politiciens, l’engagement à tour de bras de milliers de fonctionnaires etc. n’ont jamais baissé. Au contraire, l’Etat français est proprement tentaculaire. La presse révélait la semaine dernière le coût des indemnités de l’ancien chef de l’Etat Nicolas Sarkozy: deux millions d’euros depuis son départ de l’Elysée. Une nation proche de la faillite accorde des sommes mirobolantes à ses anciens dignitaires, et personne ne semble s’en indigner en France. Vu de Suisse, où les retraites des conseillers administratifs, d’Etat et fédéraux font régulièrement l’objet de vifs débats, une telle légèreté dans les dépenses publiques prête à sourire.

 

Si la lutte contre l’évasion fiscale peut être effectivement légitimée, elle ne doit pas pour autant conduire à violer des lois dans des pays étrangers pour récupérer des fonds soustraits au fisc français. Regardez donc, Mesdames et Messieurs, avec quelle arrogance, quelle fougue, quelle duplicité tous ces représentants politiques vous font la morale, tentent de vous laver le cerveau, pointant du doigt l’ennemi qui évade le fisc. La vérité est autre: l’ennemi est à l’intérieur même de la France. C’est la classe politique qui ment sciemment au peuple, lui faisant croire qu’aujourd’hui, le seul moyen de baisser la dette du pays, c’est de poursuivre tous ceux qui pratiquent l’évasion fiscale. C’est totalement mensonger. Des réformes peuvent être faites. A commencer par une évidente remise en question du fonctionnement de l’Etat. La comparaison est flagrante. La France est le pays où la part de l’administration publique dans l’économie réelle est la plus élevée en Europe. Cet étatisme absolutiste, qui conduit des présidents-monarques à la tête de l’Etat pour défendre les intérêts d’une classe composée d’énarques et de parvenus, ne peut plus perdurer. Avec ou sans la récupération des fonds évadés, si la France ne change pas drastiquement sa philosophie politique en matière d’administration publique, elle est condamnée à la faillite.

 

Grégoire Barbey

16:25 Publié dans Humeur, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | | |

Commentaires

Le citoyen français est une proie (comme bien d'autres) pour son propre État.
Le chasseur (État), poursuit sa proie jusque dans son terrier.
Il me semble qu'il y a une charte européenne qui stipule la libre circulation des capitaux.
Juste ?

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 20/07/2013

Les chiens aboient et la caravane passe.

Écrit par : Pierre Jenni | 20/07/2013

En lisant votre billet, deux hommes me viennent à l'esprit, Frédéric Bastiat (début du XIXème siècle) d'une part, qui dénonçait la fiction de l'État, Georges Courteline d'autre part (fin du XIXème siècle : "Messieurs les ronds de cuir") dans certaines de ses absurdités.

Depuis lors rien n'a changé, ou presque, dans la perception de l'État en France, quels que soient les régimes ...

Citation de Bastia :
"L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde."

Amis français, tout va bien, continuez de dormir, Bruxelles et Berlin s'occupent de vous !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 20/07/2013

@Jean d'Hôtaux: me comparer à Frédéric Bastiat est un honneur pour moi. J'aime beaucoup ses thèses et sa vision du libéralisme, proprement proche de la mienne.

Écrit par : Grégoire Barbey | 20/07/2013

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